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elle s'abaisse d'abord par une pente douce, et ensuite par une descente plus rapide vers les bords de la rivière Saint-Charles. Celle-ci vient des montagnes du Nord, et coule pendant longtemps en formant un angle droit avec le Saint- Laurent ; elle décrit ensuite un détour assez brusque vers l'est, et ensuite incline graduellement vers le sud, jusqu'à ce qu'elle unisse ses eaux à celles du grand fleuve devant le cap rocailleux sur lequel Quebec s'élève. Ainsi cette ville est entourée de trois côtés par les eaux.
A l'exception du côté contigu aux plaines, la position de Quebec est si forte, que les fortifications sont à peu près inutiles. Le roc nu sur le bord semi-circulaire duquel cette capitale est posée, est en général très escarpé, et si haut qu'une escalade est absolument impraticable. Dans d'autres endroits, les approches sont si abruptes et si difficiles , que l'on peut dire avec vérité, de la plupart, qu'un homme seul suffirait pour défendre le poste contre une armée entière. Quelques batteries et d'autres ouvrages, complètent les moyens de sécurité : mais du côté dé terre, la nature n'a rien fait à cet égard,
et c'est là que les fortifications sont soignées et vraiment merveilleuses»
Wolf débarqua ses troupes à un petit enfoncement de la rive du fleuve, à peu près à un mille au-dessus de la ville; enfoncement connu aujourd'hui sous le nom d'anse de Wolf. A une heure après minuit, les troupes escaladèrent les flancs boisés de la montagne par un sentier étroit, qui, même actuellement ettde jour, semblerait passablement difficile à un minéralogiste zélé. Wolf ayant réussi à gagner la hauteur, y rangea ses troupes, et attendit l'attaque de Montcalm qui réunit ses forces et marcha contre lui vers dix heures du matin. Le résultat de l'affaire est mémorable; les deux généraux furent tués, les Français vaincus, et six jours après Quebec capitula.
L'aspect de cette ville, quand on y arrive par le bateau à vapeur, est très imposant. Les bords du fleuve, depuis une petite distance au-dessus de L'anse de Wolf, sont couverts de broussailles, et le long de la plage, des maisons blanches s'élèvent à intervalles rapprochés. On aperçoit graduellement les fortifications de la ville; d'abord les deux tours du Martello, qui , sem-
blablesa deux sentinelles gigantesques, gardent les fameuses plaines ; ensuite les redoutes autour de la citadelle, sur le sommet du cap au Diamant, développent lentement leur force; les embrasures, les canons, les meurtrières, se présentent successivement à la vue. Sur une des batteries s'élève le mât et la vergue d'un télégraphe , et tout près du bord du roc , escarpé à 345 pieds au-dessus du niveau du fleuve, flotte le pavillon de la citadelle.
Au pied du précipice, la lisière étroite de terre , qui n'est pas envahie par le fleuve , paraît couverte des nombreuses maisons de la ville basse de Quebec; des quais ont été poussés fort avant, et des navires de différentes grandeurs les entourent.
Sur la rive droite du Saint-Laurent , et un peu au-dessous de la ville, on voit la pointe de Lévi, dont la surface offre un grand nombre d'habitations, et qui, s'élevant par degrés , s'étend aune distance considérable et rétrécit le lit du fleuve. On a devant soi une vaste baie, longue de 4 milles, avec l'île d'Orléans dans le fond; à droite et à gauche, et de tous les côtés, sont mouillés des navires marchands, et quelquefois aussi un vais-
seau de ligne; les uns arrivés récemment des ports de la Grande-Bretagne, d'autres attendant un vent favorable qui leur permette de gagner l'embouchure du fleuve.
L'eau s'élève, dans les marées ordinaires, à 1 7 pieds, et aux époques des equinoxes à 23 pieds. Quand on débarque sur les quais, on est quelquefois obligé de monter par une planche en pente longue d'une cinquantaine de pieds. Parvenu à terre , le voyageur est frappé du contraste de la ville basse de Quebec avec les ports maritimes des Etats-Unis. Les rues sont très étroites, et bordées de hautes maisons en pierres : de nombreuses charrettes courent très vite entre les magasins et les quais ; les charretiers se tenant debout sur leurs voitures, criant de toutes leurs forces , en français, et se fâchant lorsqu'un obstacle arrête leur marche au coin d?un passage étroit. La voie réservée aux piétons est très sale , à cause de l'eau qui filtre presque continuellement des flancs de la montagne; enfin l'on est tellement heurté par les gens qui vont et qui viennent, qu'à moins d'être appelé par des affaires dans la basse ville, on y passe rarement beaucoup de temps.
Cependant , pour les commercans , c'est là le vrai noyau de Quebec. La bourse, la douane, les bureaux de banque, les comptoirs, les magasins , les greniers des principaux négocians , tout cela est réuni dans un petit nombre de rues étroites ou plutôt de ruelles qui entouretit le fond du précipice rocailleux entre ses flancs et les bords du fleuve. La plus grande partie du terrain, sur lequel la ville basse est bâtie, a été prise en empiétant sur le lit du Saint-Laurent, et l'on continue à en faire autant polir agrandir les limites habitables. Dans l'intervalle d'une de mes visites à l'autre, elles ont été étendues; l'on a ouvert l'extrémité d'une rue qui se prolonge en tournant vers la rivière Saint -Charles. Audelà de la ville , dans cette direction , il y a une vaste plage sablonneuse , dont une partie est occupée par des chantiers de construction.
On va de la ville basse à la ville haute par la rue de la Montagne, nommée ainsi avec juste raison \ elle passe dans une espèce de crevasse naturelle sur le flanc du précipice. Ensuite elle décrit un détour angulaire , et continue à suivre la pente de la montagne, en devenant moins roide. A une petite distance à gauche , en niour
tant doucement la rue, on voit le château Saint- Louis, grand bâtiment, élevé sur le bord même d'un précipice qui a plus de 200 pieds de haut; on peut même dire qu'il s'étend au-delà du bord, car sa façade de ce côté est supportée par des arcades en maçonnerie qui ont plus de la moitié de la hauteur du bâtiment, et dont les piliers descendent beaucoup au-dessous du bord des rochers. Sur le haut de ces arcades règne une longue galerie d'où l'on jouit de la vue de la baie et du pays voisin. Le château Saint-Louis est un ouvrage des Français; le grand nombre et la solidité des fortifications qu'ils avaient fait construire , prouvent le dessein de ceux qui avaient les premiers occupé Quebec , de se maintenir dans cette position. Maintenant le château a perdu son caractère guerrier; il sert de demeure au gouverneur de la province.
A droite de la rue de la Montagne, le rocher, pendant une partie de la route, menace la tête du spectateur; près du sommet est l'ancien évêché, qui, aujourd'hui, est consacré aux séances du corps législatif. La rue est terminée par la porte de Prescott où une large arcade cintrée donne passage aux voitures, et une petite porte
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latérale aux piétons. Cette porte étant la partie la plus accessible à une attaque , en venant de la basse ville, est défendue par des canons de gros calibre et par des meurtrières, pour le feu de la mousqueterie , et toute la rue de la Montagne est commandée de front et sur les flancs par diverses batteries.
Quand on a passé la porte, le chemin de voiture tourne a droite, pour gagner le plateau par une montée graduelle. Les piétons prennent à gauche pour monter par un escalier en bois. Une sentinelle , placée sur la plate-forme, crie ; qui-vive à toute personne qui passe après le coucher du soleil ; en temps de paix , ce n'est qu'une affaire de forme, la porte n'est jamais fermée; et quiconque répond ««», peut continuer son chemin.
Lorsqu'on est arrivé au haut de l'escalier , on tourne le dos à la ville basse j on a la rivière Saint-Charles à droite, et à gauche la citadelle. Sur le sommet du cap au Diamant, le terrain, tant dans la ville que dans la plaine, est plus élevé du côté du Saint-Laurent que dans les autres endroits. Des maisons solidement bâties en pierres, bordent les rues de chaque côléj
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mais elles sont moins hautes que ceiles de la basse ville. En avançant , on laisse à droite la cathédrale catholique, édifice très simple, avec un cloche^ couvert en fer-blanc ; à une petite distance on voit le clocher de la cathédrale anglicane qui est couvert de la même manière. L'attention est ensuite fixée par le collège des jésuites; c*est un bâtiment massif que l'on a en face de soi, à mesure que l'on avance, et qui forme les côtés d'un carré d'une étendue considérable; il sert aujourd'hui de caserne. Ces religieux avaient dés le commencement songé à se bien loger ; d leur église est belle, grande et bien éclairée , dit un voyageur qui visita le Canada en i683 ; leur maison est commode de toutes manières , car il y a beaucoup de logement. Ces pères ont de beaux jardins , plusieurs allées d'arbres si touffus , qu'il semble , en été , qu'on soit dans une glacière plutôt que sous un berceau. A propos d'une glacière, c'est une commodité qui ne leur manque pas, ils en ont plutôt trois qu'une, et ils ont grand soin de la bien remplir; car ces révérends, tout occupés à éteindre les flammes de la concupiscence, aiment extrêmement à boire frais en été. »
Le marché public se tient dans une grande place vis-à-vis des casernes; tout à l'entour sont des boutiques de marchands en détail et des cabarets. On est là à peu près au centre de la ville haute.
Quoique cette ville haute soit propre et aérée en comparaison de la ville basse , quoique les rues y soient plus larges et mieux pavées , et que certainement elle soit préférable pour y habiter, toutefois elle n'a rien extérieurement qui puisse intéresser un étranger accoutumé à la vue des villes plus magnifiques de nos contrées européennes. On peut cependant passer agréablement quelques jours à assister aux séances des assemblées législatives , si c'est l'époque de la session, à visiter quelques-unes des institutions publiques, à examiner les fortifications, et à faire des excursions aux plaines d'Abraham , au. Saut de Montmorency, et à quelques-uns des autres sites intéressans des environs.
Je n'ai pas eu l'occasion de voir la Chambre de l'assemblée, ni le Conseil législatif. La première répondu notre Chambre des communes; le second, autant que les circonstances Ife per
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mettent, à la Chambre des pairs, ou plutôt au Conseil privé.
L'assemblée se compose d'une cinquantaine de membres, dont actuellement le plus grand nombre , ainsi que le président, sont de la communion romaine; les débats ont généralement lieu en français. Les événemens de la dernière guerre de 1812 à i8i5, fournirent de fréquentes occasions à l'opinion publique de se développer dans les actes de cette Chambre, et comme le droit d'élection est à peu près universel , cette assemblée est véritablement l'organe du peuple. Les Canadiens montrèrent, dans toutes les circonstances , un vif attachement au gouvernement sous lequel ils vivent , et une ferme résolution d'augmenter sa foroe pour toutes les mesures qui tendaient à assurer l'intégrité des possessions britanniques. Les Canadiens ont fait voir, pendant la guerre et après qu'elle a été terminée, qu'ils avaient apprécié le prix et s'étaient pénétrés de l'esprit de la constitution que la Grande-Bretagne leur avait octroyée ; et je suis pleinement convaincu que le roi n'a nulle part des sujets plus fidèles.
Miss Wright, qui a publié assez récemment un
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voyage aux Etats-Unis, a parlé de la loyauté des Canadiens, comme n'étant que de la haine pour les Américains hérétiques, haine qui est inspirée au peuple par les prêtres. Je conviens que, si le Canada eût appartenu à l'Espagne, cette assertion aurait pu paraître plausible; mais autant que j'en ai pu juger, d'après mes propres observations, les Canadiens se soucient aussi peu de l'hérésie d'un peuple que de celle de l'autre.
Il y a à peine soixante-dix ans que le pays a été conquis par les Anglais, et cependant l'attachement des Canadiens pour leurs anciens maîtres paraît aussi complètement effacé que s'il s'était écoulé des siècles depuis l'événement, ou que si le changement de domination fût arrivé en conséquence de leur choix, plutôt que par la chance de la guerre.
Mon opinion sur ce point est conforme à celle de M. Silliman, professeur du collège de Yale , dans les États-Unis, qui, en 1820, a public un livre intitulé Relation d'un voyage a Montréal et à Quebec ; ouvrage qui se distingue par un esprit libéral , sensé et conciliant. J'éprouve un plaisir réel à transcrire ses remarques sur le gouvernement du Canada. « On peut mettre en
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question , dit-il , si un pays conquis a jamais été mieux traité par ceux qui s'en sont rendus maîtres. Les habitans conservèrent leur religion et les revenus de l'église , leurs biens , leurs lois, leurs coutumes et leurs usagesXe gouvernement et même la défense de leur pays , ne sont pas beaucoup à leur charge. Je ne sais si, sous le rapport politique, nos communes qui ne sont pas sujettes, sont plus heureuses. »
Le Conseil législatif est composé d'une trentaine de membres nommés à vie par le roi. Les sentimens et l'intérêt anglais ont généralement dominé dans ce corps, et souvent il a été en opposition ouverte avec l'assemblée. Sir John Coape Sherbrooke a contribué , par la sagesse de son administration , à calmer Fanimosité des partis , et à écarter tout ce qui causait des irritations.
Un bill présenté au parlement impérial de la Grande-Bretagne, en 1821 , a détruit la séparation qui, depuis 1791 , existait entre les gouvernemens du Haut et du Bas-Canada.
Le même voyageur français, cité plus haut , nous a laissé un singulier tableau de la manière dont le Canada était administré à la lin du dix-
septième siècle* sans doute ses traits sont chargés ; mais les évènemens ont prouvé qu'il y a un fond de vérité dans ce qu'il a dit.
« Les gouvernemens politique , civil , ecclésiastique et militaire ne sont , pour ainsi dire , qu'une même chose au Canada, puisque les gouverneurs généraux les plus rusés ont soumis leur autorité à celle des ecclésiastiques. Ceux qui n'ont pas voulu prendre ce parti , s'en sont trouvés si mal qu'on les a rappelés honteusement. J'en pourrais citer plusieurs qui, pour n'avoir pas voulu adhérer aux sentimens de l'évêque et des jésuites, et n'avoir pas remis leur pouvoir entre les mains de ces infaillibles personnages, ont été destitués de leurs emplois, et traités enfin à la cour comme des étourdis et comme des brouillons. M. de Frontenac est un des derniers qui a eu ce fâcheux sort ; il se brouilla avec M. Duchesne, intendant de ce pays- là , qui se voyant protégé du clergé, insulta de guetà-pens cet illustre général, lequel eut le malheur de succomber sous le faix d'une ligue ecclésiastique, par les efforts qu'elle fit mouvoir contre tout principe d'honneur et de conscience.
)) Les gouverneurs généraux qui veulent profiter de l'occasion de s'avancer, ou de thésauriser, entendent deux messes par jour, et sont obligés de se confesser une fois en vingt-quatre heures. Ils ont des ecclésiastiques à leurs trousses, qui les accompagnent partout, et qui sont, à proprement parler, leurs conseillers. Alors les intendans, les gouverneurs particuliers et le con* seil souverain n'oseraient pas mordre sur leur conduite, quoiqu'ils en eussent assez de sujet, par rapport aux malversations qu'ils font sous la protection des ecclésiastiques qdi les mettent à l'abri de toutes les accusations que Ton pourrait faire contre eux.
)) Le peuple a beaucoup de confiance aux gens d'église, en ce pays-là comme ailleurs. On y est dévot en apparence } car on n'oserait avoir manqué aux grand'messes ni aux sermons , sans excuse légitime. On nomme les gens par leur nom à la prédication : on défend , sous peine d'excommunication, la lecture des romans et des comédies, aussi bien que les masques, les jeux d'hombre et de lansquenet. Les jésuites et les récollets s'accordent aussi peu que les molinistes et les jansénistes. Les premiers pré-
tendent que les derniers n'ont aucun droit de confesser.
» Le gouverneur général ne peut se dispenser de se servir des jésuites, pour faire des traités avec le gouverneur de la Nouvelle- Angleterre, non plus qu'avec les Iroquois. Je ne sais si c'est par rapport au conseil judicieux de ces bons pères , qui connaissent parfaitement le pays et les véritables intérêts du roi, ou si c'est à cause qu'ils parlent et entendent à merveille les langues de tant de peuples différens, dont les intérêts sont tout-à-fait opposés, ou si ce n'est point par la condescendance et la soumission qu'on est obligé d'avoir pour ces dignes ecclésiastiques.
«Les conseillers qui composent le conseil souverain du Canada , ont coutume de consulter les prêtres ou les jésuites , lorsqu'il s'agit de rendre des jugemens sur des affaires délicates ; mais lorsqu'il s'agit de quelque chose qui concerne les intérêts de ces bons pères, s'ils la perdent, il faut que leur droit soit si mauvais, que le plus subtil et le plus rusé jurisconsulte ne puisse lui donner un bon tour. Plusieurs personnes m'onl assuré que les jésuites faisaient un grand
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commerce de marchandises d'Europe et de pelleteries du Canada; mais j'ai de la peine à le croire , ou, si cela est 3 il faut qu'ils aient des correspondans, des commis et des facteurs aussi secrets et aussi fins qu'eux-mêmes ? ce qui ne saurait être.
» Les gentilshommes de ce pays-là ont bien des mesures à garder avec les ecclésiastiques , pour le bien et le mal qu'ils en peuvent recevoir indirectement. L'évêque et les jésuites ont assez d'ascendant sur l'esprit de la plupart des gouverneurs généraux , pour procurer des emplois aux enfans des nobles qui sont dévoués à leur très humble service , ou pour leur obtenir des congés de trafiquer dans l'intérieur. Ils peuvent aussi fortement s'intéresser à l'établissement des filles de ces mêmes nobles , en leur faisant trouver des partis avantageux. Un simple curé doit être ménagé , car il peut faire du bien et du mal aux gentilshommes ? dans les seigneuries desquels ils ne sont, pour ainsi dire , que missionnaires j, n'y ayant point de cures fixes en Canada, ce qui est un abus qu'on devrait réformer. Les officiers doivent aussi tâcher d'entretenir une bonne correspondance avec les ecclésiastiques , tome ai, 7
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sans quoi il est impossible qu'ils puissent se soutenir.
)) Il y aurait de grands abus à réformer au Canada. 11 faudrait commencer par empêcher les ecclésiastiques de faire des visites si fréquentes chez les habitans, dont ils exigent mal à propos la connaissance des affaires de leurs familles 9 jusqu'au moindre détail, ce qui peut être assez souvent contraire au bien de la société. Il faudrait surtout empêcher que les gouverneurs , les intendans, le conseil souverain , l'évêque et les jésuites, ne se partageassent en factions , et ne cabalassent les uns contre les autres 5 car les suites ne peuvent être que préjudiciables au service du roi et au repos public. ))
Parmi les institutions de Quebec , liées avec l'Eglise romaine, on compte un séminaire assez semblable dans son organisation à celui de Montréal, un Hôtel-Dieu, un couvent pour les pauvres malades, et le couvent des ursulines qui se consacrent principalement à l'éducation des jeunes filles.
On dit que ces dernières religieuses ont la règle la plus sévère de toutes celles du Canada>
et ce ne fut pas sans quelque difficulté qu'un ami nie procura la permission de visiter leur couvent. Toutefois cet embarras fut occasionné en partie par l'absence de monseigneur l'évéque de Quebec, qui, en général, est disposé à gratifier la curiosité des étrangers.
Le couvent des ursulines, de même que la plupart des maisons religieuses qui furent érigées par les Français , est bâti en forme de carré creux. Une petite cbapelle y est contiguë; elle est ouverte au public , mais un rideau suspendu derrière une grande grille, cache les religieuses aux yeux du vulgaire.
A la principale porte du couvent, il y a un portique avec un tour, par lequel on fait entrer et sortir les objets de peu de volume, et par lequel aussi on distribue les aumônes aux pauvres.
Ayant sonné la cloche, ce tour fut tourné à moitié , et laissa une petite ouverture qui nous permit d'apercevoir dans l'intérieur du bâtiment trois religieuses. Nous leur remîmes notre permission d'entrer; elles nous dirent que le père était au confessionnal , et quelles nous priaient de vouloir bien attendre son retour.
Cet ecclésiastique arriva au bout de quelques minutes; il entra dans le couvent par un passage particulier; ensuite on ouvrit la grande porte, et nous fûmes admis. La supérieure nous attendait : c'était une femme d'une figure agréable et fraîche, d'une taille au-dessus de la moyenne, d'un maintien imposant, et qui paraissait avoir une quarantaine d'années. Quand on se fut salué respectivement , Madame la supérieure m'adressa la question ordinaire : « Parlez-vous français. Monsieur»? Reconnaissant que je ne m'exprimais qu'avec une certaine difficulté, elle me parla anglais avec tant de facilité et de pureté, que je ne pus m'empêclier de soupçonner qu'elle appartenait à une famille anglaise. Les religieuses de ce couvent sont au nombre de quarante-cinq, indépendamment de la supérieure.
@n nous conduisit d'abord dans le chœur des religieuses, qui est très simple ; il y a un autel , il est orné de quelques peintures ; ensuite on nous fit entrer dans une espèce de salle, où toutes les religieuses, à l'exception de celles qui étaient occupées dans la classe, se trouvaient rassemblées pour nous recevoir; elles étaient rangées en ligne, en face de;la porte, et dès que nous
entrâmes, elles nous saluèrent en souriant de la manière la plus gracieuse , sans aucun air de gêne ni de gravité. Au bout àm la ligne je remarquai quatre jeunes religieuses qui avaient des voiles blancs ; c'étaient des novices. Le père D nous apprit qu'elles conservaient ce costume pendant deux ans , avant de prononcer leurs vœux et de prendre le voile noir. Trois autres religieuses avaient accompli cette cérémonie peu de temps auparavant. On m'apprit que ces trois dernières n'étaient âgées que de dix-huit à vingt- quatre ans; elles ne semblaient nullement tristes , elles riaient et parlaient aussi gaîment que les autres : les quatre novices étaient les plus sérieuses; de même que leurs compagnes, elles nous saluèrent, mais leurs visages ne se déridèrent pas.
La mise des ursulines me parut lugubre ; leurs longues robes de serge noire , leur voile noir , leur bandeau, leur guimpe, tout cela me parut bizarre ; on aperçoit à peine la figure de la religieuse. Quelques-unes avaient une ceinture de cuir, à laquelle pendaient un chapelet et une croix. Du reste, ces religieuses avaient l'air plus intéressant que les sœurs grises de Montréal.
Quelques-unes des jeunes sœurs auraient pu certainement passer pour très jolies , sans leur habilement funèbre : d'autres ressemblaient à des grand'mères; d'autres enfin, et Madame la supérieure en particulier , avaient des traits agréables et le maintien de femmes de qualité.
Une demi-douzaine de religieuses nous accompagna dans nos courses d'un appartement à un autre, et chacune paraissait très disposée à nous parler. Nous vîmes l'école ; elle est composée de trois pièces; deux religieuses dans chacune donnent des leçons aux jeunes filles; cellesci, très proprement mises, étaient occupées à leur ouvrage. Deux classes sont consacrées à l'éducation des filles pauvres qui ne paient qu'une somme modique. Partout où nous entrâmes, les jeunes filles se levèrent de leur siège, nous firent la révérence, et restèrent debout jusqu'à ce que nous fussions sortis. En allant d'une classe à une autre, nous traversâmes un jardin assez grand ; le mur qui l'entoure n'est pas très haut , et si les religieuses voulaient s'échapper , elles pourraient l'escalader aisément.
On nous mena ensuite à la cuisine, où il y a
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une pompe j la cheminée est d'une très grande dimension , et ressemble un peu à celle des châteaux du moyen âge en Europe. Le réfectoire est très propre ; de longues tables de bois de sapin régnent dans toute sa longueur, de chaque côté. Deux religieuses, à tour de rôle, servent les autres. En passant dans une galerie qui, je crois, conduit aux cellules où couchent les religieuses, je remarquai, sur chacune des portes, une inscription en français, et entre autres, celleci : « Pour un moment de travail, une éternité » de repos. » Quand nous sortîmes, les religieuses nous offrirent de petits ouvrages en écorce de bouleau ; j'en achetai quelques-uns*
Il y avait à peu près une heure que nous étions dans le couvent, lorsque le son d'une cloche se
fit entendre. Le père D nous dit que c'était
pour nous le signal de la retraite : les religieuses nous conduisirent à la porte ; j'essayai de l'ouvrir, elle était fermée à clef. La supérieure, avant de donner la clef, plaisanta de la manière la plus aimable sur la position extraordinaire dans laquelle nous nous trouvions. On se sépara de la manière la plus polie et la plus gracieuse : à la vérité nous ne nous prîmes pas réciproquement
la main ; mais jamais dames n'ont dit avec plus d'aisance et d'amabilité , « Bonjour , Messieurs, bonjour. »
Lesursulinesont des revenus en fonds de terre, indépendamment de ce qu'elles reçoivent pour l'éducation des enfans. Toutefois ces ressources ne suffisent pas pour leur entretien , et le jardin , leurs ouvrages à l'aiguille , et la pâtisserie, complètent ce qui leur est nécessaire.
On est tenté de se demander quel motif peut engager ces pauvres créatures à choisir ce genre de vie, et comment il est si aisé de retenir un si grand nombre de religieuses, sans la possibilité d'avoir recours aux moyens de contrainte. Mais on oublie que la religion romaine est le plus fort instrument de prosélytisme qui ait jamais été inventé, et que la confession auriculaire donne aux prêtres un si grand pouvoir sur l'esprit craintif de leur troupeau, que, lorsque cette disposition n'est pas combattue par les lumières naturelles ou acquises, c'est-à-dire par la sagacité et par l'éducation , il n'est aucune action à laquelle le conseiller spirituel , s'il en a le dessein , ne puisse porter son pénitent. Si les parens désirent qu'une de leurs filles prenne
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le voile, ils n'ont besoin que de s'assurer de la coopération de son confesseur, et il est presque impossible que leur projet ne réussisse pas. L'autorité paternelle combinée avec la menace du déplaisir du Tout-Puissant, et les terreurs du purgatoire, enfin aidée de l'influence de l'exemple, et l'attrait d'une réputation de sainteté, forme vine masse de résistance terrible contre l'inclination d'une pauvre fille pour la vie sociale; si elle est laissée seule pour soutenir le combat, il n'y a guère de cbance de succès pour elle.
Il est très probable que l'on emploie rarement ce système de terreur; les religieuses n'ont besoin que d'elles-mêmes pour trouver de nombreuses recrues. A peu près cent cinquante jeunes filles reçoivent d'elles leur éducation ; les unes comme pensionnaires, et celles-ci sont, par conséquent, presque entièrement séquestrées de toute autre société. En élevant les jeunes filles, les religieuses gagnent naturellement leur affection, leur enseignent à penser comme elles pensent elles-mêmes, et à adopter, sur le monde et ses affaires, les opinions dominantes dans le cloître. La tranquillité et, probablement, l'har-
monie apparente qui régnent dans la communauté, ont du charme pour les enfansj et les principes faux , mais trompeurs , avec lesquels le système s'identifie, se réunissent pour influer sur la décision des jeunes filles. Celles qui prennent le voile sont, on le conçoit, comblées d'éloges ; leur exemple est recommandé : la contagion se répand; des liaisons d'amitié contractées de bonne heure entre les pensionnaires contribuent à augmenter le nombre de celles qui se dévouent ; et le célibat et la retraite deviennent l'objet des désirs ardens de quelques jeunes cœurs, tout comme les plaisirs et la parure le sont pour d'autres. Je voyais souvent une famille où il y avait plusieurs filles ; l'une d'elles, vive, aimable , jolie, et âgée d'environ douze ans, me fut indiquée, par son frère, comme destinée à être religieuse. Elle passait la plus grande partie de son temps dans un des couvens, et en parlait comme de l'objet de son inclination. Je ne puis dire si ses parens parlaient sérieusement à ce sujet ; mais une de ses tantes est religieuse , et je ne regarde pas comme improbable qu'elle suive son exemple.
Il n'est pas aisé de s'assurer si, après avoir pro-
nonce leurs vœux définitif*, les religieuses ne s'en repentent jamais. Probablement cela n'arrive pas au plus grand nombre : toutefois je ne puis m'ein pêcher de croire que quelques-unes regrettent ce qu'elles ne peuvent annuler. Si leur résolution a été produite par une cause soudaine et peut-être imprévue, le temps rappellera nécessairement des idées, et excitera des angoisses aussi vives qu'inutiles. Qu'il est digne de compassion, le sort d'une pauvre créature ainsi tourmentée ! Je ne puis pas dire que j'aie rien vu qui soit propre à confirmer cette opinion; mais d'après quelques mots de conversation d'une des personnes qui m'accompagnaient avec une jeune religieuse du couvent des ursulines, je suis enclin à supposer qu'elle aurait bien voulu en être dehors.
Pour quiconque n'a pas vu le Saut du Niagara, le Saut de Montmorency , éloigné de 7 milles de Quebec, doit être un objet intéressant. C'est une excursion à la mode ; je résolus de la faire , quoique j'eusse contemplé la merveilleuse chute du Niagara.
On sort de Quebec par la porte de Saint- Jean , on traverse la rivière Saint- Charles, puis on suit
la route qui longe la rive gauche du Saint-Laurent. A sa gauche on a de vastes prairies qui paraissent très grasses; à droite on a, jusqu'à une certaine distance, une grande haie, puis le bras septentrional du fleuve, et au-delà File d'Orléans. A trois quarts de mille de Quebec , on passe par le village de Beauport, où le terrain commence à monter graduellement. Beauport contient à peu près quatre-vingts maisons, la plupart en pierre , et une église romaine avec trois clochers couverts en fer-blanc. Tout près du village, une petite rivière du même nom, qui verse ses eaux dans le Saint- Laurent, met en mouvement des moulins à farine et à graine de lin. Le terrain s'élève rapidement et atteint à une hauteur de deux cents à trois cents pieds au-dessus du fleuve.
Le Montmorency est un torrent bien peu considérable, si on le compare au fleuve puissant auquel il se réunit; mais dans notre pays , où les rivières sont sur une échelle bien moindre , il passerait pour une des plus grandes. A peu de distance au-dessus du Saut, le lit de la rivière suit une pente très sensible, de sorte que le courant acquiert une grande rapidité avant que
l'eau se précipite du haut de l'escarpement. On dit que la hauteur de la chute est de deux cent quarante pieds ; je n'ai eu aucun moyen de constater l'exactitude de cette estimation; mais à en juger d'après l'impression que mon œil a reçue, je suis disposé à supposer que cette chute n'est pas, à beaucoup près, aussi forte (i). Quoiqu'il en puisse être , c'est une belle cascade. L'eau se brise en écumant dès le sommet, et descend par une large nappe d'une blancheur éclatante, en envoyant en l'air de grandes colonnes de brouillard humide.
Àn-dessous est une espèce de bassin semicirculaire, et d'une étendue considérable, entouré de rives rocailleuses et escarpées, entre lesquelles l'eau devient unie et tranquille avant d'entrer dans le Saint- Laurent. Le bord de la
(1) Le voyageur écossais a eu raison de douter que l'évaluation de la hauteur de cette chute fût exacte. Le père Charlevoix, qui l'avait observée, ne l'estime qu'à 4o pieds. Or, ce missionnaire avait le coup d'œil fort juste. Avant lui , on donnait 600 pieds de hauteur au Saut du Niagara; il jugea qu'il en avait à peu près i5o; et l'on a reconnu qu'il ne s'était pas trompé.
rive gauclie est garni de bois touffus; sur la rive droite, on en a coupé une portion considérable. Le lit de la rivière est d'un rocher grossier et très dur ; on voit sur chaque rive une couche supérieure de calcaire , à travers laquelle les eaux du Montmorency paraissent s'être ouvert un canal.
La main infatigable de l'homme a récemment produit de grands changemens dans ces lieux. Un propriétaire du terrain voisin a construit un très grand moulin à scies sur les bords du Saint- Laurent. Pour faire aller la roue immense qui met ces scies en mouvement, il a dérivé une portion de l'eau du Montmorency, en la prenant au-dessus de la chute , et l'a conduite, par une route sinueuse , le long de la pente de la colline. Cet ouvrage a dû exiger un travail prodigieux , et coûter de grosses sommes; car, pour atteindre au but désiré, il a fallu creuser, dans le roc vif, un canal qui a près de sept pieds de hauteur, et cinq pieds de largeur, en laissant au-dessus une masse de rochers d'une douzaine de pieds ; là, une écluse fixe la quantité d'eau que l'on veut laisser passer. La pente de la colline est si roide, qu'il a fallu beaucoup d'art pour modérer Km-
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péluosité du courant dans sa descente vers la roue. On essaya d'abord d'un canal sinueux , creusé dans la terre; mais la force prodigieuse du courant mina les bords par-dessous. Il n'aurait pas tardé à enlever une partie considérable de la surface; on fut donc obligé de placer, dans l'intérieur du canal, un conduit solide en bois, disposé en zig zag, par lequel l'eau descend depuis le bord de la colline jusqu'en bas, où elle entre dans le canal naturel d'un ruisseau rapide; puis elle finit par se précipiter sur les larges côtes de la grande roue.
Le moulin à scies que ce torrent met en mouvement, est, je crois, un des plus grands de l'Amérique, et, par conséquent, du monde. C'est un immense bâtiment en bois, suspendu sur le bord du Saint-Laurent, vers lequel descend un plan incliné ; les blocs qui doivent être coupés , sont enlevés du radeau par une mécanique, et amenés le long de ce plan incliné. La pièce de bois , après avoir été coupée de la longueur que Ton veut donner à la planche, est fixée dans un châssis , et présente une de ses extrémités aux dents des scies ; la mécanique la fait avancer de leur côté, jusqu'à ce qu'elles l'aient partagée jus-
qu'à son extrémité opposée. 11 y a quatre châssis, garnis chacun du nombre de scies nécessaire pour diviser le madrier en un certain nombre de planches. Ces scies montent et descendent perpendiculairement avec tant de vitesse , qu'un madrier long de douze pieds est coupé en planches en cinq minutes. Les châssis des scies sont en bois de pin, le plus tendre possible; car le frottement est si considérable , qu'un bois plus dur prendrait feu inévitablement. Quand je vis cette machine, les châssis fumaient beaucoup, et, malgré toutes les précautions que l'on prend de les tenir bien graissés, quelquefois ils s'allument. Au printemps et en automne, le fleuve, dans le voisinage du moulin, est généralement couvert de trains de madriers, et des navires sont constamment occupés à charger des planches et des poutrelles.
Les hauteurs de Montmorency sont fameuses par l'attaque infructueuse de Wolf, quelques jours avant de débarquer aux plaines d'Abraham. Le propriétaire du moulin, en creusant le canal de sa prise d'eau , rencontra un grand nombre de boulets et d'obus de différentes dimensions. Les Français étaient retranchés sur les
hauteurs ; pendant qu'un corps considérable d'Anglais escaladait les collines, pour essayer d'emporter d'assaut leurs ouvrages, les vaisseaux enabossés dans le fleuve, afin de couvrir l'attaque des troupes de terre, et de partager Fatten tion de l'ennemi, lâchaient des bordées. Mais la position des Français était trop forte pour les soldats de Wolf; près de 600 hommes, la fleur de son armée , périrent; il fallut abandonner l'entreprise.
Du sommet des hauteurs , au-dessus du moulin, on a une belle perspective de Quebec et du fleuve. La moitié septentrionale de l'étendue semi-circulaire du promontoire rocailleux, et sa portion qui s'incline vers la rivière Saint Charles , se présentent aux regards. La surface de la partie du rocher , sur lequel la ville est située , s'abaisse de manière que l'on peut la voir presque entièrement; et l'on distingue bien les toits en fer-blanc qui s'élèvent à mesure qu'ils s'éloignent de l'œil du spectateur ; au-dessus dominent les clochers , le télégraphe et le mât du pavillon.
Au-dessous de l'escarpement, se prolonge le quartier de la ville , voisin de la rivière Sainttome m. 8
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Charles ; les maisons de la droite escaladent en quelque sorte une partie de la pente. Sur la rive opposée du Saint- Laurent , on voit la pointe Levi; entre les maisons qui la couvrent et la citadelle, on aperçoit le cours du fleuve arrivant de Montréal; des eminences bleuâtres terminent la perspective à une certaine distance. En bas et à gauche du spectateur , s'étend l'île d'Orléans qui est fertile et bien boisée ; une multitude de navires de toute grandeur naviguent sur le fleuve ; d'autres sont entassés autour des quais de la ville basse de Quebec.
Je visitai le Saut de Montmorency en été; je fis une autre excursion en hiver, à 18 milles au nord-est de la capitale; un particulier de ma connaissance avait commencé à défricher des terres sur les bords de la rivière de Jacques- Cartier, qui coule de ce côté; il y avait placé un fermier et sa famille, récemment arrivés du comté d'Ayr, en Ecosse. Au mois de novembre 1818, j'y allai avec lui. Pendant quelques jours le temps avait été variable et désagréable, tel qu'on l'éprouve ordinairement au commencement de l'hiver; la pluie, la neige, le dégel , la gelée, se succédaient alternativement et rapi-
dement. Quoique mon ami m'eût averti que Ja route était mauvaise, et qu'il fallait parcourir 9 milles à pied, à travers les bois, le désir de voir le nouvel établissement l'emporta, et je convins de partir de compagnie avec lui.
Nous nous pourvûmes, pour cette course, de mocassins qui avaient été' préalablement frottés d'huile; cette chaussure est beaucoup plus commode que les souliers et les bottes 5 elle a une oreille qui enveloppe la cheville, autour de laquelle on l'attache avec une courroie. Nous avions aussi chacun deux paires de bas. Mon compagnon noua autour de son corps un sac de soldat; je le remplaçai pour moi par un mouchoir de soie.
La première partie de notre voyage se fit en calèche , jusqu'au village de Lorette , sur les bords de la rivière Saint-Charles , à près de 9 milles au nord-est de Quebec. A peu près deux cent cinquante Hurons sont établis depuis long-temps dans ce village ; ils ont adopté la religion , et en grande partie la langue des Français Canadiens. Ils ont une église, un prêtre vit au milieu d'eux , et par ses exhortations contribue à prévenir leur trop grande dissipation ; il ne leur
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permet pas de tenir cabaret; mais ils ont la faculté de loger et de nourrir les voyageurs.
Une pluie } mêlée de neige fondue , n'avait pas cessé de tomber depuis notre départ de Quebec 5 le vent la poussait contre notre visage, de sorte qu'en arrivant à Lorette, j'étais trempé jusqu'à la peau. Heureusement pour moi , mon compagnon de voyage connaissait à Lorette M. Etienne, chez lequel nous descendîmes. Je séchai mon habit au feu de la cuisine ; et je rue réconfortai avec une écuelle de bouillon que me servit Madame Etienne.
La salle où elle me l'apporta était assez grande; il y avait un poêle 7 un sofa , et les autres meubles qui garnissent ordinairement ces sortes d'appartement. Cette salle donnait passage dans deux petites chambres, où il y avait des lits avec des rideaux blancs et des couvertures blanches de coton; tout était extrêmement propre, et, dans la maison , chaque chose présentait l'image de l'ordre. Il est réellement très rare de rencontrer, soit dans le Canada, soit dans les Etats- Unis , une auberge de campagne , dont l'apparence soit aussi attrayante que celle de cette habitation d'un pauvre Huron. M. Etienne
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était un vieillard encore robuste et actif* depuis peu de temps seulement il était de retour d'une expédition de chasse dans les forêts , à plus de iooo milles de distance. Sa femme paraissait beaucoup plus jeune que lui ; elle s'occupait à broder des mocassins; tous deux parlaient couramment le français. Ces gens ont gardé la forme indienne de leurs vétemens, qui sont en drap; la femme portait beaucoup d'ornemens en argent.
Comme nous allions commencer la partie de notre course que nous devions faire à pied, nous engageâmes un jeune Indien, nommé Paul, à nous accompagner, et à porter sur ses épaules notre valise bien garnie. C'était un jeune homme vigoureux, sa taille était de six pieds; il portait un frac bleu, des jambières et des mocassins; une hache était passée dans sa ceinture.
Notre marche à travers les bois fut fatigante et désagréable; le sentier, car on ne pouvait l'appeler un chemin, n'avait été frayé que deux ans auparavant. La pluie était tombée si abondamment, que fréquemment nous enfoncions jusqu'aux genoux dans des flaques d'eau et des bourbiers. Mes mocassins, grâces à l'huile dont
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ils étaient imprégnés, résistèrent pendant quelque temps à l'humidité; mais, peu à peu, j'en-» fonçai si profondément, qu'il ne fut plus question d'avoir les pieds secs. La pluie et la neige continuèrent plus d'une demi-heure après notre départ; vers l'après-midi elles cessèrent.
Par intervalles nous rencontrions des maisonnettes habitées par de nouveaux colons ; nous vîmes quelques-uns de ces hommes occupés à abattre des arbres. Sur le bord d'un torrent qui coulait avec fracas au travers de la forêt, on avait construit, pour l'avantage des colons, un moulin à scie qui n'approchait pas des dimensions de celui du Montmorency , car il n'avait qu'une seule scie.
Trois milles plus loin nous arrivâmes à Riverside, lieu ainsi nommé par mon ami; c'est là que demeuraient le colon et sa famille, dans une maison en bois, solide et commode; elle était composée de deux pièces, avait des fenêtres avec des vitres, un grand ppêle dans la cuisine, et plusieurs autres choses que ses habitans n'auraient pas pu se procurer, si, comme beaucoup d'autres éinigrans ., ils avaient eu à lutter contre les premières difficultés de leur établissement
avec leurs seules ressources. Trois Indiens airiaient au colon à défricher le terrain j nous vîmes plusieurs tiges de blé* les unes étaient la seconde, d'autres la première récolte.
Les Indiens manient la hache avec beaucoup de dextérité: pour abattre les arbres, ils attaquent le tronc à peu près à trois pieds de la terre, la partie inférieure de l'eu taille est parfaitement horizontale , la partie supérieure est oblique et forme avec l'autre un angle de 4^ degrés. Les copeaux sont enlevés de la surface supérieure, et, en conséquence de leur inclinaison vers le grain du bois, cèdent facilement au tranchant de la hache. Un sauvage coupera trois ou quatre grands arbres, avant que deux charpentiers, travaillant avec une scie, viennent à bout d'un seul.
Dans cet endroit, la rivière de Jacques-Cartier a à peu près 5oo pieds de largeur; elle est navigable , soit en remontant , soit en descendant, pendan t près de 20 milles; mais plus bas, des cataractes et des rapides coupent la communication, de sorte que les colons ne jouissent pas de l'avantage que leur procurerait une rivière navigable qui transporterait à Quebec les productions
de leur terre. De petites îles s'élèvent au milieu du lit de la rivière \ et la rive opposée s'élève à une hauteur considérable.
Cette maisonnette, dans l'immensité du désert, ne présentait rien de bien curieux; mais sa situation m'intéressa, parce qu'elle m'offrit quelques traits caractéristiques de l'existence à laquelle se dévouent annuellement des milliers d'hommes, dont beaucoup, je le crains, ignorent entièrement les peines et les difficultés contre lesquelles ils auront à combattre, et la privation totale des aisances de la vie civilisée, à laquelle ils doivent en général se résigner. Cependant cette maisonnette, quoique solitaire, entourée de forêts épaisses, près d'être enveloppée des neiges d'un hiver du Canada, et au milieu d'une atmosphère qui est quelquefois assez froide pour geler le mercure du thermomètre , ne pouvait point passer pour isolée, en comparaison des milliers de cabanes qui, dans les régions de ce vaste continent les plus reculées, sont enterrées dans les bois. Avant d'arriver à celle-ci , nous en avions rencontré trois autres; et, de l'autre côté de la rivière, il y en a encore une ou deux : la distance qui sépare de Quebec n'est pas con-
sidérable, et en hiver, quand la neige couvre la terre, le traîneau ou la carriole peuvent parcourir cet espace en trois ou quatre heures.
Cependant, quelle existence pitoyable que celle de ces hommes, pendant les longs mois de l'hiver! La terre est complètement cachée, le travail des champs entièrement suspendu , le froid si rigoureux, qu'à moins d'être enveloppé de fourrures épaisses , on ne peut sortir sans être saisi par la gelée 5 et chez soi on n'a pas un ouvrage qui puisse convenablement occuper l'attention. Que peuvent faire, pendant tout l'hiver, cet homme, sa femme et leurs trois enfans, que rester inactifs au coin du feu, manger, boire, dormir , et soupirer inutilement après le printemps?
Certes, cela est assez triste ; mais être enterré dans les forêts immenses des pays de l'intérieur, est encore pis. Au moins le colon écossais est à la portée de ses semblables , si par hasard il a besoin d'eux , et peut même se procurer quelques-unes des aisances de la vie, s'il a le moyen de les acheter ; mais l'homme relégué dans les savanes les plus reculées et les moins fréquentées, ou dans les forêts encore plus lugubres des
pays de l'ouest, éloigné de loo milles d'un chirurgien i et de 200 ou 3oo milles d'une église , avec ses iooo acres de terre cultivés seulement par les personnes qui sont dans sa cabane , est certainement un objet de pitié pour l'habitant le plus misérable d'un hospice ou d'une maison de travail. Il conserve en lui assez de ce qui constitue la nature humaine, pour être compris dans la définition littérale de l'homme donnée par l'école, animal bipes implume (animal bipède sans plumes); mais ne risque-t-il pas à chaque instant d'être la victime des sauvages, des ours , des fièvres , des marécages , d'une chute qui lui casse les membres? et, dans ce cas, a-t-il rien que le plus pauvre doive lui envier?
Je sais qu'il peut récolter autant de froment et de maïs qu'il lui en faut pour satisfaire les besoins de la faim, et peut-être pour lui procurer une fois l'an des habits pour lui et pour sa famille ; il peut aussi tuer des animaux sauvages , faire des cordes avec leurs fibres, de la chandelle avec leur graisse , et des souliers avec leur peau; mais il est absolument séquestré de la société des autres hommes ; il est étranger à tous
les rapports, à tous les devoirs, à toutes les consolations qui en sont une conséquence. Ses enfans grandissent sans instruction, ignorent leurs obligations envers Dieu et envers les hommes. L'uniformité monotone avec laquelle le temps se passe, lui fait perdre le compte des jours de la semaine; ou s'il se rappelle le retour du premier jour, très probablement il n'y fait aucune attention. Il agit rarement d'après une impulsion supérieure à celle qui excite les animaux d'un ordre inférieur, et il n'est animé par aucune espérance au-dessus de l'idée de satisfaire des désirs purement physiques.
On peut dire de quelques hommes, qui ont adopté ce genre de vie, qu'il a été l'effet d'un choix involontaire, et que la dure nécessité les y a contraints ; cela n'est exact que d'un très petit nombre. Ceux dont les ressources sont le plus épuisées , trouvent généralement un refuge plus près de l'habitation de leurs semblables, où ils obtiennent une portion de terre moins considérable, mais où, du moins, ils ne sont pas si complètement exclus des avantages de la vie civilisée- Ceux qui choisissent les solitudes de l'ouest, sont ordinairement des hommes qm
jouissaient d'une part modérée et quelquefois abondante des bienfaits de la Providence , mais qui ont été les dupes de mécontentemens politiques, ou de désirs injustes d'augmenter ce qu'ils possédaient.
La nuit approchait, et je commençais à réfléchir à la manière dont nous la passerions , car la cuisine était la seule pièce habitable ; on avait creusé dans l'autre un trou profond pour y déposer les provisions d'hiver à l'abri de la gelée, et l'on n'avait pas encore placé un plancher sur le sol. Je ne tardai pas à m'apercevoir que je m'inquiétais tout seul. Un lit dressé dans la cuisine, qui avait une surface d'une douzaine de pieds carrés, fut destiné à mon ami et à moi; une sorte de lit de camp servit au fermier , à sa femme et à leurs trois enfans-Paul et les trois autres Indiens prirent chacun une grosse bûche pour oreiller, s'enveloppèrent de leurs couvertures, et s'étendirent sur le plancher.
Le lendemain matin , le temps fut serein , il gela; une petite promenade, à la voile, sur la rivière, aiguisa notre appétit; un peu avant midi, nous reprîmes le chemin de Quebec. En trois heures nous atteignîmes la maison de M. Etienne?
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qui, sous tous les rapports, était J^ien supérieure i\ celle que nous venions de quitter. A l'aide d'une calèche nous eûmes bientôt regagné la capitale.
Cette ville, très bien fortifiée par la nature et par l'art , peut passer pour imprenable. Les murs sont si hauts qu'elle ne peut craindre d'être emportée par escalade , et si épais qu'il paraît impossible d'y pratiquer une brèche ; enfin tant que la Grande Bretagne conservera sa supériorité navale, il ne pourra être question de blocus. La longueur et la rigueur de l'hiver sont aussi de puissans auxiliaires , car ils ne permettraient guère de suivre les opérations d'une campagne. J'ai entendu dire que, dans cette saison , les sentinelles des remparts étaient relevées de quartd'heure en quart-d'heure pendant la nuit 7 à cause de l'intensité du froid.
La littérature est à Quebec à peu près au même degré qu'à Montréal, et je crois même que s'il existe à cet égard quelque différence entre les deux villes , elle est tout au désavantage de la capitale. Quebec est encore plus une ville maritime que ne l'est Montréal; plusieurs
de ses maisons de commerce ne sont que des succursales de celles de Montréal.
Cette particularité doit influer sur le caractère de la société, quoique Quebec, comme siège du gouvernement, et ville de garnison, doive être bien plus dissipé dans la saison des plaisirs que Montréal ; mais mon séjour dans cette capitale a été trop court, pour que j'aie pu en observer les mœurs. La population est un peu inférieure à celle de Montréal.
Il est à regretter que jusqu'à présent l'on ait fait si peu pour l'instruction des Canadiens français ; excepté les collèges de Montréal et de Quebec, je n'ai pas appris qu'il existât une seule école où les jeunes gens pussent acquérir même les élémens les plus ordinaires de l'éducation. Pendant quelque temps, il fut question d'établir une école d'enseignement mutuel; cette tentative manqua par l'opposition de l'évêque anglican ; ce prélat est un de ceux qui ne croient pas à ce précepte : « On met la lumière sur le chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison ; » il pense qu'on ne l'allume que pour la mettre sous le boisseau. Lorsqu'on s'occupa au Canada du projet de l'école d'ensei-
gnement mutuel ] on avait toute raison de compter sur la coopération, ou au moins sur la permission de l'évêque romain ; mais celui-ci désapprouva le dessein , lorsque le prélat anglican eut refusé son consentement.
A peu près à 7 milles au-dessus de Quebec , le Saint-Laurent reçoit à droite la rivière de la Chaudière, qui forme une cascade fameuse : n'ayant pas visité cette curiosité naturelle , je vais en emprunter la description à M. Silliman. a La Chaudière, dit ce professeur, est une rivière considérable , mais à cause de ses sauts , de ses rapides et autres empêchemens nombreux, à peine navigable pour des pirogues. Elle prend sa source dans le lac Megantic , près du territoire américain 5 sa largeur ordinaire est de 1,200 à 1,800 pieds j la longueur de son cours est de plus de 100 milles; ses rives sont généralement hautes , rocailleuses , escarpées. Sa largeur, à la chute, est réduite, à cause des pointes de rocher, à 400 pieds; la descente est estimée à i3o pieds; des masses énormes de rocs couvrent ses bords près du Saut , qui est divisé par des masses semblables en trois bras; ils se réunissent avant de se précipiter dans Fabyme qui est au-dessous*
La chute présente un caractère grand, sauvage et turbulent; les eaux mugissent , frappent en écumant , et s'élancent par-dessus la barrière qui s'oppose à leur passage j les courans luttent contre des contre- courans, et tous s'engouffrent dans un tourbillon sans cesse agité j c'est sans doute l'origine du nom donné par les Français. »
Pendant mon dernier séjour à Montréal , je vis quelques Indiens qui avaient accompagné des voyageurs ou chasseurs canadiens. L'aspect de ces hommes me rappela les Oney da que j'avais vus dans mon voyage d'Àlbany à Buffalo. Combien ils différaient les uns et les autres des Tuscorora, qui ont été réunis en société dans la partie occidentale de l'Etat de New- York, à peu de distance de la rivière de Niagara !
Les restes épars des peuples , anciens propriétaires de ces pays, que l'on y rencontre encore disséminés au milieu des établissemens des blancs , sont généralement dans un état de dégradation déplorable; ce n'est pas d'après eux que l'on peut apprécier convenablement le véritable caractère des indigènes. Nous serions tout aussi fondés à juger les Anglais d'après les individus qui habitent les maisons de force, ou
d'après ceux qui se trouvent à bord d'un vaisseau emmenant des déportés. La paresse et la dissipation ont détruit tout ce qu'il y avait de bon chez les peuples indigènes de l'Amérique du nord. On les aperçoit sales et l'air humble, enveloppés d'une méchante couverture de laine, mendier les dons des hommes qui les ont dépouillés des terres sur lesquelles ils chassaient , et qui ont presque entièrement extirpé leur race. « Leur courage, dit M. Washington-Irving, est abattu par le sentiment qu'ils ont de leur infériorité y et leur bravoure naturelle, complètement vaincue par la supériorité des connaissances et du pouvoir de leurs voisins plus éclairés qu'eux. La société s'est avancée contre eux comme un monstre à plusieurs têtes, vomissant chacune quelque espèce de misère ; elle était précédée 'de la peste, de la famine, de la guerre \ à sa suite marchait un fléau encore plus exterminateur , mais dont les effets se sont fait sentir plus lentement : le commerce. Ce que les premiers n'avaient pas emporté, a été graduellement flétri par son souffle- il a augmenté les besoins de ces peuples 9 sans accroître leurs moyens de les satisfaire. Il a énervé leur vigueur, Tomk m. 9
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multiplié leurs maladies, diminué leurs facultés intellectuelles, et ajouté à leur barbarie originelle , les vices les plus bas de la civilisation. La pauvreté, la pauvreté chagrine et livrée au désespoir, ce tourment de l'esprit, inconnu dans la vie des forêts, les ronge jusqu'au cœur. Ils errent comme des vagabonds dans les colonies européennes, au milieu de maisons spacieuses, remplies de toutes sortes de choses commodes , ouvrages de l'art qui ne servent qu'à les rendre, par la comparaison, plus sensibles à la misère de leur condition. Le luxe étale devant eux sa vaste table ; mais ils sont exclus du banquet. La forêt qui autrefois leur fournissait copieusement des moyens de subsistance, a été abattue; des champs de blé l'ont remplacée , mais les Indiens ne participent pas à la moisson : l'abondance règne autour d'eux ; ils meurent de faim au milieu de ses provisions. La solitude fleurit comme un jardin , mais leur condition est comme celle des reptiles qui l'infestent. »
Les Tuscororas que j'avais vus sur le territoire des Etats-Unis, offraient un contraste très remarquable , contraste qui faisait plaisir. Ils étaient tous vêtus décemment; quelques-uns
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même Tétaient avec une sorte de recherche, On observait, chez la plupart, des marques de cette satisfaction qui tient à l'aisance personnelle et aux avantages qui en résultent. Il y avait bien dans leur physionomie une teinte de tristesse qui semblait dire : « Les Indiens ne sont plus ce qu'ils furent jadis; » mais cette tristesse ressemblait plutôt à l'expression de la résignation qu'à celle du désespoir. D'ailleurs, cette race d'hommes est naturellement taciturne. J'allai avec eux à l'église; le service divin fut célébré dans leur langue : leur recueillement annonçait qu'ils étaient pénétrés de la vérité de la doctrine qu'on leur prêchait. Leur ferveur en priant était vraiment touchante.
Le ministre de l'Evangile qui habite parmi eux me dit que, depuis qu'ils avaient embrassé le christianisme, on avait remarqué en eux une amélioration sensible. Peu d'années auparavant, ces Tuscororas étaient aussi dégradés que les tribus voisines; aujourd'hui, au contraire, sur leur nombre total, qui, en y comprenant les femmes et les enfans, est à peu près de trois cents, on en compte à peine dix qui fassent un usage immodéré des liqueurs spiritueuses. Ceux - ci
même ne se livrent à ces excès que rarement ; et lorsque cela leur arrive, ils se cachent le plus qu'ils peuvent, jusqu'à ce qu'ils supposent que leur faute est oubliée.
Ces Indiens s'occupent assidûment de l'agriculture. Indépendamment du maïs , céréale dont l'usage leur a été transmis par leurs ancêtres, ils ont commencé à semer du froment, qui exige une attention plus soutenue, mais qui, en même temps, donne un produit plus précieux et moins sujet à souffrir des vicissitudes de l'atmosphère. Us montrent beaucoup d'honnêteté dans leurs rapports entre eux et dans leurs relations avec leurs voisins , et s'occupent soigneusement de l'entretien et du bien-être de leurs familles. Tous ces Tuscororas n'ont pas embrassé la religion chrétienne; ainsi les bienfaits de la doctrine évangélique ne se sont pas bornés à ceux qui en font publiquement profession. Une règle invariable de probité et de morale a été introduite parmi ces Indiens : la régularité de la conduite a été encouragée ; le vice, au contraire, a etc découragé. Cette communauté est aujourd'hui plus heureuse et plus riche qu'elle rie l'a jamais été.
Un des chefs est un chrétien très décidé : d'autres ne sont pas encore au nombre des croyans; mais ceux-ci ont été obligés de convenir du changement heureux qui s'est opéré dans la nation. L'un d'eux avait récemment visité un village près de Buffalo, où sont réunis une paiîtie de ce qui reste des cinq nations, confédération jadis puissante, qui dominait en souveraine sur les rives du lac Erié et de l'Ontario, du Mohâk et du Hudson, et qui, aujourd'hui, est réduite a quelques individus dégénérés. Le chef des Tuscororas, de retour chez lui, avoua à l'ecclésiastique qui dirige la communauté, qu'il avait été surpris de la différence qui existe entre les habitans des deux villages; les uns étaient sobres, laborieux et heureux; les autres, ivrognes, paresseux et misérables. Le changement qui s'était opéré dans le sien avait été si graduel , qu'il avait eu de la peine à observer sa marche, et a lui assigner une cause.
Les cinq nations dont je viens de parler , étaient les Mohâks ou Iroquois, les Oneydas , les Onondagos , les Cayougas et les Sénécas. Il paraît que plus tard les Tuscororas accédèrent à la confédération. Les Sénécas sont les plus nom-
breux dans le village dont il vient d'être question, ce qui lui a valu le nom de village des Sénécas. On a souvent,essayé d'introduire le christianisme chez eux; mais un de leurs chefs, qui jouit d'un grand crédit, l'a constamment employé à combattre ces tentatives, et jusqu'à présent ses efforts ont réussi. Ce village est noté pour la paresse et la dissipation. Lorsque je traversai Buffalo, ville nouvelle sur le lac Erié , je vis plusieurs Sénécas qui mendiaient dans les rues. Le dimanche matin, avant mon départ de Lewiston pour le village des Tuscororas, il en vint deux à la porte de l'auberge où je demeurais : ils voulaient avoir du rum. Je leur demandai à quelle nation ils appartenaient, car je craignais que ce ne fussent des Tuscororas; ils me répondirent qu'ils étaient Sénécas. Je leur dis que le rum était très mauvais pour eux. ((Non, non, repartit l'un deux, en riant, bon, très bon.» Cependant ils s'en allèrent sans avoir pu en obtenir.
Une gazette de New -York qui m'est parvenue récemment, m'apprend que, dans l'été de 1819, un nouveau conseil de ces Indiens s'est solennellement déclaré contre l'introduction du christianisme parmi eux. Ce reste des cinq na-
lions , ajoute l'éditeur, ne peut exister très longtemps; jamais peuplade n'a diminué si rapidement.
Ce fut de ce village que furent amenés ceux que l'on vit en Angleterre, en 1818 et 1819, et qui répétèrent leurs danses de guerre sur la plupart des théâtres. Depuis que les lignes précédentes ont été écrites, j'ai appris que plusieurs Anglais, animés d'un sentiment de bienveillance pour ces Indiens, leur ont donné à chacun des Bibles,avant leur départ pour leur pays, et ont essayé de leur communiquer des idées religieuses. Ces généreux efforts n'ont pas été infructueux. Une réunion pour prier en commun , tous les dimanches , a été établie dans le village Sénéca, sous la direction d'un instituteur américain , qui demeure dans ce lieu 5 et deux ou trois de ces Indiens qui sont allés en Europe, assistent régulièrement à l'office. Une lettre de remercîment adressée à leurs bienfaiteurs en Angleterre, lettre qu'ils ont dictée, a paru dans un des journaux religieux en 1822.
Les marchands qui demeuraient dans le voisinage du Tuscororas, ayant fait des avances aux Indiens, s'étaient adressés à l'ecclésiastique du
lieu, pour obtenir leur remboursement par son intermédiaire ; il leur répondit qu'il ne se mêlait de ces sortes d'affaires que lorsque l'Indien était un membre de son église. Un d'eux était convenu d'un prix pour une charrette, avec un charron de Leviston : avant qu'elle lui fût livrée, un marchand de la Nouvelle- Angleterre, passant par là, lui proposa de lui en vendre une à plus bas prix , et finit par lui persuader de l'acheter. Quelque temps après , le charron lui dit que la charrette était prête, et lui en demanda le paiement. L'Indien répondit qu'il n'avait plus besoin de la voiture, parce qu'il s'en était procuré une à meilleur marché» Le charron eut recours à l'ecclésiastique; celui-ci essaya d'expliquer à l'Indien la nature d'un marché, et l'obligation qu'il imposait aux deux parties. L'Indien convint qu'il avait pris l'engagement, mais objecta qu'ayant obtenu la charrette à un prix inférieur à celui qui avait été stipulé, ce fait prouvait que le charpentier avait essayé de le tromper , et qu'en conséquence, conformément aux principes de la jurisprudence indienne, il n'avait pas le droit d'insister pour lui faire prendre son ouvrage. Tout ce que l'ecclésiasliqueiputdire pour
convaincre l'Indien du droit du charpentier de le forcer à prendre la voiture, fut inutile; mais, d'un autre côté, persuadé que l'ecclésiastique ne voudrait pas faire du tort à xm de ses frères rouges, et que de plus il connaissait très bien ce qui était conforme aux lois des blancs, il accepta la voiture dont il n'avait pas besoin , et en paya le prix convenu qui était de 4° dollars.
Cette conduite paraîtra encore plus honorable de la part de l'Indien, lorsqu'on saura qu'un blanc n'a , par la loi , aucun recours contre un Indien , pour une dette , quoiqu'un Indien puisse poursuivre vin blanc. Disposition sage et très humaine.
Ce que j'ai vu et entendu chez les Tuscororas me confirme dans l'idée que j'ai depuis longtemps : je pense qu'il y a de la folie, et pire que de la folie . de parler de l'impossibilité de civiliser les aborigènes du nord de l'Amérique. C'est un sujet de honte pour des hommes raisonnables, que des assertions semblables aient jamais été proférées. Je conviens volontiers qu'il est difficile d'effectuer complètement l'entreprise ; mais les principaux obstacles qui existent sont nés de la conduite dépravée des marchands
blancs; je crois que si l'on prenait pour exemple le caractère moral de plusieurs de ceux-ci, c'est à eux et non aux pauvres Indiens, si méprisés, ([lie conviendrait le nom de Sauvages.
Depuis que les Européens ont mis le pied dans le Nouveau- Monde , leur conduite, à un petit nombre d'exceptions près, a offert une combinaison de tromperie, de rapacité et de cruauté trop atroce, pour qu'on puisse la caractériser par quelque nouvelle épithète, pour la rendre plus odieuse. Us trouvèrent quelques milliers d'hommes nus dans la possession paisible d'espaces immenses de terrains fertiles, arrosés par de vastes lacs et des rivières navigables. Ils je tèrent vin œil de convoitise sur ce continent, et à force d'intrigues et de fraudes ils réussirent à le posséder presque tout entier, et par extirper presque partout la race qui le peuplait.
Parmi le petit nombre d'Européens qui montrèrent aux Indiens de la bonté et de la bonne foi, on peut citer Guillaume Penn. Les Delàvares parlèrent long-temps avec respect et avec l'expression du ravissement, du frère Miquon , car c'était ainsi qu'ils traduisaient son nom, et de ses frères les Quakers. Quand la guerre éclatait,
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en Pensylvanie, entre les Indiens et les blancs , l'habit de Quaker était une sauve-garde dans tous les camps indiens, et Phomme sans armes qui le portait, recevait un accueil amical dans chaque vigvam. L'histoire de cette colonie et de quelques autres prouve complètement que les Indiens n'étaient pas insensibles aux marques de bonté que leur donnaient les blancs , et qu'au contraire , partout où on les traitait comme des hommes, à leur tour ils se conduisaient humainement.
Mais on pensait différemment. Quelle entreprise longue et douloureuse que celle de raconter comment les peuples de l'Amérique ont été anéantis! Les détails seuls diffèrent ; mais l'ensemble de cette triste histoire offre des traits généraux de ressemblance. Les hommes blancs étaient forts; les hommes rouges, faibles; les blancs, rusés et entreprenans; les rouges, simples et sans défiance : les blancs avaient besoin de terres; les rouges furent obligés de les leur abandonner. Le rum, la poudre et la baïonnette furent les moyens employés pour effectuer le changement. Les Indiens furent excités à se piller et à se massacrer les uns les autres; les blancs
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achevèrent ce qu'ils avaient commencé. Les restes des rouges, découragés, des tribus dispersées, devinrent les esclaves de l'ivrognerie et de la paresse. Us furent aisément déterminés à échanger contre des liqueurs enivrantes, ou tout ce qu'on voul u t leur don ner , la terre qui 1 eur restait encore . « Finalement, disait un chef indien, les blancs nous ont successivement chassés dans le désert , loin de l'eau, du poisson et des huîtres. Ils ont détruit le gibier j nos peuples se sont anéantis ; aujourd'hui nous vivons misérables et malheureux; et eux jouissent de notre pays si beau et si fertile.»
Les blancs , après avoir dépouillé ainsi les Indiens de leur territoire, après les avoir abrutis, et les avoir presque exterminés , ont calomnié leur caractère, de sorte que les peuples indigènes de l'Amérique septentrionale sont regardés, par la plupart des nations de l'Europe, comme la quintessence de ce qu'il y a de plus odieux dans la nature humaine, comme des êtres qu'il est impossible de tirer de la barbarie , et que , par conséquent, on peut, sans le moindre sujet de remords, vouer à la destruction.
Un des principaux argumens , si on peut les
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appeler ainsi, employés par quelques personnes pour prouver l'incapacité des Indiens d'être civilisés, est qu'ils ont diminué si promptement depuis que les blancs sont entrés dans leur pays, et qu'ils se sont si rarement incorporés avec ceux-ci. Mais , à moins d'un miracle , un autre résultat aurait été impossible. Il ne faut pas oublier que les blancs ne se bornant pas à détruire autant d'Indiens qu'ils le pouvaient, ont saisi toutes les occasions d'exciter adroitement une tribu à faire la guerre à une autre , et que dans toutes les circonstances où les colons européens se battirent entre eux , chaque parti réunit, pour l'aider, des multitudes de guerriers indiens, qui tombaient victimes de guerres désastreuses. Dans les querelles entre les colons français et anglais , dans la guerre de la révolution , dans le malheureux renouvellement d'hostilités qui eut lieu en 1812, les Indiens furent, sans raison ni pitié, enveloppés dans des contestations qui ne les intéressaient en aucune manière, et furent écrasés entre les puissances opposées, comme le grain entre les meules. Une haine invétérée poulies blancs, et entre les Indiens les uns pour les autres, a été nourrie par tous les moyens possibles :
les liqueurs spiritueuses prodiguées pour les desseins les plus vils, l'immoralité en tout genre encouragée, des maladies dégoûtantes, et auparavant inconnues, propagées, toute espèce d'instruction refusée à ces infortunés; et l'on veut qu'après cela nous soyons surpris de ce que la race indienne disparaît rapidement!
Que l'on suive un système opposé; la raison et l'expérience se réunissent pour nous faire espérer un résultat différent. Que Ton fasse, pour les peuples qui survivent, ce que l'on a fait pour les Tuscororas. Ils sont plongés dans les ténèbres , donnons-leur dans leur langue la lumière de la vérité céleste ; ils sont paresseux , encouragons-les à devenir laborieux ; ils ont été privés de leurs territoires de chasse , faisons-leur connaître les arts utiles; ils sont découragés et comme désespérés , ranimons - les par l'espoir d'une satisfaction actuelle et d'un bonheur futur ; que l'usage des liqueurs fortes seit rabaissé par tous les moyens possibles; qu'on les protège contre les artifices funestes des hommes, chez qui le désir du gain efface toute considération de devoir moral ; qu'en même temps on leur offre la main en frères sincèrement affectionnés
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el désintéressés; et nul doute qu'ils la saisiront et la presseront contre leur cœur. Que les générations qui s'élèvent reçoivent les bienfaits inappréciables d'être instruites de bonne heure des vérités delà religion, et exercées à la pratique des arts mécaniques j alors tout prendra unj aspect plus riant; la confusion fera place à l'ordre, la paresse à l'amour du travail, la misère au bienêtre.
Depuis quelques années, l'histoire, les langages et la religion de ces tribus éparses ont commencé à attirer l'attention d'hommes doctes et doués d'un esprit observateur ; les faits dont leurs recherches ont procuré la connaissance , méritent l'attention des hommes qui réfléchissent.
On s'est beaucoup occupé de la question de savoir d'où étaient venus les premiers habitans de l'Amérique; il est peut-être impossible de la résoudre d'une manière complètement satisfaisante; mais il y a beaucoup de raisons de croire que les Indiens trouvés, par les Européens, en Amérique , sont au moins la seconde race distincte qui a vécu sur le territoire occupé aujourd'hui par les États-Unis. On a découvert,
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dans l'Etat d'Ohio et dans son voisinage , des restes de grands tertres, élevés par la main des hommes, et sur lesquels croissent des chênes qui ont plus de quatre cents ans, et qui ont été précédés de deux autres successions des mêmes arbres. Ces ouvrages sont construits avec beaucoup de régularité , et offrent principalement des figures circulaires , carrées et octogones; sont pourvus d'ouvertures pour des portes à des intervalles égaux , et sont quelquefois joints les uns aux autres par de longs passages également garnis de retranchemens. Le terrain enclos varie en surface depuis un jusqu'à cent acres ; les murs ont de i5 à 20 pieds de largeur à leur base, et diminuent graduellement en s'élevant. On distingue sans peine des fossés, des lignes extérieures de circonvallation et d'autres ouvrages destinés évidemment à une défense. Quelques tertres circulaires ont été ouverts dans l'enceinte de ces ouvrages ; on y a trouvé des ossemens humains de différentes grandeurs; on a rencontré dans les autres des fragmens d'armures en cuivre , couvertes en argent , et attachées par des agrafes à des lanières de cuir; des morceaux de tuyaux de cuivre rem-
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plis d'une rouille ferrugineuse, des pointes de lance en cuivre, des briques et des urnes en argile cuite au four, des haches de pierre de différentes espèces , des outils et des ustensiles; enfin des imitations grossières de bustes humains.
Ces objets prouvent que ces fortifications en terre n'ont pas été faites par les Indiens ; car ceux-ci, avant l'arrivée des Européens chez eux, ne connaissaient pas les métaux, et n'avaient pas l'idée de briques ni d'imitations en pierre de la figure humaine. Les crânes et les os offrent des différences prouvant qu'ils appartiennent à vine autre race d'hommes. D'ailleurs les Indiens ne savent rien relativement à ces ouvrages, ils n'ont aucune tradition qui les concerne; et sans doute ils n'en manqueraient pas, s'ils provenaient de leurs pères. Il ne paraît pas non plus qu'ils s'en soient jamais servis pour fortifications, ni pour demeure.
Il est vraisemblable que trois langues, radicalement différentes les unes des autres, ont été en usage parmi les Indiens qui habitaient à l'est du Mississipi. Du moins tous les dialectes dont il reste quelques vestiges, ont été ramenés d'une manière tome m. io
satisfaisante à un de ces trois-là. Jusqu'à présent , on n'a découvert aucune affinité entre eux , excepté dans leur construction grammaticale qui est un peu singulière. Mais peut-être commettrions-nous une erreur en décidant que ces nations n'avaient pas, dans le principe , une origine commune. Elles ne connaissaient pas l'usage des lettres, par conséquent leurs idiomes étaient sujets à des cliangemens continuels ; et d'ailleurs ces langues , regardées comme primitives , n'ayant été que depuis peu de temps réduites à ce petit nombre, il ne semble pas improbable que des recherches ultérieures ne les limitent encore davantage.
Ces langues sont l'Iroquois , le Lénapé et le Floridièn. La première est la source des dialectes parlés par les six nations dont il a été question plus haut, et par d'autres peuples qui, autrefois, vivaient au nord du fleuve Saint-Laurent. La seconde était celle des Delavares et d'autres Indiens qui occupaient la plus grande partie de l'intérieur des États-Unis* la troisième est celle des Criks et des peuples des Etats méridionaux, ainsi que de la Floride.
Le Lénapé semble s'être étendu beaucoup plus
que les deux autres , et , autant que nous pouvons en juger, était plus riche et plus systématique. Sa grammaire est remarquable par sa singularité , et contraire à toute idée que nous pouvons nous former d'avance d'une langue non écrite , parlée par des chasseurs errans. Au lieu de la division des noms en genres, elle ne reconnaît que la division des choses animées et inanimées ; et cette classification passe aussi dans les verbes. Elle a un singulier , un duel et deux pluriels, un particulier et un général. Dans les verbes, la variété des modes et des temps paraît avoir surpassé celle des Grecs ; leurs flexions sont modifiées, non-seulement par des pronoms affixes et prefixes, comme en hébreu, mais aussi par d'autres qui ont une signification adverbiale et conjonctive. De plus, le verbe se combine avec les noms, les adjectifs et les prépositions, avec une facilité inconnue dans les langues européennes; de sorte qu'une idée très compliquée, qui, dans les idiomes modernes, exigerait une circonlocution, se contracte, en Lénapé, de la manière la plus intelligible, en un seul mot, qui exprime la personne, l'action, le lieu , le temps et la circonstance. Ce trait
caractéristique des langues indiennes , qui se retrouve dans toutes, leur a fait donner, par un écrivain américain , l'épithète très convenable de polysynthétiques.
On regarde le dialecte mohâk comme le plus pur de la langue iroquoise. Les cinq autres nations comprennent facilement ce qui est écrit en mohâk 9 quoique chacune ait un idiome particulier. Il paraît que Piroquois n'a pas été analysé d'une manière critique comme le Lénapé ; mais, autant qu'on a pu le constater, il lui ressemble par la plupart de ses particularités grammaticales , notamment par celle d'être aussi polysynthétique. Cependant il reconnaît dans les noms la différence du masculin et du féminin.
Le floridien est moins connu que les deux autres langues; et, quant aux dialectes qui se parlent à l'ouest du Mississipi , on n'a pas encore des informations certaines sur leur nature.
Les premiers renseignemens qui nous ont été donnés sur la religion des Indiens sont fabuleux et incomplets. Lorsque les hommes rouges eurent découvert le véritable caractère des étrangers arrivés parmi eux , ils leur donnèrent l'épithète de peuple maudit; et bientôt, comme
d'un consentement unanime, ils refusèrent de leur communiquer toute notion qu'il fut en leur pouvoir de cacher. Ils furent surtout jaloux des recherches relatives à leur croyance religieuse, et sur aucun autre point ils ne se montrèrent aussi fermement disposés à tromper et à induire en erreur les curieux qui les interrogeaient. Ce ne fut par conséquent que lorsque des missionnairesy qui habitèrent longtemps parmi eux, eurent acquis complètement leur confiance , qu'ils furent en état de pénétrer leur système religieux , et de démêler les contradictions des premiers voyageurs.
La croyance des Indiens est remarquable par sa simplicité; et rien de ce qui tient à leur caractère ne les élève autant au-dessus des païens de tous les siècles et de tous les pays. La théologie des anciens Egyptiens , même d'après l'aveu des Grecs et des Romains, était remarquable pour son absurdité. Les superstitions de THindoustan, qui, de nos jours, ont été l'objet de recherches profondes, sont le comble de la barbarie et de l'impureté. Au contraire, les superstitions des pauvres Indiens de l'Amérique septentrionale qui n'avaient pas d'Alphabet, et qui,
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si nous en croyons quelques raisonneurs , étaient même dépourvus d'idées, se distinguent par un degré de simplicité et d'humanité qui mérite à un haut degré notre admiration.
L'unité de Dieu est reconnue par les Indiens; ils croyent aussi que Dieu est un esprit, et ne peut se représenter par aucun symbole visible ; et ils agissent en conséquence. Sur ces deux points , la religion des Indiens laisse à une distance immense, derrière elle, les doctrines polythéistes de l'antiquité. Ils offrent leurs prières et leurs adorations au bon Manitou ou grand esprit, qu'ils regardent comme le créateur et le conservateur suprême de l'Univers, auquel tous les êtres animés ou inanimés sont entièrement et perpétuellement sujets : ils le conçoivent revêtu de tous les attributs de perfection et de bienveillance qu'ils sont capables de se figurer.
Quoiqu'ils reconnaissent ainsi, à un certain degré , l'unité et la spiritualité de Dieu , ils croient qu'il a confié à plusieurs divinités inférieures le gouvernement des affaires terrestres, et que chaque homme a un esprit ou génie tutélaire qui le guide et le protège. Us adressent à
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ces esprits subalternes une sorte d'adoration inférieure, pour implorer leur protection par des sacrifices ; mais , en même temps , ils affirment que le grand esprit est en définitive l'objet de ces prières et de ces offrandes.
Indépendamment de ces esprits inférieurs , auxquels ils attribuent un caractère bienveillant, ils croyent qu'il en existe une autre classe dont les inclinations et l'influence sont mauvaises. Ils supposent que ces malins esprits ont à leur tête un pouvoir supérieur, qu'ils regardent par manière de prééminence comme le mauvais Manitou. Toutefois ils le considèrent ainsi que ses agens comme entièrement soumis à l'autorité du grand esprit.
Ils joignent à cette croyance un rituel , auquel ils se conformaient jadis avec la plus grande exactitude. Ils avaient des époques de réjouissance et d'actions de grâces publiques, par exemple, aux saisons de la récolte et de la chasse : les vieillards de la tribu y remplissaient les fonctions de prêtres. Ils avaient aussi un service religieux particulier , auquel le père de famille présidait.
Les Indiens ont aussi parmi eux une classe
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d'hommes qu'ils regardent comme des prophètes ou des devins. Ils supposent que ces gens sont doués de pouvoirs surnaturels, et capables de pronostiquer et même de diriger en partie les événemens futurs. Leur croyance à la puissance de ces jongleurs est peut-être la partie la plus faible de leur caractère. Les discours d'un de ces hommes opèrent si puissamment sur l'esprit des Indiens , qu'ils paralysent complètement son énergie; et comme plusieurs prophéties ont été accomplies, le mal dont le devin menace est souvent arrivé par la terreur qu'il a occasionée.
Autrefois les Indiens soignaient avec une attention particulière l'éducation de leurs enfans. Dès l'âge le plus tendre , ils leur inculquaient la croyance de la providence toute-puissante du grand esprit, et leur enseignaient à lui adresser des prières et des actions de grâces. Avant de permettre aux jeunes gens d'aller à la chasse ou à la guerre , on les soumet à une sorte d'initiation. On suppose que, pendant cette cérémonie, le symbole du génie on de l'esprit, sous la direction duquel ils sont placés, se révèle à eux. Cette cérémonie est accompagnée de jeûnesi et
d'exercices qui durent pendant plusieurs jours ; et il n'est pas surprenant que des idées superstitieuses soient excitées dans leurs esprits durant l'épuisement mental et corporel que produit une suite prolongée de pénitences rigoureuses.
Cette esquisse rapide, et par conséquent imparfaite du système théologique des Indiens , peut faire juger que, bien qu'erronné, il offre des traces distinctes d'une croyance plus pure. 11 ne semble guère possible que les ancêtres des Indiens aient pu être idolâtres ; il est bien plus probable que leur système théologique tire son origine des traditions reçues du temps des patriarches , mais obscurcies.
Les détails dans lesquels je viens d'entrer sur la langue et la religion des tribus indiennes, sont principalement tirés de l'excellent ouvrage de M. Jean Heckewelder , missionnaire morave de rétablissement de Bethléem , en Pensylvanie. Ce livre se distingue par un caractère de candeur, de sagacité et de jugement très remarquable. M. Heckewelder a passé une grande partie de sa vie parmi les Indiens; comme mis-
sionnaire, et a en par consequent la facilité de bien étudier leurs mœurs (i).
A l'instant où cette feuille venait d'être imprimée, j'ai eu le plaisir infini de faire la connaissance de M. Jean Hunter, qui a publié le récit de sa captivité chez les Indiens , depuis son enfance jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Les tribus parmi lesquelles il a passé sa jeunesse } habitent à l'ouest du Mississipi j quelques-uns de leurs usages diffèrent de ceux de la nation Lénapé. Quant aux traits plus essentiels de la croyance religieuse et du système social , les deux peuples offrent une ressemblance remarquable.
Quiconque connaît l'histoire de M. Hunter , ne peut converser avec lui sans être étonné de l'étendue de ses connaissances et de la vigueur de son esprit. Il est dans une position singulière ,
(i)Cet ouvrage, intitulé Histoire ^ mœurs et coutumes des nations indiennes qui habitaient autrefois la Pensylvanie et les Etats voisins ., a été traduit en français par M. le chevalier du Ponceau, un de nos compatriotes, qui est membre de la Société philosophique d'Amérique , établie à Philadelphie. La traduction de M. Duponcean a été imprimée à Paris , en 1822. (Note du traducteur.)
relativement aux blancs et aux Indiens. Probablement aucun blanc n'a jamais eu autant la possibilité d'opérer un changement avantageux dans la condition des aborigènes qui existent encore en Amérique, et nous ne pouvons nous empêcher de nourrir l'espoir que beaucoup de bien s'opérera par son moyen. C'est un homme modeste, simple, taciturne; il reconnaît ce qu'il y a de vicieux , et surtout de malheureux dans la manière de vivre des sauvages. Les sentimens exaltés, les notions religieuses , le langage poétique qu'il leur attribue, ne surprendront que ceux qui n'ont pas lu l'ouvrage de M. Heckewelder. Les récits de ce dernier, plus froids, plus prosaïques , s'accordent au fond avec ceux de M. Hunter. Celui-ci se propose, après être retourné dans les Etats-Unis, de réunir sur les bords du Mississipi autant de sauvages qu'il pourra , dans l'intention de les civiliser. Il se regarde comme un instrument choisi par la Providence pour sauver les restes des hommes rouges (i).
(i) Le livre de M. Hunter est intitulé: Mœurs et
Le voyageur, en quittant Montréal, traverse le fleuve dans une pirogue, et débarque à Longueil. Le Saint-Laurent a, dans cet endroit, à peu près 2 milles de largeur. La force du courant qui se précipite à travers les îles , rend le passage ennuyeux. Sainte-Hélène, la plus grande de ces îles, a été récemment achetée par le gouvernement, pour y faire bâtir des casernes où demeureront les soldats qui habitent actuellement à Montréal.
Une diligence va de Longueil à la Prairie, qui est à 7 milles plus haut sur les bords du Saint-
coutumes de plusieurs tribus indiennes vivant à l'ouest du Mississipi* — Philadelphie; 1823, i vol. in-8°.
Cet ouvrage, qui commence par la relation des aventures de l'auteur, mérite d'être traduit en français. Il forme comme une suite de celui d'Heckewelder , et complète nos connaissances sur les peuples qui habitent depuis les bords d^ l'Océan atlantique jusqu'aux Monts l\ocky.
Un autre Américain ? Jean R. Jewitt , qui a été fail prisonnier par les sauvages de Nootka-Sound , parmi lesquels il a vécu trois ans, a aussi public le récit de son séjour parmi eux.
Laurent; ensuite on traverse le pays jusqu'à Saint-Jean , sur la Sorel, à 12 milles de distance. Il y a aussi une route par Chambli, au lieu de celle de la Prairie; si le voyageur en a le choix, il doit la préférer, parce qu'il verra le fort Chambli, ouvrage des Français, qui, long-temps négligé, a repris son ancien caractère, pendant la dernière guerre, et, en 1 8 1 4, a servi de quartiergénéral à un camp de 6000 hommes.
Le même jour de mon départ de Montréal , je m'embarquai à Saint-Jean, sur le Phénix, bateau à vapeur , destiné pour Whitehall, à l'extrémité méridionale du lac Champlain.
La Sorel doit son nom à celui de la ville qui s'appelle aujourd'hui William-Henri, et qui, dans le temps, entourait un fort bâti en j665, par ordre de M. de Tracy ; il était destiné à défendre le pays contre les incursions des Sauvages; il fut nommé Sorel , d'après l'ingénieur qui surveilla sa construction.
A Saint- Jean, la Sorel a plus d'un mille de large; son cours y est assez lent , de même qu'à son embouchure dans le Saint-Laurent. A Chambli il est plus rapide ; là cette rivière coule avec fracas sur un lit rocailleux , et forme un rapide
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assez fort ; mais que l'on ne peut appeler violent : la roche de ses bords est du calcaire secondaire, couvert de schiste. De Chambli à Saint- Jean, la distance est de 12 milles; on suit les bords de la rivière, en traversant un beau pays bien peuplé.
Au-dessus de Saint-Jean, la Sorel s'élargit encore jusqu'à l'île aux Noix , qui en est éloignée de g milles, et dont l'étendue est à peu près de 80 acres. Cette île, par sa position, commande la navigation de la rivière j ce qui la rend importante comme poste militaire. Elle a, de même que Saint- Jean et le fort Chambli, été souvent prise et reprise dans les guerres qui ont désolé ces contrées. Aujourd'hui elle est fortifiée^ et occupée par une garnison nombreuse.
A peu près à 1 1 milles de l'île aux Noix, on passe devant Rousés-Point qui est sur la rive gauche du Soreh Depuis la dernière guerre, les Etats- Unis y ont fait élever un fort semi-circulaire en pierre, qui eût pu défendre parfaitement l'entrée de leur pays contre une armée venant du Canada. Mais il a été constaté par le rapport des commissaires nommés pour la rectification des limites respectives, dont la ligne doit passer sous
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le quarante- cinquième parallèle, que ce fort est sous le territoire britannique. Ainsi ce sera un présent que les Américains auront, sans le vouloir, fait aux Anglais, Mais il y a souvent des compensations dans les choses de ce bas monde; et les astronomes ont depuis fait une autre découverte; c'est que la seule passe navigable du rapide du Long-Saut est du côté américain de la ligne de frontière , et que par conséquent nos bateaux doivent demander la permission des Etats-Unis pour naviguer sur cette partie du Saint-Laurent.
La Sorel finit un peu. au-dessus du fort, et depuis ce point jusqu'à White-Hall , la longueur du lac Champlain est de 95 milles. Pendant plus de 3o milles , il est si étroit , vers son extrémité inférieure, qu'il ressemble plus à une rivière qu'à un lac. En général, sa forme est très irrégulière; il est parsemé d'îles, dont quelques-unes sont très grandes; ses rives sont découpées par un grand nombre de promontoires et de pointes; ses bords sont ordinairement plats , et boisés jusqu'à leur extrémité mouillée par ses eaux.
Le bateau à vapeur s'arrêta devant une petite maison en bois , sur la rive gauche ; c'est la
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douane des Etats-Unis; un employé vint à bord pour visiter les bagages des voyageurs; ce qu'il fit avec beaucoup d'honnêteté. Le bateau continue sa marche, et l'employé descend au poste le plus prochain où il attend le bateau qui descend.
A peu près à s5 milles de Rousés-Point , on entre dans la baie de Plattsbourg. Le bateau mouilla devant la ville, pour déposer et prendre des passagers, Ce fut là que la flotte britannique, commandée par le commodore Downie , fut prise en 1814 par celle des Américains, sous les ordres du commodore Macdonough; le brave Downie fut tué dans ce sanglant combat.
Plattsbourg est une jolie petite ville où il règne une grande activité; elle est bâtie sur un terrain en pente douce. Le bateau étant resté mouillé à une certaine distance , je ne descendis pas à terre. D'ailleurs, je ne me souciais guère d'aller reconnaître des lieux qui rappellent des souvenirs peu flatteurs pour un habitant de la Grande-Bretagne. Nous n'avons pas cueilli des lauriers dans notre dernière campagne sur ce
lac.
Nous arrivâmes l'après-midi à Burlington,
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située à ^4 milles plus loin, sur la rive opposée. Cette ville est dans l'état de Vermont ; elle est au fond d'une baie sur la pente et le sommet d'un coteau assez escarpé; elle est bien bâtie. Le collège est dans la partie la plus haute, à 33o pieds au-dessus de la surface du lac. En i8i5, ce lieu n'était qu'une solitude. Aujourd'hui Burlington compte à peu près 2000 habitans; c'est la ville la plus commerçante du lac. Au-delà de Burlington le pays devient montagneux.
Pendant la nuit, le bateau passa devant Crown-Point, sur la rive occidentale du lac, au point où il se rétrécit et ne forme plus en quelque sorte qu'une rivière. On y voit les ruines d'un fort en pierre , bâti, dans l'origine, par les Français, et ensuite renouvelé et augmenté par les Anglais, quand ils furent devenus maîtres du Canada.
A une douzaine de milles, plus au sud, on trouve les ruines du fort Ticonderoga , bâti également par les Français, sur une haute pointe de terre de la même rive, à l'embouchure du lac George, dont les eaux arrivent d'un pays très élevé ; sa longueur est à peu près de 36 milles, et sa largeur, d'un à deux milles: il est près-