‹ Cinq années de séjour au Canada \ (volume 5)Chapitre 3 sur 3 · T. 1\I, DUiN'CAN · texte numérisé non relu

T. 1\I, DUiN'CAN

pays de l'ouest, éloij>në de loo milles d'un chirurgien , et de 200 ou 5oo milles d'une église , avec ses looo acres de terre cultivés seulement par les personnes qui sont dans sa cabane, est certainement un objet de pitié pour l'habitant le plus misérable d'un hospice ou d'une maison de travail. Il conserve en lui assez de ce qui constitue la nature humaine, pour être compris dans la définition littérale de l'homme donnée par l'école, animal bipes implume (animal bipède sans plumes); mais ne risque-t-il pas à chaque instant d'être la victime des sauvages , des ours , des fièvres , des marécages , d'une chute qui lui casse les membres ? et , dans ce cas, a-t-il rien que le plus pauvre doive lui envier ?

Je sais qu'il peut récolter autant de froment et de maïs qu'il lui en faut pour vSatisfaire les besoins de la faim , et peut-être pour lui procurer une fois l'an des liabits pour lui et pour sa famille; il peut aussi tuer des animaux sauvages, faire des cordes avec leurs fibres, de la chandelle avec leur graisse , et des souliers avec leur peau; mais il est absolument séquestré de la société des auïres hommes ; il est étranger à tous

les rapports , à tous les devoirs, à toutes les consolations qui en sont une conséquence. Ses enfans grandissent sans instruction, ignorent leurs obligations envers Dieu et envers les hommes. L'uniformité monotone avec laquelle le temps se passe, lui fait perdre le compte des jours de la semaine* ou s'il se rappelle le retour du premier jour, très probablement il n'y fait aucune attention. Il agit rarement d'après une impulsion supérieure à celle qui excite les animaux d'un ordre inférieur , et il n'est animé par aucune espérance au-dessus de l'idée de satisfaire des désirs purement physiques.

On peut dire de quelques hommes, qui ont adopté ce genre de vie, qu'il a été l'effet d'urj choix involontaire, et que la dure nécessité les y a contraints ; cela n'est exact que d'un très petit nombre. Ceux dont les ressources sont lo plus épuisées, trouvent généralement un refuge plus près de l'habitation de leurs semblables, on ils obtiennent une portion de terre moins considérable, mais où, du moins, ils ne sont pas si complètement exclus des avantages de la vie civilisée- (]eu\ qui choisissent les solitudes de l'ouest, sont ordinairement des hommes (pu

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jouissaient d'une part modérée et quelquefois abondante des bienfaits de la Providence, mais qui ont été les dupes de mécontentemens politiques, ou de désirs injustes d'augmenter ce qu'ils possédaient.

La nuit approcbail, et je commençais à réflécbir à la manière dont nous la passerions , car la cuisine était la seule pièce habitable, on avait creusé dans l'autre un trou profond pour y déposer les provisions d'hiver à l'abri de la gelée, et l'on n'avait pas encore placé un plancher sur le sol. Je ne tardai pas à m'apercevoir que je m'inquiétais tout seuh Un lit dressé dans la cuisine, qui avait une surface d'une douzaine de pieds carrés, fut destiné à mon ami et à moi; une sorte de lit de camp servit au fermier , à sa femme et à leurs trois enfans; Paul et les trois autres Indiens prirent chacun une grosse bûche pour oreiller, s'enveloppèrent de leurs couvertures, et s'étendirent sur le plancher.

Le lendemain matin , le temps fut serein , il gelajune petite promenade, à la voile, sur la rivière, aiguisa notre appétit; un peu avant midi, nous reprîmes le chemin de Québec. En trois heures nous atteignîmes la maison de M. Etienne?

qui, S3US tous les rapports, était bien supérieure à celle que nous venions de quitter. A l'aide d'une calèche nous eûmes bientôt regagné la capitale.

Cette ville, très bien fortifiée par la nature et par l'art , peut passer pour imprenable. Les murs sont si hauts qu'elle ne peut craindre d'être emportée par escalade, et si épais qu'il paraît impossible d'y pratiquer une brèche ; enfin tant que la Grande- Bretagne conservera sa supériorité navale, il ne pourra être question de blocus. La longueur et la rigueur de l'hiver sont aussi de puissans auxiliaires, car ils ne permettraient guère de suivre les opérations d'une campagne. J'ai entendu dire que, dans cette saison , les sentinelles des remparts étaient relevées de quartd'heure en quart-d'heure pendant la nuit j à cause de l'intensité du froid.

La littérature est à Québec à peu près au même degvc qu!i^outi^l^èt-je^rois même que s'il existe à cet égard quelque dillérence entre les deux villes , elle est tout au désavantage de la capit.ile. Quel)ec est encore plus une ville maritime que \\v. Test Montréal ; plusieurs

(le ses maisons de commerce ne sont que des succursales de celles de Montréal.

Cette particularité doit influer sur le caractère de la société, quoique Québec, comme siège du gouvernement , et v ille de garnison , doive être bien plus dissipé dans la saison des plaisirs que Montréal ; mais mon séjour dans cette capitale a été trop court , pour que j'aie pu en observer les mœurs. La population est un peu inférieure à celle de Montréal.

11 est à regretter que jusqu'à présent l'on ait fait si peu pour l'instruction des Canadiens français ; excepté les collèges de Montréal et de Quebec, je n'ai pas appris qu'il existât une seule école où les jeunes gens pussent acquérir même les élémens les plus ordinaires de l'éducation. Pendant quelque temps, il fut question d'établir une école d'enseignement mutuel; cette tentative manqua par l'opposition de l'évéque anglican ; ce prélat est un de ceux qui ne croient pas à ce précepte : (c On met la lumière sur le chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison ; » il pense qu'on ne l'allume que pour la mettre sous le boisseau. Lorsqu'on s'occupa au Canada du projet de l'école d'ensei-

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gnemeiit mutuel, on avait toute raison de compter sur la coopération , ou au moins sur la permission de révêque romain; mais celui-ci désapprouva le dessein, lorsque le prélat anglican eut refusé son consentement.

A peu près à 7 milles au-dessus de Québec , le Saint-Laurent reçoit à droite la rivière de la Chaudière, qui forme une cascade fameuse : n'ayant pas visité cette curiosité naturelle , je vais en emprunter la description à M. Silliman. « La Chaudière, dit ce professeur, est une rivière considérable , mais à cause de ses sauts , de ses rapides et autres erapécliemens nombreux, à peine navigable pour des pirogues. Elle prend 8a source dans le lac Megantic, près du territoire américain y sa largeur ordinaire est de r ,200 à T,8oo pieds; la longueur de son cours est de plus de 100 milles; ses rives sont généralement hautes , rocailleuses, escarpées. Sa largeur, à la chute, est i-éduite, à cause des pointes de rocher, à 400 pieds; la descente est estimée à i3o pieds; des masses énormes de rocs couvrent ses bords près du Saut , qui est divisé |)ar des masses semblables en trois bras; ils se réimissent avant de se précipiter dans Tabyme (jui est an-dessous.

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La chute présente un caractère grand, sauvage et turbulent3 les eaux mugissent, frappent en ëcumant , et s'élancent par-dessus la barrière qui s'oppose à leur passage ] les courans luttent contre des contre-courans, et tous s'engouffrent dans un tourbillon sans cesse agité; c'est sans doute l'origine du nom donné parles Français. »

Pendant mon dernier séjour à Montréal , je vis quelques Indiens qui avaient accompagné des voyageurs ou cliasseurs canadiens. L'aspect de ces hommes me rappela les Oneyda que j'avais vus dans mon voyage d'Albany à BufTalo. Combien ils différaient les uns et les autres des Tuscorora , qui ont été réunis en société dans la partie occidentale de l'Etat de New- York, à peu de distance de la rivière de Niagara \

Les restes épars des peuples , anciens proprié-* taires de ces pays, que l'on y rencontre encore disséminés au milieu des établissemens des blancs , sont généralement dans un état de dégradation déplorable; ce n'est pas d'après eux que l'on peut apprécier convenablement le véritable caractère des indigènes. Nous serions tout aussi fondés à juger les Anglais d'après les individus qui habitent les maisons de force, ou

d'après ceux qui se trouvent à bord d'un vaisseau emmenant des déportés. La paresse et la dissipation ont détruit tout ce qu'il y avait de bon chez les peuples indigènes de l'Amérique du nord. On les aperçoit sales et l'air humble, enveloppés d'une méchante couverture de laine, mendier les dons des hommes qui les ont dépouillés des terres sur lesquelles ils chassaient , et qui ont presque entièrement extirpé leur race. « Leur courage, dit M. Washington-lrving, est abattu [>ar le sentiment quils ont de leur infériorité, et leur bravoure naturelle, comjjlétement vaincue parla supériorité des connaissance» et du pouvoir de leurs voisins plus éclairés qu'eux. La société s'est avancée contre eux comme un monstre à plusieurs têtes, vomissant chacune quelque espèce de misère ; elle était précédée 'de la peste, de la famine, de la guerre; à sa suite marchait un fléau encore plus exterminateur, mais dont les efiets se sont fait sentir plus lentement : le conmierce. Ce que les premiers n'avaient pas emporté, a été graduellement flétri par son souHle; il a auguicnté les besoins de ces ])euples , sans accroîlre leurs moyens do les satisfaire. Il a énervé leur \ iguonr, ToMi: ni. 9 '

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multiplié leurs maladies, diminué leurs facultés intellectuelles, et ajouté à leur barbarie originelle, les vices les plus bas de la civilisation. La pauvreté, la pauvreté chagrine et livrée au désespoir , ce tourment de l'esprit, inconnu dans la vie des forêts, les ronge jusqu'au cœur. Ils errent comme des vagabonds dans les colonies européennes, au milieu de maisons spacieuses, remplies de toutes sortes de choses commodes, ouvrages de l'art qui ne servent qu'à les rendre, parla comparaison, plus sensibles à la misère de leur condition. Le luxe étale devant eux sa vaste table j mais ils sont exclus du banquet. La forêt qui autrefois leur fournissait copieusement des moyens de subsistance, a été abattue; des champs de blé l'ont remplacée , mais les Indiens ne participent pas à la moisson : l'abondance règne autour d'eux ; ils meurent de faim au milieu de ses provisions. La solitude fleurit comme un jardin , mais leur condition est comme celle des reptiles qui l'infestent. »

Les Tuscororas que j'avais vus sur le territoire des Etals-Unis, offraient un contraste très remarquable y contraste qui faisait plaisir. Ils étaient tous vêtus décemment; quelques-uns

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même l'étaient avec une sorte de recherche. On observait, chez la plupart, des marques de cette satisfaction qui tient à l'aisance personnelle et aux avantages qui en résultent. Il y avait bien dans leur physionomie une teinte de tristesse qui semblait dire : a Les Indiens ne sont plus ce qu'ils furent jadis; » mais cette tristesse ressemblait plutôt à l'expression de la résignation qu'à celle du désespoir. D'ailleurs, cette race d'hommes est naturellement taciturne. J'allai avec eux à l'église; le service divin fut célébré dans leur langue : leur recueillement annonçait qu'ils étaient pénétrés de la vérité de la doctrine qu'on leur prêchait. Leur ferveur en priant était vraiment touchante.

Le ministre de l'Kvangile qui habite parmi eux me dit que, depuis qu'ils avaient embrassé le christianisme, on avait remarqué en eux une amélioration sensible. Peu d'années auparavant, ces 'J'uscororas étaient aussi dégradés ([ue les tribus voisinas; aujourd'hui, au contraire, sur leur nombre total, qui, on y comprenant les femmes et les en fans, est à peu près de trois cents, on en compte à peine dix qui fassent un usage immodéré dos liqueurs spiritueuses. Ceux - ci

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même ne se livrent à ces excès que rarement ; et lorsque cela leur arrive, ils se cachent le plus qu'ils peuvent, jusqu'à ce qu'ils supposent que leur faute est oubliée.

Ces Indiens s'occupent assidûment de l'agriculture. Indépendamment du maïs, céréale dont l'usage leur a été transmis par leurs ancêtres , ils ont commencé à semer du froment , qui exige une attention plus soutenue, mais qui, en même temps, donne un produit plus précieux et moins sujet à souffrir des vicissitudes de l'atmosphère. Ils montrent beaucoup d'honnêteté dans leurs rapports entre eux et dans leurs relations avec leurs voisins , et s'occupent soigneusement de l'entretien et du bien-être de leurs familles. Tous ces Tuscororas n'ont pas embrassé la religion chrétienne ; ainsi les bienfaits de la doctrine évangélique ne se sont pas bornés à ceux qui en font publiquement profession. Une règle invariable de probité et de morale a été introduite parmi ces Indiens : la régularité de la conduite a été encouragée • Je vice, au contraire, a été découragé. Cette communauté est aujourd'hui plus heureuse et plus riche qu'elle ne l'a jamais été.

Un des chefs est un chrétien très décidé : d'autres ne sont pas encore au nombre des croyans; mais ceux-ci ont été obligés de convenir du changement heureux qui s'est opéré dans la nation. L'un d'eux avait récemment visité un village près de Buffalo, où sont réunis une partie de ce qui reste des cinq nations, confédération jadis puissante, qui dominait en souveraine sur les rives du lac Erié et de l'Ontario, du Mohak et du Hudson , et qui, aujourd'hui, est réduite a quelques individus dégénérés. Le chef des Tuscororas, de retour chez lui, avoua à l'ecclésiastique qui dirige la communauté, qu'il avait été surpris delà différence qui existe entre les habitans des deux villages 5 les uns étaient sobres, laborieux et heureux; les autres, ivrognes, paresseux et misérables. Le changement qui s'étaât opéré dans le sien avait été si graduel , qu'il avait eu de la peine à observer sa marche , et à hii assigner une cause.

TjCS cinq nations dont je viens de parler , étaient les Mohâks oulroquois, les Oneydas , les Unondagos , les Cayougas et les Sénécas. Il paraît que plus tard les Tuscororas accédèrent à la confédération. Les Sénécas sont les plus woni

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breux dans le village dont il vient d'être question, ce qui lui a valu le nom de village des Sénécas. On a souvent essayé d'introduire le christianisme chez eux ; mais un de leurs chefs, qui jouit d'un grand crédit , l'a constamment employé à combattre ces tentatives, et jusqu'à présent ses efforts ont réussi. Ce village est noté pour la paresse et la dissipation. Lorsque je traversai Buffalo, ville nouvelle sur le lac Erié, je vis plusieurs Sénécas qui mendiaient dans les rues. Le dimanche matin, avant mon départ de Lewiston pour le village des Tuscororas, il en vint deux à la porte de l'auberge où je demeurais: ils voulaient avoir du rum. Je leur demandai à quelle nation ils appartenaient , car je craignais que ce ne fussent des Tuscororas* ils me répondirent qu'ils étaient Sénécas. Je leur dis que le rum était très mauvais pour eux. «Non, non, repartit l'un deux, en riant, bon, très bon.» Cependant ils s'en allèrent sans avoir pu en obtenir.

Une gazette de New^-York qui m'est parvenue récemment, m'apprend que, dans l'été de 1819, un nouveau conseil de ces Indiens s'est solennellcment déclaré contre l'introduction du christianisme parmi eux. Ce reste des cinq na-

lioDs, ajoute l'éditeur, ne peut exister très longtemps ; jamais peuplade n'a diminué si rapidement.

Ce fut de ce village que furent amenés ceux ((ue l'on vit en Angleterre, en 1818 et 1 819, et qui répétèrent leurs danses de guerre sur la plupart des théâtres. Depuis que les lignes précédentes ont été écrites, j'ai appris que plusieurs Anglais , animés d'un sentiment de bienveillance pour ces Indiens, leur ontdonné à chacun des Bibles,avant leur départ pour leur pays, et ont essayé de leur communiquer des idées religieuses. Ces généreux efforts n'ont pas été infructueux. Une réunion pour prier en commun , tous les dimanches , a été établira dans le village Sénéca, sous la direction d'un instituteur américain , qui demeure dans ce lieu- et deux ou trois de ces Indiens qui sont allés en Europe ^ assistent régulièrement à l'office. Une lettre de rcmercînient adressée à leurs bienfaiteurs en Angleterre, lettre (ju'ils ont dictée, a paru dans un des journaux religieux en 1822.

Les marcbands qui demeuraient dans le voisinage du Tuscororas, ayant fait des avances aux Indiens, s'étaient adressés à l'ecclésiastique (]n

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Keu , pour obtenir leur remboursement par son intermédiaire 5 il leur répondit qu'il ne se mêlait de ces sortes d'affaires que lorsque l'Indien était un membre de son église. Un d'eux était convenu d'un prix pour une charrette, avec un charron de Leviston : avant qu'elle lui fût livrée, un marchand de la Nouvelle- Angleterre, passant par là, lui proposa de lui en vendre une à plus bas prix, et finit par lui persuader de l'acheter. Quelque temps après , le charron lui dit que la charrette était prête, et lui en demanda le paiement. L'Indien répondit qu'il n'avait plus besoin de la voiture, parce qu'il s'en était procuré une à meilleur marché. Le charron eut recours à l'ecclésiastique; celui-ci essaya d'expliquer à l'Indien la nature d'un marché, et l'obligation qu'il imposait aux deux parties. L'Jndien convint qu'il avait pris rengagement, mais objecta qu'ayant obtenu la charrette à un prix inférieur à celui qui avait été stipulé, ce fait prouvait que le charpentier avait essayé de le tromper, et qu'en conséquence, conformément aux principes de la jurisprudence indienne, il n'avait pas le droit d'insister pour lui faire prendre son ouvrage. Tout ce que l'ecclésiastique put dire pour

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convaincre l'Indien du droit du charpentier de le forcer à prendre la voiture, fut inutile; mais, d'un autre côté, persuadé que l'ecclésiastique ne voudrait pas faire du tort à un de ses frères rouges, et que de plus il connaissait très bien ce qui était conforme aux lois des blancs, il accepta la voiture dont il n'avait pas besoin , et en paya le prix convenu qui était de 4o dollars.

Cette conduite paraîtra encore plus honorable de la part de l'Indien, lorsqu'on saura qu'un blanc n'a , par la loi , aucun recours contre un Indien , pour une dette, quoiqu'un Indien puisse poursuivre un blanc. Disposition sage et très humaine.

Ce que j'ai vu et entendu clicz les Tuscororas me confirme dans l'idée que j'ai depuis longtemps : je pense qu'il y a de la folie, et pire que (le la folie, de parler de l'impossibilité de civiliser les aborigènes du nord de l'Amérique. C'est un sujet de honte pour des hommes raisonnables, que des assertions semblables aient jamais été proférées. Je conviens volontiers qu'il est diflicih^ d'effectuer complètement l'entrepi-ise ; mais les principaux obstacles qui existent sont ries de la conduite dépravée des marclKimls

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blancs, je crois que si l'on prenait pour exemple le caractère moral de plusieurs de ceux-ci, c'est à eux et non aux pauvres Indiens, si méprisés, que conviendrait le nom de Sauvages.

Depuis que les Européens ont mis le pied dans le Nouveau- Monde, leur conduite, à un petit nombre d'exceptions près, a offert une combinaison de tromperie, de rapacité et de cruauté trop atroce, pour qu'on puisse la caractériser par quelque nouvelle épithète, pour la rendre plus odieuse. Ils trouvèrent quelques milliers d'hommes nus dans la possession paisible d'espaces immenses de terrains fertiles, arrosés par de vastes lacs et des rivières navigables. Ils jetèrent un œil de convoitise sur ce continent, et à force d'intrigues et de fraudes ils réussirent à le posséder presque tout entier, et par extirper presque partout la race qui le peuplait .

Parmi le petit nombre d'Européens qui montrèrent aux Indiens de la bonté et de la bonne foi, on peut citer Guillaume Penn. Les Delàvares parlèrent long-temps avec respect et avec l'expression du ravissement, du frère Miqiion, car c'était ainsi qu'ils traduisaient son nom, et de ses frères les Quakers.Quand la giierreéclatait,

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en Pensylvanie, entre les Indiens et les blancs , l'kabit de Quaker était une sauve-garde dans tous les camps indiens, et l'homme sans armes qui le portait, recevait un accueil amical dans chaque vigvam. L'histoire de cette colonie et de quelques autres prouve complètement que les Indiens n'étaient pas insensibles aux marques de bonté que leur doublaient les blancs, et qu'au contraire , partout où on les traitait comme des hommes, à leur tour ils se conduisaient humainement.

Mais on pensait différemment. Quelle entreprise longue et douloureuse que celle de raconter comment les peuples de l'Amérique ont été anéantis! Les détails seuls diffèrent ; mais l'ensemble de cette triste histoire offre des traits généraux de ressemblance. Les hommes blancs étaient forts; les hommes rouges, faibles; les bhmcs, rusés et entreprenans;les rouges, simples et sans défiance : les blancs avaient l)esoin de terres; les rouges furent obHgésde les hnir abandonner. Le rum, la poudre et la baïonnette lurent les moyens employés pour elléctuer le changement. ]jCs Indiens furent excités à se piller el à i^v. massacrer h\s uns les autres; les blancs

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achevèrent ce qu'ils avaient commencé. Les restes des rouges, découragés, des tribus dispersées, devinrent les esclaves de l'ivrognerie et de la paresse. Us furent aisément déterminés à échanger contre des liqueurs enivrantes, ou tout ce qu'on voul u t le ur don ner , la terre qui 1 eur restait encore . « Finalement, disait un chef indien, les blancs nous ont successivement chasses dans le désert , loin de l'eau, du poisson et des huîtres. Us ont détruit le gibier • nos peuples se sont anéantis j aujourd'hui nous vivons misérables et malheureux ; et eux jouissent de notre pays si beau et si fertile.))

Les blancs , après avoir dépouillé ainsi les Indiens de leur territoire, après les avoir abrutis, et les avoir presque exterminés , ont calomnié leur caractère, de sorte que les peuples indigènes de l'Amérique septentrionale sont regardés, par la plupart des nations de l'Europe, comme la quintessence de ce qu'il y a de plus odieux dans la nature humaine, comme des êtres qu'il est impossible de tirer de la barbarie , et que , par conséquent, on peut, sans le moindre vSujet de remords, vouer à la destruction.

Un des principaux argumens , si on peut les

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appelei' ainsi, employés par quelcpies personnes pour prouver l'incapacité des Indiens d'être civilisés, est qu'ils ont diminué si promptement depuis que les blancs sont entrés dans leur pays, et qu'ils se sont si rarement incorporés avec ceux-ci. Mais , à moins d'un miracle , un autre résultat aurait été impossible. Il ne faut pas oublier que les blancs ne se bornant pas à détruire autant d'Indiens qu'ils le pouvaient, ont saisi toutes les occasions d'exciter adroitement une tribu à faire la guerre à une autre, et que dans toutes les circonstances où les colons euroj)éens se battirent entre eux , chaque parti réunit, pour l'aider, des multitudes de guerriers indiens, qui tombaient victimes de guerres désastreuses. Dans les querelles entre les colons français et anglais , dans la guerre de la révolution , dans le malheureux renouvellement d'IiostiUtés qui eut hou eu 1812, les Indiens furent, sans raison ni pitié, enveloppés dans des contestations qui ne l<vs intéressaient en aucune manière, et furent écrasés entre les puissances opposées, comme le grain entre les meules. Une haine invétérée pour Jes blancs, et entre les Indiens les uns pour les autres, a été nourrie par tous les moyens possibles:

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les liqueurs spiritueuses prodiguées pour les desseins les plus vils, Timmoralité en tout genre encouragée, des maladies dëgoûtantes, et aupa-^ ravant inconnues, propagées, toute espèce d'instruction refusée à ces infortunés; et l'on veut qu'après cela nous soyons surpris de ce que la race indienne disparaît rapidement!

Que l'on suive un système opposé; la raison et l'expérience se réunissent pour nous faire espérer un résultat différent. Que l'on fasse, pour les peuples qui survivent, ce que l'on a fait pour les Tuscororas. Ils sont plongés dans les ténèbres, donnons-leur dans leur langue la lumière de la vérité céleste ; ils sont paresseuTc , encouragons-les à devenir laborieux ; ils ont été privés de leurs territoires de chasse , faisons-leur connaître les arts utiles; ils sont découragés et comme désespérés , ranimons - les par l'espoir d'une satisfaction actuelle et d'un bonheur futur ; que l'usage des liqueurs fortes soit rabaissé par tous les moyens possibles; qu'on les protège contre les artifices funestes des hommes, chez qui le désir du gain efface toute considération de devoir moral ; qu'en même temps on leur offre la main en frères sincèrement affectionnés

et désintéressés ; et nul doute qu'ils la saisiront et la presseront contre leur cœur. Que les générations qui s'élèvent reçoivent les bienfaits inappréciables d'être instruites de bonne heure des vérités de la religion, et exercées à la pratique des arts mécaniques ; alors tout prendra un| aspect plus riant; la confusion fera place à l'ordre, la paresse à l'amour du travail, la misère au bienêtre.

Depuis quelques années, l'histoire, les langages et la religion de ces tribus éparses ont commencé à attirer l'attention d'hommes doctes et doués d'un esprit observateur; les faits dont leurs recherches ont procuré la connaissance , méritent l'attention des hommes qui réfléchissent.

On s'est beaucoup occupé de la question de savoir d'où étaient venus les premiers habitans de l'Amérique; il est peut-être impossible de la résoudre d'une manière complétemei)t satisfaisante; mais il y a beaucoup de raisons de croire (pie les Indiens trouvés, par les Européens, en Amérique , sont au moins la seconde race distnicte qui a vécu sur le territoire occupé a\i-

jourtriuii par les Etats-Unis. On a découvcMl ,

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dans l'Etat d'Olno et dans son voisinage, des restes de grands tertres, élevés par la main des hommes, et sur lesquels croissent des chênes qui ont plus de quatre cents ans , et qui ont été précédés de deux autres successions des mêmes arhres. Ces ouvrages sont construits avec beaucoup de régularité , et offrent principalement des figures circulaires , carrées et octogones • sont pourvus d'ouvertures pour des portes à des intervalles égaux, et sont quelquefois joints les uns aux autres par de longs passages également garnis de retranchemeng. Le terrain enclos varie en surface depuis un jusqu'à cent acres ; les murs ont de i5 à 20 pieds de largeur à leur base , et diminuent graduellement en s'élevant. On distingue sans peine des fossés, des lignes extérieures de circonvallation et d'autres ouvrages destinés évidemment à une défense. Quelques tertres circulaires ont été ouverts dans l'enceinte de ces ouvrages ; on y a trouvé des ossemens humains de différentes grandeurs 5 on a rencontré dans les autres des fragmens d'armures en cuivre , couvertes en argent , et attachées par des agrafes à des lanières de cuir; des morceaux de tuyaux de cuivre rem-

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plis d'une rouille ferrugineuse, des pointes de lance en cuivre, des briques et des urnes en argile cuite au four, des haches de pierre de différentes espèces , des outils et des ustensiles; enfin des imitations grossières de bustes humains.

Ces objets prouvent que ces fortifications eu terre n'ont pas été faites par les Indiens j car ceux-ci, avant l'arrivée des Européens chez eux, ne connaissaient pas les métaux, et n'avaient pas l'idée de briques ni d'imitations en pierre de la figure humaine. Les crânes et les os offrent des différences prouvant qu'ils appartiennent à une autre race d'hommes. D'ailleurs les Indiens ne savent rien relativement à ces ouvrages, ils n'ont aucune tradition qui les concerne ; et sans doute ils n'en manqueraient pas, vs'ils provenaient de leurs pères. Il ne paraît pas non plus qu'ils s'en soient jamais servis pour fortifications, ni pour demeure.

Il est vraisemblable que trois langues, radicalement différentes les unes des autres, ont été en usage parmi les Indiens qui habitaient à l'est du Mississipi.Du moins tous les dialecles dont il reste (|uelques vestiges, ont été ramenés d'iniemnnicre ToiviE m. lo

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satisfaisante à un de ces trois-là. Jusqu'à présent ^ on n'a découvert aucune affinité entre eux y excepté dans leur construction grammaticale qui est un peu singulière. Mais peut-être commettrions-nous une erreur en décidant que ces nations n'avaient pas , dans le principe, une origine commune. * Elles ne connaissaient pas l'usage des lettres, par conséquent leurs idiomes étaient sujets à des changemens continuels ; et d'ailleurs ces langues , regardées comme primitives , n'ayant été que depuis peu de temps réduites à ce petit nombre, il ne semble pas improbable que des recherches ultérieures ne les limitent encore davantage.

Ces langues sont l'Iroquois, le Lénapé et le Floridien. La première est la source des dialectes parlés par les six nations dont il a été question plus haut , et par d'autres peuples qui, autrefois, vivaient au nord du fleuve Saint-Laurent. La seconde était celle des Delavares et d'autres Indiens qui occupaient la plus grande partie de l'intérieur des États-Lnis • la troisième est celle des Criks et des peuples des Etats méridionaux, ainsi que de la Floride.

Le Lénapé semble s'être étendu beaucoup plus

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que les deux autres , et j autant que nous pou^ vons en juger , était plus riche et plus systématique. Sa grammaire est remarquable par sa singularité , et contraire à toute idée que nous pouvons nous former d'avance d'une langue non écrite , parlée par des chasseurs errans. Au lieu de la division des noms en genres, elle ne reconnaît que la division des choses animées et inanimées ; et cette classification passe aussi dans les verbes. Elle a un singuher, un duel et deux pluriels, un particulier et un général. Dans les verbes, la variété des modes et des temps paraît avoir surpassé celle des Grecs ; leurs flexions sont modifiées, non-seulement par des pronoms afiixes et préfixes, comme en hébreu, mais aussi par d'autres qui ont une signification adverbiale et conjonctive. De plus, le verbe se combine avec les noms, les adjectifs et les prépositions, avec une facilité inconnue dans les langues européennes; de sorte qu'une idée très compliquée, qui, dans les idiomes modernes, exigerait une circonlocution, se contracte, en Lénapé, de la manière la plus intelligible, en un seul mot, qui exprime la personne, l'action, le lieu , le temps et la circonstance. Ce irait

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caraclérislique des langues indiennes , qui se retrouve dans toutes , leur a fait donner , par un écrivain américain , l'épithète très convenable de polysynthétîques.

On regarde le dialecte niohâk comme le plus pur de la langue iroquoise. Les cinq autres nations comprennent facilement ce qui est écrit en mohâk , quoique chacune ait un idiome particulier. Il paraît que l'iroquois n'a pas été analysé d'une manière critique comme le Lénapé ; mais, autant qu'on a pu le constater, il lui ressemble par la plupart de ses particularités grammaticales , notamment par celle d'être aussi poly synthétique. Cependant il reconnaît dans les noms la différence du masculin et du féminin.

Le floridien est moins connu que les deux autres langues; et, quant aux dialectes qui se. parlent à l'ouest du Mississipi , on n'a pas encore des informations certaines sur leur nature.

Les premiers renseignemens qui nous ont été donnés sur la religion des Indiens sont fabuleux et incomplets. Lorsque les hommes rouges eurent découvert le véritable caractère des étrangers arrivés parmi eux , ils leur donnèrent l'épithète de peuple maudit; et bientôt^ comme

d'un consentement unanime, ils refusèrent de leur communiquer toute notion qu'il fut en leur pouvoir de cacher. Ils furent surtout jaloux des recherches relatives à leur croyance religieuse , et sur aucun autre point ils ne se montrèrent aussi fermement disposés à tromper et à induire en erreur les curieux qui les interrogeaient. Ce ne fut par conséquent que lorsque des missionnaires^ qui habitèrent long-temps parmi eux, eurent acquis complètement leur confiance , qu'ils furent en état de pénétrer leur système religieux , et de démêler les contradictions des |)reiniers voyageurs.

La croyance des Indiens est remarquable par sa simplicité; et rien de ce qui tient à leur caractère ne les élève autant au-dessus des païens de tous les siècles et de tous les pays. La théologie des anciens Égyptiens , même d'après l'aveu desGrecs et des Romains, était remarquable pour sou absurdité. Les superstitions de l'Hindoustan, (|ui, de nos jours, ont été l'objet de rccherciies profondes, sont le comble de la barl>arieet de l'impureté. Au contraire, les superstitions des pauvres Indiens de l'Amérique septentrionale qui n'avaient pas d'Alphabet, et qui,

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si nous en croyons quelques raisonneurs , élaient même dépourvus d'idées, se distinguent par un degré de simplicité et d'humanité qui mérite à un haut de^ré notre admiration.

L'unité de Dieu est reconnue par les Indiensils croyent aussi que Dieu est un esprit , et ne peut se représenter par aucun symbole visible ; et ils agissent en conséquence. Sur ces deux points , la religion des Indiens laisse à une distance immense, derrière elle, les doctrines polythéistes de Fanliquité. Ils offrent leurs prières et leurs adorations au bon Manitou ou grand esprit, qu'ils regardent comme le créateur et le conservateur suprême de l'Univers, auquel tous les êtres animés ou inanimés sont entièrement et perpétuellement sujets : ils le conçoivent revêtu de tous les attributs de perfection et de bienveillance qu'ils sont capables de se figurer.

Quoiqu'ils reconnaissent ainsi , à un certain degré , l'unité et la spiritualité de Dieu , ils croient qu'il a confié à plusieurs divinités inférieures le gouvernement des affaires terrestres, et que chrique homme a un esprit ou génie tute'laire qui le guide et le protège. Ils adressent à

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ces esprits subalternes une sorte d'adoration inférieure, pour implorer leur protection par des sacrifices ; mais , en même temps , ils affirment que le grand esprit est en définitive l'objet de ces prières et de ces offirandes.

Indépendamment de ces esprits inférieurs , auxquels ils attribuent un caractère bienveillant, ils croyent qu'il en existe une autre classe dont les inclinations et l'influence sont mauvaises. Ils supposent que ces malins esprits ont à leur tête un pouvoir supérieur , qu'ils regardent par manière de prééminence comme le mauvais Manitou. Toutefois ils le considèrent ainsi que ses agens comme entièrement soumis à l'autorité du grand esprit.

Ils Joignent à cette croyance un rituel , auquel ils se conformaient jadis avec la plus grande exactitude. Ils avaient des époques de réjouissance et d'actions de grâces publiques, par exemple, aux saisons de la récolte et de la cbasse : les vieillards de la tribu y remplissaient les fonctions de prêtres. Ils avaient aussi un service religieux particulier , auquel le père de famille présidait.

Les Indiens ont aussi parmi eux une classe

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d'hommes qu'ils regardent comme des proplieLes ou des devins. Ils supposent que ces gens sont doués de pouvoirs surnaturels, et capables de pronostiquer et même de diriger en partie les événemens futurs. Leur croyance à la puissance de ces jongleurs est peut-être la partie la plus faible de leur caractère. Les discours d'un de ces hommes opèrent si puissamment sur l'esprit des Indiens , qu'ils paralysent complètement son énergie j et comme plusieurs prophéties ont été accomplies, le mal dont le devin menace est souvent arrivé par la terreur qu'il a occasionée.

Autrefois les Indiens soignaient avec une attention particulière l'éducation de leurs enfans. Dès l'âge le plus tendre , ils leur inculquaient la croyance de la providence toute-puissante du grand esprit, et leur enseignaient à lui adresser des prières et des actions de grâces. Avant de permettre aux jeunes gens d'aller à la chasse ou à la guerre , on les soumet à une sorte d'initiation. On suppose que, pendant cette cérémonie, le symbole du génie ou de l'esprit, sous la dilection duquel ils sont placés, se révèle à eux. Cette cérémonie est accompagnée de jennes et

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d'exercices qui durent pendant plusieurs jours ; et il n'est pas surprenant que des idées superstitieuses soient excitées dans leurs esprits durant l'épuisement mental et corporel que produit une suite prolongée de pénitences rigoureuses.

Cette esquisse rapide, et par conséquent imparfaite du système tliéologique des Indiens , peut faire juger que, bien qu'erronné,il offre des traces distinctes d'une croyance plus pure. 11 ne semble guère possible que les ancêtres des Indiens aient pu être idolâtres j il est bien plus probable que leur système théologique tire son origine des traditions reçues du temps des patriarches , mais obscurcies.

Les détails dans lesquels je viens d'entrer sur la langue et la religion des tribus indiennes, sont principalement tirés de l'excellent ouvrage de M. Jean HeckcM elder , missionnaire morave de rétablissement de Bethléem , en Pensylvanie. Ce livre se distingue par un caractère de candeur, de sagacité et de jugement très remar- (|uable. M. Mcclu'wcMcr a passé une grande p;M(i(» i\r s;i vie j)armi les linhcîis, coiniiK» ini^-

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sionnaire, et a eu par conséquent la facilité de bien étudier leurs mœurs (i).

A l'instant où cette feuille venait d'être imprimée, j'ai eu le plaisir infini de faire la connaissance de M, Jean Hunter, qui a publié le récit de sa captivité cliez les Indiens, depuis son enfance jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Les tribus parmi lesquelles il a passé sa jeunesse , habitent à l'ouest du Mississipi ; quelques-uns de leurs usages diffèrent de ceux de la nation Lénapé. Quant aux traits plus essentiels de la croyance religieuse et du système social , les deux peuples offrent une ressemblance remarquable.

Quiconque connaît Thistoire de M. Hunier, ne peut converser avec lui sans être étonné de l'étendue de ses connaissances et de la vigueur de son esprit. 11 est dans une position smgulière ,

(i)Cet ouvrage, intitulé Histoire , mœurs et coutumes des nations indiennes qui habitaient autrefois la Pen~ sylpanie et les Etats voisins ^ a. été traduit en français par M. le chevalier duPonceau, un de nos compatriotes, qui est membre de la Société philosophique d'Amérique, établie à Philadelphie. La traduction de M. Duponcean a été imprimée à Paris , en 1822. (Note du traducteur.)

relativement aux blancs et aux Indiens. Proba- Dlement aucun blanc n'a jamais eu autant la lossibilité d'opérer un changement avantaj^eux lans la condition des aborigènes qui existent încore en Amérique, et nous ne pouvons nous empêcher de nourrir l'espoir que beaucoup de Dien s'opérera par son moyen. C'est un homme nodeste, simple, taciturne; il reconnaît ce qu'il ^ a de vicieux , et surtout de malheureux dans [a manière de vivre des sauvages. Les sentimens exaltés, les notions religieuses , le langage poéique qu'il leur attribue, ne surprendront que îeux qui n'ont pas lu l'ouvrage de M. Heckevelder. Les récits de ce dernier, plus froids, )l us prosaïques , s'accordent au fond avec ceux le M. Hunter. Celui-ci se propose, après être etourné dans les Etats-Unis, de réunir sur les jords du Mississipi autant de sauvages qu'il lourra, dans l'intention de les civiliser. Il se regarde comme un instrument choisi par la Providence pour sauver les restes des hommes rouges (i).

(i) Le livre de M. Flunter est îni'ituU : Jfœurs et

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Le voyageur, en quiltanl Montréal, traverse le fleuve dans une pirogue, et débarque à Longueil. Le Saint-Laurent a, dans cet endroit, à peu près 2 railles de largeur. La force du courant qui se précipite à travers les îles , rend le passage ennuyeux. Sainte-Hélène, la plus grande de ces îles, a été récemment achetée par le gouvernement, pour y faire bâtir des casernes où demeureront les soldats qui habitent actuellement à Montréal.

Une diligence va de Longueil à la Prairie, qui est à 7 milles plus haut sur les bords du Saint-

voutumes de plusieurs tribus indiennes vivant à l'ouest du Mississipi* — Philadelphie, 1828, i vol. in-8°.

Cet ouvrage, qui commence par la relation des aventures de fauteur, mérite d'être traduit en français. 11 forme comme une suite de celui d'Heckewelder , et complète nos connaissances sur les peuples qui habitent depuis les bords d^ l'Océan, atlantique jusqu'aux Monts llockj.

Un autre Américain , Jean R. Jewitt , qui a été fait prisonnier par les sauvages de Nooika-Sound , parmi lesquels il a vécu trois ans , a aussi public le récit de son séjour parmi eux.

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Laurent ; ensuite on traverse le pays jusqu'à Saint -Jean , sur la Sorel ,3l 12 milles de distance. Il y a aussi une route par Chambli, au lieu de celle de la Prairie 3 si le voyageur en a le choix, il doit la préférer, parce qu'il verra le fort Chambli, ouvrage des Français, qui, long-temps négligé, a repris son ancien caractère, pendant la dernière guerre, et, en 1 81 4, a servi de quartiergénéral à un camp de 6000 hommes.

Le même jour de mon départ de Montréal, je m'embarquai à Saint-Jean, sur le Phénix, bateau à vapeur, destiné pour Whitehall, à l'extrémité méridionale du lac Champlain.

La Sorel doit son nom à celui de la ville qui s'appelle aujourd'hui William-Henri , et qui , dans le temps, entourait un fort bâti en j665, par ordre de M. de Tracy • il était destiné à défendre le pays contre les incursions des Sauvages; il fut nommé Sorel , d'après l'ingénieur qui surveilla sa construction.

A Saint- Jean, la Sorel a plus d'un mille de large; son cours y est assez lent , de même qu'à son embouchure dans le Saint-Laurent. A Chambli il est plus rapide ; là cette rivière coule avec fracas sur un lit rocailleux , et forme un rapide

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assez fort , mais que l'on ne peut appeler vio-' lent : la roche de ses bords est du calcaire secondaire, couvert de schiste. De Chambli à Saint- Jean, la distance est de 12 milles 5 on suit les bords de la rivière, en traversant un beau pays bien peuplé.

Au-dessus de Saint-Jean, la Sorel s'élargit encore jusqu'à l'île auxlNoix , qui en est éloignée de 9 milles , et dont l'étendue est à peu près de 80 acres. Cette île, par sa position, commande la navigation de la rivière ; ce qui la rend importante comme poste militaire. Elle a, de même que Saint- Jean et le fort Chambli, été souvent prise et reprise dans les guerres qui ont désolé ces contrées. Aujourd'hui elle est fortifiée^ et occupée par une garnison nombreuse.

A peu près à 1 1 milles de l'île aux Noix, on passe devant Rousés-Point qui est sur la rive gauche du Sorel. Depuis la dernière guerre, les États- Unis y ont fait élever un fort semi-circulaire en pierre, qui eût pu défendre parfaitement l'entrée de leur pays contre une armée venant du Canada. Mais il a été constaté par le rapport des commissaires nommés pour la rectification des limites respectives, dont la ligne doit passer sous

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le quarante-cinquième parallèle, que ce fort est sous le territoire britannique. Ainsi ce sera un présent que les Américains auront, sans le vouloir, fait aux Ant^lais. Mais il y a souvent des compensations dans les choses de ce bas monde; et les astronomes ont depuis fait une autre découverte; c'est que la seule passe navigable du rapide du Long-Saut est du côté américain de la ligne de frontière , et que par conséquent nos bateaux doivent demander la permission des Etats-Unis pour naviguer sur cette partie du Saint-Laurent.

La Sorel finit un peu au-dessus du fort, et depuis ce point jusqu'à White-Hall, la longueur du lac Champlain est de g^ milles. Pendant plus de 3o milles , il est si étroit , vers son extrémité inférieure, qu'il ressemble plus à une rivière qu'à un lac. En général, sa forme est 1res irrégulière; il est parsemé d'îles, dont quebjues-unes sont très grandes; ses rives sont découpées par un grand nombre de promontoires et de pointes; ses bords sont ordinairement plats , et boisés jusqu'à leur extrémité mouillée par ses eaux.

Le bateau à vapeur s'arrêta devant une petite maison en bois , sur la rive gauche ; c'est la

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douane des États-Unis j un employé vint à bord pour visiter les bagages des voyageurs; ce qu'il fît avec beaucoup d'honnêteté. Le bateau continue sa marche, et l'employé descend au poste le plus prochain où il attend le bateau qui descend.

A peu près à 25 milles de Rousés-Point , on entre dans la baie de Plattsbourg. Le bateau mouilla devant la ville, pour déposer et prendre des passagers* Ce fut là que la flotte britannique, commandée par le commodore Downie , fut prise eu i8i4 par celle des Américains, sous les ordres du commodore Macdonough; le brave Downie fut tué dans ce sanglant combat.

Plattsbourg est une jolie petite ville où il règne une grande activité; elle est bâtie sur un terrain en pente douce. Le bateau étant resté mouillé à une certaine distance, je ne descendis pas à terre. D'ailleurs, je ne me souciais guère d'aller reconnaître des lieux qui rappellent des souvenirs peu flatteurs pour un habitant de la Grande-Bretagne. Nous n'avons pas cueilli des lauriers dans notre dernière campagne sur ce lac.

Nous arrivâmes i'après -• midi à Burlington,

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située à ^4 milles plus loin, sur la rive opposée. Cette ville est dans l'état de Vermont; elle est au fond d'une baie sur la pente et le sommet d'un coteau assez escarpé; elle est bien bâtie. Le collège est dans la partie la plus haute, à 33o pieds au-dessus de la surface du lac. En 18 1 5, ce lieu n'était qu'une solitude. Aujourd'hui Burlington compte à peu près 2000 habitans; c'est la ville la plus commerçante du lac. Au-delà de Burlington le pays devient montagneux.

Pendant la nuit , le bateau passa devant Crown-Point, sur la rive occidentale du lac, au point où il se rétrécit et ne forme plus en quelque sorte qu'une rivière. On y voit les ruines d'un fort en pierre , bâti, dans l'origine, par les Français, et ensuite renouvelé et augmenté par les Anglais, quand ils furent devenus maîtres du Canada.

A une douzaine de milles, plus au sud, on trouve les ruines du fort Ticondcroga , bâti également par les Français, sur une haute pointe de terre de la même rive, à reinbouclune du lac George, dont les eaux arrivent d'un pays très élevé ; sa longueur est h peu près de 36 milles, et sa largeur, d'un à deux milles: il est pres- TOME ni. II

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que parallèle à la partie méridionale du lac Champ lain. 11 est célèbre par l'aspect grand et pittoresque de la région montagneuse qui l'entoure; par le grand nombre de ses îles, dont quelques-unes offrent de très beaux cristaux de quartz, par la transparence remarquable de ses eaux, et par la délicatesse des truites que l'on y pêche. Plusieurs lieux situés sur ses bords sont fameux dans l'histoire de la guerre des Colonies avec le Canada , et de celle de la révolution américaine. Les forêts qui l'environnent sont encore remplies de bêtes fauves et de serpens à sonnettes.

Pendant que le Canada appartenait aux Français, Ticonderoga vit souvent sortir des expéditions qui allaient ravager les établissemens anglais. Il a ensuite joué un rôle dans la désastreuse expédition de Burgoyne. Les Américains s'y étaient retranchés en 1 777 ; regardant ce fort comme imprenable , ils espéraient qu'il préserverait leur pays contre une invasion. Burgoyne fit transporter de l'artillerie , malgré les précipices, sur le sommet du mont Défiance, beaucoup plus élevé; il fallut abandonner précipitamment Ticonderoga.

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Le mont Défiance est entre le lac Champlain et le Jac George , précisément au point de leur jonction. Il commande absolument Ticonderoga, qui est à portée du canon. 11 suffit d'un simple coup d'œil , même de la part des gens qui ne sont pas militaires, pour s'en apercevoir; et l'on ne conçoit pas comment les anciens commandans avaient négligé ce point : peut-être cela venait-il de la persuasion que l'on ne pouvait transporter du canon sur le haut du mont Défiance.

De l'autre coté du lac Champlain est le mont Indépendance, sur lequel les Américains avaient un poste retranché, dans les temps où la guerre ravageait ces lieux aujourd'hui si tranquilles.

Quand je montai sur le pont , le lendemain matin , je reconnus que nous passions entre une double ligne de montagnes; mais près des bords de la rivière le terrain était marécageux , et n'oflVait aucun intérêt; le canal que forme le Champlain est extrêmement sinueux ; en quelques endroits il est si étroit , et tourne si brusquement , que le bateau ne pouvait doubler C(>s coudes (ju'à l'aide d'un grelui porté à l'avant. A l'exlrémitt' de ce canal naturel, on voit les

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bâtimens des flottilles de Downie et de Macdonougli , amarrés les uns près des autres au rivage.

Whitehall est une petite ville malpropre , mais très vivante. Jadis elle s'appelait Skenesborough. Ce fut là qu'au mois de juillet 1777 Burgoyne détruisit la petite flottille des Américains j ainsi que le bagage et les munitions de leur armée.

Whitehall est bâti sur les bords du Wood- Creek , rivière fangeuse , qui vient du sud , et qui , se partageant en deux bras , se précipite par-dessus des rochers , pour tomber dans le lac Champlain. Les maisons s'élèvent en partie dans une vallée resserrée entre les montagnes, et en partie sur leurs pentes escarpées. Le nouveau canal qui doit unir le lac Champlain au Hudson-River , se termine à Whitehall.

Deux routes conduisent de cette ville à Albany ; la plus courte est de 72 milles. Pendant plus de la dernière moitié de cette distance , on longe la rive duHudson , on traverse une grande partie du terrain parcouru par l'armée du général Burgoyne , et que l'armée américaine défendit pied à pied , jusqu'à ce qu'enfin la fortune

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ie la guerre contraignit l'armée royale à se rendre prisonnière de celle de la nouvelle ré • publique. La dernière position de l'armée royale fut un camp retranché sur un terrain élevé au nord du Fishkill, petite rivière qui coupe la route pour aller tomber dans le Hudson ; la reddition eut lieu dans une prairie , sur les bords du Fishkill, au confluent des deux rivières.

Nous prîmes l'autre route qui est plus longue ; elle passe par Saratoga et Bail ston, lieux fameux par leurs sources clialibées, où les malades, les oisifs, et les gens du beau monde de toutes les parties des Etats-Unis, et même des pays étrangers, viennent en foule dans la belle saison.

Saratoga est bien autrement célèbre dans l'histoire, pour avoir donné son nom à la capitulation dont il vient d'être question. L'armée américaine ayant évacué le fort de Ticonderoga, dans la nuit du 5 juillet 1777, fut vivement poursuivie par le général Burgoyne ; les combats qu'elle soutint prouvèrent que, dans sa retraite, elle était encore redoutable. Enfin , au mois de septembre, Burgoyne parvint, après avoir surmonté de grands obstacles, et vu déjouer plusieurs plans très importans, à passer le ILul-

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son , et le 17 son avant-garde se trouva à moins de 4 milles des Américains. Des escarmouclies eurent lieu fréquemment; mais il n'y eut pas d'engagement général avant le 19. L'action fut sanglante. Chaque armée resta sur son terrain ; Burgoyne s'attribua l'honneur de la victoire , mais il paraît que sa perte fut de près de six cents hommes ; celle des Américains ne fut que de la moitié,* ils pouvaient remplacer les hommes qui leur manquaient; Burgo^me était dans l'impossibilité d'en faire autant.

(( Depuis le 19 septembre jusqu'au 7 octobre, dit-il dans ses mémoires , il ne se passa pas une nuit sans qu'il y eût des coups de fusil tirés ; quelquefois nos avant-postes étaient attaqués. On ne pouvait envoyer un détachement en fourrage qii'en le faisant couvrir par un corps considérable. Le plan de l'ennemi était de nous harasser par des alarmes continuelles ; la supériorité du nombre Je mettait en état d'effectuer ce dessein sans se fatiguer, La longue habitude avait rendu nos soldats indifférens aux coups de fusil ; ils pouvaient manger et dormir même quand ils les entendaient très prés d'eux. Je ne crois pas que ni olficier ni soldat

se soit, dans cet iotervalle, déshabille pour se Jivrer au sommeil , ou qu'un officier général ou un colonel ait passé une seule nuit sans être sur ses jambes à plusieurs reprises, et constamment avant le lever du soleil. »

Le 7 octobre, Burgoyne marcha contre les Américains qui se défendirent avec beaucoup de résolution : ensuite ils attaquèrent le colonel Auckland , commandant les grenadiers anglais , qui fut blessé et fait prisonnier; une grande partie de l'artillerie fut prise. Le général Frazer fut blessé mortellement. La nuit fut extrêmement critique pour les troupes britanniques; elles abandonnèrent leur camp et se retirèrent dans leurs retranchemens sur les hauteurs.

Le 8, dans la soirée, le général Frazer fut enterré sur une hauteur voisine, et, suivant ses vœux , dans une grande redoute que l'on y avait élevée précédemment. Les Américains qui voyaient beaucoup de monde assemblé , et qui en iijnoraient la cause, firent jouer leur artillerie de ce coté; le convoi (ut couvert de pous-y sière. L'aumônier de Tarmée ne se laissa pa/ ébranler par la cannonadc, cl n'omit aucune d parties du service fnnè}>i'e. /

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Burgoyne, voyant qu'il ne pouvait pas se faire jour à travers les Américains, essaya de retourner au Canada ; le 8 octobre , à neuf heures du soir , il commença sa retraite. Poursuivi et serré de près par l'armée ennemie, manquant de vivres, voyant chaque jour diminuer le nombre de ses soldats par les maladies , il fut obligé , le 1 7 , de mettre bas les armes.

Plusieurs officiers anglais avaient été suivis par leurs femmes. Lady Auckland, instruite de la captivité de son mari , avait demandé à Burgoyne la permission d'aller le rejoindre. Elle fut reçue par le général américain Gates avec tous les égards qu'elle méritait.

Le général Reidesel , officier allemand , au service de l'Angleterre, était aussi accompagné de sa femme. Quand l'armée britannique se fut rendue aux Américains, le baron de Reidesel écrivit à sa femme de venir le trouver avec ses enfans : « Je montai dans ma calèche , dit madame de Reidesel , dans ses mémoires, et je m'acheminai, avec ma petite famille, vers le camp des Américains. En passant, je remarquai, et ce fut une grande consolation pour moi, que l'on ne me regardait pas d'un air de ressentiment ;

TOYAOE AU CANADA. 169

tout le monde me saluait, on montrait même de la compassion en voyant une femme avec de petits enfans. J'étais, je l'avoue, effrayée d'aller chez l'ennemi j car c'était une position nouvelle pour moi. Quand nous approchâmes des tentes , un bel homme s'avança vers ma voiture , prit mes enfans , les embrassa , les caressa : j'en fus si attendrie, que les larmes me vinrent aux yeux. « Vous tremblez ! me dit cette personne ; n'ayez )) pas peur. » Oh ! non , répondis-je, je ne crains y) rien; vous me paraissez si bon et si tendre » pour mes enfans , que cela me donne du cou- » rage. » 11 me conduisit à la lente du général Gates.

ce Tous les généraux devaient dîner avec ce dernier. ((Vous seriez bien embarrassée de vous » trouver à table avec tous ces Messieurs , me » dit cette même personne; venez , avec vos en- )) fans , dans ma tente ; je vous y ferai préparer :» un dîner frugal , mais il sera douné de mon ï) cœur. » — c( Vous êtes certainement mari et » père, m'écriai-je, puisque vous me montre/ » tant de bonté.»

« Je reconnus alors que cet homme excellent était le général Scluiylcr. J'étais satisfaite, tous

ceux qui m'entouraient étaient contens ; je voyais mon mari hors de danger : que pouvais-je désirer de plus dans l'infortune générale? Après le dîner , le général me dit qu'il demeurait à Albany , et que le général Burgoyne lui avait promis d'aller demeurer chez lui; et il m'invita à suivre cet exemple avec mes enfans. Mon mari, que je consultai, me conseilla d'accepter l'invitation. Quelques jours après, nous arrivâmes à Albany, ville qui, depuis si long-temps, était l'objet de nos vœux ; mais au lieu d'y entrer en vainqueurs , comme nous l'avions espéré , nous étions prisonniers ! Nous y fûmes accueillis comme des amis, par la famille du général Schuyler; et cependant le général Burgoyne avait fait brûler la maison et dévaster les champs et les vergers de celui-ci à Saratoga. Frappé de tant de générosité , le général Burgoyne lui dit: « Que de bonté, quoique je vous aie fait tant )) de mal ! » — c( C'était le sort de la guerre, repartit le général Schuyler, n'en parlons plus.» Après la guerre , Saratoga ne resp.rîmblait guère qu'à un marais ; depuis une quinzaine d'années , ses eaux ont acquis une grande réputation , et dans les mois de juillet et d'août, ou

VOYAGE AU CAiNAdA. I7I

y voit près de i5oo étrangers. On compte à peu près quatorze sources à Saratoga et dans les environs ; elles offrent toutes quelques différences dans la quantité des particules minérales et gazeuses qui les composent. Je bus un verre de la source du Congrès , qui coule d'une fontaine très propre.

Les eaux de Ballston ont été célèbres depuis une trentaine d'années. Le village de Ballston- Spa est à 26 milles au nord d' Albany , dans une vallée pittoresque , arrosée par un ruisseau qui, au-dessous de ce lieu, se jette dans le Kayadarossera. La partie septentrionale de cette vallée est bordée de collines sablonneuses , hautes et très escarpées. Le village renferme pUis de cent maisons- on y compte plus de 600 babitans. 11 y règne une grande activité; c'est le rendezvous de tous les environs , qui , à l'exception de plaines couvertes de pins dans le nord, sont très fertiles. Les auberges, destinées aux étrangers qui viennent prendre les eaux, sont vastes et commodes. En 1818, on y a vu 25oo étrangers, dont la dépense moyenne s'est montée à 5o dollars par télé.

Arrivé à Albany, je in'cnibarijuai sur le ba-

teau à vapeur le Livingston. La traversée, jusqu'à New-York , fut heureuse et prompte. Les rives du Hudson sont très pittoresques: on passe devant l'embouchure du Catskill-Creek , que ce fleuve reçoit à droite: le confluent est au niveau des marées de l'Océan 3 la rivière descend du haut des Catsberg , montagnes qui s'élèvent à plus de 53o toises au-dessus de la mer. Quelle variété prodigieuse de productions le règne végétal doit offrir entre ces deux extrêmes ! La cime du Round-Top a 56o toises de hauteur, celle du High-Peak, 520. Ces sommets sont à une vingtaine de milles des bords du Hudson. Une grande route traverse ces monts, où elle passe à une hauteur de 879 toises. C'est la plus élevée des Etats-Unis ; elle l'est bien plus que celle qui coupe, plus au sud, la chaîne des Alleghanys.

Cette région alpine renferme une très belle cataracte , qui est éloignée d'un demi-mille de la grande route. Le Katerskill , formé des eaux que lui fournissent deux petits étangs , éloignés l'un de l'autre d'un quart de mille, coule tranquillement pendant 2 milles , puis se précipite perpendiculairement d'une hauteur de 52 toises.

Les montagnes sont habitées jusqu'à leur sommet; ce qui procure aux voyageurs la facilité de les parcourir à leur aise.

C'est de l'autre côté du fleuve , au confluent du Kinderhook, à une douzaine de milles audessus de celui du Catskell, que les rives du Hudson commencent à changer de caractère ; elles deviennent plus hautes et plus escarpées. Elles forment une chaîne rocailleuse , interrompue en quelques endroits par des ouvertures où se trouvent des villes; deux vallées de largeur inégale courent parallèlement à cette chaîne , et sont remplies d'habitations. Rien de plus agréable que la vue des bords du Hudson , depuis Albany jusqu'à New- York ; les sommets des rochers sont couronnés de chênes, de pins et de genévriers nains: tantôt le rivage s'avance en promontoires abruptes et rocailleux ; tantôt il forme des caps arrondis, et dont la surface ondulée est couverte de charmantes maisons de campagne. Ce séjour doit être délicieux en été. Les navires qui remontent ou descendent le fleuve , ajoutent au charme du coup d'œil. On découvre dans le lointain les sonnnets bleuâtres des montagnes.

ir:^ J. M. DUNCAN.

A l'embouchure du FislikilJ , que le Hudsoii reçoit à gauche, le pays offre un aspect moins rocailleux. Toutes les petites rivières qui, de chaque côte, apportent au Hudson le tribut de leurs eaux , ayant leurs sources sur des plateaux élevés de plusieurs centaines de pieds au-dessus de sa surface, et un cours peu prolonge, n'y arrivent généralement que par des cataractes plus ou moins élevées. Ces accidens donnent la facilité d'établir sur leurs bords des usines qui épargnent le travail des hommes , circonstance inappréciable dans un pays où le haut prix de la main-d'œuvre empêchera encore long-temps l'établissement de manufactures en état de rivaliser avec celles de l'Europe.

Sur un promontoire de la rive droite , on voit Westpoint , lieu célèbre dans l'histoire de la révolution américaine. Le fort Putnam est abandonné, il tombe en ruines. Westpoint a aujourd'hui une école militaire. Ce fut là que le major André, officier anglais, qui était allé conférer avec Arnold , sur les moyens de livrer la forteresse aux troupes britanniques , fut arrêté en retournant vers le navire qui l'attendait. André fut puni comme espion j sa mort ignominieuse

VOYAGE AU CANADA. Iij5

ïd immortalisé ; son caractère était estimable ; tout le monde plaignit son triste sort. Le traître Arnold réussit à s'échapper j il est mort couvert d'opprobre.

Quand on est au milieu des montagnes du Fishkill, dont Westpoint commande l'entrée, on ne peut s'empêcher d'admirer la beauté de la perspective. La surface tranquille du fleuve qui s'approche de l'ouverture resserrée par laquelle il sort de ces monts , les rochers qui semblent menacer de tomber sur les navires voguant à pleines voiles, la vue des montagnes lointaines , cet ensemble forme un paysage ravissant.

J'arrivai le 25 novembre à New- York • j'y passai la plus grande partie de l'hiver, et je débarquai en Angleterre au commencement de 1820.

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