Tome I
Climat du Canada. — Effet de la gelée sur le corps humain. — Maladies. — Aurore Boréale et autres phénomènes atmosphériques.
Comme la grande différence qui existe entre le climat du Canada et celui des contrées situées sous la même latitude en Europe, a fourni à un grand nombre de savans matière à des spéculations philosophiques, je n'essaierai pas d'expliquer ce phénomène , puisqu 'après tout ce qui a été écrit sur ce sujet, la cause de cette différence semble avoir échappé aux recherches les plus actives et les plus profondes. Plusieurs écrivains attribuent la rigueur du climat pendant l'hiver aux vents du nord-ouest qui dominent d'une manière étonnante et à l'étendue immense des lacs qui couvrent une si grande partie du Haut-Canada. 11 paraîtra évident à tout homme qui voudra réfléchir que la
rigueur du climat pendant l'hiver ne peut être attribuée justement à l'influence des lacs puisque les parties de ce grand continent, voisines de la mer, jouissent d'un climat beaucoup plus tempéré que les contrées méditerranées qui se trouvent situées sur la même latitude , quelque soit leur éloignement. Les pêchers réussissent fort bien, et donnent des fruits en parfaite maturité le long de l'extrémité nord-ouest du lac Ontario , par 43 degrés 3o minutes de latijtude et sur la côte septentrionale du lac Eriê : et à la petite distance de 35 milles de ce dernier lieu, par 42 degrés 20 minutes de latitude, ce fruit ne peut être cultivé sans le secours des serres chaudes, .l'ai souvent vu la neige épaisse de trois pieds à un degré au sud du rivage septentrional de YOntario. tandis qu'à la même époque elle n'excédait pas six pouces dans le voisinage même du lac.
Touslesargumens qui ont été produits jusqu'à présent à l'appui des diverses théoriesinventées pourexpliquerla rigueurparticulicre du climat de l'Amérique septentrionale, comparativement avec la température des contrées Européennes sous une latitude correspondante ,
paraissent tellement contradictoires , et tellement susceptibles de réfutation ou du moins d'objections , que je me bornerai à un simple exposé des faits : vous pourrez, à loisir , en tirer les conclusions qui vous paraîtront le plus en harmonie avec la raison et la philosophie.
On peut néanmoins faire encore une remarque avant de quitter entièrement ce sujet. Aucun homme capable de réflexion ne peut douter que, dans toute cette région élevée, le climat n'éprouve une altération matérielle, à mesure que le pays est plus découvert, et que cette amélioration ne s'opère graduellement , dans une proportion exacte avec les progrès des arts de la civilisation. Environ les dix-neuf vingtièmes du Haut-Canada sont encore couverts d'immenses forets , et ceux qui ont eu l'occasion d'observer les changemens salutaires opérés dans la partie habitée, depuis qu'elle a reçu quelque culture , peuvent juger sainement des grands effets qu'on pourrait espérer d'un défrichement complet de tout le pa}rs. Je ne veux pas parler des divers avantages qui résultent sensiblement des grands défrichemens , habilement dirigés : tels que la dimînu-
tion de la vermine et /les insectes venimeux ; Ja disparition des vastes marais ; les grandes dimensions qu'ont acquises toutes les productions végétales partout où il est permis au soleil d'exercer d'une manière illimitée sa vivifiante influence; l'augmentation visible d'aisance et de commodités, obtenue parle colon, 'tant pour lui et sa famille que pour son bétail , pendant les rigoureux froids de l'hiver et les extrêmes chaleurs de l'été , partout où les forêts ont disparu sous les efforts de l'industrie humaine. Ces effets immédiats de la culture, ainsi que plusieurs autres avantages qui pourraient être plus particulièrement détaillés sont évidens dans toutes les parties cultivées du Bas-Canada. Mais on peut les voir dans une plus grande perfection ., quoique sur un champ moins vaste, dans tous les nouveaux établissemens de la province supérieure , région plus élevée et plus méridionale. Cette amélioration anticipée du climat n'est pas purement hypotéiiquo. On peut la prouver par la seule circonstance du dessèchement complet de plusieurs ruisseaux qui portaient autrefois leurs eaux dans les rivières ou les lacs contigus ci qui ont entière-
ment disparu depuis que les arbres qui les ombrageaient ont été abattus. J'ai vu moi-même plusieurs exemples de courans ainsi desséchés , lorsque leurs principales sources ont été détruites par le défrichement de cette immense étendue de terres appelées l'établissement Talbot ; et des faits semblables sont connus de toutes les personnes qui se sont occupées avec quelque soin de la culture américaine et qui ont examiné ses nombreux résultats sur divers points. Les naturalistes ont parlé de la puissante influence que les arbres exercent dans l'ancien continent pour la conservation de la fraîcheur et de l'humidité des terres environnantes ; mais combien plus grands doivent être les effets de cette influence en Amérique où la distillation et l'irrigation sont maintenues dans une constante activité par des millions de grands arbres dont le sommet s'élève à plus de deux cents pieds au-dessus de la surface de la terre , et plus encore dans une région comme le Haut-Canada qui s'élève à mesure qu'on s'éloigne des rives de l'Océan. Ces arbres comparables à des colonnes majestueuses doivent être de puissans conducteurs du fluide
atmosphérique, et leur chute estla suppression d'une source féconde d'humidité. Je laisse à d'autres le soin de décrire les conséquences remarquables de pareils changemens introduits parles arts de la civilisation.
Dans le Bas-Canada, l'hiver commence à peu près au 20 octobre; et la neige, depuis cette époque jusque vers le 16 avril séjourne sur la terre. Ces deux mois, ainsi que je l'ai déjà remarqué., sont les plus désagréables de l'année pour les voyageurs. Durant cette période , le froid est violent ; le thermomètre marque, en général, de 10 degrés au-dessus,, jusqu'à 3o degrés au-dessous de zéro; dans le Haut-Canada et surtout dans les parties occidentales, l'hiver commence rarement avant le milieu de décembre et la neige disparaît ordinairement à la fin de mars. La différence de climat entre les deux provinces est néanmoins plus sensible par sa durée que par les degrés de froid ou de chaud. Dans le Haut-Canada , les étés sont plus longs et aussi chauds que dans la province inférieure; mais les hivers, quoique plus courts , sont presque aussi rigoureux en proportion de leur durée.
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Le froid de l'hiver, quoique rude, ne produit pas d'effets nuisibles à la constitution humaine., excepté ceux que l'on peut éviter au moyen de légères précautions. Mais on voit souvent dans le Haut -Canada un grand nombre de maladies , engendrées par l'extrême chaleur de l'été, qui retiennent, pendant plusieurs mois,, sur le lit de douleur un grand nombre d'habitans: malgré cette circonstance , je ne puis regarder ce climat comme véritablement malsain. Les maladies contagieuses ou dangereuses sont peu connues dans le pays, et je crois qu'il y a peu de personnes qui aient quelques objections à faire contre cette province sous le rapport de la salubrité. On ne peut nier que tous les fortes gelées n'aient souvent des résultats fâcheux ; mais je pense que de dix personnes qui ont été gelées dangereusement, il y en a neuf qui ne peuvent imputer leur malheur qu'à leur imprudence ou à leur inattention. Si un homme s'enivre dans une taverne au point qu'en retournant chez lui il soit forcé de se coucher sur la route et s'y endorme, il ne peut, avec justice., imputer la perte de ses bras ou de ses jambes à la rigueur du froid. Il est vrai que
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quelques individus sont par fois gelés sans s'être livrés à aucun excès et seulement en suivant leurs occupations ordinaires. Mais j'en ai peu vu dans ce cas pour qui il en soit résulté de graves accidens.
Je connais cependant un jeune homme qui, pendant l'hiver dernier, eut extrêmement à souffrir de l'intensité du froid. Ayant été chargé par le sous -shérif du district de Home de citer quelques personnes résidentes dans les nouveaux territoires de la partie septentrionale du district d'York, il partit à pied pour remplir sa mission ; c était un émigrant anglais qui résidait depuis peu dans le Canada , et qui ne connaissait pas bien les bois. 11 s'égara dans l'après-midi du premier jour de son voyage; il erra dans la forêt jusqu'aux approches de la nuit sans pouvoir retrouver sa route ; sentant ses pieds extrêmement froids , il s'assit sur un tronc d'arbre, ôta ses souliers et ses bas , et, en frottant ses pieds avec de la neige, le sang reprit bientôt sa circulation accoutumée. Comme ses bas et ses souliers étaient mouillés quand il les ôta , ils gelèrent si complètement qu'il lui fut impossible de les remettre; mi
convaincu qu'il ne pourrait marcher qu'en couvrant ses pieds d'une manière quelconque, il se vit dans la nécessité d oter sa veste , et il la coupa en morceau pour les envelopper. Cet expédient lui réussit très-bien pendant une heure ou deux; mais, au bout de ce temps, ces enveloppes se trouvèrent tellement déchirées qu'il fut réduit à traverser pieds nuds de vastes déserts couverts de neige ; il est à peine nécessaire de dire que dès le moment où ses pieds se trouvèrent ainsi sans abri contre le froid , ils furent presque aussitôt {jelés. Après avoir erré toute la nuit dans les bois, il rencontra le matin un homme qui le conduisit à un établissement, et qui malheureusement lui conseilla de mettre ses pieds dans l'eau chaude pour détruire l'effet de la gelée. Il eut recours à cet expédient le plus nuisible et le plus funeste de tous ceux qu'il aurait pu employer. Il en résulta une douleur si vive qu'il tomba dans un évanouissement complet dont il ne revint qu'au bout de 48 heures. A l'expiration de ce temps, il s'était opéré une mortification qui ne se termina que par la perte de ses deux pieds.
Dans le Haut-Canada^ la '-neige tombe rare»-
ment avant la fin de novembre , et le froid n'est jamais bien violent que vers le milieu de décembre. Alors les rivières les plus rapides sont complètement gelées à leur surface et toute la superficie de la terre est recouverte d'un manteau blanc. Cette température continue généralement pendant les mois de janvier et de février. A cette époque, il survient quelquefois de courts dégels qui donnent momentanément un nouvel aspect à la nature : mais le froid reprend bientôt son empire. Ces changemens sont très-souvent subits dans le fort de l'hiver. La neige a rarement plus de deux pieds de profondeur et,, malgré la sévérité du froid, elle ne contracte pas trop de dureté pendant toute la saison. Comme les chemins sont très-mauvais pendant 1 été, l'hiverest en Canada la saison des voyages. Pour cette raison , le temps froid est accueilli par les Canadiens comme une délicieuse période pendant laquelle ils peuvent partir sans difficulté pour aller au loin visiter leurs amis, envoyer au marché leurs blés et autres productions, faire venir des villes éloignées les provisions qui leur sont nécessaires, et enfin vaquer à toutes leurs
affaires domestiques de quelque importance. Aussi long-temps que la neige conserve sa profondeur et que les chemins ont une base solide, un traîneau canadien roule» doucement sur sa surface avec autant de facilité que de vitesse, et deux chevaux peuvent aisément faire des journées de 4o à 5o milles , traînant le poids d'un tonneau sur des chemins qui, dans l'été, sont presque entièrement impraticables. Dans les nouveaux établissemens, les troncs d'arbres, qui se montrent au-dessus de la neige, rendent les voyages plus désagréables que dans les parties anciennement défrichées,, où l'on ne trouve plus de semblables inégalités.
Les courses en traîneau sont un amusement favori des Canadiens ; ils considèrent cette manière de voyager comme la plus agréable qu'on ait pu inventer. Lorsqu'ils entreprennent ces excursions , ils se vêtissent fort chaudement, en s'enveloppant dans une peau d'ours ou de buffle. Les personnes des deux sexes portent par-dessus leurs souliers et leurs bas de gros bas de laine et recouvrent leurs mains de gants de peau de daim doublés en laine. Elles portent aussi des bonnets fourrés et des capu-
chons ; l'inférieur du traîneau est garni en peau d'ours, et une peau de buffle à laquelle on a laissé son poil, couvre les voyageurs depuis les pieds jusqu'à la ceinture. Ainsi équipés, ils bravent les temps les plus rigoureux et voyagent souvent l'espace de 10 à i5 milles sans s'arrêter pour se rafraîchir ou pour quelqiCautre cause.
Dans les premiers jours d'avril, la neige commence à disparaître graduellement ; les chemins deviennent impraticables et les voyages de toute espèce sont généralement suspendus. Au premier avril , les fermiers commencent à labourer; vers le 20 , on sème le blé de printemps, et vers la fin de mai on sème le blé d'Jnde , et on plante les patates.
Bans les premiers jours de juin , le temps devient fort chaud : alors les fièvres ordinaires ëk intermittentes commencent à se répondre. La propagation de ces maladies en Canada a • été attribué à plusieurs causes. Quelques-uns pensent qu'elles proviennent des émanations produites par les végétaux putrides ; mais cette théorie, quoique plausible et appuyée d'un grand nombre d'argumens puissans, n'en est pas moins erronnée. Dans le Bas Canada la
quantité des végétaux putrifiés est aussi grande que dans la haute province , et celle des terres humides et marécageuses est beaucoup plus considérable. Néanmoins , dans le premier, les fièvres ordinaires et intermittentes sont entièrement inconnues. De même , dans la partie orientale du Haut Canada qui abonde en marais, les habitans ne sont que partiellement atteints de ces maladies ; tandis que , dans les districts de l'Ouest, peu de personnes arrivent à l'âge de vingt ans sans en avoir éprouvé plusieurs fois les fâcheux effets. J'ai disserté sur ce sujet avec plusieurs médecins , sans avoir pu obtenir une explication satisfaisante de l'origine de ces maladies. Dans l'été de 1819, les fièvres de toute espèce se manifestèrent d'une manière alarmante dans presque toutes les parties du Haut Canada, mais plus particulièrement dans les districts de l'Ouest. La saison fut trèssèche ei: extrêmement chaude, et je crois qu'à peine une famille sur dix fut exempte de maladies. Malgré cela le Haut Canada peut, même sans faire abstraction de cette année , être considéré comme très-sain, en comparaides provinces des États-Unis, qui se trouvent
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placées sous la même latitude. Car tandis que les Canadiens étaient affectés de ces fièvres très-accablantes, mais peu dangereuses, les Américains étaient moissonnés par milliers, par la fièvre jaune, ce fléau dépopulateur des cités. En résumé, je ne pense pas que le climat, soit pendant les froids rigoureux de Tliiver, soit pendant les grandes chaleurs de l'été , considéré sous le rapport de son influence sur la santé des hommes et sur les productions végétales , présente des inconvéniens suffisans pour détourner d'aller habiter cette contrée. Enfin, tout bien considéré, après avoir examiné 1a question sous tous ses rapports , je doute si le Haut Canada n'est pas un pays plus sain que l'Angleterre et que l'Irlande ; il est du moins bien certain que sous ce point de vue , le Bas Canada est supérieur à l'un et à l'autre.
Je sais qu'il est généralement admis en théorie que les eaux stagnantes sont les causes des lièvres de toute espèce. Mais sur ce point mon opinion est entièrement différente, et je me félicite de pouvoir l'appuyer de la respectable autorité du docteur Dwigiit dont voici les
judicieuses observations sur les Etats-Unis presque entièrement exempts de ces maladies. « On a communément supposé que les eaux » stagnantes sont insalubres dans les pays » exposés à de fortes chaleurs,, comme celles » qui régnent pendant l'été dans une partie de » l'Amérique. Cette supposition est en grande » partie, pour ne pas dire entièrement, erron- » née, au moins en ce qui concerne la Nouvelle » Angleterre : il est probable qu'il y a dans ce » pays , un aussi grand nombre de petits lacs » et d'étangs que dans toute autre contrée de » même étendue. Après des recherches très- » actives et très-multipliées , je n'ai pas pu en » trouver un seul dont les rives fussent un » séjour mal sain. Je ne parle pas des étangs » artificiels : ceux-ci sont très-souvent insa- » lubies. Je ne désigne ici que ceux que la » nature a formés : ceux-là me paraissent » d'une salubrité qui ne laisse rien à désirer. » Dans le territoire de Plymouth qui est fort » étendu , il y a un grand nombre de lacs et » d'étangs : mais on ne sait pas qu'ils aient » jamais produit d'effets fâcheux sut; la santé » des habitons.
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» On a pensé que les végétaux morts pou- * vaient être la cause de l'insalubrité des eaux » stagnantes. Cette opinion peut être juste à un » certain point: mais je ne pense pas qu'en thèse » générale on puisse les considérer comme pro- » duisant les lièvres aiguës, puisqu'on a reconnu » que ces maladies se manifestent presque tou- » jours au printemps. D'ailleurs les végétaux pé- » rissent à la Nouvelle Angleterre commeparlout » ailleurs; et cependant autant que j'ai pu m'en » instruire , les fièvres aiguës et intermittentes » sont absolument inconnues sur le revers «occidental des montagnes vertes, excepté » dans le voisinage de deux ou trois marais » situés dans le territoire de Guilford. Je sup- »pose icf que la putréfaction végétale est spé- » cialement considérée comme la cause des » maladies d'automne. Que cette putréfaction » végétale soit une cause auxiliaire de ces ma- » ladies ; à la bonne heure , cela peut être rai- » sonnablcment admis. Mais que ce soit la seule » ou même la principale , il doit être permis » d'en douter. Cette putréfaction existe régu- » lièrement chaque année, et ces maladies se Tome I.
» montrent rarement dans certains lieux. La » putréfaction existe dans tout le pays , et » les maladies , lorsqu'elles existent , sont con- » finées dans quelques points resserrés. Si on » dit que les eaux stagnantes sont nécessaires » pour produire cet effet , je répondrai que » dans la vaste étendue de pays que j'ai spé- » cifiés ? ces eaux ne produisent point un sem- » blable résultat; je dirai enfin que ces maladies » prédominent aussi souvent là où de pareilles » eaux n'existent pas , que là où elles existent ; » qu'on les trouve également dans les plaines » et dans les vallées , sur les coteaux et même » sur les montagnes les plus élevées. »
.Après s'être ainsi exprimé , le docteur Dwigh émet l'opinion que les maladies dont nous avons parlé sont plutôt produites par les putréfactions animales que par les eaux stagnantes ou les miasmes marécageux.
« Il y a plusieurs aimées, écrit-il , que je mis » une certaine quantité de graines de poivre » dans un verre d'eau , et peu de jours après, » j'aperçus une légère écume répandue sur sa » surface. Après quelques autres jours, en » examinant cette écume avec un microscope ,
» je visqu'elle contenait une inûnitéd'animaux » vivans. Au bout de deux ou trois jours encore, » j'inspectai de nouveau l'écume et n'y trouvai » aucune apparence de vie. Après une autre • courte période , l'écume se trouva de nouveau » remplie d'animaux vivans , qui disparurent » ensuite ; et cela continua ainsi alternative- » ment jusqu'à ce que l'eau devint si fétide » qu'il ne fut plus possible de l'examiner. La » conclusion que je tirai de ces faits , c'est que » la première race de ces animalcules , qui était » morte après avoir fait ses œufs , avait été » remplacée au. bout d'un court intervalle par » une seconde, et qu'à celle-ci avait succédé » une troisième.
« La fétidité qui provient de la putréfaction ode ces êtres éphémères, diffère sous un rapport, de celle que produit la mort d'animaux «d'un plus gros volume : quoiqu'elle ne soit » sensible qu'à une petite distance , elle est peut- » être plus répugnante que l'odeur d'un cadavre «corrompu ; elle est au moins beaucoup plus «suffocante. Quand de pareilles émanations se «portent sur les poumons, il semble que la «nature ne puisse y résister, et que l'on soit
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«prêta succomber sous leur impression. Cette » odeur avait une qualité piquante , qui lui était ? propre, et qui semblait affaiblir la force vitale, visvitœjà'une manière différente de tout » ce que j'ai pu éprouver jusqu'alors.
«L'écume qui recouvrait cette eau de poivre , «paraissait être la même que celle que l'on » aperçoit quelquefois dans les fortes chaleurs » sur les eaux stagnantes , et qui abondent dans » les marais exposés au soleil. La putréfaction vé- « «-étale semble être nécessaire à la production, » et même à l'existence de ces petits animaux, »ou du moins leur être concomitante.
)> Quelque influence que puisse avoir la pu- )> tréfaction végétale , je suis fortement porté , ), par plus d'un motif, à croire que la pu- » tréfaction animalculaire est la cause immé- » diate de ces maladies de toute espèce que l'on » attribue justement aux eaux stagnantes. Il » sera , je pense, universellement reconnu que » desemblablesmaladies ne proviennent jamais » d'eaux stagnantes qui ne sont pas couvertes » d'écumes dans une grande partie de leur sur- )> face ; et peut être en viendra-t-on à recon- » naître que la plupart , pour ne pas dire tous
>> les lieux où les eaux stagnantes sont rècoù- )> vertes de cette écume', sont insalubres. Àu- » tant que j'ai pu l'observer, les lacs delà Nou- >) velle Angleterre , sont entièrement exempts » de la plus légère pellicule de cette nature; » leurs eaux sont pures et potables ; elles sont )) produites par des sources souterraines, et elles » sont , par conséquent, trop froides , et , de » plus , trop agitées par les vents , pour per - » mettre ordinairement l'existence d'animal- » cules. »
Cette opinion , quelque plausible qu'elle paraisse , est, comme beaucoup d'autres théories qu'on émet, incapable de supporter l'épreuve d'un examen approfondi : maintenant, dans la partie Occidentale du Haut- Canada, où les lièvres sont très-fréquentes, il y a fort peu de lacs ou d'étangs dontles eaux soient stagnantes, et ils sont tous formés par des eaux potables , aussi pures et aussi limpides qu'aucune eau puisse l'être dans la même situation. En » I! ils s'alimentent par des sources , qui dans les plus grandes chaleurs de l'été, conservent p faitement leur fraîcheur., et sont, par cor quent , exemptes de putréfaction animalcu-
laire. Le contraire a lieu dans les parties Orientales du Haut-Canada, et dans la plus grande partie du Bas-Canada, où ces maladies sont entièrement inconnues.
Dans le Canada, le temps est toujours plus froid lorsque le ciel est brillant et clair, et lorsque lèvent souffle du nord-ouest ; la neige tombe rarement , tant que le mercure demeure audessous de zéro. On pourra aussi se former quelque idée de la rigueur de la gelée, lorsqu'on saura que de l'eau jetée en l'air , à une certaine hauteur, est complètement cristalisée avant de retomber sur la terre. Dans le Haut-Canada, l'on a rarement de la pluie pendant l'hiver ; mais quand il en tombe, elle est invariablement accompagnée d'une gelée très-piquante. Rien ne peut surpasser la beauté des forêts dans cette circonstance. A mesure que la pluie tombe sur les arbres, elle se gèle immédiatement; et si elle continue pendant long-temps à tomber avec abondance , les troncs des arbres , leurs branches et leurs rameaux , sont si complètement couverts de glace et garnis'de glaçons, que la forêt semble transformée en un innombrable assemblage de chandeliers de cristal ,
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qui réfléchissent dans leurs festons élégamment taillés les rayons de la lumière , avec toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Le soir, lorsque les rayons de la lune descendent sur la scène, et viennent l'éclairer de leur lumière argentée , on voit un spectacle nouveau : les sommets des arbres paraissent revêtus de pur or ; les perles et les améthystes semblent semés avec profusion. En été, les phénomènes météorologiques ne sont ni moins brillans , ni moins étonnans. Pendant les mois de juin, de juillet et d'aoûts l'aurore boréal éclaire notre ciel , nos bois ,nos champs, nos demeures, et, je crois, que je pourrais dire jusqu'à nos âmes ; car un homme qui n'est pas encore arrivé au dernier degré d'insensibilité , ne peut résister à l'influence qu'un pareil phénomène doit nécessairement exercer sur l'âme du spectateur enchanté. Nous sommes , en général , instruits de son apparition , par le craquement et le sifflement qu'elle produit. Les nuages qui couvrent l'horizon du côté de l'Orient , commencent à se mouvoir du Nord , et ensuite du Sud. Ils circulent d'une extrémité des eieux à l'autre exi'émilé avec lfc rapidité <1<: l'éclair, et s'agitcnl ainsi con-
tinuellement jusqu'à ce que toute la voûte du firmament paraisse embrasée. Je me suis souvent assis en plein champ pour admirer les mouvemens constamment variables de cet étonnant phénomène > qui me paraissait toujours nouveau et toujours sublime.
Le phénomène météorologique, bien remarquable 9 dont je place ici l'intéressant récit , extrait du journal de Montréal , arriva à une époque où je ne résidais pas encore dans cette ville.
« L'étonnante apparition qui a eu lieu la semaine dernière , laissera de longs souvenirs parmi les habitans de ce district, et le jeudi de cette même semaine sera classé dans les siècles futurs , avec le célèbre dimanche si obscur qui eut lieu en 1786. Il s'est passé une série d'évènemens également faits pour produire une forte impression sur les ignorans comme sur les hommes instruits. Les premiers ne considéreront ces évènemens que tels qu'ils se sont passés, et avec un mélange de crainte et de respect ; ils y verront l'intervention immédiate de celui qui dirige à son gré les ouragans et les tempêtes. Les derniers s'abaisseront , se re-
cueilleront en eux-mêmes , et frémiront à la pensée de leur néant. Toutes leurs connaissances, leurs longues études des causes et des effets, seront insuffisantes, pour expliquer les aberrations du cours ordinaire de la nature, dont ils ont été les témoins.
« Le premier incident extraordinaire , qui attira l'attention générale , eut lieu dimanche dernier. La matinée était extrêmement sombre pour la saison , et , vers les huit heures , l'atmosphère parut couvert d'un nuage épais. Le vent était léger, soufflait du Nord Nord- Ouest, et semblait insuffisant pour repousser l'épaisse vapeur qui flottait au haut du firmament. Un peu avant neuf heures , il tomba une averse de pluie d'une couleur d'airain très - foncé et paraissant imprégnée d'une substance noire qui ressemblait à la suie ; circonstance qui semblait expliquer ce qui se passait alors dans les cieux. On conjectura qu'un volcan avait éclaté dans quelque région éloignée , et que 1rs cendres de l'éruption se mêlant aux nuages leurdonnaient cette couleur surnaturelle. Dans le cours de la journée, le
temps devint clair , et l'après-midi fut assez agréable.
« Le jeudi suivant fut un jour d'anxiété , et donna lieu aux conjectures les plus alarmantes. Dans les premiers momens de la matinée , le ciel fut clair et serein. La brise légère du nord-ouest et le froid piquant qui avait régné pendant la nuit , nous laissaient espérer une journée également propre aux affaires et aux plaisirs. Vers les dix heures , le vent devint variable , tournant tantôt vers l'ouest et remontant ensuite vers le nord. Une vapeur épaisse et humide parut envelopper toute la ville, et l'aspect de l'atmosphère semblait annoncer une pluie prochaine et abondante. A mesure qu'on avança vers le milieu du jour, le temps se surchargea de plus en plus d'épais nunges. L'obscurité s'accrut à tel point qu'entre midi et une heure , il devint indispensable d'allumer des flambeaux dans tous les bureaux publics de laville , et même dans les étaux des bouchers sur la place du marché. L'obscurité continua à s'accroître , et avec elle la crainte de voir arriver quelque événement funeste, pour dernier résultat d'une journée qui s'annonçait
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sous d'aussi fâcheux présages. Mais bien que l'obscurité allait toujours croissant , elle ne fut pas uniforme dans ses progrès. De temps à autre , un rayon de lumière d'un blanc argenté semblait percer un moment l'épais atmosphère et y répandre une clarté passagère qui disparaissait au bout de quelques secondes.
« Ce fut pendant cette période , que l'aspect des cieux parut plus remarquable pour un observateur attentif : l'obscurité devenue encore plus sensible par les effets momentanés de la pâle lumière qui venait l'éclairer , inspirait aux spectateurs alarmés un redoublement de frayeur. Tous considéraient ce phénomène comme immédiatement lié à quelque grande convulsion de la nature. Mais personne ne pouvait juger s'il en était le précurseur ou seulement la suite. Un peu avant deux heures après midi , on ressentit sur divers points de la cité une légère secousse de tremblement de terre , accompagnée d'un bruit ressemblant à celui que produit au loin la décharge d'une pièce d'artillerie. Comme l'attention de tous les habitans était particulièrement dirigée vers l'état du ciel, cette secousse ne produisit que peu de
sensation. L'obscurité qui augmentait toujours occupait toutes les pensées. Et toute autre considération disparaissait devant la pénible attente des résultats qv' pouvaient avoir lieu. Environ vingt minutes après trois heures , au moment où l'obscurité était parvenue à un degré tel qu'elle ne pouvait plus augmenter,, toute la ville fut instantanément illuminée par un des éclairs les plus vifs et les plus brillans qu'on eut jamais vus à Montréal. Il fut soudainement suivi d'un violent coup de tonnerre si bruyant et si rapproché , qu'il ébranla jusques dans leurs fondemens les édifices les plus solides.
« La proximité du tonnerre et la violence de la secousse firent penser à plusieurs personnes qu'un second tremblement de terre avait eu lieu. S'il en a été ainsi , la commotion s 'étant opérée en même temps que l'ébranlement occasionné par le coup de tonnerre , n'a pu en être distinguée. Mais nous pensons que le mouvement vibratoire qui fut ressenti, doit être entièrement attribué à la proximité des nuages , au moment où ils se dégageaient des parties électriques qu'ils contenaient. Le premier coup fut suivi de quelques autres et accompagné
d'une pluie très-abondante semblable à celle qui avait tombé le dimanche précédent , mais d'une couleur plus sombre et qui paraissait plus chargée de matières noirâtres.
« Après que le tonnerre et la pluie eurent cessé , l'obscurité ne disparut pas aussi complètement qu'on aurait dû l'attendre , si elle eut été occasionnée seulement par la présence des nuages orageux. Elle continua toujours au contraire , et parut même s'accroître jusqu'à quatre heures. Cependant l'inquiétude générale se calma, parce que la cause de ces ténèbres extraordinaires se trouvait en partie expliquée. 11 serait difficile de peindre la situation générale des esprits pendant l'après-midi de cette journée où tout le monde s'attendait à quelque terrible catastrophe.
Aux approches de la nuit, on fut moins sensible a la continuation de l'obscurité avec laquelle on s'était en quelque sorte familiarisé , et on paria avec pins de sang-froid de tout ce qui s'était passé jusqu'à ce moment. Mais les évènemens de cette journée n'étaient pas encore terminés. On découvrit que la foudre avait frappé le clocher de l'église française dans la
rue de Notre-Dame : le premier indice qu'on en eut vint des flammes qui sortaient du clocher au point de jonction du crucifix de fer avec la partie construite en bois. Leur apparition à travers l'atmosphère chargé de nuages épais produisait l'effet d'un fanal éloigné , en pleine mer. On fit venir les pompes avec la plus grande diligence : mais aucune d'elles n'eut assez de force pour lancer l'eau à une aussi grande hauteur. On se procura , après beaucoup de recherches une petite pompe de jardin que l'on monta sur le beffroy le plus élevé. De là on jeta de l'eau dans l'intérieur du clocher et on parvint ainsi à arrêter le feu. Mais déjà le bois qui supportait le crucifix avait été consumé. Vers huit heures, le crucifix de fer tomba avec un bruit effrayant et se brisa en plusieurs pièces. Heureusement il tomba dans la rue Notre-Dame près du coin d'une maison occupée par M. Bernard , marchand de modes, et il ne résulta aucun accident de sa chute. Aussitôt qu'elle eût eu lieu, le feu fut éteint sans détruire le clocher et sans se communiquer à aucun des bâtimens adjacens.
« L'église de Bonsccours fut aussi frappée par
la foudre. Elle parut, aux yeux de ceux qui en étaient près dans le moment, semblable aune grande fusée tombant sur le haut du conducteur, d'où elle descendit sur le champ avec un fracas imitant celui qu'aurait pu faire une bombe , mais beaucoup plus fort. La secousse fut assez violente pour ébranler tout le bâtiment. Il est assez étonnant que le dommage en cette occasion n'ait pas été plus considérable. La méthode que Ton a employée pour attachera l'église la baguette conductrice, est contraire à tous les principes que nous connaissons. Elle avance à la vérité au-dessus de l'aiguille du clocher; mais dans sa descente, au lieu de parcourir la route la plus directe à l'extérieur , en évitant tout contact avec d'autres matières également douées d'une faculté conductrice s elle passe immédiatement sous l'étain qui couvre le toit, suit le toit jusqu'à sa jonction au mur de l'église, le long duquel elle est attachée de distance en distance par des cram pons de fer. De cette manière bien peu convenable, si la baguette conductrice venait un jour à être frappée par une plus grande quantité de (luide électrique que ses dimensions ne peuvent en con-
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tenir, la grande quantité de fer et d'autres substances métalliques, qui l'entourent recevraient la partie du iluide électrique surabondant , lui serviraient de conducteur le long du toit ,, et exposeraient ainsi l'édifice à un danger éminent. »