‹ Cinq années de séjour au Canada \Chapitre 8 sur 12 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

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Il y a quelques années, un soldat anglais, stationnée Qucenstown , alla visiter le gouffre. Quelques-uns de ses camarades l'accompagnèrent dans cette excursion. Dans le cours de la conversation , qui eut lieu à ce sujet, un des Canadiens énonça la conviction de l'impossibilité qu'il y avait de naviguer sur le bassin sans être entraîné par le courant du gouffre. Le soldat entendit la remarque, et parut concevoir quelques doutes sur son exactitude, supposant probablement qu'on parlait ainsi pour en imposer à la crédulité anglaise , et pour faire paraître le phénomène beaucoup plus merveilleux : lorsqu'ileut, pendantquelque temps, examiné la rivière avec attention,, il offrit de parier une certaine somme , qu'il traverserait le bassin sur une simple planche de pin. Le pari fut immédiatement accepté , et une planche préparée pour son embarcation. Gomme un vrai fils de IN ep tune , mettant de coté toute appréhension , il descendit sur le rivage avec la planche sur l'épaule et une rame à la main : arrivé sur le bord , il s'embarqua, accompagné des vœux que ses camarades faisaient cordialement pour son heureux trajet. En un moment,

il fut poussé au milieu des eaux agitées, et forcé , par la Violence irrésistible du courant, d'abandonner le canal , et de prendre le rapide circuit du vaste bassin. Il employa vainement les plus grands efforts pour regagner le cours de la rivière : à la fin , convaincu de l'impossibilité de se sauver, il commença à demander à grands cris des secours à ses camarades. Sans perdre un instant , on se procura des cordes ;mais avant quelles fussent convenablement disposées pour sa délivrance , il fut tellement attacmé de vertiges , par suite de sa rotation circulaire, qu'il put à peine conserver l'équilibre sur son siège fragile, qui, malgré son extrême longueur, était entraîné avec la même rapidité, que la roue d'un moulin à eau. Cinq minutes de délai de plus de la part de ses amis, lui auraient routé la vie; il fut néanmoins promptement retiré de sa dangereuse situation; et son avanture sert aujourd'hui de leçon à ceux qui seraient tentés de s'engager dans une entreprise aussi hasardeuse*

Les cascades de West-Flamborough . dans le district de Gore., quoique peu connues , sont comptées parmi les grandes curiosités du Haut-

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Canada ; elles sont situées dans une partie reculée et peu fréquentée du pays , au milieu de hauteurs escarpées , couvertes de leurs forêts natives. Comme les Canadiens parlent rarement des curiosités de leur pays , et ne paraissent même éprouver aucune satisfaction à entendre les étrangers les vanter comme grandes , romantiques et pittoresques , il est probable qu'aucun écrivain précédent n'a entendu parler de ces cataractes , sur lesquelles mon attention fut appelée pour la première fois par le colonel Simon, des milices de Gore. Elles sont situées à environ un demi-mille l'une de l'autre, sur deux petites rivières qui se réunissent un peu au-dessous de la cataracte inférieure, et qui après avoir traversé le village de Paradis- Coote , se déchargent dans la baie de Burlington. Ces cascades n'ont d'autre nom distinctif que celui de grande et petite chute.

La grande cataracte tombe]] du haut d'un rocher élevé de plus de i3o pieds au-dessus du niveau de la rivière : le fond du lit qui reçoit ces eaux est composé de roches brisées , dont les pointes inégales produisent une immense masse d'écume , et une espèce de bouillonne-

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ment , d'où sort, par intervalle de deux à trois secondes, une. immense colonne d épaisses vapeurs. Au-dessus de la cataracte , la rivière coule en serpentant à travers" une des vallées les plus sauvages et les plus sombres que j'aie jamais vu.

La situation de la petite cataracte est plus romantique encore. Jusqu'à ce que vous arriviez à deux ou trois verges de la chute, il est impossible de l'apercevoir. Des sons effrayans frappent l'oreille ; de brilîans arcs-en-ciel charment l'œil ; mais c'est en vainque vous portez partout vos regards pour en connaître la cause cachée. Vous avez atteint le bord même du précipice , avant d'avoir pu apercevoir le moindre filet de ces eaux qui tombent par torrens ; et cela même serait fort difficile , parce que le passage qui y conduit est rendu presque impénétrable par l'abondance des taillis , et le nombre prodigieux d'arbres dont les branches pendantes sont en partie immergées dans le courant, et trahissent leur impuissance en essayant vainement de résister à son impétueuse fureur.

Avant d'arriver à la cataracte , le ruisseau ou

petite rivière eoule doucement dans' un étroit canal formé sur le vaste sommet d'une éminence rocailleuse , qui est élevée de deux cents pieds au-dessus de la campagne environnante. Par suite de cette particularité, Téminence , vue à une certaine distance au-dessous des cataractes , paraît avoir été fendue et complètement séparée des parties environnantes du promontoire, par quelque violente convulsion de la nature. L'ouverture., ou vallée,, présente un aspect des plus terribles. Des arbres énormes renversés avec leurs racines , de grands fragmens de rocher, qui semblent avoir été détournés de leur destination originaire, sont confusément épars à ses côtés comme réservés à anéantir le téméraire navigateur qui oserait s'engager dans les eaux inférieures. Cette cascade , quoique formée par une masse d'eau moins abondante que l'autre , tombe d'une hauteur beaucoup plus considérable ; car il y a une distance de cent cinquante pieds entre le bord du rocher duquel l'eau s'élance , et le lit de la rivière qui la reçoit. En hiver, ces cascades paraissent encore plus grandes et plus imposantes qu'en été. Indépendamment de ce

que Tonde s'élance avec sa rapidité ordinaire, les branches qui y sont plongées se garnissent de glaçons transparens comme du cristal ; les arbres blanchis se courbent sous le poids des brillantes concrétions dont ils sont chargés depuis leur sommet jusqu'à la surface de l'eau ; et fréquemment agités parles courans opposés, ils perdent un grand nombre de leurs rameaux, qui se brisent comme de la glace lorsqu'ils sont dans cet état de congélation.

A un demi-mille de ces cascades, dans une vallée située entre West-FJamborough et Ancaster, on trouve une source minérale dont les eaux sont si fortement imprégnées d'une solution de souffre, que les bois d'alentour à une distance considérable, en conservent l'odeur. Les bestiaux de toute espèce aiment tellement cette eau,, qu'ils viennent, par instinct , de plusieurs milles , uniquement pour en boire.

Dans le voisinage de Long-Point , il va une autre source de même espèce ; l'eau en est plus forte, et les pierres qui l'entourent sont incrustées de souffre pur.

A une petite distance des Cataractes de Niagara , il y a une source encore plus eu-

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rieuse ; elle émet un gaz hydrogène , tellement pur, qu'aussitôt qu'on approche une torche, elle prend feu sur-le-champ. Elle est visitée par un grand nombre de personnes, qui désirent s'assurer par elles-mêmes de ses propriétés inflammables : mais je n'ai pas ouï dire qu'il ait été fait pour l'analyser aucune tentative par des gens capables de bien remplir ce but.

On a découvert au milieu de la Tamise , non loin de la Delaivare , une source beaucoup plus remarquable qu'aucune de celles dont je viens de faire mention. On peut recueillir tous les jours de cette curieuse source, ou plutôt de la surface de la rivière, directement au-dessus d'elle, plusieurs mesures d'huile minérale; elle a une odeur très-désagréable, et un grand rapport de couleur avec les huiles d'Angleterre. Ceux qui en ont fait l'épreuve, la considèrent comme un remède très-efficace contre les rhumatismes : on s'en sert intérieurement et extérieurement, et quoique souvent administrée sans précaution et sans mesure , on n'a jamais reconnu qu'elle produisît aucun effet nuisible.

Les sources salées abondent dans toutes les parties de la province supérieure; mais jusqu'ici,

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il y en a peu que l'on ait cherché à convertir en sel. Les Canadiens aiment mieux acheter des Américains cet article de première nécessité , que de le manufacturer eux-mêmes. On dit que le manque de capitaux est la cause de cette répugnance de la part des Canadiens; mais j'en doute beaucoup, quoique bien convaincu qu'il faudrait des sommes considérables pour monter en grand des manufactures de sel, établissemens qui deviendraient un objet d'utilité publique, en même temps qu'ils donneraient des bénéfices honnêtes à ceux qui les formeraient. Mais le peu de personnes qui possèdent des capitaux suffisans pour entreprendre de pareilles opérations , les emploient toujours dans d'autres branches de commerce ou d'industrie, qui probablement leur procurent des avantages plus immédiats sans être plus certains. Dans un grand nombre de pays, les individus qui les habitent, agissent comme s'ils ne faisaient pas partie d'un corps collectif, et ne consultent que leurs propres intérêts, sans avoir égard à ceux de la communauté dont ils sont membres. Sous ce rapport, le Canada est plus malheureux que les pays environ-

nans :il ne s'y est pas encore formé de ces réunions d'hommes animés du désir d'opérer le bien public. Le gouvernement provincial du Haut-Canada paraît ne s'occuper des colons en aucune manière , excepté pour leur établissement et pour le défrichement de leurs lots ; il ne daigne ni leur porter secours , ni favoriser aucun plan qui ait pour objet l'avantage futur et la prospérité de la province, comme dépendance de la Grande-Bretagne. Si le lieutenantgouverneur et le conseil reçoivent cinquante dollars de chaque malheureux , émigrant pour cent acres de terre (qu'il avait cru lui être généreusement et gratuitement accordées par Sa Majesté ) , ils n'en dorment pas moins d'un sommeil tranquille , et mangent d'un aussi bon appétit que si la province qu'ils administrent, au lieu de tomber dans un état d'insolvabilité totale , était au moment de rivaliser avec la mère patrie ,, pour l'agriculture, les manufactures et les arts. Tandis que les habitans des Etats-Unis, aussi attentifs à leurs propres intérêts qu'à ceux de la république dont ils font partie , consacrent tous leurs efforts à l'amélioration intérieure de l'union , et employant tous

les moyens qui sont en leur pouvoir pour se rendre indépendans des autres nations , les habitans du Haut-Canada, dans un pays beaucoup plus favorisé de la nature, négligent entièrement toutes les mesures qui pourraient tendre à en faire un asile également agréable, et pour ceux que le malheur poursuit, et poulies hommes entreprenans qui viennent y travailler à augmenter leur fortune.

Pendant la dernière guerre entre la Grande- Bretagne et les Etats-Unis , le sel ne se vendait pas en Canada moins de cinquante dollars le baril , et si une autre guerre avait lieu , il est très-probable que les Canadiens seraient forcés de racheter à un prix beaucoup plus élevé ; parce que la population de la province est presque le double de ce qu'elle était alors , et que la quantité de sel qu'on y fabrique maintenant est moindre qu'elle n'était en 1811.

D'après la conduite tenue par l'assemblée des états du Haut Canada , il paraîtrait au moins sous quelques rapports, qu'ils sont déterminés nbn -seulement à ne rien faire pour l'avantage et le bien être de la colonie , mais encore à comprimer tous les efforts qui peu-

vent être tentés individuellement par les habitans pour l'amélioration de leur situation et de leurs intérêts. M. Merrit de Twelve-Mile- Creek, près de Niagara, découvrit, il y a quelques années, une source de sel dans son domaine : comme il ne possédait qu'un petit capital, il commença des travaux proportionnés à ses moyens ; en peu de temps , il parvint à manufacturer chaque jour une quantité assez considérable de sel; mais convaincu que la source pouvait fournir assez d'eau pour en faire une quantité beaucoup plus grande, il s'adressa à la législature à l'effet d'en obtenir dès secours. À cette époque le sel américain payait un droit de cinq schellings par boisseau; mais peu de temps après, pour H encouragement spécial de M. Merrit et de tous ceux qui pourraient faire de semblables entreprises , la législature dans sa sagesse réduisit le droit , sur le sel importé , à trois schellings neuf pences.

Dans la dernière session du parlement provincial, un de ses membres (M. Wilson de Went'worth ; proposa un bill dont l'objet était d'encourager les manufactures de sel dans le Haut Canada. Avant la présentation de ce bill ,

la chambre était convaincue de la nécessité d'encourager cette fabrication , et si je ne me trompe, il fut unanimement résolu d'accorder des cncouragemens. Mais étrange inconséquence ! les mêmes hommes qui, quelques heures auparavant avaient si promptementreconnula nécessité d'accorder des encouragemens à cette branche d'industrie commerciale , refusèrent d'allouer la modique somme de mille livres sterlingspour un objet si important lorsqu'on leur en présenta la proposition en forme. Bien qu'il ne pût en résulter aucune gêne pour le gouvernement , d'après le mode indiqué par l'auteur de la proposition , elle n'en fut pas moins rejetée. Et cependant il*a été calculé que les habitans du Canada paient annuellement aux Etats-Unis d'Amérique, pour le sel seulement, plusde cent mille dollars en espèce,, qui doivent être prélevés dans des provinces où l'argent est plus rare peut être que dans toute autre partie du monde.

On fabrique maintenant du sel en petite quantité près de Niagara ^à Sait jlcvtct à Bar ton, à la tête du lac Ontario et à h baie de Quinte dans le district de l'intérieur, ftf&ifl la quantité

qu'on eu fabrique sur tous ces points est d'une si petite importance , que si les Américains mettaient un embargo sur cet article, le prix en augmenterait de cinq cent pour cent dès le premier mois. La méthode pratiquée pour se procurer une quantité d'eau suffisante imprégnée de matière saline , est de creuser dans le voisinage de la source de sel. Quelques-uns sont obligés de creuser jusqu'à deux ou trois cents pieds de profondeur pour en obtenir une quantité assez abondante; mais quoique l'on soit généralement obligé de creuser dans le roc , la dépense de cette opération n'est pas aussi considérable qu'on pourrait l'imaginer: au moyen d'une fraise o« d'un touret de sixpouces de diamètre, troishommes peuvent dans un jour, creuser à cinq pieds de profondeur un rocher de pierre à chaux.

On trouve dans plusieurs parties du Haut Canada, principalement dans la grande rivière Ouse, le gypsum ou sulfate de chaux. Quoiqu'il n'améliore pas extrêmement les terres sur lesquelles on le répand comme engrais, parce qu'il s'évapore aisément , il contribue beaucoup à augmentera quantité et le poids d'une récolte de

grain, immédiatement après qu'on l'a employé. Mais les seuls terreins auxquels cet engrais soit véritablement utile sont ceux d'une nature légère et sablonneuse. Une petite quantité suffit pour un acre, lorsqu'elle est convenablement distribuée sur sa surface. Si on l'emploie comme engrais dans une terre destinée pour une récolte de maïs, il suffira d'en jeter, dans chaque trou, avec le grain,, la contenance d'un verre à vin; et si on veut s'en servir dans une terre destinée à recevoir du bled , quatre ou cinq boisseaux mêlés avec la semence suffisent pour un acre.

On a aussi découvert des lits de maigrie , de terre de pipe et de blanc d'Espagne.

On trouve, sur les bords du lac Gananoqiri et dans quelques autres parties de la province, du plomb noir et de l'ocre jaune.

Les Mines de fer sont très-abondantes dans plusieurs districts. Il n'y a néanmoins dans le Haut Canada que deux fonderies de fer ou de métal ; une dans le voisinage de Longue Pointe, sur les bords du lac Erié et l'autre dans le territoire de Marnwra, district intérieur. La première dont les opérations sont maintenant fort étendues a été établie par une petite corn-

pagnie d'Américains de 1 état de New-York ; la seconde appartient à M. Charles Hayes de la maison W. et R. Hayes en Bridge-Street à Dublin. Quels seront les résultats pécuniaires de cette entreprise, c'est ce qu'on ne peut encore décider. Si les bras n'étaient pas aussi rares , je ne douterais pas de ses succès ; mais dans un pays où le moindre manouvrier ne voudra pas travailler dans une manufacture de cette espèce ,, à moins de quarante livres sterlings par an, outre la nourriture et le logement , laperspective des bénéfices pour les entrepreneurs est très-douteuse. Une chose est certaine cependant , c'est que si quelque espèce d'entreprise doit réussir dans le Canada, c'est celle-là. Les chaudières à potasse et à sucre , les poêles et autres ustensiles de fer sont très-recherchés. La seule question à résoudre est de savoir si les négocians qui importent ces articles d'Europe pourront les donner à aussi bas prix que ceux qui les fabriquent en Canada. Pour répandre quelques lumières sur ce sujet, je me bornerai à faire mention du prix de ces objets à Niagara qui est situé à 200 milles environ plus avant dans

l'intérieur que la fabrique de MM.Haycs. Le fer de toute dimension s'y vend en détail à quatre pences la livre : les barres de fer anglais à vingt schellings le quintal ., et l'acier à six pences la livre.

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