RESTINGUE, BOCAGE DE TAMARINIERS
est renommée pour ses ananas; rien que pour goûter à même la tige ce fruit savoureux, on ferait le voyage de New-York à Panama, On y trouve aussi des bananes, des plantains et autres fruits. Los eaux
sont pleines de poissons, de tortues, de petites huitres,
la mer, Les habitants y vivent à tous leurs besoins, qui ne sont d'ailleurs pas nombreux. L'ile
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Derrière Restingue, dans une gorge, est une source fraiche et pure qui alimente les deux villages et tous les navires qui relàchent à cet endroit. Les indigènes ont leurs canots dans lesquels ils vont pêcher ou visiter les iles voisines et le continent; il y en a de toutes les dimensions. On rencontre, dans cette partie de l'Amérique, nombre de gros arbres dont autrefois les habitants se servaient pour construire leurs fameux canots de guerre, qui jaugeaient de dix à douze
tonneaux et pouvaient recevoir cinquante, quatre-.
vingts et quelquefois cent hommes d'équipage.
L'ile de Taboga, toujours ensoleillée, est couverte d'une éternelle verdure: c'est, sans contredit, un des plus beaux sites de la nature. Les enfants jouent dans les sables, se nourrissent de fruits et sont aussi peu vêtus que possible.
Les gécarciniens, que l'on appelle vulgairement « crabes de terre » où «tourlouroux », sont surtout intéressants à étudier, parce que, loin d'être aquatiques, ils sont au contraire essentiellement terrestres. Presque tous se tiennent dans les : is humides, se cachant dans des trous qu'ils creusent dans la terre, soit dans les terrains marécageux, soit sur des collines loin du littoral. Ces derniers vont, à certaines époques, probablement au moment de la ponte, rejoindre la mer; alors ils se réunissent en grandes bandes, font des voyages assez longs sans se laisser arrôter par aucun obstacle et dévastent tout sur leur passage.
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Les gens du Pays Vous raconteront que les crabes de terre descendent en W'oupe les collines vers la fin du Carème: qu'ils passent même par dessus les cabanes sur leur route et qu'ils Se joignent à Ja procession religieuse du Vendredi Saint. Cette histoire peint d'un trait lé pays et ses habitants. Si, à cette époque de l'année, les crabes descendent vers le rivage, c'est pour y déposer leurs œufs :
ils remontent vers les hauteurs. ( nocturnes où crépusculaires et 1 Siste uniquement en substances végétales, Dans la plus grande partie de leur vie, et surtout pendant la mue, ils restent cachés dans leurs lerriers: c'est principalement lors des pluies qu'ils quittent leurs demeures et qu'ils courent avec une grande rapidité,
après quoi, 208 crustacés sont eur nourriture con-
L'iguane — iquana delicatissima — est] favorite des indigènes : c'est une espèce de fort lézard qui atteint jusqu'à un métre de long et doni l'aspect est repoussant. Cet animal aime surtout dormir au soleil, C'est alors qu'on le prend. Les fe regardées comme un mets fin, délicate, Les femmes leur ouvr
& nourriture
melles sont la chair étant plus ent le ventre pour en extraire les œufs qui, lorsqu'ils sont frais, ont la dimension de petites prunes. Ils sont, parait-il, très nourrissants. On les fait sécher au soleil ou on les porte au marché pour les vendre. Chose inouïe! ces pauvres bêtes ne meurent pas à la suite de ration césarienne, On les g avant de les. manger,
celte opé-
La chair de l'iguane est très
blanche; comme goût, elle ressemble au poulet. Je
à ae a Man NE ‘ * ë
arde deux ou trois jours .
parle ici par ouï-dire, car je n'ai jamais pu approcher ii Morceau de mes lèvres,
Outre la boisson alcoolique ordinaire, on en fait quelquefois ici une de qualité supérieure avec le jus fermenté de l'ananas. C'est une liqueur exquise. L'une et l'autre recoivent le non de chicha.
Un sentier réunit les deux villages de Taboga et de Restingue,.
Dans les parties hautes de l'ile, on trouve nombre de petites clairières remplies de bananiers, de plantains, d'ananas, d'ignames, de yuccas. Ces derniers tiennent lieu de pommes de terre.
Derrière le village de Taboga, sur la côte opposée de l'ile, existe une caverne où l’on ne peut pénétrer qu'à marée basse; elle s'étend, dit-on, très loin sous les rochers; mais je n'ai jamais rencontré personne qui l’eût explorée. Naturèllement, un grand mystère plane sur cette cavité souterraine qui, au dire des habitants, renferme de nombreux trésors enfouis par les boucaniers et par les'prètres quand ceux-ci durent s'enfuir de l’ancienne ville de Panama.
En face du village de Restingue est une peutc ile appelée El Moro # marée basse, cette ile est reliée à Taboga par une bande de sable. El Moro, qui ne me “ve guère que 460 mètres de longueur sur autant
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CINQ ANS À PAXAMA 109
de largeur et 400 mètres de hauteur, a la forme d'une butte, Du côté de Restingue sont les an ions ateliers el les habitations qui ÿ ont été construits par la Pucilie Steam Navigation Company.
Ici, je dois dire que, jusqu'en 1850, les navires de colte Compagnie mouillaient prés de Taboga, qui élit 0 port de Panama, La compagnie à employé, à ET Moro, jusqu'à sept cents ouvriers qui, tous, étaient des Écossais, Décimés par la fièvre jaune et la malaria, les rangs s'éclaircissaiont à vue d'œil, On avait beau faire venir de nouvelles recrues, la place n'était pas enable, La compagnie dut enfin abandonner EI Moro et transporter, à grands frais, ses hommes, en même lemps que ses ateliers, au port de Callao, dans le Pérou. Le même climat meurtrier sévit aujourd'hui à El Moro; ceux qui en doutent n'ont qu'à visiter l'hôpital bâti sur la butte et le cimetière qui se trouve à proximité,
Plusieurs vieux canons, qu'on dit avoir été abandonnés par Morgan l'Exterminateur, se voient encore sur la côte sud-estde cette petite ile.
À 74 kilomètres plus loin, dañs le golfe, sont les
fameuses iles aux Perles qui, sous Ja domination
espagnole, étaient connues sous le nom d'archipe]l du Roi.
{ 0 L'ile principale, San-Miguel, renferme un village du
même nom qui $e compose de ranchos, de maison-
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110 CING ANS À PANAMA
nettes en pierre et d'une belle église dont les tours sont couvertes de nacre.
Même avant l'arrivée des premiers Espagnols, les Indiens, qui habitaient ces {les, se livraient à la pêche des perles. Lorsque Vasco Nuñez de Balboa visita la côte du Pacifique, il se rendit dans cet archipel dont il avait appris la richesse. Là on lui montra des perles, d'apparence noirâtre, qui l'étonnèrent. Au lieu de laisser mourir les huitres de leur mort zaturelle, les sauvages les mettaient dans Je feu; puis ils cherchaient les perles.
Une des iles du groupe s'appelle Pedro-Gonzalez. La Compagnie télégraphique de l'Amérique du Centre et du Sud y à un poste pour l'envoi des dépêches. Cette ile est connue pour son fil pite — produit des fouilles de l'agave americana — fibre excessivement soyeuse et solide, dont on se sert pour faire les plus beaux chapeaux dits de Panama; elle est tellement line qu'on peut s'en servir comme de Hil, J'en, ai employé pour des sutures chirurgicales. On exporte de grandes quantités de cette fibre pite dont on se sert pour falsifier la soie. Les fameux chapeaux de ’anama, que l'on porte dans le monde entier, ne sont pas fabriqués à Panama, mais à Antioquia, à Guayaquil, dans l'Équateur et au Pérou. Il faut deux ou trois mois à un indigène pour faire les plus beaux échantillons de ce genre de coiffure.
Pendant des siècles, la pêche à l'huitre perlière a
tours
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BINQ ANS'A PANAMA 111
été on ne Peut plus fructueuse dans les iles du golfe
de Panama. On Y à péché des perles
des billes, dont ON vante à juste titra et qui soutiennent avec éclat Ia
celles de Manaar. au nord de Cey]
| Chand indigène qui 6 UT avoir réalisé une
fortune de 900,000 francs dans celle industrie. L'an-
née dernicre Encore — 1889 ON à (rouvé une
perle qui pèse 900 grains, c'est-à-dire environ
| 10 grammes. Mais Jes pêcheurs, Pour avoir été {rop
âpres à la Curée, ont presque épuisé les bancs. Ceux-
ci appartiennent aujourd'hui aux Anglais qui en ont
régularisé la pêche avec soin : le b divisé en dix Parties, parce | Pour l'entier déve
sTOSSeS Comme l'eau et lorient, COMparaison avec an, On cite un mar-
tait connu po
anc de Panama est qu'il faut, dit-on,
dix ans loppement d'une huitre
perliére,
Voici quel était le système adopté par les mar-
| chands établis Sur ces iles : on faisait des avances de
denrées aux pêcheurs, qui se trouvaient ainsi sous la
Coupe de ceux qui les eMployaient, Ce genre d'ex-
| Ploitation subsiste encore aujourd'hui au Mexique où se fait la pêche des huitres perlicres,
Les indigènes part
aient avec leurs seurs descendaiont
dans la mer et, Jetaient dans un panier
Canots; les plonarrivés au fond, toutes les plus belles huitres qui se (rouvaient à leur portée, Les UNS restaient une minute, les autres deux minutes sous l'eau, On a dit que plus d'un, Parmi ces plongeurs de profession, ne lEVenait à la surface qu'au bout de dix, voire mi
dé quinze
Ôme la ost absolument faux,
Minutes: co
FR Pate dt nd
Le grand ennemi du plongeur est le requin, qui abonde dans ces mers; ils ont livré ensemble de nombreux et terribles combats. Généralement l'homme, grâce à ses habitudes amphibies, remporte la victoire, Quand le squale se tourne sur le dos pour mordre, l’homme plonge sous son ennemi et lui donne un formidable coup de machete.
Après s'être reposés dans les canots, les plongeurs redescendent,
On plaçait les huitres en las, sur le rivage, où on les laissait mourir. Dès que les écailles s'ouvraient, on cherchait les perles. Ce n'est même qu'après que l'animal est tombé en putréfaction qu'on peut facilement extraire les perles de leur coquille.
Une des plus jolies perles, provenant des iles du golfe, dont je me souvienne, était parfaitement ronde Comme un pois ; elle avait, sous certains jours, une teinte rose délicate qui en augmentait la valeur. J'achetai cette perle et l'envoyai, comme souvenir, à quelqu'un de ma famille.
Les perles — je crois qu'on l'ignore généralement — sont le résultat d'une maladie. Le point de départ d'une perle est presque toujours un grain de sable qui est entré dans les coquilles. L'huitre ne peut l'expulser ; il en résulte une irritation, puis une sorte d'inflammation, et le corps étranger se recouvre de couches successives de la matière perlière qui garnit