CHAPITRE V
Le golfe de Panama et ses iles Moro et Taboguilla. — Les deux villages de Taboga et Restingue sur l'ile de Taboga. — Les crabes de terre, — L'iguane. — Les îles aux Perles, San-Miguel ct Pédro-Gonzalez, — La libre pile et les chapeaux de Panama. — La pêche des huîtres perlières, — Trouvailles préhistoriques.
: Naos, Flamenco, Taboga, El
Le golfe de Panama est une vaste baie qui ouvre sur le grand océan Pacifique et qui renferme le golfe
de San-Miguel; il a environ cent soixante kilomètres
de long et trente-deux kilomètres de large; au fond est bâtie la ville moderne de Panama.
Il est remarquable par ses courants et ses marées : la différence entre le flux et le reflux varie de six à huit mètres, suivant le quartier de la lune,
Ce qui caractérise surtout le golfe de Panama ct l'océan, à une grande distance de son entrée, ce sont les accalmées — the doldrums — si fréquentes dans cettezonedel'équateur, Pendant des semaines entières pas un souffle de vent ne ride la surface uniformément
placide des flots. On a beau nager, virer, voguer à l'accalmée, le vaisseau n'avance pas d'une longueur. On met un mois à faire la route qu'un vapeur ordinaire couvre en une journée. C'est l'immobilité en vue du port, c'est-à-dire le supplice de Tantale, pour un voilier.
Ajoutez à cela les courants contraires, les formidables averses, les vents variables, les tempêtes subites, et vous comprendrez pourquoi les bâtiments à voiles ne pourront jamais faire grand usage du port de Panama. C'est un des plus sérieux empêchements qui se présente à l'esprit d'un capitaine au long cours quand on lui parle d'un canal interocéanique dans cette partie du globe. Naturellement, il ne s'agit que des navires à voiles.
Je me rappelle le cas du vaisseau Straun, construit au Canada, qui mit à la voile pour le Chili, en mai 1884, si j'ai bonne mémoire. Le capitaine, que je connais fort bien, avait pris des provisions pour plus de trois mois, ce qui était amplement suffisant pour la traversée. Après avoir essuyé les doldrums, pendant lesquelles il louvoya des semaines entières, et avoir couru des bordées terribles au delà de la ligne, entre les 4e, 5e et 6° degrés de latitude, les provisions s'épuisérent, et il dut revenir à Panama cent cinq jours après son départ!
On estime que les courants du golfe ont parfois une vitesse de trois à quatre nœuds à l'heure.
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Le golfe da Panama est célèbre par ses iles. L'histoire des premiers jours fourmille d'anecdotes à leur égard. Des exploits sans nombre ont eu lieu sur leurs rivages.
Les iles les plus rapprochées de la ville de Panama sont celles de Naos et de Flamenco ou «ile de l'Homme mort », à cinq kilomètres environ de la côte.
Comme il n’y a pas véritablement de port à Panama, les navires doivent mouiller près de ces iles. Presque toutes les compagnies de navigation à vapeur y relâchent.
Dans l'ile de Naos, la Parifie Mail Steamship Company, société riche et puissante, entretient un nombreux personnel d'officiers ainsi que d'habiles ouvriers nègres et chinois ; ces derniers sont employés à l’entretien des routes. On y trouve de vastes entrepôts et chantiers.
Pour radouber les bâtiments, on les fait échouer près de la ville, sur la plage des iles, dans les sables. À la haute mer, les bâtiments flottent, amarrés ; à la basse mer, ils se trouvent à sec: alors des équipes d'ouvriers nettoient les carènes et les peignent. Dans ces eaux, le développement de la vie maritime est extraordinairement rapide. Une coque de bateau de pêche se couvre de barnacles, espèce de mollusque, en très peu de temps. Les bâtiments doivent être net- 6,
toyés tous les trois mois, si l'on veut aller vite ot ménager le combustible.
La compagnie du Canal de Panama a établi sur l'ile un observatoire maritime, où l'on trouve des instruments de précision pour enregistrer les principaux phénomènes météorologiques.
Flamenco, ou «ile de l'Homme mort », Se trouve à quelques centaines de mètres de Naos : elle est bordée de récifs.
Au sud-est, s'élève une haute falaise: de l’autre côté, en face de Naos, se trouve le cimetière auquel l'ile doit son surnom. D'innombrables navigateurs y ont trouvé un dernier refuge, Un monument élevé à la mémoire de quatre-vingts personnes, tant officiers que matelots, appartenant à l'équipage du Jamestown, vaisseau américain, tous morts de la fièvre jaune en 1858. se dresse sur cette partie de l'ile qui est tournée vers Ja ville de Panama. Ce navire fut envoyé ensuite dans 1 1ord du Grand Océan, ou il resta deux ans, puis il seçut l'ordre de se rendre aux iles Hawaï. 11 ne fut pas plus tôt arrivé sous ce chaud climat des tropiques, que la fièvre se déclara de nouveau à bord, tant est grande la vitalité dos germes de cette terrible maladie.
Auprès de l'une et l’autre de ces iles, à marée basse l'ancrage est sûr et commode.
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À onze kilomètres de 1 Taboga, El Moro et Taboguilla ou Tabog
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au-dessus du niveau de Ja mer, C'est un but d'excursions, car l'endroit est des plus charmants.
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Restingue — le premier est le plus ancien. Taboga à une vieille église bâtie sur une butte, avec la tour mauresque usuelle. On grimpe au faite de son clocher par un étroit et sombre escalier, d'où la vue sur les iles et la baie est fort belle, Vu d'en haut, le village se présente sillonné de rues et de ruelles impraticables pour les voitures. Les habitations sont pour la plupart de simples ranchos, avec leur chaume en fouilles de palmier ou de laurier-rose ; quelques-unes cependant sont en pierres et en briques, et recouvertes de tuiles rouges. Le village s'étend entre le pied de la montagne et le rivage; une partie se trouve resserrée dans une gorge. À l'entrée du port on aperçoit un immense bâtiment ; c'est un hôpital construit par la Compagnie du Canal; il a coûté plus de deux millions de francs. On y envoie les chefs et quelquesuns des employés de la Compagnie pour y refaire leurs forces.
Restingue est un charmant village, essentiellement indigène, où l'on peut faire des études de mœurs tout à son aise. Il y a là des Juan et des Maria par centaines. Un bocage de tamariniers, plein d'ombre, offre une promenade délicieuse. Le feuillage de ces arbres plait beaucoup à l'œil; leurs fruits — le tamarin — pendent à terre; les gousses, vertes d'abord, prennent ensuite une teinte chocolat et renferment une pulpe acidule et rafraichissante qui, délayée dans l'eau, donne une boisson très agréable.
Deux des côtés de la place sont bordés de huttes
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indigènes ; un des autres côtés donne sur l'autre fait face à Taboga.
heureux; la nature semble subvenir
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