‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 46 sur 80 · CERCUEILS D'OCCASION, A VENDRE · texte numérisé non relu

CERCUEILS D'OCCASION, A VENDRE

une température de 72 degrés, et que la température moyenne, sur l'isthme, est de 80 degrés Fahrenhrit, on peut dire que les germes de cette affreuse maladie n'y meurent jamais.

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déplorables. Les plus éminents praticiens anglais, entre autres le D' George E. Gascoigne et le D' Benjamin Stamers, ont énergiquement protesté par la voie des journaux.

Il est notoire que les énormes ballots de marchandises qui traversent l'isthme chaque jour transportent au loin l'infection. La côte occidentale du Mexique est redevable à l’isthme de Panama de la présence endémique de la fièvre Jaune dans ce pays. On sait également que c'est par l'isthme que cette maladie se répand Partout sur les côtes de l'Amérique du Centre et du Sud, où elle s'est établie à demeure dans plusieurs ports. Toutes les protestations sont restées lettre morte. Il est évident que le gouvernement fédéral de la Colombie ne peut — ou ne veut — rien faire.

Quel parti prendre devant une semblable impéritie ?

I n'y a qu'un moyen d'arriver à la solution du problème : exercer une pression internationale, Quand une petite puissance en Europe a des velléités belliqucuses, ses puissants voisins lui disent : Halte-là | et tout rentre dans l'ordre. Il est temps de mettre le holà du côté de Panama, petit pays qui dépend uniquement des autres puissances Pour son commerce, qui n'est rien et ne fait rien par lui-même, si ce n'est infecter les autres.

À l'appui de tout ce qui vient d'être rapporté, qu'il me soit permis de citer une lettre du Dr Daniel

Quijano Wallace, président de la commission sanitaire de l'État de Panama. Vu la condition insalubre, quelquefois contestée de l'isthme, je ne crois pas qu'on puisse trouver de meilleure autorité. C'est un fils de la Colombie qui parle. Après avoir déploré l'organisation défectueuse du service sanitaire à Panama, M. Wallace dit :

« I est triste d'avouer que, sur les trente-trois puissances représentées à la conférence de Washington, la Colombie était la seule nation qui n'avait pas de service sanitaire bien organisé, qui n'enregistrait pas ofliciellement etne publiait pas les maladies régnantes, le chiffre des décès ct les renseignements relatifs à la santé publique, »

Et il ajoute :

« Je fais savoir que l'état sanitaire actuel, dans les ports de Panama et de Colon, est, en général, bon: il n'yrègne, en ce moment, aucune maladie épidémique ; mais il est notoire que la petite vérole, la fièvre jaune et la fièvre paludtenne, dans leurs varictés et leurs formes infinies, n'abandonnent jamais ces régions intertropicales, où elles sont véritablement à l'état endémique. »

Cette lettre, datée de Panama le 43 octobre 1882, est adressée au D' Joseph Jones, alors président de la commission sanitaire de la Louisiane, et se trouve publiée tout au long dans le rapport de cette commission pour les années 1882-1883,

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En septembre 1884, 1 Canal interocéanique et ouvriers,

à Compagnie universelle du à enterré 654 de ses employés

Un jour viendra sans doute Où l'usage de la crémation sera adopté sur l'isthme. La destruction du corps par le feu est un moyen de consommation plusrapide, moins hideux à évoquer et à considérer que le ver épouvantable, C'est aussi un procédé plus salubre et moins encombrant que l'inhumation.

Les promoteurs de la crém préoccupés avant tout d'hygiè tion agricole et d'é professeur Molesc

ation furent des savants ne publique, de producconomie politique. Parmi eux, le hott brille au premier rang.

Placé au méme point de vue, un célèbre savant anglais, sir Henry Thompson, à développé avec vigueur et clarté ses arguments à l'appui de la crémation, dont les partisans mêmes de la réforme funéraire sont loin, en général, d'apprécier l'importance.

« Les découvertes moder démontrer que les mal celles dénommées A Org

nes, dit-il, tendent à adies infectieuses, et Surtout moliques, sont dues à de petits anismes qu'on appelle microbes ou bactéries. Ces : organismes ont une Puissance de vitalité capable de résister à de nombreuses influences destructives la vie ordinaire, et même de dé lances favorables, la force

dans lier, dans des circonstoute-puissante du temps.

Ia été prouvé que ces organismes, loin d'être rendus inoffensifs par l'inhumation d'un corps dont, ils ont eux-mêmes détruit la vie, prennent un essor nouveau dans les produits de la décomposition : qu'ils peuvent, à un moment donné, revenir à la surface et reprendre leur course dévastatrice, lorsque le sol vient à être remué, soit par les vers, soit par toute autre cause.

« Tel est surtout le cas dans la fièvre splénique, ] dont les germes affectent jusqu'à l'herbe qui pousse

sur les cadavres des bestiaux morts de cette maladie | et qui communique la contagion aux bôtes vivantes lorsqu'elles broutent cette herbe délétère. La malaria, et surtout la fièvre palüudéenne, si fatale dans les marais pontins, proviennent, à n'en plus douter, de la bactérie qui persiste dans le sol même. »

Les hommes de science, qui se sont fait une spécialité des maladies infectieuses, sont presque unanimes à déclarer que la scarlatine, la fièvre typhoïde, la petite vérole, la diphthérie, le choléra et autres maladies du même genre, peuvent se communiquer par les restes en décomposition de personnes qui sont mortes de ces maladies et ont été enterrées de la façon ordinaire.

La crémation peut seule porter reméde à cet état de choses ct nous débarrasser de ces germes contagieux qui font tant de victimes.

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Les objections qu'on peut faire à l'incinération des

corps sont dérisoires,

I'est évident que le mode nouveau ne touche en rien aux doctrines de l'immortalité de l'âme. Pour ceux qui admettent la résurrection, peu importe que le corps ait été détruit par le feu ou, en quelques années, par la terre, puisque, en fin de compte, il est toujours détruit. L'âme immortelle s'échappe des corps à l'instant où la vie s'éteint: elle n'attend, pour déloger de sa prison, ni la mise en bière, ni la mise au four; par conséquent, la croyance à une vie future nest pas plus entamée par la crémation que par l'inhumation.

Le culte des morts, qui remonte à l'origine des Sociétés, s'exerça longtemps par le fou. L'antiquité grecque fit du bûcher le lit de gloire des héros. Les peuples du Nord l'adoptérent. Wodin se trouve d'accord avec Bouddha pour prescrire la destruction du cadavre impur par le feu purifiant. Les historiens nous apprennent que, dans le Mexique, avant la conquête espagnole, l'usage de la crémation mortuaire était un privilège réservé seulement aux personnages de distinction. Le corps, habillé suivant la divinité qui lui servait de patron, était d'abord jonché de morceaux de papier couverts d'hiéroglyrhes et servant de talismans protecteurs. Après l'incinération, les cendres, recueillies dans un vuse, étaient conservées dans la maison du défunt ou ensevelies soit en rase campagne, soit dans des édifices consacrés. Les restes des rois et

des grands personnages élaient, d'ordinaire, déposés dans les cours des temples.

Les fostins abominables du ver ne manqueront pas d'être un sujet de Stupéfaction pour nos descendants. Ils ne comprendront point comment nous avons pu tolérer si longtemps le maintien au milieu de nous de laboratoires immondes où l'être humain était soumis au procédé lent de Ja putréfaction. Car les cimetières ne sont pas autre chose que des ateliers de décomposition où l'opération de la désagrégation des éléments qui constituent notre corps dure parfois des années, au risque de répandre la maladie et la mort parmi les habitants, Ne suffit-il pas de regarder une fois au fond d'une fosse pour aussitôt chercher un MmOYen moins horrible de faire disparaitre ce qui, ayant vécu, ne peut demeurer parmi les vivants ?

La crémation a donc déjà cet avantage de donner au pauvre — qui redoute le douloureux éparpillement par la béche barbare du fossoyeur, la profanation des restes qui lui sont chers par d'impitoyables concessionnaires et dont ii n'a pu payer le loyer dans les coûteux bovedas de la grande nécropole — Ja faculté de conserver les cendres des êtres qui furent aimés : et de constituer un mode salubre et nullement répugnant de destruction des cadavres.

Mais il y a l'Église, 1 y a lutte entre les partisans éclairés de la nouvelle méthode de destruction des restes humains et les esclaves du préjugé, tenaces

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CINQ ANS A PANAMA 185 pourvoyeurs du sinistre ver, L'Église catholique, apostolique, romaine et tout ce que l'on voudra, si ce n'est chrétienne, est hostile aux réformes. Conservatrice

acharnée d'un passé qui fut si brillant pour elle, toujours elle accueille avec méfiance les nouve:

aux usages, et lorsqu'elle les sanetionne, ce n'est qu'à regret. Il est à remarquer que le Christ, ce communard doux et pacifique, témoignait d'une indifférence suprême contre cette défroque cha- ‘ogneuse que nous dépouillons avec 1 les morts enterrer leurs morts », dire, occupez-vous des vivants.

ogre des générations.

a vie. « Laissez disait-il, C'est. à-

Et la question qui s'impose impérieusement, bien plus aujourd'hui que dans son temps, : puisqu'on incinérait encore à son époque, est celle surtout de garantir les vivants contre les atteintes infectieuses qui résultent des enterrements tels que nous les pratiquons. Que les grandes agglomérations de cadavres constituent de réels dangers pour la santé publique, cela n'est plus à démontrer. En période d'épidémie, Surtout sous les tropiques, lorsque l'accroissement du nombre des décès oblige aux inhumations hâtives et imparfaites, où méme les cadavres, comme à Panama, ne Sont pas enterrés du tout, chaque nécropole devient un foyer d'infection. Il n'y à pas, je crois, à insister en ce qui touche l'hygiène,

Quant à l'Église, qui met à l'index les appareils crémaloires et défend d'’incinérer les corps, elle a pourtant beaucoup pratiqué la crémation autrefois, Saint

Dominique a fondé même un ordre redoutable dans ce but: il les brülait vivants, voilà tout. La très sainte Inquisition, en jetant dans les flammes les hérétiques et les juifs qu'elle avait condamnés, n'a jamais mis en doute que ces mécréants, préalablement baptisés, confessés et absous pour la plupart, ne dussent se retrouver dans la vallée de Josaphat pourvus de tous leurs membres, bien que le bourreau, le supplice terminé et le bûcher éteint, eût secoué aux quatre vents le san-bénito d'amiante contenant leurs cendres impures.

La crémation n'a donc rien qui puisse choquer la foi. Reste une objection, à savoir, que l'incinération des corps permettrait quelquefois de faire disparaitre rapidement les traces d'un crime. Encore n'a-(- elle, cette: objection — qui parait sérieuse au premier abord— qu'une faible valeur quand on peut répondre que tous les décès sont soumis à une vérification attentive, qui peut être rendue plus rigoureuse encore et que, dans les cas suspects, le permis de crémation devrait être refusé.

Il est indigne d'une nation civilisée que la fièvre jaune puisse aujourd'hui pénétrer sur son territoire. On peut aussi facilement arrêter la marche de cett: maladie que l'irruption de la petite vérole. Pour cela, il n'y a qu'à faire l'application à la frontière d'une quarantaine basée sur les principes scientifiques expo-

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CINQ ANS A PANAMA 187 le dans sés par le Dr Joseph Holt, président de la commission s sainte sanitaire de la Louisiane.

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