‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 7 sur 80 · SE RO STE · texte numérisé non relu

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Nous franchissons le Chagrès à Barbacoas, mot qui signifie pont. Ici, les Indiens avaient jeté un pont volant, en osier, sur la rivicre, C'étaient, au dire des premiers explorateurs, des hommes braves, -intrépides, hospitaliers et fort ingénieux. Le pont du chemin de fer, qui se trouve actuellement à Barbacoas, esten tôle et a 204 mètres : il repose sur de fortes piles en pierre, et à coûté 2,500,000 francs.

Le fleuve, à cet endroit, est large tout au plus, de D) , 65 mètres, Lors des inondations « ui dévastérent, en 1878, la vallée du Chagrès, les eaux en apparence paisibles du fleuve montérent à quatre mètres, voire méme à six môtres au-dessus du chemin de fer.

Au delà du pont, les arbres disparaissent sous les lianes en fleur, La richesse, la compacité de la végétation étonne, On voit une véritable agglomération de plantes de toutes sortes où, à côté des feuilles et de fleurs inconnues, sont des orchidées, des palmiers, des bambous, des cotonniers, des palétuviers, ces derniers surtout, espèces de rhizophorées, dont les racines offrent de formidables saillies à la base et qui, au lieu de se trouver dans la terre, paraissent au-dessus du sol vaseux,

Les stations qui suivent sont : San-Pablo, c'est-àdire Saint-Paul : Mami, où les trains se croisent : el la Gorgona, grand village indien où les carbets s'étalent dans une combe étroite, au milieu des hautes croupes de la Corditicre,

18 CINQ ANS A PANANIA F ail

Au pied de la Gorgona coule le Chagrès qui, à cet

endroit, interrompt brusquement son cours pour

reprendre un autre lit latéral, ét lui fait décrire un gigantesque Zigzag,

Matachin partage la ligne du chemin de fer en deux parties égales. II ny avait là que quelques ranchos et bâtiments en bois appartenant à la voie ferrée,

€ Mala Chino » vient de deux mots espagnols qu'on peut traduire par « tue Chinois » et se rapporte à un drame épouvantable qui eut lieu près de cet endroit en 1854, lors de la Construction du chemin de for. Les entrepreneurs, perdant tousleurs ouvriers européens, par les effluves délétères des Marais, s'avisèrent de faire venir des Chinois, travailleurs sobres qui se Contenteraient d'un modique salaire, Ils étaient au nombre de huit cents. Seize Mmoururent en route, on jeta leurs corps à la mer. Moins de huit jours après leur arrivée, quatre-vingts étaient couchés sur le flanc. On pensa que le manque d'opium étailla cause d'ün Si rapide abattement, On leur en donna. Sous l'empire de cette drogue, ils retrouvérent si bien leurs forces, que deux tiers des malades se levérent de leur lit et recommencérent à ravailler, On leur en distribua quinze grains par jour, ce qui revenait à 75 centimes par tête, Puis, la distribution cessa. En quelques semaines, alors, c'est à peine si un seul des huit cents hommes restait debout. Tous étaient malades. Hs jetaient R leurs outils, et. Ja nostalgie s'en môlant,

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l'un après l'autre cherchait dans la mort un refuge contre ses souffrances et son désespoir,

Le suicide est commun parmi le Chinois. Mais, ce qui étonne surtout ce sont Lez différents modes adoptés par eux pour se donner la mort. Les uns gagnaient le bord de la mer, allumaient leur pipe,

s'asseyaient sur le rivage, et

, Silencieux, attendaient la marée montante, qui bientôt les engouffrait; d'autres, moins Stoïques, offraient tout Cequ'ils possédaient à la main amie qui, d'un coup de revolver, leur ferait sauter la cervelle; d'autres encore se pendaient par la chevelure à de grands arbres. Quelques-uns entortillaient leurs longues nattes autour de leur cou et ser "aient dessus comme avec une corde, jusqu'à ce que strangulation s'ensuivit. Plusieurs aiguisèrent de longs bâtons, accouplés en forme de béquilles, Saient lourdement tomber les perçaient de part e

el se laisle cou sur les pointes, qui n part; ainsi déchirés, ils exhalaient leur vie dans un flot de sang. Les uns se laissaient mourir de faim; les autres s'empalaient sur leurs instruments de travail ;

d'autres encore prenaient de lourdes pierres et se

précipitaient au fond de la rivière, Bientôt, il restait ÿ peine deux cents hommes sur les huit cents qui étaient venus : on les ENVOYa à la Jamaïque où, depuis, ils trainent une vie misérable, obligés, vu leur état de maladie, à mendier leur pain.

La Compagnie du chemin de fer

ne fut pas plus heureuse avec une

Catgaison d'ouvriers irlandais,

embarquée à Cork, Arrivés à Colon-Aspinwall, tous cédèrent si rapidement aux effets néfastes du climat, qu'on ne put guère obtenir une bonne journée de travail d'un seul d'entre eux. La mortalité fut si grande qu'on dut embarquer les survivants pour New-York Où la plupart moururent de Ia lièvre contractée pendant leur court Séjour dans l'isthmo.

Chaque mètre €e la voie ferrée a coûté la vie à un homme. C'est un travail colossal ; nous lui de témoignage de légitime toute œuvre de génie,

vons le admiration qui appartiont à

Des trois cents ouvriers qu'emploie Compagnie du chemin de fer, 1 de la province de Carthage de la Jamaïque e tales,

actuellement la à plupart sont des gens ne; il y a aussi des nègres des coolies venant des Indes orien-

Après avoir dépassé Gamboa, je réalisai, pour la premiére fois, ce qu'on entend par une averse sous les tropiques. La pluie tombe littéralement en n Cest comme un mur d'eau.

ment au travers les

appes. On distingue difficile-

objets les plus proches. Puis, l'averse s'arrôte aussi soudainement qu'elle est venue. Le soleil reparait, dorant de ses rayons la riante forêt pleine d'une riche verdure et parsemée de magniliques fleurs aux couleurs les plus éclatantes, Arbres et vignes semblent offrir toutes sortes de retraites fécriques dans le labyrinthe des taillis,

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Non loin de Matachin, sur la droite, on découvre une hauteur, illustre autrefois, aujourd'hui oubliée, C'est le Cerro-Gigante, la géante colline — 310 mètres — du sommet de laquelle, au petitjour, Vasco Nuñez

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TRANCHÉE A EMPÉRADOR

de Balboa entrevit, lui premier, l'aire immense du vieil océan Pacifique, le 26 septembre 1543.

Cest par une ‘ampe continue que le train monte

graduellement de la côte ot serpente à travers les

collines, où se déploie, à mesure de l'ascension, une végélation qui varie suivant la hauteur,

On S'arrête à Empérador, petit hame les femmes indigènes viennent offrir Elles sont affublées d'un costume table caricature.

des provisions, qui est une véri- ( Elles vont, la têté nue, avec des fleurs piquées dans les cheveux, et po dont les volants sont placés en haut en bas de la jupe.

rlent une robe , au lieu d'être

Parmi ces femmes, dont le teint varie Suivant le croisement auquel elles appartiennent, il y et la samba. La chola. qui à les cheveux lisses, brillants et longs, est le produit d'une Indienne et d'un blanc ; la zamba, qui à la tignasse un peu crêpée, est la métisse d'une Indienne et d'un nègre,

a la chola

Elles sont parces d'une grande chaine en o

or, qui contraste avec 1

a Couleur bistre de leur peau. Parmi les nombreux objets qu'elles vendent, je remarquai des bananes, des oranges, des œufs durs, des pilos — espèce de hachis enveloppé dans des feuilles de Maïs — el autres comestibles. L'une des plus gaillardes me mit sous le nez une bouteille de bière qu'elle qualifia de « boisson des Anglais ». C'était presque une Calomnie pour moi qui suis un buveur d'eau,

Pendant l'arrêt Cu train. quatr

e Où cinq enfants se tenaient sur le remblai, n'avant

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EMPÉRADOR

Quelques dames un peu prudes, qui ét nous, affectaient de ne pas voir mais leurs visages rahissaientle un fou rire ga

aient avec les jeunes naturels ; urembarras. Bientôt, sna Lout le monde, Un Américain fit la femarque que ces jeunes Colombiens étaient vêtus A d'un complet de boue si bien ajusté à leur peau pen- 1

dant la vie, qu'il dispensait d'un linceul pour les enterrer à leur mort.

La station de Ia Culébra, le point culminant de l'isthme, est à 52 kilomètres de Colon et à 82 mètres au-dessus du niveau de l'océan Pacifique. C'est, d'autre part, le passage 1e moins élevé de la cordillère des Andes, sous ces latitudes. ZT Cerro de la Culebra,

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