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Au retour de ce touchant anniversaire, j'ai voulu déposer sur sa tombe quelques fleurs composées de notes rapides sur la carrière si bien remplie de cet homme de bien, et redire nos sentiments de reconnaissance pour les œuvres sorties de sa main bienfaisante.
Ce n’est pas la vie de cet illustre prélat que je me propose de présenter en ce moment. Son histoire, intimement liée à celle du Nord-Ouest, dépasserait de beaucoup le cadre plus modeste que je me suis tracé. Je ne me propose que de buriner les traits les plus marquants de cette grande figure, dont l'ombre plane encore sur nos vastes prairies, rassembler ce qu'il y à de plus saillant dans ce noble caractère et mettre en pleine lumière les côtés pur oùila su s'imposer davantage à notre affectueuse admiration.
Ce n’est done qu’un simple tableau que je viens offrir, dégagé des mille incidents de cette vie mouvementée,
pour ne laisser voir que les qualités dominantes du cœur et de l'esprit du premier archevêque de Saint-Boniface.
Le long et pénible apostolat de Mgr Taché couvre w période de 49 ans, toutes remplies de labeurs incessares et de douloureux sacrifices. Pendant près d’un demisiècle, il se dépensa pour le bonheur de ceux qui lui étaient confiés et embrassa dans sa sollicitude pastorale tout le Nord-Ouest.
Il venait d'entrer dans sa 22e année, lorsqu'il aborda
sur les rivages de Saint-Boniface.
. C'était en 1845. Le poste le plus avancé du nord, lui fut confié à l'aurore de sa vie de missionnaire. Ordonné prêtre à l'automne de 1845, il partait au printemps suivant, avec Mgr Latlèche, pour aller fonder la mission de Saint- Jean-Baptiste, à l’île à la Crosse.
Le choix de ce poste s'indiquait tout naturellement comme l'endroit le plus favorable à l'exercice de leur ministère. En effet, cette mission était peu éloignée du Portage La Loche, où se faisait le grand rendez-vous des brigades de la rivière McKenzie avec celles du Fort Garry. L'île à la Crosse se trouvait donc sur la grande voie de l’ouest et du nord et à la porte des trois grands lacs de l'extrême nord. Bientôt les infirmités de Mgr Latièche ne lui permirent guère d'entreprendre de longues courses.
Mgr Taché était à cette époque un voyageur infatigable, et qui dans-plus d’une circonstance, rendit des points aux traiteurs de la compagnie de la baie d'Hudson. Les canots ou les raquettes semblaient pour lui n’offrir que des charmes.
Il paraîtrait que ce n’était pas commode d'aller camper plus loin que lui ou de le dépasser sur la route.
Pendant que Mgr Latlèche instruisait les sauvages de la mission, Mgr Taché se portait donc vers les régions environnantes, annonçant partout la bonne nouvelle, Il savança Jusqu'au lac Athabasca et fut le premier missionnaire à visiter ce lac.
Ces deux illustres évêques avaient le don des langues. Quel travail ingrat il leur fallut s'imposer pour apprendre les idiomes des peuplades qu'ils venaient évangéliser !
Il n'existait alors qu'un vocabulaire très imparfuit et une petite grammaire fort élémentaire sur la langue crise. Ce travuil avait été préparé par le Rév. M. Thibault, mais on ne possédait encore aucun manuscrit sur la langue montagnaise, qui était celle des sauvages du Nord.
Pour apprendre les mots de cette langue et deviner les règles qui la gouvernent, Mgr Taché n'avait qu'un interprète métis sans instruction. Jamais si pauvre professeur n'eut d'élève plus facile et mieux doué. Au printemps de 1847, il parlait suffisamment le montagnais pour commencer à prêcher dans cette langue. Ses missions eurent un tel succès, que même quelques années avant sa mort, des vieux Montagnais en conservaient encore un touchant souvenir,
Toutefois, nommé en 1850 condjuteur de Mgr Provencher, il dut bientôt dire adieu à l’île à la Crosse et prendre la direction du diocèse.
IL s’élança alors à travers les prairies, les raquettes aux pieds, escorté d’une traine à chiens. C'était Ià tout son équipage épiscopal. Dormir sous la voûte des cieux, enseveli sous la neige,jusqu'à 63 nuits dans un seul hiver,se porter d’une tribu ou d’une mission à une autre, souffrir de la faim et du froid, perdu au milieu de ces immenses solitudes, et exposé parfois à périr pendant les tempêtes d’'hiver,se trouver le plus souvent au contact de sauvages grossiers et superstitieux, fonder des établissements nouveaux, pourvoir aux besoins des missionnaires et de toutes ces chrétientés éparses sur un si vaste territoire,tel fut l’abrégé des premières années de son laborieux épiscopat.
Sous son souflle inspirateur, on vit se dresser des autels
près des postes de la compagnie de la baie d'Hudson les plus fréquentés. Qu'Appelle, Saint-Albert, Lac-La-Biche, Saint-Laurent, Athabasca, devinrent des missions perinanentes qui firent souche. De ces centres rayonnèrent de 26168 Oblats à la poursuite des camps sauvages qui érigèrent plus tard des chapelles dans des régions plus éloignées, jusqu'à ce qu'ils eurent atteint le cercle boréal.
Lorsque Mer Taché mourut, les Esquimaux qui habitent dans des huttes de glace sur les rives de la mer Polaire, avaient entendu les paroles de salut, et le territoire qui relevait autrefois de sa juridiction épiscopale, constituait deux diocèses et deux vicariats apostoliques. Quoiqu'il ne fût chargé dans la suite que de l'administration au diocèse de Saint-Boniface, il ne se désintéressa jamais de ce qui avait été auparavant son héritage, I continua à entoure” de sa puissante protection et de ses lumières, ces missions lointaines et difficiles,
Il suivit avec intérêt les développements de la foi dans ces contrées et Naint-Boniface demeura le centre distributeur de tout ce qui était nécessaire pour les missions du McKenzie.
Lorsque Mer Provenclier s'éteignit, en 1853, le diocèse de Saint-Boniface ne comptait que deux paroisses et trois prêtres séculiers.
Mgr Taché laissa, à sa mort, 38 paroisses desservies par des religieux et des prêtres séculiers, et un grand nombre de missions confiées pour la plupart à des PP. Oblats. [l'avait établi trois communautés nouvelles: les PP. Jésuites, les Chanoines Réguliers de l’Immaculée Conception et les Cisterciens Réformés. Il appela deux communautés nouvelles de religieuses : les sœurs des Saints-Noms de Jésus et Marie et les fidèles compagnes de Jésus. Le collège Saint-Boniface, l'hôpital du même endroit, des pensionnats dans sa ville épiscopale, à Winnipez et dans plusieurs paroisses, furent construits sous sa direction