‹ Cinq cachets inédits de médecin-oculistes romains publiés et expliquésChapitre 8 sur 10 · Acharistum · texte numérisé non relu

Acharistum

h' achariston ( àbon marché)é taitun collyre peu coûteux, d’un prix accessible à toutes les fortunes et consacré à l’usage des personnes dont la position et les habitudes ne permettaientni n’exigeaient des compositions chères et raffinées; peutêtre ce nom désigne-t-il en même temps le peu de soin qu’on prenait pour rendre douce et agréable l’action de cette sorte de collyre. C’est ainsi que Galien (Comp. med. sec. loc. iv, 7, p. 731 ed. K.) cite « d’après les livres de Philoxenus, un collyre sec achariston, » et (ib. , 8, p. 749) « un collyre intitulé achariston contre les larmoiemens les plus intenses ; par l’emploi de ce seul collyre, en Egypte, les médecins obtiennent de grands succès, particulièrement sur des individus plus rustiques (Wî t£v àyponcor&pcov). » Cette espèce de collyre se composait de substances indigènes et astringentes, sans addition d’adoucissans ou de narcotiques. Toutes ces raisons me paraissent confirmer mon explication, bien qu’elle soit diamétralement opposée à celle qu’on lit dans la traduction latine d’Aëtius (Lugd. 1549, fol., Tetr. 2, s. 3, c. 77 et 102 fin), « parce qu’on ne saurait lui avoir trop de gratitude. » Cette interprétation est ajoutée par le traducteur Janus Cornarius, car elle ne se trouve ni dans l’édition grecque (Venet. 1534, fol.), ni dans deux manuscrits grecs de la bibliothèque royale (n° 2192 et 2193) que j’ai comparés. Le collyre achariston semble être en quelque sorte l’opposé de ceux que Galien (ib., p. 757, 758) cite sous le nom de collyres délicats (t pu$epk), et dans la composition desquels il entre des narcotiques, des substances gommeuses et féculentes, etc. 11 nomme l’un de ces collyres (p. 769) : Melinum délicat, approprié à ceux qui ne peuvent supporter aucune vertu mordante «vt ivclovv tTüffv) dans les médicamens. »

3. Hirpidii polytim eton. Collyre précieux d'JIirpidius. Cette épithète s’explique par ce qui a été dit (41,4) à propos du mot atimeton qui en est le synonyme. Le mot polytim se termine par un trait qui ne forme pas tout à fait un i et a probablement été le jambage de Le. La fin de cette inscription et celle de la première étaient placées sans doute à l’un des angles de la pierre qui a été cassé. Le nom d’Hirpidius se trouve dans une inscription du Thésaurus de Muratori (class. x, n. dccvii) où il s’agit d’un G.Hirpidius, revêtu de hautes dignités sous les empereurs Nerva et Trajan. 11 serait possible que l’oculiste à qui appartenait ce cachet eût été un esclave affranchi de cette famille Hirpidienne. Souvent les oculistes et les médecins affranchis par de nobles Romains

adoptaient leur nom de famille. Les deux derniers i du nom propre sont réunis en un seul, un peu plus haut que les deux précédens.

4. Dicentetum, collyre doublement piquant, de cT/c, bis, deux fois, et xsv tIw, je pique. Aëtius (n,3, c. 18, 77, 110), d’après l’oculiste Démoslhène, nous en a conservé la formule. Probablement qu’il doit d’être appelé ainsi non pas à l’action mordante de ses ingrédiens (le vert-de-gris, le misy, le suc de pavot, la gomme), qui ne justifieraient pas ce nom presque effrayant pour les malades, mais bien à son efficacité comme stimulant contre les amblyopies. La pierre porte très manifestement dicentetum ; ne possédant pas moi-même l’édition grecque d’Aëlius, j’avais d’abord regardé le mol diacentetum de la traduction de Cornarius comme le véritable nom du collyre. Je pensais donc que la leçon de l’inscription, dicentetum, s’expliquait par l’une des nombreuses erreurs ou fautes d’orthographe dont les graveurs, sinon les oculistes, n’étaient que trop coutumiers. Il ne me paraissait pas probable que le médecin eût voulu innover et surenchérir sur le sens primitif du mot diacentetum , piquant, en lui substituant une étymologie factice, et en le faisant dériver de <f/?, bis, deux fois, et ksvts/v, doublement piquer. Il se serait donné de garde, me disais-je, de changer la dénomination généralement connue d’un médicament célèbre, de peur de nuire à son débit. Mais j’ai consulté l’édition grecque, ainsi que les deux manuscrits déjà cités, et j’ai trouvé qu’ils portaient dans tous les passages JWvtmt ov, à l’exception du chap. 18 où l’édition grecque seule a J'ittx.hTnrov. Par conséquent Cornarius a adopté une leçon qui ne saurait être justifiée, ce qui vient encore prouver, du reste, que les traductions, même les meilleures, ne peuvent jamais tenir lieu de l’original.

N° 15. Lapis Inter amnensis. Pierre d’Entrains.

L’impression de la première partie de cet article était déjà terminée, lorsque, le 18 septembre, j’ai reçu de M. Adrien de Longpérier la lettre suivante. C’est de sa part une prévenance dont je lui ai une gratitude d’autant plus vive que notre connaissance est très récente et date d’une seule entrevue que nous eûmes ensemble au cabinet des médailles.

« Monsieur le docteur,

» La fermeture de la bibliothèque me donnant quelques jours de vacances, » j’en ai profité pour visiter quelques parties du Nivernais et de la Bourgogne » où je savais rencontrer des antiquités. Je désirais surtout étudier la station j) romaine d’Entrains. Là, j’ai trouvé, en effet, des monumens très intéressans.

» L’un d’eux m’a paru de nature à figurer dans le savant travail que vous prépa- » rez sur les oculistes, et je me hâte de vous en faire le dessin. Peut-être arri- » vera-t-il encore à temps. Le cachet a été découvert à Entrains même, petit » bourg à quatre lieues à l’ouest de Clamecy (Nièvre) ; il appartient à M. Re- » naud, qui a refusé de me le vendre, mais qui m’a permis très obligeamment

» d’en prendre copie. J’espère, monsieur, que vous vomirez bien excuser, err » laveur de l’intention, la forme d’un envoi que je vous expédie de la cuisine » d’une auberge.

» Croyez-moi, etc. »

Cette lettre était accompagnée du dessin de ce cachet, fait au trait et entouré de ses quatre inscriptions reproduites en lettres majuscules renversées, telles qu’elles existent sur les quatre tranches.

La pierre, de couleur verte, probablement en stéatite, a 39 millim. carrés sur 10 millim. d’épaisseur. Voici les inscriptions qui y sont gravées :

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