LTERENPATERNÏ DIASMYRNEN
1. Lucii terent££ paterni diatesser'm. Collyre Diatessaron de Lucius Terentius Paternus.
Le deuxième t de Terentius est indiqué par un trait transversal placé sur le dernier jambage de l’w.
Le nom d’un oculiste L. Caemius Paternus se trouve dans une inscription de pierre sigillaire que nous rapporterons plus loin.
Les Grecs appelaient Dia tessaron ou Diatessaron («T/ à m scra-âpuv) des médicamens composés de quatre ingrédiens. Le mot est formé comme celui de Dialepidos de l’inscription 41,3. 11 n’a pas été latinisé par les Romains, bien qu’il dût leur être assez familier, puisqu’il désignait aussi un intervalle en musique (Macrob. Somn. Scip., 1. n, c. 1). Paternus a essayé de le faire, en le changeant en Diatesserum. Dans cette transformation, cet oculiste a probablement été moins guidé par la forme ionique 'Timpe; pour ri<r<retf>eç que par son défaut de connaissance de la langue grecque et par l’assonance du mot latin tessera. L’ignorance du graveur a sans doute fait substituer à l’avant-dernière lettre un i qu’il a placé, en plus petit caractère, un peu plus haut que les autres lettres. Quelque chose de semblable se voit sur d’autres pierres.
Paul d’Egine (1. m, c. 77, fin.) recommande dans la sciatique l’usage interne d’un diatessaron préparé avec le petit-chêne (xel/X!t',^Pvh Teucrium Chamaedrys ), la gentiane, l’aristolochie ronde et la semence de rue.
Marcellus Empiricus indique un diatessaron de parties égales d’huile, de vinaigre, de miel et de vin comme Uniment (c. 20, p. 147, init.), et un autre de parties égales de costus ( costus arabicus L.), fénugrec, racines d’aulnée et de
fenouil comme médicament interne contre les affections du foie (c. 22, p. 159 med.). Bien que ni sur les cachets, ni dans aucun ancien auteur que je sache, il ne soit question d’un collyre diatessaron, la teneur des trois autres inscriptions de cette pierre ne permet point de douter qu’il ne s’agisse ici d’un topique oculaire formé de quatre substances médicamenteuses. Peut-être même qu’en cherchant mieux, lorsque j’en aurai le loisir, je réussirai à trouver dans les anciens un collyre de ce nom.
2. L ucii tere vitii paterni melinvm. Collyre Melinum de L. Tercnlius Paternus.
Le t de Paternus est marqué par un trait transversal au dessus de Va.
Le nom du collyre Melinum , cité sur les cachets nos 2, 4, 11 et 17, a été interprété de trois manières.
Saxe (Epistola de... ocularii gemma , Traiect. ad Rhen., 1774, 8,
p. 29), et d’après lui Tôchon (p. 18) le font dériver de l’alun de l’île de Mélos, dans la mer Egée. Us s’appuient sur un passage de Pline (1. xxxv, c. 52) : « Le meilleur alun est celui qui est appelé Melinum de l’île de Melos. Il réprime les granulations des yeux. ( Oculorum scabritias extenuat.) » Mais sur les quatre cachets le mot melinum se trouve deux fois seul, une fois (n° 11) avec l’épithète de lacrymatorium , une seconde fois (n° 4) avec celle de : ad claritatem , jamais avec la désignation : ad aspritudines ou ad scabrities ; et dans les formules qu’en donne Galien il n’est pas question d’alun. Celte explication est donc inadmissible.
Walch (Axtiqcitates medicæ selectæ, len., 1772, 8, p. 55, sq.), se fondant sur d’autres passages de Pline, regarde le melinum comme un onguent préparé avec des coings. « Avec les différentes espèces de coings {ex malis cotoneis et struthiis) on fait l’huile melinum qui entre dans les onguens (1. xiiï, c. 2). » « Avec les coings, quand ils ne sont pas venus dans un terrain humide, on fait l’huile que nous avons déjà mentionnée sous le nom de melinum (1. xxm, c. 54, fm.).)> « La fleur fraîche ou desséchée du coignassier est utile dans les inflammations des yeux {ibid.). » Melinum ici serait dérivé de , pomme, /u»\ov KuJ'ûviov, malum Cydonium ou cotoneum, coing. Mais les pierres sigiilaires servent à cacheter des vases contenant des collyres, c’est-à-dire des pommades ou onguens oculaires, tandis que le Melinum était une huile. Il n’en est d’ailleurs fait aucune mention dans les formules conservées par Galien. Cette interprétation doit être encore rejetée par une saine critique. La dernière qui reste est la seule qui nous paraisse devoir être adoptée.
Le mot melinum (yc«x<vov) désigne un collyre d’une couleur jaunâtre, semblable à celle du coing. Galien rapporte les formules de trois collyres de ce nom, dont il appelle l’un melinum délicat (Comp. me», sec. me. iv, c. 8, ed. K. p. 769), l’autre {ib., p. 786) melinum atarachum (« 4p*^ov), c’est-à-dire contre le taraxis, et le troisième {ib., p. 787) melinum de Lucius. Tous les trois contiennent des substances médicamenteuses minérales et végétales, à Pcx-
clusion de l’alun et de l’huile de coing. 11 y entre au contraire du safran, qui, en leur donnant une couleur jaunâtre, justifie et explique ce nom. Le même auteur (, ib ., 1. vin, c. 5, p. 183) décrit un malagma melinum [acl p/«\/vov),
contenant des produits végétaux et du safran, sans huile de coing. Ailleurs (comp. med. per gen. , 1. ii, c. 6-11, ed. K. T. xiii, p. 503 sqq.) il traite longuement des emplâtres melina (phxivui ïp'irx&rrpoi), ainsi appelés à cause de leur couleur qu’ils doivent au vert-de-gris incorporé par une coction modérée ; car, ajoute-t-il, par une cuisson plus prolongée, en les faisant changer de couleur, on produirait les emplâtres appelés bicolores (S'ixptap.&i) par les uns, jaune-doré (*$*!) par les autres. Il ne peut donc rester aucun doute à ce sujet: cette dénomination est uniquement puisée dans la couleur de l’onguent. C’est de cette manière que l’a aussi compris Caylus (Recueil d’ antiquités, t. i,p. 226), qui semble avoir eu en vue ce dernier passage de Galien ; car son explication du mot melinum sur le cachet n° 2 se borne à ce qui suit : « Il y entroit du verdde-gris, d’où il prenoit une couleur qui lui donnoit ce nom. Melinus color, gilvus inter album et fuscum. » Ces derniers mots latins semblent pris dans un lexique; ils se trouvent aussi, mais sous forme dubitative, dans le Thésaurus latinœ linguce de Gesner. Aucun auteur classique romain ne paraît s’être servi dans ce sens du mot melinum.
3. L ucii TERENtii paterni diailipiiovm. Collyre Dialepidum (pour Dialepidos ) de L. Terentius Paternus. (Voir le n° 41,3.)
L’oculiste, ignorant l’étymologie de ce mot, l’a latinisé, en songeant peut-être au mot latin lepidus. Le graveur a commis plusieurs erreurs. Les quatrième et cinquième lettres pourraient bien être un el altéré par l’usure ou un petit éclat de la pierre. Le d dans les inscriptions se trouve parfois formé comme un m.
4. L ucii tere istii paterni diasmyrnen. Collyre de myrrhe de L. T. Paternus.
Le collyre diasmyrnes (cf/à, cy^pm), diasmyrnon ou diasmyrnum (<ft*c-fAupvov) avait pour principal ingrédient la myrrhe (^up’p*, <rp.vpa).l\ était d’un usage très répandu. Diasmyimen, comme on lit sur ce seul cachet, est une forme inusitée, mais pas absolument contraire aux lois de la langue grecque ; car la préposition Sia se construit aussi avec l’accusatif, bien que, dans le sens où nous la voyons ici employée et dans les mots composés semblables, ce ne soit point correct. (Voir Dialepidos , n° 41,3.) Il se peut aussi que diasmyrnen ait été gravé par erreur pour diasmyrneum.
Voici pour le moment tous les éclaircissemens que je puis donner sur ces cinq cachets inédits. J’ai l’intention, lorsque j’aurai assez de loisir pour publier une monographie complète de tous les cachets d’oculistes romains actuellement connus, de les reproduire et d’entrer à leur sujet dans des descriptions et des explications plus détaillées.
M. Dubois, sous-conservateur des Antiques au Musée royal, a eu la bonté de me communiquer, au moment où je corrigeais les épreuves de la dernière partie
de ce travail, une gravure inédite, représentant un vase à collyre semblable à celui publié par Tôchon, qui porte l’inscription : hpakaeioT atkon (pour ATKION ), Lycium de Héracléus.
En comparant les deux pierres inédites du cabinet des médailles de la Bibliothèque royale avec les empreintes que je possède, j’ai su, par M. de Longpérier, que son collègue, M. Duchalais, s’occupait aussi de la publication de plusieurs de ces cachets inédits. Dans le nombre figureront probablement quelques-uns de ceux que je viens de rapporter. Bien que le mémoire de M. Duchalais ne doive paraître que dans plusieurs semaines, je crois bien faire, dans son intérêt comme dans le mien, de dire que nos travaux ont été entrepris dans une indépendance complète, sans même que l’un de nous se doutât des inscriptions sur lesquelles porteraient les études de l’autre.
J’ai en même temps acquis la certitude que le nombre de ces cachets dépasse de deux celui que j’avais compté d’abord. Je m’en suis assuré en parcourant l’ouvrage de Grivaud de la Vincelle (Recueil des monumens antiques, etc. Paris, 1817, in-4°, 2 vol. et 1 vol. de planches), que M. du Mersan a eu l’obligeance de mettre à ma disposition et qui contient (t. n,p. 279 à 288, planche 36, fig. 1 à 4) deux cachets inédits qui devront prendre les numéros 46 et 47. J’y ai trouvé également le cachet déjà rapporté par Tôchon sous le n° 28. Grivaud persiste dans la leçon anthemeron, bien que ce cachet, ainsi que l’un des nouveaux qu’il publie, portent très manifestement avthemeron. 11 s’obstine à regarder avthemeron comme une erreur pour anthemeron , et voici la singulière explication qu’il en donne : « Avthemeron pour Anthemeron se trouve ici aussi pour la première fois. On verra dans la tablette inédite n° iv, que l’v y remplace dans le même mot I’n comme dans la nôtre. L ' anthemerum, composé d’Av Os» fleurir, et (sic !) doux, étoit un baume de fleurs (de camomille)
qui calmoit l’inflammation des yeux. » (P. 281.)
La troisième inscription de la tablette n° iv porte :