‹ Cinq cent mille francs de rente (volume 2)Chapitre 7 sur 7 · lG CIi\Q CENT MILLt FRAM:S · texte numérisé non relu

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la volonté du père de famille doit être res- ' pectée.

— Tous mes nouveaux amis s'accordent à voir, dans le mariage de Blanche avec le comte de la Roserie, une union des plus convenables : naissance, jeunesse, fortune, tout s'y trouve. Et puis, ce jeune homme servira puissamment, par sa capacité, nos vues et nos intérêts dans toutes les grandes affaires. M. le comte de la Roserie me suppléera, et allégera pour moi le fardeau du travail et de la responsabilité. Blanche ne peut manquer de tenir compte de toutes ces excellentes raisons ; elle se fera, je l'espère , un devoir de m'éviter des inquiétudes, des ennuis, de vives contrariétés. M. le comte de la Roserie m'a demandé sa

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main : nos amis communs et moi, nous n'avons pas hésité à lui faire pressentir mon consentement, le tien et celui de Blanche.

— Une seule chose m'importe beaucoup, mon ami, c'est de ne pas mourir sans avoir vu ma fille mariée., et heureuse.

— Que parles-iu de mourir? d'où te viennent ces ti'istcs pensées? ajouta Picard, en embrassant aiïectueusement sa femme.

— Si je n'étais plus là, dit elle, pour consoler Blanche, la pauvre enfant s'éteindrait dans la souffrance et le chagrin.

Des larmes coulèrent des yeux de Constance, qui regrettait (h'jà d'avoir lai^^isé de-

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viner ces idées de mort prochaine qu'elle cachait depuis longtemps comrnë un secret.

Cette scène si pénible pour le mari et pour la femme fut heureusement interronir pue par l'arrivée inattendue du baron de Longueville; il entrait sans se faire annoncer.

Ce plaisant personnage qui , dans son égoïsme sensuel, n'avait d'autre préoccupation que le soin de ses plaisirs, venait dire à Picard qu'on ne parlait à la Bourse que du grand bal qu'il allait donner : tout le monde lui dëmahcîait des invitations !

-- Le dix-neuvième siècle adore l'argent, et coinme tu es dû petit nombre de ceux qui en ont beaucoup, on t'aime, on le vante, on

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chorche ;i te plaire, on est !]er d'être distingué et invité par toi. J'ai vu le général auquel tu as prêté vingt-cinq mille francs, et qui, {)ar parenthèse, compte te lès rendre prochainement. Il tient un peu au fatibourg Saint-Germain ; je lui ai parlé de ton bal : je lui remettrai des invitations pour quelques femmes du grand monde qu'il me désignera, fort désireuses d'ailleurs de connaître le célèbre financier Picard . Quelques comtesses, quelques marquises, dont les noms et les litres seront annoncés à haute voix, relèveront le gros de ta compagnie, où la finance ne tiendra que trop de place.

Constance, que le jargon du baron impa^ tientait, quitta la place, laissant Picard tout entier au programme de la fête qu'il se

croyait obligé de donner, et dont la seule pensée était pour elle un supplice.

Le baron, de sa propre autorité , sonna pour qu'on fît venir le contrôleur général Alexandre.

Alexandre, toujours empressé, toujours respectueux, ne se fit point attendre.

— Je me rends, dit-il, aux ordres de monsieur.

— Alexandre! s'écria le baron, à quel nombre de convives pouvez-vous donner à souper?

— Monsieur le baron , le nombre des co'iviA es ne m'embarrasse jamais; un dîner,

un souper, c'est comme une bataille : il faut que le général en chef étudie d'abord le terrain. Dans quelle salle à manger devraije servir le souper?

— Il faudrait souper dans la galerie! répondit vivement le baron; tous les tableaux seraient éclairés avec des réflecteurs; on allumerait des milliers de bougies : on en serait quitte pour faire un service de pompiers. Ce serait magnifique! on ne parlerait plus que des bals de Picard, de son bon goût, de sa magnificence, de son amour des arts ! N'oubliez pas surtout, Alexandre, de placer un suisse en grande livrée, avec une hallebarde, à l'entrée principale delà salle à manger et un second suisse à l'entrée des salons.

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— Je réponds de tout le service, iiionsi nr le baron ; quarante valets de pied en bas dé, s6ie blancs, quarante maîtres d'hôtel eil grande tenue, l'épée au côté, manœuvreront sous mes ordres. J'estime même que plusieurs chasseurs, tout couverts d'or, doivent se tenir dans les antichambres. Il est bien entendu qu'outre l'orchestre du bal, un second orchestre est indispensable dans la salle du souper. Je compte placer dans des jardinières aux treillages dorés deux mille camélias sur pied.

Picard souriait à toute cette mise en scène pour laquelle le baron et le contrôleur géné^ rai Alexandre luttaient de prodigalité et d'invention.

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Un crédit sans limite fut ouvert à toutes les improvisations du baron et d'Alexandre.

Picard ne se doutait pas de toutes les déconvenues blessantes qui l'altendaienl dans celle, fête, dans celte réunion d'amis qui, poui' la plupart, lui étaient inconnus!

FIN DU PREMIKR VOLUMR.

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