‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 59 sur 59 · A SEE SE RS D Sd · texte numérisé non relu

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tier ; il fut arrêté par la rivière qu'il ne pouvait franchir, mais il n’eut qu'à songer au prince héritier et il put aussitôt la traverser; arrivé auprès du prince héritier, il lui communiqua l’ordre du roi en lui disant qu’il devait promptement revenir dans le royaume et que le roi désirait vivement le voir. Le prince héritier répondit : « Le roi m'a banni pour douze années dans la montagne et il s’en faut encore d’une année que le terme ne soit arrivé; quand cette année sera accomplie, je reviendrai. » Le messager retourna dire au roi ce qui s'était passé; le roi écrivit alors de sa propre main une lettre pour être

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remise au prince héritier ; elle était ainsi conçue : « Vous êtes un homme sage; pour ce qui est du passé, il vous faut être indulgent; pour ce qui est de l'avenir, il vous faut aussi être indulgent. À quoi bon vous irriter et ne pas revenir ? j'attendrai que vous soyez ici pour boire et

pour manger. » Le messager se rendit de nouveau, por-

teur de cette lettre, auprès du prince héritier; quand celui-ci eut reçu la lettre, il commença par se prosterner devant elle, le visage contre terre; puis, après l'avoir adorée, il recula et tourna sept fois autour d'elle; ensuite

il ouvrit et la lut.

A la nouvelle que le prince héritier devait s’en retourner, toutes les bêtes de la montagne sautaient et se tordaient de chagrin, se frappaient et poussaient des cris lamentables ; les sources en furent taries ; les femelles des animaux en perdirent leur lait ; Les oiseaux de toutes

sortes criaient piteusement; car ils allaient perdre Île

prince héritier.

Le prince héritier mit alors des vêtements et s’en revint avec la princesse. Le souverain hostile du royaume rival, apprenant le retour du prince héritier, chargea des émissaires de mettre sur l'éléphant blanc un harnachement d’or et d'argent, de prendre avec eux le vase d’or plein de grains d’argent et Le vase d'argent plein de grains d'or et de venir au-devant du prince sur la route pour les lui rendre en lui exprimant en ces termes son repentir des fautes qu’il avait commises : « Si auparavant je vous ai demandé l'éléphant blanc, c’est parce que j'étais stupide et insensé ; à cause de moi, vous avez été banni au loin; maintenant j'apprends que vous revenez et j'en conçois une grande joie; je vous restitue l'éléphant blanc et je vous présente les grains d’or et d'argent ; je souhaite que vous condescendiez à les accepter afin que mon crime soit supprimé. » Le prince héritier répondit : « Supposez qu'un homme ait préparé des aliments de toutes sortes

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de saveurs et les ait présentés à quelqu'un ; si cette dernière personne, après les avoir mangés, les vomit à terre, comment ces aliments seraient-ils encore parfumés et purs ? Pourrait-on les remanger? Maintenant, les libéralités que j'ai faites sont comparables à ce qui a été vomi ; je ne puis en aucune façon les reprendre. Montez promptement sur l’éléphant et retournez exprimer mes remerciements à votre roi. On vous a bien fatigués, à envoyés, pour que vous veniez au loin prendre de mes nouvelles. » Alors donc les émissaires montèrent sur l’éléphant et s’en retournèrent rapporter au roi ce qui s'était passé. À cause de cet éléphant, le souverain hostile de ce pays rival se transforma en un homme bienveillant et bon; lui-même, ainsi que tout son peuple, conçurent la pensée des pâramitàs sans supérieures et égales pour tous. |

Le roi, père du prince héritier, monta sur un éléphant pour sortir à la rencontre de son fils. Le prince héritier s'avança aussitôt et lui rendit hommage en mettant son visage contre terre; puis il revint à la suite du roi; tous les gens du peuple étaient transportés de joie ; ils répandaient des fleurs, brûlaient des parfums, suspendaient des oriflammes et des dais en soie et faisaient couler sur le sol des essences parfumées pour accueillir le princehéritier. Celui-ci entra dans le palais et alla aussitôt devant sa mère ; la tête contre terre, il lui rendit hommage et lui demanda comment elle se portait. Le roi confia au prince héritier tous ses trésors; le prince en fit des libéralités à son gré et fut plus charitable encore que précédemment. Comme sa charité ne se lassait pas, il obtint par là de devenir Buddha.

Le Buddha dit à Ânanda : « Telle est la manière dont j'ai pratiqué la charité dans une de mes existences antérieures. Le prince-héritier Siu-la-na (Sudâna), c’est moimême. Celui qui en ce moment était le roi son père, c’est maintenant mon père, le roi Yue-Peou-fan (Guddhodana) ;

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celle qui en ce moment était la mère du prince héritier,

c’est maintenant Mo-ye (Mâyà); celle qui en ce temps

était la princesse, c’est maintenant Aiu-yi (Gopâ); celui qui en ce temps était le religieux A-{cheou-l’o (Atyuta) demeurant dans la montagne, c’est Mo-ho-mou-kien-lien (Mahâmaudgalyâyana) ; celui qui en ce temps était Çakra, roi des devas, c’est Chô-li-fou (Câriputra) ; celui qui en ce temps était le chasseur, c’est A-nan (Ânanda) ; celui qui en ce temps était le garçon Ye-li (Jâli), c’est maintenant

mon fils Lo-yun (Râhula) ; celle qui en ce temps était la

fille K1-na-yen (Krsnâjinâ), c'est maintenant la mère de

Parhat Mo-li (1); celui qui en ce temps était le brahmane

qui demanda les enfants, c’est maintenant T’1ao-la (Devadatta) ; la femme du brahmane, c'est Tchan-lchô-mo-na (Cinéamânavikà). Telles sont les peines et les souffrances

que j'ai endurées pendant des kalpas innombrables et

voilà comment aussi j'ai fait Le bien pendant des kalpas innombrables. Conservez toujours ce sûtra pour l’exposer à tous les cramanas. »

Telle est la manière dont le Bodhisattva pratique la pâramità de charité (dâna).

(1) Dans le pâli, cette filleestidentifiée avec Uppalavannä (Utpalavarnä).

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