‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 58 sur 59 · PONT · texte numérisé non relu

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sorte que tous les êtres vivants obtiennent d’être sauvés et n'aient plus à endurer les souffrances de la naissance, de la vieillesse, de la maladie et de la mort. » ÇCakra, roi des devas, lui dit: « Très grand est l'objet de votre désir ; il est fort élevé etrien ne lui est supérieur. Si vous désirez naître dans les cieux et devenir un roi parmi le soleil et la lune, ou si vous désirez être dans le mondeun souverain suprêmeet avoir unelongévité prolongée, ce sont là des choses que je pourrais vous donner conformément au vœu que vous m'en exprimeriez; mais la majesté suprême dans les trois mondes échappe à mes atteintes. » Le prince héritier reprit: « Maintenant donc, provisoirement, je désire qu’il soit fait en sorte que j’aie de grandes richesses ; je me plairai constamment à les distribuer en libéralités plus considérables encore que celles d’auparavant ; je désire qu'il soit fait en sorte que le roi mon pére et tous les ministres qui sont à ses côtés aient le désir de me revoir. » Cakra, roi des devas, lui dit: «Ilsera fait certainement comme vous le désirez. » Un instant après, il disparut soudain.

Cependant le brahmane du royaume de ÆXieou-lieou (Kuru) était revenu chez lui avec les enfants; mais sa femme se porta à sa rencontre et l’injuria disant : « Comment osez-vous revenir en m'amenant ces enfants; ils sont de la race royale; vous cependant, dépourvu de toute pitié, vous les avez frappés, de manière à ce qu’ils aient des blessures et à ce que tout leur corps soit couvert de sang et de pus ; allez promptement les mettre en vente et cherchez-moi d’autres serviteurs. Le mari suivit l'avis de sa femme et se mit en route pour aller vendre les enfants. Cakra, roi des devas, qui se promenait tout autour de Ja place du marché dit: « Ces enfants sont à un prix élevé, personne ne peut les acheter. » Comme les enfants avaient faim et soif, le deva fit en sorte que, par le moyen d’une effluve spontanée, les enfants fussent entièrement rassa-

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siés. Le roi des devas modifia alors les intentions du brahmane qui se rendit dans le royaume de Che-po (Gibi) ; dans le royaume, les ministres et Les gens du peuple reconnurent qu’ils avaient affaire aux enfants du prince héritier, aux petits enfants du grand roi; grands et petits, tous les habitants furent saisis de compassion; les ministres demandèrent alors au brahmane comment il s'était procuré ces enfants ; le brahmane dit: « Je les ai obtenus en les demandant ; à quoi bon m'interroger ? » Les ministres répliquèrent : « Puisque vous êtes venu dans notre royaume, n'est-ce pas notre devoir de vous interroger ? » Les principaux ministres et les gens du peuple étaient tous disposés à enlever les enfants au brahmane; mais il se trouva parmi eux un notable qui les réprimanda en disant : «Nous avons ici un exemple du degré auquel a pu atteindre l'esprit de charité du prince héritier ; si maintenant nous enlevons les enfants, ne nous opposerons-nous pas aux intentions réelles du prince-héritier ? Le mieux est d'en référer au roi; quand le roi en sera informé, il rachètera lui-même les enfants. » Alors donc on s'arrêta et les ministres vinrent dire au roi : « O grand roi, vos deux petits-enfants sont maintenant mis en vente parun brahmane. » À cette nouvelle, le roi fut très surpris; il appela le brahmane qui vint donc dans le palais avec les deux enfants. Le roi, sa femme, les ministres qui étaient à ses côtés et toutes les femmes de son harem, en apercevant de loin les deux enfants, se mirent tous à sangloter. Le roi ayant demandé au brahmane comment il se trouvait posséder ces deux enfants, il répondit : « Je les ai obtenus en les demandant au prince héritier. » Le roi appela les deux enfants et désirait les prendre dans ses bras, mais les enfants pleuraient et ne voulaient pas aller dans ses bras. Le roi demanda au brahmane à quel prix il vendait les enfants ; avant que le brahmane eût pu répondre, le garcon dit: «Le garçon vaut mille pièces d'argent et

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cent vaches ; la fille vaut deux mille pièces d’or et deux

cents vaches. — Les garçons, répliqua le roi, sont esti-

més par les hommes ; pourquoi donc le garçon est-il bon marché et la fille chère? » Le garçon répondit : « Les femmes de votre harem n'ont aucune parenté avec vous, Ô roi; les unes sortent de conditions humbles ; d’autres étaient de simples servantes ; cependant celles que votre fantaisie favorise deviennent élevées en dignité; elles sont couvertes de joyaux et mangent et boivent des aliments exquis ; à roi, vous n’aviez qu’un seul fils et vous l’avez chassé au plus profond des montagnes, tandis que chaque Jour vous vous livriez aux réjouissances avec les femmes de votre harem sans jamais penser à votre fils. Par là on voit clairement que les fils ont peu de valeur et que les filles en ont une grande. » En entendant ces paroles, le roi fut troublé et affligé ; ses larmes coulèrent à flots et il dit : « J’ai été coupable envers vous. Pour quelle raison ne venez-vous pas dans mes bras? Est-ce parce que vous me haïssez ou parce que vous craignez le brahmane ? » Le garçon répondit : « Nous ne nous permettrions point de vous détester, Ô grand roi, et, d'autre part, nous ne craignons point le brahmane. Nous étions autrefois les petits-fils du grand roi, mais maintenant nous sommes les esclaves d’un homme. Comment les esclaves d’un homme pourraient-ils aller dans les bras du roi du royaume ? Voilà pourquoi nous ne nous permettrons pas de le faire. » En entendant les paroles du jeune garçon, le roi sentit redoubler son affliction; puis, en conformité avec ce qui venait de lui être dit, il paya au brahmäne le prix convenu et appela de nouveau dans ses bras les enfants qui s’y rendirent aussitôt. Le roi, tenant embrassés ses deux petits-enfants, caressait leur corps ; il leur demanda : « Qu'est-ce que mange et boit votre père dans la montagne ? de quoi peut-il se vêtir ? » Les deux enfants lui répondirent : « Il mange des fruits, des graines, des

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légumes et des racines ; il se couvre d’une étoffe grossière qui lui tient lieu de vêtement; les cent sortes d'oiseaux le distraient et son cœur est exempt de tout chagrin. »

Le roi ayant renvoyé le brahmane, les enfants lui dirent : « Ce brahmane souffre beaucoup de la faim et de la soif; nous désirons que vous lui donniez un repas. » Le roi leur demanda : « N’êtes-vous donc pas fâchés contre lui? pourquoi vous inquiétez-vous encore de lui procurer à manger ? » Les enfants répondirent : « Notre père se plaisait à la sagesse, mais il n'avait plus rien dont il pût se servir pour faire la charité. Ce brahmane lui a demandé de nous donner à lui et ainsi il est devenu notre maître ; 4 nous n’avons point encore pu être ses serviteurs de manière à contribuer à l’accomplissement des sages inten- 3 tions de notre père. Comment pourrions-nous mainte- | nant le voir souffrir de la faim et de la soif sans éprouver des sentiments affectueux et bons à son égard? Puisque notre père avait donné ses enfants à ce brahmane, comment, à grand roi, pourriez-vous lui refuser un repas? » Le roi offrit donc à manger au brahmane qui, après s’être rassasié, s’en retourna tout joyeux.

Le roi envoya alors un messager chercher en toute hâte le prince héritier et le faire revenir ; en conformité avec ces instructions, le messager alla chercher le prince héri-

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