‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 18 sur 72 · NA · texte numérisé non relu

NA

(Trip AIX; 7, pr8r)

Voici la manière dont un saint roi tourneur de la roue (cakravartin) a obtenu la roue d’or : Cakra, roi (des devas) ordonne toujours aux quatre devarâjas d’aller inspecter le monde chaque sixième jour du mois afin d’observer si les hommes se conduisent bien ou mal. Une fois, les quatre devarâjas ainsi que les envoyés de l'héritier présomptif apercurent un grand roi qui gouvernait le monde par les dix actes excellents et les quatre bienfaisances, et qui, dans sa sollicitude pour les hommes et les animaux, avait un cœur comparable à celui d’un père affectueux; ils revinrent annoncer la chose à Cakra roi des devas, qui, en l’apprenant, loua (cette conduite); Cakra ordonna alors à P'i-cheou-kie-mo (Vicvakarman) de faire présent (à ce roi) de sa roue d’or; Vicvakarman sortit aussitôt la roue d’or et la confia au devarâja P'i-cha-men (Vaicramana); celuici la prit et la remit à un ye-lch'a (yaksa) volant qui, à son tour, la prit et l’apporta au grand roi. Le devarâja Vaicramana avait donné cet ordre au yaksa : « Vous tiendrez constamment cette roue d’or pour ce roi; vous resterez au-dessus de sa tête jusqu’à ce qu’il ait terminé sa vie et vous ne le quitterez point pendant tout ce temps. » Ce yaksa tint donc constamment la roue pour le roi, etilse

conformait à toutes les intentions du roi, soit qu’il avancçât, soit qu'il s’arrêtât, soit qu'il allât, soit qu'il vint; quand le roi eut terminé sa vie, alors seulement le yaksa retourna donner la roue au devarâja Vaicramana ; celui-ci la remit à Viçvakarman qui la replaça dans le trésor des joyaux.

CPRIDEXIX 75" p; Sr t=ve)

Autrefois il y avait un grand roi Brahmadeva nommé P'o-k'ia (Bhaga [vat}). Par l'effet des causes de longévité qu’il avait semées dans ses existences antérieures, la durée de sa vie avait traversé soixante et douze fois l’âge auquel atteignent les Brahmadevas et les hommes; tandis que ceux-c1 terminaient leur vie, lui n'épuisait pas la sienne; sa longévité étant telle, il conçut une opinion fausse et pensa qu'il était perpétuel ; il fit ensuite cette réflexion : « J'ai obtenu de subsister par moi-même; dorénavant les hommes ne pourront pas réussir à me voir à leur fantaisie; quand je les autoriserai à venir,ils me verront; mais, quand je ne les autoriserai pas, cela leur sera interdit. »

Le Buddha, grâce à la vue sage de son cœur divin, aperçut clairement les sentiments de ce (deva); avec ses quatre grands disciples Chü-li-fo (Câriputra), Mou-lien (Maudgalyâyana), etc., il vint dans l’espace et se plaça au-dessus du sommet de sa tête; Chü-li-fo (Cariputra) se tenait à droite; Mou-lien (Maudgalyäyana) à gauche, Ta kia-ye (Mahäkâçyapa) devant et Ta kia-tchan-yen (Mahàkàtyâyana) derrière.

(Le Buddha) dit au Brahmadeva : « Vous pensiez que vous pouviez perpétuellement subsister par vous-même ;

À He)

mais maintenant comment suis-je parvenu à m'asseoir au-dessus du sommet de votre tête ? » Il lui demanda encore : « Quelles choses avez-vous donc vues pour que vous ayez cru que vous pourriez perpétuellement subsis-

ter par vous-même ? » Le Brahmadeva, répondit : « Tan-

dis que je me trouvais parmi les Brahmadevas, soixantedouze âges d'homme se sont écoulés tandis que moi je restais impérissable; en outre j'ai accompli trois grandes actions vertueuses productrices de bonheur et, tandis que les devas et les hommes périssent, moi je reste impérissable. Voilà pourquoi j'ai pensé que cela serait perpétuel. » Le Buddha dit au Brahmadeva : « Je suis omniscient ; je vous vois à l’époque où vous naquîtes et je vous vois aussi à l'époque où vous mourrez, et (je vois encore) les lois de toutes sortes sans me tromper en rien; ne soyez pas assez insensé pour penser que vous êtes perpétuel. » Ce Brahmadeva connaissait lui aussi ses existences antérieures; il voulut (s'assurer si) celui qui était près de devenir Buddha possédait des connaissances certaines; il demanda donc au Buddha: « Savez-vous pour quelles causes anciennes j'ai réussi à avoir cette grande longévité? » Le Buddha dit au Brahmadeva : « Vous étiez autrefois un ermite doué des cinq pénétrations; un jour vous vites une multitude d'hommes qui, montés sur un bateau, étaient allés en mer; un vent violent s’éleva et les vagues montèrent jusqu’au ciel; grâce à la force de vos pénétrations surnaturelles, vous vintes au secours de tous Les hommes et vous les déposâtes sur le rivage, les faisant ainsi échapper à un danger de mort (1). Telle est la première cause. En outre, vous avez été autrefois ministre dans un grand royaume ; un village ayant violé les ordres du roi, celui-ci fort irrité voulut en exterminer tous les habitants; vous alors,ému de compassion, vous avez dépensé

(1) Le texte paraît ici quelque peu altéré, mais le sens reste suffisamment elair.

Page 1