‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 20 sur 72 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

CPE NXEE, Tip eve)

Le sage sait que les richesses ne peuvent être gardées longtemps; pour prendre une comparaison, lorsqu'une maison brüle, l'homme perspicace aperçoit nettement dans quelles conditions se développe l'incendie, et, avant que le feu soit arrivé, il se hâte de retirer ses richesses; quoique sa demeure soit entièrement brülée, il a conservé tout ce qu'il avait de précieux; il peut donc reconstruire une nouvelle habitation et se livrer avec plus d’ampleur à des occupations profitables. Tel aussi est le sage qui, pour planter (une tige productrice de) bonheur, s'efforce de pratiquer la libéralité ; il sait que son corps est périssable et fragile et que ses richesses ne sont pas éternelles; quand il rencontre le champ où il peut planter (la tige pro-

open.

ductrice de) bonheur, à l'instant même il agit avec libéralité, tout comme cet homme qui retire ses richesses de l'incendie ; dans ses existences futures, il reçoit des félicités, tout comme cet homme qui reconstruit sa maison, reprend ses occupations et jouit tout naturellement du bonheur et du profit.

Quant à l’homme stupide, il ne sait que tenir avec avidité à ce qu’il possède; dans sa précipitation à faire des plans de sauvetage, il s’affolle et perd toute perspicacité ; ils ne peut apprécier dans quelles conditions se produit l’incendie, et, sous l’action du vent impétueux et des flammes qui s’élèvent plus haut que tout, la terre et les pierres (de sa maison) sont entièrement brülées ; en l’espace d’un insstant, la destruction est totale. Comme il n’a fait aucun sauvetage dans sa demeure, ses richesses sont anéanties; souffrant de la faim et glacé de froid, il est malheureux et accablé de peines jusqu’à la fin de sa vie. Tel aussi est l’homme avare; il ignore que son corps et sa vie ne sont pas éternels, et que, dans l’espace d’un instant, il devient impossible de les conserver; au lieu de (se préoccuper de cela), il amasse (des richesses) et les garde avec un soin jaloux; mais la mort survient inopinément et soudain il meurt ; sa forme matérielle devient semblable à la terre et au bois; ses richesses l’abandonnent toutes; il est comme le sot qui est malheureux et accablé de peines pour avoir manqué de prévoyance. L'homme d’une intelligence claire est, lui, capable de comprendre; il sait que le corps est comme une illusion, que les richesses ne peuvent être conservées, que toutes choses sont impermanentes et que seul les actes producteurs de bonheur offrent un appui stable; il travaille donc à retirer les hommes de peine et il parvient à obtenir la sagesse.

(Trip., XIK, 7, b.3 V9)

Le Bodhisattva, dans sa libéralité, n’épargnait par sa propre vie. C’est ainsi qu'autrefois, étant roi des Che-p't

(Gibis), il fit don de son corps à une colombe. Çakra, maître des devas, était venu exprès pour le mettre à l'épreuve, afin de savoir s’il avait réellement le caractère d'un Bodhisattva; Cakra dit au deva P'i-cheou-kie-mo (Vicvakarman): « Transformez-vous en colombe; je deviendrai un épervier qui vous poursuivra; vous alors, feignant la terreur vous entrerez sous l’aisselle du roi. » Aussitôt Viçvakarman transforma son corps en celui d’une colombe tandis que Cakra se changeait en épervier qui poursuivait à tire-d’aile la colombe; celle-ci entra directement sous l’aiselle du roi, tout son corps palpitant de frayeur; l'épervier se percha alors sur un arbre et dit au roi: « Rendez-moi ma colombe; elle est mon repas; elle ne vous appartient pas ». Le roi répondit: « J'ai précisément annoncé mon intention de sauver tous les êtres vivants et de faire en sorte qu’ils soient délivrés de peine. » « L’épervier répliqua : « O roi, si vous voulez sauver tous les êtres vivants, je suis au nombre de ces êtres; comment serai-je seul à ne pas être pris en pitié et me verrai-je enlever ma nourriture ? » Le roi dit?: [| « Quelle nourriture vous faut-il ? » L’épervier répondit: « J'ai fait le serment de me nourrir de chair fraîchement tuée et de sang. » Le Bodhisattva reprit] : « J’ai fait le serment que tous les êtres vivants qui viendraient se réfugier auprès de

(1) Voyez, plus haut, le n° 2, t. I, p. 7-11. (2) Les phrases que je mets entre crochets paraissent être une interpo lation, car on les trouve répétées un peu plus bas.

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moi, je les secourrais et les protégerais de tout mon cœur et je les empécherais de tomber dans le péril; maintenant quelle est la nourriture qui vous est nécessaire ? je vous la donnerai. » L’épervier dit: « Ce dont je me nourris, c'est de chair fraîchement tuée et de sang. »

Le roi songea alors : « Cette (nourriture) est difficile à trouver, car, puisque je ne tue aucun être vivant, je n'ai aucun moyen de me la procurer. Pourquoi tuerais-je l’un pour faire un don à l’autre ? » Après avoir médité, il prit une décision et appela un homme pour qu'il lui apportât un couteau, il se coupa lui-même la chair d’une de ses cuisses pour la donner à l’épervier; celui-ci dit au roi : « En me donnant de la chair, il faut suivant la justice, que les deux poids de chair, celui de votre chair et celui de la colombe, soient égaux, pour que je ne sois pas trompé. »

Le roi fit apporter une balance et mit sa chair en contrepoids de la colombe; mais Le corps de la colombe devenait de plus en plus lourd, tandis que la chair du roi devenait de plus en plus légère ; le roi ordonna qu’on lui coupât la chair de ses deux cuisses; mais, quand elle eut été entièrement enlevée, elle était encore trop légère et ne suffisait pas; on lui tailla sucessivement les deux fesses, les deux seins, la poitrine et Le dos, et quand toute la chair de son corps eut été enlevée, le corps de la colombe était encore plus lourd. Alors le roi présenta son corps entier pour l'offrir et il se trouva peser autant que la colombe.

L’épervier dit au roi: « O grand roi, cette affaire est difficile à arranger ; à quoi bon agir ainsi? Rendez-moi la colombe. » Le roi répliqua : « La colombe est venue se réfugier auprès de moi; je ne vous la donnerai jamais. En diverses occasions, j'ai causé la mort d'êtres nombreux, car autrefois je ne tenais pas compte de la Loi pour les épargner. Mais maintenant je veux invoquer le Buddha. » Alors il se cramponna sur la balance ; son cœur était résolu et ne regrettait rien Toutes les divinités, devas ou nâgas,

et tous les hommes le louèrent unanimement en disant : « Pour une petite colombe endurer de si terribles tourments, c'est là un fait comme il s’en passe rarement. »

A cause de cela il y eut un grand tremblement de terre. Viçvakarman loua (le roi), disant : « O mahâsattva, votre vertu est réelle et non vaine. Voici que se produit un champ producteur de bonheur pour tous les êtres vivants. » Cakra et Viçvakarman reprirent alors leurs corps de devas et ordonnèrent que le corps du roi redevint comme auparavant.

C'est en cherchant la sagesse de cette manière qu'on réussit à devenir Buddha.

(Pribe RTS 7 pi 0 r a

Autrefois, un homme qui avait été chargé d'aller au loin pour quelque affaire se trouvait passer seul la nuit dans une habitation déserte. Au milieu de la nuit, un démon qui portait sur ses épaules un homme mort, vint le déposer devant lui ; puis un autre démon accourut à la poursuite du premier démon et lui fit des reproches avec colère, disant: « Cet homme mort m'appartient; comment serait-ce vous qui l'avez apporté ici ? » Ces deux démons, empoignant chacun le cadavre par une main, se le disputérent. Le premier démon dit: « Il y a ici un homme à qui on peut demander lequel de nous a apporté ce cadavre. » L'homme se fit la réflexion suivante : « Ces deux démons sont très forts; que je dise la vérité ou que je

(1) Ce récit se retrouve dans le Ta Îche tou louen (Trip., XX, 1, p. 79 vo 80 r°).

mente, ma mort est certaine et, dans l’un et l’autre cas, je ne saurais l’éviter. À quoi bon mentir ? » Il déclara donc que c'était le premier démon qui avait apporté (le cadavre).

Aussitôt le second démon de lui saisir la main qu'il arracha et jeta à terre; mais le premier démon pritun bras du cadavre, le lui appliqua et le fit tenir de cette manière. De même, ses deux pieds, sa tête et ses côtés lui furent tous arrachés, mais furent remis comme auparavant grâce au corps du mort; puis les deux démons dévorèrent ensemble le corps de l’homme qu’ils avaient substitué (à celui du cadavre), et, après s'être essuyé la bouche, ils s'en “allèrent.

L'homme fit alors cette réflexion : « Le corps qu'ont fait naître mon père et ma mère, j'ai vu de mes yeux ces deux démons le dévorer entièrement; maintenant mon corps présent est tout entier constitué par la chair du corps d’un autre. Ai-je maintenant bien sûrement un corps ou dois-je penser que je n’ai plus de corps ? Si je dis que j'en ai un, il se trouve que c’est entièrement le corps d'un autre; si je dis que je n’en ai pas, voici cependant un corps qui est bien visible. » Quand il eut ainsi réfléchi, il ressentit un grand trouble d'esprit et fut comme un homme qui a perdu la raison.

Le lendemain matin il se remit en route et partit; étant arrivé au royaume dont il a été question plus haut (1), il vit auprès d'un stûpa bouddhique une assemblée de religieux auxquels il ne sut demander autre chose sinon de lui dire si son corps existait ou non. Ces bhiksus lui demandèrent : « Quel homme étes-vous ? » Il répondit : «Je ne sais même pas si je suis un homme ou si je ne suis pas un homme. » Il raconta alors à cette assemblée de religieux tout ce qui s'était passé comme nous l'avons exposé précédemment. Les bhiksus dirent : « Cet homme

(1) Le royaume où on l'avait chargé d'aller pour quelque affaire.

connait par lui-même la non-existence du moi; facile-

ment il obtiendra d’être sauvé. »

S'adressant à lui, ils lui dirent : « Votre corps, depuis l'origine jusqu'à aujourd'hui, est constamment provenu

de la non-existence du moi et ce n’est pas seulement en

arrivant à maintenant (qu’il en est ainsi); c’est simplement parce que les quatre éléments étaient combinés ensemble que vous pensiez : c'est mon corps. » Aussitôt il fut converti à la religion; il rompit avec toutes les causes de trouble et obtint la sagesse d’Arhat. Ceci prouve que lorsqu'un homme a pu méditer sur la non-existence du moi et sur le vide, il n’est pas éloigné d'obtenir la sagesse. |

CPP XLR ET RO EN)

Il n’est rien que n'obtienne l’homme qui observe les défenses, mais l’homme qui viole les défenses perd absolument tout. Voici un apologue qui le prouve : Il y avait un homme qui faisait constamment des offrandes à un deva; il était fort pauvre et allait de tous côtés pour mendier; quand il eut fait des offrandes pendant douze années, il demanda avec insistance la richesse et la puissance; comme le cœur de cethomme était bien résolu, le deva eut compassion de lui, et, prenant un corps visible, il vint lui demander : « Que désirez-vous ? » « Je désire, (répondit-il,) la richesse et la puissance; je voudrais obtenir absolument tout ce dont mon cœur peut avoir envie. » Le deva lui donna une jarre appelée jarre magique (bhadroghata) et lui dit : « Tout ce que vous désirerez sortira de cette Jarre. » Cet homme put donc au gré de sa fantaisie obtenir sans faute tout ce qu’il désirait; quand il eut

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obtenu la réalisation de ses désirs, il fit apparaître une bonne habitation, des éléphants, des chevaux et des chars;

. Les sept substances précieuses lui furent fournies en aussi

grande quantité qu’il en voulait; il entretenait des hôtes sans que jamais rien lui manquât.

Ses invités lui demandèrent : « Vous étiez pauvre autrefois; comment se fait-il qu'aujourd'hui vous ayez obtenu de telles richesses ? » Il répondit : « J’ai obtenu une jarre céleste ; de l’intérieur de cette jarre céleste sortent ces objets de toutes sortes et voilà pourquoi je suis riche à ce point. » Ses invités reprirent : « Apportez la jarre pour nous montrer comment elle produit des objets. » Il leur apporta donc la jarre et en fit sortir des objets de toutes sortes; dans un transport de fierté, cet homme saisit la

. jarre et se leva pour danser; mais, comme ilne la tenait

pas fermement, elle lui échappa des mains et se brisa; au même instant les objets de toutes sortes (qui en étaient sortis) s'évanouirent.

Pour l’hoinme qui observe les défenses, il n’est aucune sorte de joie excellente qu’il n’obtienne s’il la désire ; mais quand l’homme qui viole les défenses s’abandonne à l’orgueil et se livre à ses passions, il est semblable à celui qui brisa sa jarre et perdit ses richesses. Ainsi donc, celui qui désire les félicités des devas et la joie du Nirvâna doit observer fermement les défenses et ne point les violer quand il les a acceptées ; s’il viole les défenses après les avoir acceptées, il tombera pour léternité dans les trois voies (mauvaises) où il endurera des tourments, et il n’y aura plus aucun terme pour qu'il en sorte de nouveau. L'homme qui désire être récompensé doit constamment exercer son cœur au bien et ne jamais s’interrompre; quand sa vie sera terminée, il pourra écarter de lui tous les maux et recevoir la récompense du fruit excellent. Voici quelle est la raison (pour laquelle il lui faut s'exercer constamment au bien): s’il n’a

pas antérieurement exercé son cœur au bien, à supposer qu'il veuille rendre son cœur excellent au moment où il mourra, il n'y parviendra point. C’est ce que fait comprendre l’apologue suivant.

(Trips ATK h 007)

Un roi de la région de l'Ouest n'avait jamais eu de chevaux qui coûtassent au trésor public; (un jour), il chercha au loin dans toutes les directions (des chevaux) et en acheta cinq cents qui le protégeaient contre les ennemis du dehors, et qui lui suffisaient à assurer la tranquillité du royaume. |

Après qu'il eut nourri pendant longtemps ces chevaux sans qu'il y eût eu aucun trouble dans le pays, le roi se fit cette réflexion : « Les dépenses que nécessite l’entretien de ces cinq chevaux ne sont pas minces; leur donner à manger cause beaucoup de peine et ils ne sont d’aucune utilité au royaume. » Il ordonna alors à l’intendant de leur bander les yeux et de leur faire tourner la meule afin qu’ils gagnassent leur propre nourriture et ne coùtassent plus au trésor public.

Quand Îles chevaux eurent tourné la meule pendant longtemps, ils s’accoutumèrent à se mouvoir en rond; soudain un royaume étranger prit les armes et envahit le territoire. Le roi donna aussitôt des ordres pour qu'on couvrit les chevaux d’un harnachement complet et pour que de braves généraux montassent sur leur dos, comme c'est la règle quand on combat. Mais, quand on fouetta les chevaux pour aller sur les rangs afin de foncer droit en avant, les chevaux, dès qu’ils sentirent le fouet, ne

firent plus que se mouvoir en rond sans avoir aucune envie de marcher à l'ennemi. Ce que voyant, les envahisseurs du pays voisin reconnurent qu'ils n'étaient bons à rien; aussitôt donc ils se portèrent en avant et écrasèrent complètement l’armée du roi.

Par là on comprend ce qui concerne l’homme qui désire rechercher la récompense du fruit excellent. Si, au moment où il est près de mourir, le cheval de son cœur n’est pas désordonné, il obtiendra tout ce qui est conforme à ses désirs ; mais antérieurement il ne saurait se dispenser de dompter et de dresser au préalable le cheval de son cœur ; s’il ne l’a pas dompté et dressé au préalable, quand l'ennemi qui est la mort survient brusquement, le cheval de son cœur se met à tourner en rond, et en définitive il n'obtient pas la réalisation de ses désirs, tout comme les chevaux du roi furent incapables de vaincre les ennemis et de protéger le royaume. C’est pourquoi l’homme vertueux qui rend son cœur excellent ne saurait se dispenser de veiller continuellement sur son cœur.

Nr 20

CPPIDS RER pe)

Quand un homme pauvre retranche et supprime (ce qui est nécessaire à) son corps et à sa bouche et qu'il le prend pour l'employer en libéralités, le bonheur qu'il s'assure ainsi est illimité. C’est ce que montre l’anecdote suivante :

Autrefois un roi avait tenu une assemblée pour faire des offrandes de toute sortes au Buddha et aux religieux : il y avait alors une pauvre vieille qui ne possédait absolument rien et qui comptait toujours sur la mendicité pour

soutenir sa vie. Apprenant que le roi avait invité le Buddha …

et avait organisé une assemblée, son cœur conçut de la joie et elle éprouva le désir de donner sa contribution. Mais, comme elle n'avait rien, sinon tout juste quelques pois, lorsqu'elle voulut contribuer (à la cérémonie), les portiers ne la laissèrent pas entrer. Cependant le Buddha avait aperçu son excellent sentiment; par sa force surnaturelle, il fit que ces quelques pois tombassent partout dans les plats où mangeaient les religieux; en voyant ces pois, le roi s'irrita contre les cuisiniers officiels, disant : « Comment a-t-on fait en sorte qu’il y ait ces pois dans la nourriture ? » Le Buddha dit au roi : » Ce ne sont pas les cuisiniers officiels qui sont en faute; (les pois) sont l'offrande d'une pauvre vieille qui est au dehors; apprenant, Ô roi, que vous aviez organisé une réunion et n'ayant aucun moyen d’y contribuer, ellea pris ces quelques pois pour contribuer à votre œuvre; voilà pourquoi dans les aliments il y a ces pois. »

Le Buddha dit encore : « O grand roi, bien que le don de cette vieille soit de peu de valeur, elle a obtenu un bonheur bien supérieur à celui que vous vous êtes assuré. Le roi reprit : « Comment se peut-il faire que, après avoir offert en quantité des mets exquis de toutes sortes, je n'obtienne que peu de bonheur, tandis que cette vieille, par le don de peu de chose, obtient au contraire beaucoup de bonheur? » Le Buddha répondit au roi : « Bien que les offrandes de votre Majesté soient de toutes sortes, elles proviennent entièrement du peuple et ne vous causent aucun préjudice; mais cette vieille était fort pauvre et n'avait tout juste que ces quelques pois; elle Les a pris entièrement pour en faire sa contribution, et c'est pourquoi elle a obtenu beaucoup de bonheur, tandis que vous, à roi, vous en avez obtenu peu. » Le Buddha en faveur du roi expliqua la Loi de toutes sortes de facons; le roi et la vieille obtinrent tous deux les principes de la sagesse.

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As. Nr ARTS

Ainsi, pour accomplir (les actes qui assurent) le bonheur et pour semer (des semences de) vertu, l’essentiel réside dans la perfection des intentions; quand on a compris et expliqué cet aspect de la Loi, comment serait-on inquiet

de ne pas obtenir le fruit ?

CRD Tps)

Il y avait autrefois un brahmane qui était fort pauvre et qui pour tout bien n'avait qu'une vache. En la trayant, il obtenait chaque jour un boisseau de lait grâce auquel il subvenait à ses besoins. Il entendit dire que celui qui, le quinzième jour du mois, donnait à manger à toute une assemblée de çramanas, accomplissait ainsi un acte vertueux producteur d’un grand bonheur; alors il cessa de traire sa vache; en s’en abstenant pendant un mois pour prendre en une fois tout le lait, il espérait en obtenir trente boisseaux aux moyens desquels il pourrait faire une offrande à une assemblée de çramanas.

Quand donc le mois fut fini, il invita un grand nombre de religieux qui vinrent dans sa demeure et prirent tous place; alors Le brahmane alla traire sa vache mais il n'obtint que tout juste un boisseau de lait; quoiqu'il n'eût pas trait sa vache pendant longtemps, la quantité de lait n’avait pas augmenté. Tout le monde le railla en lui disant : « Hé, imbécile, espériez-vous en ne trayant pas votre vache chaque jour pendant un mois, obtenir une plus grande quantité de lait? »

Les gens de ce ronde agissent eux aussi de même ; lorsqu'ils ont des richesses, ils ne savent pas faire des libéralités proportionnées à la quantité qu'ils en possèdent;

ils les accumulent pendant longtemps, pensant se montrer charitables quand ils auront attendu d’en avoir beaucoup. Mais l'impermanence, l'eau et le feu atteignent leurs corps et leurs vies mêmes et font qu’en un instant il devient difficile de les protéger ; s'ils rencontrent quelques malheurs, en un matin tout est perdu et vainement auraient-ils rien gardé. Les richesses mettent en danger la personne humaine et sont comparables à un serpent venimeux; on ne doit pas s'y attacher avec avidité. Voici à ce propos une anecdote :

CPrips XIK, 7,-pr9-v0-10-r°.)

Autretois le Budda se promenait dans le royaume du roi Po-sseu-nt (Prasenajit) lorsqu'il aperçut dans la terre un trésor caché qui était plein d'objets précieux. Le Buddha dit à Ânanda : « Voyez-vous ce serpent venimeux ? » Il répondit : «Je l’ai vu. » Or un homme se trouvait suivre le Buddha par derrière ; il entendit ces propos et alla regarder ce qui en était; il découvrit là de beaux joyaux et jugea mauvaise la parole du Buddha, pensant qu'elle était vaine et artificieuse, car, puisque c'étaient là véritablement des objets précieux, pourquoi avait-il il dit que c'était un serpent venimeux? Aussitôt cet homme emmena secrètement avec lui tous les gens de sa famille, grands et petits, pour emporter ces objets précieux; il devint fort riche.

Quelqu'un vint dire au roi : « Cet homme a trouvé par hasard un trésor précieux et ne l’a pas remis aux fonctionnaires. » Le roi le fit alors prisonnier et le chargea de liens; il lui réclama ces objets précieux qui lui furent

aussitôt livrés en totalité ; mais le roi, qui se refusait à le

croire de bonne foi, se mit à le soumettre encore à toutes sortes de tortures; ses douleurs étaient extrêmes, mais il n'avouait plus rien; le roi, très irrité, résolut de le faire périr avec tous les siens aux sept degrés de parenté ; on l’emmena donc hors (de la prison pour le tuer); cependant le roi avait envoyé des gens pour épier ce qu'il dirait ; or il s’écria : La parole du Buddha était d’une absolue vérité; c'était bien un serpent venimeux, mais je ne l’ai pas cru ; maintenant je sais comment il faut expliquer la raison pour laquelle c'était un serpent venimeux. Mais si c'était un serpent venimeux qui m'avait tué, il n'aurait atteint que ma seule personne, tandis que maintenant ce sont tous les miens aux sept degrés de parenté qui sont aussi atteints. En réalité, c’est bien ce qu'avait dit (le Buddha). »

Les envoyés vinrent rapporter tout cela au roi; en entendant ces mots, le roi ordonna qu’on ramenât cet homme et lui dit : « Le Buddha est un homme de grand mérite et vous avez pu vous souvenir d’une parole qu'il avait autrefois dite. » Très satisfait, le roi lui rendit ses objets précieux et le laissa partir en liberté; c'est parce quil avait songé à une parole du Buddha qu'il put échapper au danger de périr; ainsi donc, on ne saurait se dispenser de songer de toute sa volonté et de tout son cœur aux paroles du Buddha.

CPrp SKI 7 D A0

L'homme qui observe les défenses aime mieux perdre sa vie que de contrevenir aux instructions du Buddha. En voici un exemple :

Il, 6

Autrefois des marchands étaient montés sur un bateau et étaient allés en mer; or deux religieux, qui voulaient se rendre dans un pays étranger, s'étaient embarqués avec eux. Quand ils furent arrivés en pleine mer, survint un ouragan dont le souffle brisa le bateau; tous les marchands prirent ce qui pouvait leur servir d'appui afin de se sauver; en ce moment, le religieux de rang inférieur réussit à se procurer une planche; son supérieur lui dit : « C'est une règle formulée par le Buddha qu'il faut honorer ses supérieurs. Apportez-moi cette planche ; ne craindriez-vous pas de violer les défenses ? »

Quand le religieux de rang inférieur eut entendu ces paroles, il fit la réflexion suivante : « Qu'est-ce qui est le plus important : c'est l'observation des défenses qui est la chose la plus importante. Je préfère conserver avec soin les instructions du Buddha et mourir. » Ayant ainsi réfléchi, il offrit la planche à son supérieur et s’engloutit dans les eaux de la mer.

Mais un deva de la mer, voyant ce religieux observer si bien les défenses et ne pas contrevenir aux instructions du Buddha, le prit et l'amena sur le rivage, et, parce que ce religieux avait observé les défenses avec une absolue sincérité, tous les marchands qui étaient sur le bateau purent échapper à la mort. Le deva de la mer loua le religieux en disant : « Vous êtes véritablement un observateur des défenses. Vous en avez donné cette preuve que vous avez préféré observer les défenses et mourir plutôt que de vivre sans avoir violé les défenses. »

Ainsi, la puissance efficace des défenses mérite qu’on s'y lie; elle est capable de sauver les êtres vivants des tourments de la mort.

(Trip: XIXS 7,p: 10 #9)

Tous les êtres vivants, s’attachant avec avidité aux joies de ce monde, ne réfléchissent pas à l’impermanence et ne considèrent pas comme terribles les plus grands maux. Voici un apologue qui le montre :

Autrefois un homme avait été condamné à mort pour quelque affaire; comme il était attaché dans sa prison, il craignit de mourir et parvint à s'enfuir, d’après les lois du royaume, quand un condamné à mort s’évadait, on lâchait un éléphant furieux pour qu'il le tuât en le foulant aux pieds; on lâcha donc un éléphant furieux à la poursuite de ce criminel; celui-ci, voyant que l'éléphant allait l’atteindre, courut s’introduire dans un puits très profond; en bas était un grand dragon venimeux qui tournait vers le haut sa gueule grande ouverte; en outre, quatre ‘serpents venimeux étaient aux quatre côtés du puits; il y avait une racine à laquelle le condamné, saisi de terreur, s'était cramponné de toutes ses forces; maïs deux rats blancs la rongeaient.

Or, au-dessus du puits, se trouvait un grand arbre où il y avait du miel; en l’espace d’un jour, une seule goutte de miel tombait dans la bouche de cet homme. Quand cet homme eut obtenu cette unique goutte, il ne songea qu'à ce miel sans plus se préoccuper des maux de toutes sortes (qui l’environnaient) et même il ne désira plus sortir de ce puits.

C'est pourquoi un saint homme a pris son histoire pour en faire un apologue : la prison, c’est les trois mondes où sont emprisonnés tous les êtres vivants; l'éléphant furieux est l’impermanence; le puitsest la demeure de tousles êtres

vivants; le dragon venimeux qui se trouve «u fond représentelesenfers; les quatre dragons venimeuxsont les quatre éléments (dont est composé le corps humain); la racine est la tige de la vie humaine; les rats blancs sont le soleil et la lune qui suffisent à dévorer la vie humaine en sorte que jour après jour elle s’abrège sans aucun répit. Cependant tous les êtres vivants s’attachent avec avidité aux joies de ce monde et ne songent pas aux grands maux. C’est pourquoi l’homme qui pratique la religion doit considérer l’impermanence afin de s'affranchir de la multitude des souffrances.

(TRIDIRIXS, 2 pe 10 r°=v")

Autrefois il y avait un maître de maison qui était avare ; le Buddha, voulant le sauver, commença par lui envoyer Chôü-li-fou (Càriputra) qui lui parla du bonheur qu’assure la libéralité et des actions méritoires de toutes sortes; mais le maitre de maison restait avare et n'avait aucun désir d’être libéral. Voyant que le soleil allait atteindre le milieu de sa course, il dit à Çâriputra : « Pourquoi ne vous en allez-vous pas ? je n’ai rien à vous donner à manger. » Câriputra comprit qu’il ne pourrait le convertir et revint auprès du Buddha.

Le Buddha envoya derechef Mou-lien (Maudgalyâyana) qui, par ses talents surnaturels, se transforma de diverses manières pour lui expliquer la Loi; le notable lui dit encore : « Vous désirez avoir mes richesses et c’est pourquoi vous pratiquez ces artifices trompeurs. » Maudgalyâäyana comprit qu'il ne pourrait le convertir et revint auprès du Buddha.

Alors le Buddha, résolu à vaincre l’avarice de cethomme.

TUHONG KING SIUAN TSA PI YU KING (N° 206) 85

alla en personne dans sa demeure. Le maître de maison voyant le Buddha venir lui-même, lui rendit hommage, le fit entrer et lui donna un siège. Le Buddha eut recours à un artifice pour lui expliquer la Loi de toutes sortes de manières; il demanda au maître de maison : « Êtes-vous capable d'accomplir les cinq grandes libéralités ? » Le maître de maison répondit : « Même une petite libéralité, je serais incapable de l’accomplir; combien moins encore une grande libéralité! » Il ajouta : « Qu'est-ce que les cinq grandes libéralités ? » Le Buddha lui dit : « Des cinq grandes libéralités, la première est de de ne pas tuer d'êtres vivants. Pouvez-vous faire cela ? » Le maître de maison pensa que, s’il ne tuait pas d'êtres vivants, il ne dépenserait pas ses richesses et que d’ailleurs cela ne lui causerait aucun mal ; il répondit donc au Buddha qu'il le pouvait faire. (Le Buddha continua) à lui expliquer successivement (les cinq défenses) et arriva jusqu’à celle qui interdit de boire du vin; l’autre répondit qu'il pouvait faire tout cela. Alors le Buddha expliqua de toutes sortes de facons la Loi au maître de maison et lui exposa le sens des cinq défenses (en lui disant) : « Si vous pouvez observer les cinq défenses, vous aurez entièrement accompli les cinq grandes libéralités. »

Le maître de maison fut très joyeux et voulut faire don au Buddha d’une pièce de mauvaise étoffe; il entra dans ses magasins pour la chercher; mais il n’y avait aucune pièce qui ne fût bonne; il prit donc une de ces pièces et l'offrit en don au Buddha; mais toutes les autres pièces d’étoffe qui étaient dans ses magasins arrivèrent les unes à la suite des autres se présenter devant le Buddha. Le Buddha, sachant que les sentiments de libéralité n'étaient pas encore formés chez le notable, lui dit: « Lorsque ÇGakra, maître des devas, combattait contre Les Asuras, son cœur n'était pas affermi et c’est pourquoi, par trois fois, il n’eut pas l’avantage; mais ensuite, parce qu'il avait un cœur ferme, il fit

essuyer une grande défaite aux Asuras. » En attendant ces mots le maître de maison comprit que le Buddbha, dans sa grande sainteté, connaissait à fond les sentiments des hommes; son cœur croyant devint pur; le Buddha lui expliqua la Loi et il obtint la sagesse de Srotäpanna.

Le lendemain, Mâra, qui connaissait son cœur, prit l'apparence du Buddha et voulut venir pour le perdre; il arriva à sa demeure; le maître de maison qui n'avait. pas encore obtenu d'autre sagesse (que celle de Srotäpanna), ne sut pas qu'il était Mâra et vint tout joyeux à sa rencontre; il lui souhaita la bienvenue et le fit entrer et s'asseoir. Mâra, sous la forme du Buddha, dit au maître de maison : « Tout ce que je vous ai dit hier n’est point parole du Buddha; abandonnez cela promptement. » En entendant ces mots, le maître de maison en fut fort surpris (et lui dit); « Quoique vous ayez l'extérieur du Buddbha, vos paroles ne sont point les siennes. Vous êtes comme l'âne revêtu de la peau du lion (1); bien qu'il ressemblât extérieurement à un lion, son cœur était celui d’un âne. »

Le maître de maison n’ajouta pas foi à Mâra qui, voyant que son cœur était droit, reprit son vrai corps et lui dit : «Je suis venu exprès pour vous mettre à l'épreuve, mais votre cœur n’a pu être changé. » C'est pourquoi les livres saints disent : L'homme qui a vu les vérités ne croit plus les paroles (qu’on attribue faussement au Buddha),et moins encore les autres doctrines, car il a observé profondément ce qui est raisonnable. Ainsi les disciples du Buddha doivent comprendre la profonde raison et alors ils pourront discerner dans tous les cas les paroles du Buddha et les paroles de Mâra. C'est pourquoi la saine doctrine ne peut pas ne pas être étudiée; la libéralité ne peut pas ne pas ètre pratiquée.

1) Cet apologue a été traduit par Julien (Les Avadäânas, t. 1, p. 59).

se

(FripsXEX,:7.p: T0")

Celui qui pratique la religion et recherche la sagesse ne saurait s’attacher avec passion à la beauté féminine; s’il s’abandonne à sa passion, il brise en lui le principe des actes méritoires de l’homme. En voici un exemple :

Autrefois, il y avait un arhat qui se rendait constamment dans le palais d’un nâga pour y manger: il expliquait la Loi au nâga, et, quand il avait fini de manger, il sortait du palais du nâga; (un jour, il prit son bol et le remit à un crâmanera en lui ordonnant d’en laver l’intérieur; quelques grains de riz y étaient restés; le crämanera les mangea et leur trouva beaucoup de parfum et un goût exquis. Il eut recours à un artifice et entra sous le lit de sangles de son maïître; des deux mains, il se cramponna au pied du lit de sangles, et, le moment venu, il pénétra avec le lit de sangles dans le palais du nâga. Le nâga dit (au maître) : « Cet homme n'a point encore obtenu la sagesse ; pourquoi l’'avez-vous amené avec vous ? » Le maître répondit : « Je ne m'étais point apercu (qu'il venait avec moi) et je ne le savais pas. » |

Le crâmanera reçut de la nourriture ét en mangea; en outre, il vit une nâgi dont le corps était d’une beauté parfaite et avait un parfum et une grâce que rien ne saurait égaler; son cœur s’attacha passionnément à elle et il prononça ce vœu : « Puissé-je dépouiller ce nâga et demeurer dans ce palais. » Lenâgadit (au maître): « À lavenir,ne me ramenez plus ce çrämanera. » Quand le çrâmanera fut de retour, il s’appliqua de tout son cœur à pratiquer les libe-

(1) Voyez plus haut le n° 94.

88 TCHONG KING SIUAN TSA PI YU KING (N°5 207-155 bis)

ralités et à observer les défenses, en priant seulement que, suivant son vœu, il prit promptement un corps de nâga. Or, un jour qu'il tournait autour (pradaksina) du temple, de l’eau apparut sous ses pieds; il comprit done qu'il avait certainement obtenu de devenir un nâga; il se rendit alors directement sur la rive d’un grand lac, à l'endroit où auparavant son maître était entré pour aller chez le nâga; il se couvrit la tête de son kâsaya et entra dans l’eau; il mourut aussitôt et devint ensuite un grand nâga; parce que sa vertu lui avait assuré un grand | bonheur, il tua l’autre roi (nâga) et tout le lac fut rouge (de sang).

Un peu avant que cela se passât, son maître et toute la foule des religieux lui avaient tous adressé de violents reproches; mais le çrâmanera leur avait dit : « Ma résolution est arrêtée et les diverses marques (que je vais avoir un corps de nâga) ont déjà fait leur apparition. » Il avait emmené toute la foule des religieux auprès du lac pour le voir (s'y jeter).

Voilà donc quelle est la raison pour laquelle il ne faut pas s'attacher passionnément aux parfums exquis et à la beauté féminine, car alors on détruit en soi la tige d’excellence et on est précipité dans les voies mauvaises.

N° 455 bis (1).

Cri RES 7 D. 10-1162)

(1) Voyez plus haut t. I, p. 425-428.

OEPBA RER ET pe Ar)

Il y avait autrefois un gardien de bœufs qui aperçut, au milieu d’un grand marais, des fleurs couleur d’or éclatantes et fort belles; il conçut aussitôt cette pensée « Le Buddha n’est pas loin d'ici; je vais les prendre pour lui en faire offrande. » Il cueillit donc plusieurs dizaines de boisseaux de ces fleurs et s’en alla pesamment chargé: mais, avant qu'il fut arrivé, il fut frappé à coup de cornes par un bœuf et mourut. Comme son cœur était plein de la pensée du Buddha, il naquit alors en haut comme le second des devas Trayastrimças; les palais qu'il reçut étaient vastes et magnifiques ; des quatre côtés en dehors du palais, le sol produisait des fleurs couleur d’or dont la clarté avait un éclat qui se répandait au loin.

C’est une règle pour les devas que, au moment où ils naissent en haut parmi les devas, ils commencent par apercevoir leurs existences passées et ensuite jouissent des félicités célestes. Donc, cet homme devenu deva, aperçut ses existences passées; il se vit cueillant des fleurs et tué par le bœuf; plein de joie il s’écria : « Ah, qu'illimité est le bonheur que donne le Buddha! avant même que j’eusse réussi à lui présenter mon offrande, la récompense (que jai reçue,) est déjà énorme; combien plus grande encore sera-t-elle pour celui qui pratiquerait constamment la vertu! » Alors il se remit à cueillir les fleurs qui étaient aux environs de son palais et prit en même temps tout ce qu'il fallait pour d’autres offrandes variées, afin de se conformer au désir qu'il avait eu primitivement.

Les devas, le voyant cueillir des fleurs, vinrent tous lui demander : « Vous arrivez ici précisément pour y recevoir des félicités ; il faut que vous vous réjouissiez en sa-

tisfaisant vos cinq sortes de désirs; à quoi bon cueillir.

des fleurs ?» Le deva leur répondit : « Au temps où j'étais un homme, j'ai voulu me rendre auprès du Buddha pour lui faire une offrande de fleurs, mais je n’ai pu accomplir mon vœu jusqu'au bout; cependant j'ai déjà obtenu de venir naître ici; combien plus aurai-je encore obtenu si j'avais pu réaliser (mon vœu)! si maintenant je cueille des fleurs, c’est dans le désir d'accomplir mon vœu primitif et d'augmenter mon bonheur à venir. »

Alors tous les devas concurent des sentiments excellents; il y eut quatre-vingt quatre mille devas qui descendirent tous ensemble pour exécuter des musiques divines et faire des offrandes de toutes sortes avec des fleurs divines et des parfums divins. Dans tous les stüpas et les temples, ils n'étaient point parvenus à voir le Buddha; mais un bhiksu, qui était sthavira et qui avait obtenu la sagesse, leur expliqua la Loi; tous ces devas, en entendant la Loi, furent très joyeux et redoublèrent leurs actions méritoires; alors ils virent le Buddha; faisant résonner les tambours, jouant des instruments à cordes, chantant et répandant à foison des fleurs admirables, ils firent toutes sortes d’offrandes au Buddha et à la foule des religieux. Le Buddha leur expliqua la Loi pure et merveilleuse; alors cet homme {qui était devenu deva) et les quatre vingt quatre mille devas obtinrent tous le calme du regard de la Loi. Ce deva et les quatre-vingt (quatre) autres mille devas avaient tous été dans les jours d'autrefois des amis intimes; maintenant, s'étant mis à l'œuvre ensemble, ils atteignirent simultanément à la sagesse.

(Trip., XIX, 7, p. 11 r°.-v°.)

Autrefois, dans un royaume étranger, il y avait un grand maître de maison qui était fort riche; il n'avait qu'un seul fils qu'il chérissait d’un amour sans égal; plus tard, ce fils devint malade, fut très souffrant, et, comme les soins ne parvinrent pas à le guérir, il fut atteint pat l’impermanence ; près de mourir il songea de tout son cœur au Buddha qui manifesta sa propre forme devant lui; son cœur étant calme et sa pensée affermie, il obtint alors de naître parmi les devas.

Le père et la mère, songeant à leur fils, se désolaient ; ils voulaient se tuer et ne parvenaient pas à se délivrer (de leur chagrin); c'est pourquoi après avoir incinéré {leur fils), ils recueillirent ses os qu'ils placèrent dans une jarre d'argent, et, le quinzième jour de chaque mois, ils présentaient des boissons et des aliments de toutes sortes qu'ils placaient devant (cette jarre); puis ils se lamentaient en élevant la voix et restaient étendus à terre en se tordant (de douleur).

Le deva vit d’en haut ce qu'ils faisaient et il dit : « Si je ne change pas présentement leurs préoccupations, ils ne pourront jamais s’en affranchir. » Il descendit donc et prit la forme d’un petit garçon âgé de huit ou neuf ans qui gardait un bœuf à côté de la route; le bœuf vint à mourir subitement et resta couché à terre; le petit garçon se mit alors à cueillir de l'herbe qu'il placa dans la bouche du bœuf mort, et, levant son bâton, il en frappait le bœuf en lui criant de se lever pour manger. Le père, la mère et d’autres, grands et petits, voyant ce que faisait l'enfant, se moquèrent tous ensemble de lui et,

s'avançant, lui demandèrent : « De qui êtes-vous le fils 2 Comment êtes-vous assez fou pour amasser de l’herbe et” la placer dans la bouche d'un bœuf qui est déjà mort ?. k Comment la mangerait-il jamais ? » Me.

L'enfant répliqua en riant : « Quoique mon bœuf soit mort, sa tête et sa bouche sont encore là; s’il ne mange 4 pas l'herbe que je lui apporte, à combien plus forte raison votre fils (ne jouira-t-il pas de vos offrandes), lui qui est mort depuis déjà longtemps. En outre, vous l’avez brûlé par le feu; il ne reste plus de lui sur la terre que quelques os calcinés; cependant vous placez devant lui des aliments de toutes saveurs et vous redoublez vos pleurs et vos des comment pourrait-il manger ? »

L'intelligence du père s'ouvrit alors et il demanda à l'enfant : « Qui êtes-vous ? » L'enfant répondit : « J'étais le fils du maître de maison; mais, maintenant, grâce au bienfait du Buddha, j'ai obtenu de naître en haut parmi les devas; j'ai vu mon père et ma mère s’abandonner à une trop grande affliction et c’est pourquoi je suis venu transformer (leurs idées). » Le père, ayant compris, éprouva une grande joie et ne fut plus affligé. Le deva disparut soudain. Quand le père et la mère furent rentrés chez eux ils firent de grandes libéralités, observèrent avec soin les défenses, lurent les livres saints, pratiquèrent la sagesse et obtinrent le fruit de Srotâäpanna.

CARPE IN 7 D AVS

Autrefois, il y a de cela des générations innombrables, il Y avait un stüpa dans lequel résidaient plusieurs milliers de cramanas ; ils avaient envoyé quelques centaines de

mn çrâmaneras parcourir le pays en quêtant pour subvenir

aux besoins de l’assemblée des religieux; chacun d’eux rapportait dix boisseaux de riz en un jour et son maître alors lui enseignait en même temps une gâthà.

Un de ces çrâmaneras se trouvait une fois traverser une place de marché tout en psalmodiant des livres saints; or, il y avait un sage qui était à sa boutique; lorsqu'il vit ce cramancra marcher en psalmodiant; il lui rendit hommage et lui demanda: « O religieux, que dites-vous en marchant ? » Il répondit : « Je quête pour subvenir aux besoins des religieux et en même temps je récite une gâthä. » Le sage lui demanda encore : « Si vous n’aviez rien d'autre à faire, combien pourriez-vous réciter de gâthäs ?» Il répondit : « Je pourrais arriver à plus de dix gâthâs. » L'autre lui demanda : « Pendant combien de jours quêtez-vous ? » Il répondit : « Pendant quatre-vingt-dix jours et je dois rapporter neuf cents boisseaux de riz.» Le sage dit alors au religieux qui récitait : « Retournez seulement réciter les livres saints d’un cœur paisible, je me charge de fournir le riz à votre place. »

Le crâmanera fut très content; le sage lui ayant donné neuf cents boisseaux de riz, il revint en informer son maître et eut alors tout le loisir de lire les livres saints ; au bout de trois mois, il avait parcouru quatorze cents gâthâs; il annonça à son maître que, ayant fini de lire les livres saints, il devait aller chez son bienfaiteur (dâänapati) pour que celui-ci mit à l'épreuve (sa science).

Après que son maître l'y eutautorisé, il se renditauprès du sage et lui annonça : « Grâce à votre important bienfait, j'ai pu psalmodier tranquillement les livres saints; maintenant j'ai fini et je viens exprès pour vous les réciter. » Le crâmanera psalmodia les stances d’une manière coulante et rapide et sans aucune hésitation. Le sage, tout joyeux, se prosterna devant lui la tête contre terre et lui rendit hommage en disant : « Puissé-je dans mes existences

futures être intelligent, comprendre tout, apprendre beau 2 coup et ne rien oublier. » Ù

À cause de ce vœu producteur de bonheur, dans toutes ee ses existences futures, il eut une intelligence lucide et "* une forte mémoire; puis, lorsque le Buddha vint dans ce monde, il apparut comme un de ses disciples; son nom était Ânanda; il fut constamment aux côtés de l’Honoré du - 20 monde; son talent à discuter et à comprendre fut unique el il était le premier (de son temps) pour l'étendue de ses connaissances. — Le maître dit : « Celui qui en ce temps be était le sage, c'est maintenant Ânanda. Quand quelqu'un a donné des encouragements à l'étude, s’il forme un souhait bien arrêté, l'œuvre méritoire qu'il a accomplie ne sera. pas vaine ; grâce à la rétribution (assurée à son acte producteur de) bonheur, il obtiendra de la manière qu’on vient de voir la réalisation de son souhait. »

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