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CÉPID XIV, 8 p:-7 rive.)
Exiger zéro.
Autrefois il y avait deux hommes qui marchaient de compagnie sur la route ; ils aperçurent un autre homme qui avait avec lui un char plein de sésame et qui, se trouvant dans un endroit difficile du chemin, ne pouvait plus avancer ; celui qui avait le char leur dit : « Aidez-moi à pousser le char pour le faire sortir de ce passage difficile. » Les deux compagnons lui demandèrent : « Que nous donnerezvous? » Le maître du char leur répondit : « Zéro est ce que je vous donnerai. » Alors ces deux hommes aidèrent à pousser le char, puis, quand on fut arrivé en terrain plat, ils dirent au maître du char : « Venez nous donner zéro. » Il répliqua : « J’ai zéro. » Ils insistèrent en lui disant: « Donnez-nous donc zéro. » L'un de ces deux hommes dit en riant : « Puisqu’il ne veut pas nous le donner, pourquoi nous en chagriner ? » L'autre homme répliqua : « Pour nous donner zéro, il faut nécessairement qu’il possède zéro. » Le premier homme reprit: « L'ex-
pression zéro est une combinaison de deux termes (nonréalité) qui n’est qu'un symbole (prajñapti) (1) ; dans le
monde, tous ceux qui s’attachent à la non-réalité, s’en vont
renaître dans le lieu du non-être. » Le second homme ajouta : « Quand on parle de non-réalité, on désigne ce qui n’a ni caractéristique, ni désirs, ni activité. »
CRD A XIV 6 D 7107702.)
Celui qui écrasa de son pied la bouche du notable (2).
Autrefois un notable fort riche avait autour de lui des gens qui, dans le désir de gagner ses bonnes grâces, lui témoignaient tous le plus grand respect ; lorsque ce notable crachait, quelqu'un des gens qui étaient à ses côtés écrasait et effaçait aussitôt le crachat avec son pied ; un sot, qui ne parvenait pas à faire ce geste le premier, fit cette réflexion : « Quand le notable a craché à terre, tous les hommes écrasent et effacent son crachat ; c’est quand il va cracher qu'il me faut lui écraser son crachat par avance. » Ainsi donc, au moment précis où le notable allait lancer un crachat, ce sot leva aussitôt le pied et écrasa la bouche du notable, lui déchirant les lèvres et lui brisant les dents. Le notable demanda à ce sot pourquoi il lui avait écrasé les lèvres et la bouche ; l’autre répondit: « À peine votre crachat est-il sorti de votre bouche et estil tombé à terre, que les flatteurs qui vous entourent sont déjà parvenus à l'enlever en l’écrasant ; quand moi j'ai
(1) En d'autres termes, les deux mots JE 1 ne sont qu'une manière de se faire entendre et ne correspondent à aucune réalité. (2) Cf. plus haut, le N° 169, et Julien, les Avadänas, t. II, p. 73-75.
voulu lécraser, je ne l’ai jamais pu faire ; c’est pourquoi lorsque le crachat allait sortir de votre bouche, j'ai levé: le pied pour l’écraser par avance, espérant ainsi gagner vos bonnes grâces... »
'UTRIp RIVES p.102) se
Les deux fils 1e se parlagèrent un héritage (1).
Autrefois, dans le royaume de Mo-lo, il y avait un ksätriya (éch'a-li) qui, se seritant très gravement malade et sachant qu’il allait certainement mourir, fit cetté recommandation à ses deux fils: « Après ma mort, part agez bien mon héritage. » Les deux fils se conformérent à $es instructions, et, après sa mort, divisérent sa fortune. en deux parts. Cependantle frère aîné prétendit que le frère cadet n'avait pas fait le partage d’une manière équitable ; survint alors un vieux paysan qui leur dit : « Je vais vous montrer comment on partage les objets de manière que ce soit équitable ; tous les objets que vous avez présentement, cassez-les en deux moitiés. Qu'est-ce à dire: les casser ? Cela signifie que les vêtements devront être coupés par le milieu pour en faire deux moitiés, que les plats et les bouteilles aussi devront être cassés par le milieu pour en faire deux moitiés ; toutes les cruches et les jarres aussi devront être cassées en deux ; les pièces de monnaie aussi devront être cassées én deux. De la sorte vous briserez en deux morceaux tousles objets que vous possédez.» Ils brisèrent ainsi tout ce qu'ils avaient et devinrent un sujet de risée pour le public.
(1) Cf Julien, les Avadänas, t, 1, p. 81-82.
(Frip. sc XXIV, 8: ps 78 2)
Ceux qui regardaient fabriquer des jarres.
Voici un apologue : Deux hommes s’étaient rendus chez un potier et le regardaient fabriquer des vases de terre en tournant sa roue avec le pied ; ce spectacle ne les lassait pas. Enfin l’un d’eux quitta la place et s’en alla à une grande réunion où il reçut en quantité des mets excellents et où on lui donna des objets précieux ; l’autre continua à regarder faire les vases en disant : « J’attendrai que j'aie fini de regarder.» Il se laissa ainsi entrainer petit à petit jusqu’au coucher du soleil sans cesser de regarder faire
les vases et il perdit de la sorte le bénéfice des vêtements et de la nourriture (qu’on lui aurait donnés).
(Trip, XXIV, 8, p. 75 r°-v°.)
Le reflet de l’or aperçu au fond de l’eau (1).
Autrefois un sot était allé auprès d’un grand étang ; il aperçut au fond de l’eau un reflet qui avait l'apparence d’un morceau d’or pur ; ils’écria que c’était de l’or et entra aussitôt dans l’eau ; il remua la vase pour le chercher et s'épuisa en efforts sans le trouver; il sortit de l'étang et se
(1) Cf. plus haut, le N° 280 et Julien, les Avadänas, t. I, p. 171-173.
rassit ; mais, au bout d’un moment, l’eau étant redevenue claire, il aperçut de nouveau la couleur de l'or; il rentra derechef dans l’eau et se remit à remuer la vase pour faire des recherches ; cette fois encore, il ne trouva rien. Sur ces entrefaites, son père, qui le cherchait, survint et l'aperçut ; il lui demanda ce qu'il avait fait pour être à ce point exténué. Le fils répondit à son père : « Au fond de l’eau il y a un morceau d’or ; je me suis à plusieurs reprises jeté dans l’eau pour remuer la vase et le prendre ;: mais je me suis harassé de fatigue sans le trouver. » Le père regarda le reflet de l’or au fond de l’eau et comprit que cet or se trouvait sur un arbre; il le sut parce que ce reflet apparaissait au fond de l’eau ; il dit: « C’est sans doute quelque oiseau qui, en volant, tenait ce morceau d’or dans son becet l'a déposé sur cet arbre. « Le fils alors, suivant l'avis de son père, monta sur l'arbre et trouva l'or...
(Trip, XXIV, 8, p. 75 v°.)
Le disciple du deva Brahma voulant façonner des êtres.
Les assemblées de brahmanes disent toutes : Brahma, roi des devas, est le père de l’univers ; c’est lui qui a pu faconner tous les êtres. Ce maître formateur de tous les êtres (1), avait un disciple qui dit : « Moi aussi, je puis faconner des êtres de toutes sortes. » En réalité, c’était un sot qui se croyait intelligent ; il dit au deva Brahma: « Je désire faconner des êtres de toutes sortes. » « Gardez-vous d’avoir cette idée, lui répondit le roi des devas Brahma :
(1) C'est-à-dire : Brahma.
vous ne pourriez pas les façonner. » Le disciple se refusa à suivre l'avis du deva et voulut sur-le-champ façonner un être ; quand le deva Brahma vit l'être qu'avait façonné son disciple, il lui dit: « Vous avez fait la tête trop grande, le cou petit à l'excès, les mains trop grandes, les bras démesurément petits, les pieds trop petits, les talons trop grands ; ce que vous avez fait ressemble à un démon p'ichü-chô {piçäta). » va En se servant de cet apologue, il faut qu'on sache que chaque personne est façconnée par ses propres actes antérieurs et que ce n’est pas le deva Brahma qui peut la -façonner ({). | Lorsque les Buddhas prêchent la Loi, ils ne s’attachent pas aux deux extrêmes ; ils ne s’attachent ni au discontinu ni au continu ; c’est de cette manière que le chemin à huit branches enseigne le dharma. Quant aux doctrines hérétiques, elles admettent soit le discontinu soit le continu, et, par suite elles produisent un principe d’attachement ; elles font d'une manière décevante des ombres de dharma; mais ce qu’elles nomment réalité n’est pas le dharma
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Le malade qui mangea de la viande de faisan.
Autrefois un homme était tombé fort gravement malade ; un bon médecin, après avoir fait son diagnostic, lui dit : CIE vous faut manger régulièrement une livre de viande
1) Ceci est une remarque préliminaire destinée à rappeler que la religion bouddhique ne saurait admettre la théorie suivant laquelle les êtres seraient façonnés par Brahma.
de faisan et alors vous pourrez guérir. » Ce malade se procura au marché un faisan, et, quand il l’eut entièrement mangé, il n’en mangea plus aucun autre. Dans la suite, le médecin le revit et lui demanda s’il était guéri ; le malade lui répondit: « Vous m’aviez prescrit de manger régulièrement de la viande de faisan ; c’est pourquoi
maintenant, après avoir fini de manger un faisan, je n'ai
plus osé en manger d’autres. » Le médecin reprit : « Si votre premier faisan était fini, pourquoi n’en avez-vous pas mangé d’autres ? Comment se fait-il qu’en vous bornant à manger un seul faisan vous ayez espéré obtenir la guérison ? ».….
CÉPIDENRIN 6 pa 700" 7010
Le comédien qui épouvanta ses compagnons parce qu'il s’élait déquisé en démon (1).
Autrefois, dans le royaume de Æ'ien-l’o-wet (Gandhäâra) il y avait une bande de comédiens qui, à cause d’une disette sévissant à ce moment, allèrent chercher à manger dans un autre pays et traversèrent la montagne P'olo-sin (Balasena) ; or, cette montagne était infestée par de méchants démons, des raksas dévoreurs d'hommes. Comme ces comédiens passaient la nuit dans cette montagne, ils allumèrent du feu, à cause du vent froid qui soufflait et s’endormirent ; l’un de ces comédiens, qui souffrait du froid, revêtit le costume de raksa qu'il portait sur la scène et s’assit devant le feu. À ce moment, quelqu'un de ses compagnons de route, s'étant réveillé,
(1) Cf. Julien, les Avadânas, t. II, p. 76-78.
aperçut un raksa à côté du feu ;-sans se donner la peine de regarder attentivement, il quitta la place et s’enfuit ; cela causa une panique et tous les compagnons prirent leurs jambes à leur cou ; celui d’entre eux qui avait revêtu le costume de raksa s’élanca à leur suite en courant de toutes ses forces ; ses camarades, le voyant derrière eux, pensèrent qu'il voulait leur faire du mal et leur terreur redoubla ; ils franchirent les montagnes et les rivières et finirent par se précipiter dans un ravin ; leurs corps s'y blessèrent et s’y brisèrent et ils se trouvèrent en fort piteux état; lorsque vint le jour, ils reconnurent que celui qui les avait effrayés n’était pas un démon...
(Trip XRIN 6" b07/6 6)
La vieille maison qu'on disait hanlée.
Il y avait autretois une vieille maison qu’on disait hantée par des démons malfaisants ; tous la redoutaient et n’auraient pas osé y passer la nuit. Or, un homme, qui se prétendait fort courageux, tint ce propos: « Je veux entrer dans cette maison et y dormir pendant une nuit. » Il y entra donc et s’y installa pour la nuit. Un peu après, un autre homme, qui se prétendait plus courageux encore que le premier, entendit lui aussi des gens qui étaient à côté de lui raconter que dans cette maison il y avait constamment de méchants démons ; il voulut aussitôt y pénétrer et poussa la porte pour entrer; en ce moment, celui qui était déjà dans la maison crut que c'était un démon et de son côté il repoussa la porte dans l’espoir de l’'empécher d’entrer ; le nouveau venu crut à son tour qu’il avait affaire à un démon. Ces deux hommes luttèrent ainsi
jusqu’au jour et alors, s’étant vus, ils reconnurent que ni l’un ni l’autre n’était un démon...
(Frip XKXIVS8;" pr 76 -v%)
Les cinq cents pilules réconfortantes.
Autrefois il y avait une femme qui avait des sentiments luxurieux et qui ne se dominait pas; ses désirs sensuels étant devenus extrêmes, elle prit en haine son mari et pensait constamment aux moyens de causer sa perte ; elle imagina toutes sortes de stratagèmes, mais sans jamais trouver l’occasion favorable. Sur ces entrefaites, son mari fut envoyé en mission dans un royaume voisin ; sa femme eut recours alors à la machination suivante : elle fabriqua des pilules empoisonnées dans l'intention de faire périr son mari, puis elle dit faussement à ce dernier: « Vous êtes envoyé maintenant en mission au loin ; ilest à prévoir que vous aurez à souffrir de privations ; maintenant jai fabriqué cinq cents pilules réconfortantes qui pourront vous servir de provisions de bouche et que je vous donne en viatique ; quand vous serez sorti de ce royaume et que vous arriverez dans le pays étranger, au moment où vous aurez faim et où vous serez épuisé, prenez-les et mangezles. » |
Le mari suivit cet avis et, quand il arriva dans le pays étranger, il n'avait encore mangé aucune des pilules : lorsque l’obscurité de la nuit fut complète, il s’arrêta pour dormir dans la forêt; mais, craignant les animaux malfaisants, 1l monta sur un arbre pour être hors de leur portée ; par mégarde il laissa ses pilules réconfortantes au pied de l'arbre.
206 PO YU KING (N° 301) ge
Or, précisément dans cette nuit, cinq cents voleurs, qui avaient volé au roi de ce pays cinq cents chevaux et des objets précieux, vinrent s'arrêter au pied de cet arbre : comme ils avaient couru très vite, ils avaient tous faim et soif ; ils aperçurent au pied de l'arbre les pilules réconfortantes et chacun d’eux en mangea une’; l’influence funeste du poison se développa et les cinq cents voleurs moururent tous à la fois.
Cependant, l’homme qui était sur l’arbre aperçu, lorsque le jour fut venu, cette troupe de brigands morts au pied de l'arbre ; par ruse, il frappa à coup d’épées et perça à coups de flèches leurs cadavres ; il recueillit les chevaux de selle ainsi que les autres richesses et se rendit en toute hâte dans cet autre royaume; en ce moment même, le roi de cet autre pays, s’étant mis à la tête d’un grand nombre d'hommes, poursuivait les voleurs à la piste; l’homme et le roi se rencontrèrent donc sur la route ; le roi lui demanda : « Qui êtes-vous et où avez-vous pris ces chevaux ? » L'homme répliqua: «Je suis originaire de tel pays; j'ai trouvé sur ma route cette bande de
voleurs et nous nous sommes attaqués à coups d’épées et.
de flèches ; ces cinq cents brigands gisent maintenant tous morts en un même lieu sous un arbre. C’est ainsi que je suis entré en possession de ces chevaux et de ces joyaux. Je venais les livrer au roi du pays. Si vous ne me croyez pas, vous pouvez envoyer des gens constater les blessures qu'ont reçues tous ces brigands et regarder l'endroit où ils ont été mis à mort. » Le roi dépêcha alors des hommes de confiance pour aller regarder ce qui en était ; ils trouvèrent effectivement tout dans l’état où l’autre l'avait dit.
Alors le roi, tout joyeux, loua cet homme qui n'avait jamais eu son pareil, et, lorsqu'il fut rentré dans sa capitale, il le combla de dignités et de récompenses ; il lui fit don d'une grande quantité de joyaux précieux et lui donna
en fief des villages. Les anciens ministres de ce roi en conçurent tous de la jalousie et dirent au roi : « Cet homme est un étranger ; on ne doit pas se fier entièrement à lui ; pourquoi lui accorder soudain une faveur qui dépasse la plus extrême et lui donner des dignités et des récompenses plus importantes que celles dont vous avez gratifié vos anciens ministres ? » L’étranger eut vent de ce propos et dit: « Quel est l’homme assez brave pour oser se mesurer avec moi ? Je lui propose de faire assaut de capacités avec moi en rase campagne. » Les anciens ministres furent penauds et aucun d’eux ne se hasarda à lui tenir tête.
Par la suite, dans ce royaume, il y eut un méchant lion . qui vint se camper dans une vaste plaine, coupant ainsiles chemins, tuant les hommes et interceptant les routes du roi; tous les anciens ministres tinrent alors conseil entre eux et dirent: « Cet étranger prétend qu’il est brave et que nul n’ose lui tenir tête. Maintenant, s’il peut encore tuer ce lion, il aura délivré le royaume d’un fléau et sera vraiment un héros remarquable. » Quand ils eurent tenu cette délibération, ils en informèrent le roi qui, après les avoir entendus, donna à cet homme un couteau et un bâton, puis l’envoya contre le lion.
= Quand l'étranger eut reçu cet ordre, il raffermit son courage et se dirigea vers l'endroit où étaitle lion ; dès que le lion l’aperçut, il rugit avec impétuosité et s’élança en avant ; saisi de terreur, l’étrangerse mit à grimper sur un arbre ; tandis que lelion, la gueule grande ouverte et la tête levée, se tournait vers cet arbre, notre homme, dans sa précipitation, lâcha le couteau qu'il tenait à la main ; ce couteau tomba droit dans la gueule du lion quien mourut ; l'étranger se mit alors à danser de joie et vint informer le roi de sa victoire. Le roi redoubla ses faveurs pour lui ; quant aux gens de ce pays, ils s’inclinèrentsoudain devant sa supériorité et tous le célébrérent...