‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 31 sur 93 · PAS AS · texte numérisé non relu

PAS AS

FR REAt RASE EN ARE ag Se É ‘a CES CPAS

PPS

# 4 ou

mn a

ce

rons aux désirs de Votre Majesté. » Il mit donc des troupes en campagne et arriva dans le royaume du roi bon.

Quand les ministres de ce royaume furent informés de ce qui se passait, ils voulurent résister, mais le roi bon leur dit avec affliction : « Ce serait, à cause de ma seule personne, faire périr des millions d'hommes du peuple, et, parce que je tiendrais à ma seule vie, mettre en péril celles de millions d'hommes du peuple ; pourvu que j'aie deux repas par jour pour ma bouche et quelques vêtements pour mon corps, qu'aurais-je à réclamer à mon époque ? pourquoi renoncerais-je à la bonté semblable au ciel printanier pour adopter une férocité de loup? j'aimerais mieux quitter cette vie qui dure le temps d’une génération plutôt que d’abandonner ma grande résolution. Traiter les autres comme soi-même et assurer le calme de tous les êtres, c’est en cela que consiste la bonté céleste. » Il eut recours à un artifice et dit à ses ministres : « Que chacun de vous se retire; demain nous délibérerons de nouveau. » Pendant la nuit, il franchit la muraille et s'enfuit. Il s'engagea dans la montagne et s’assit sous un arbre.

Survint un brahmane, âgé de soixante ans, qui demanda au roi: « Ce roi du royaume bon a-t-il dix mille félicités et se porte-t-il bien? » « Il est mort », répondit l’autre. En entendant cette réponse, le brahmane tomba étendu à terre en s’abandonnant à une profonde douleur. Le roi lui demanda : « Pourquoi votre chagrin est-il si extrême ? » Il répliqua : « J'avais entendu dire que ce roi avait une bonté qui s’étendait à tous les êtres, que sa bienfaisance était comme celle du souverain Çakra; c’est pourquoi j'accourais pour lui confier ma destinée; maintenant qu'il est mort, ma vieillesse est privée de toute ressource. » Le roi dit : « Ce roi bon n’est autre que moi; un roi voisin, ayant appris que mon royaume était prospère, que mon peuple était florissant et que mes richesses étaient

abondantes, a donné à ses guerriers un ordre aux termes duquel celui qui prendra ma tête recevra en récompense mille serviteurs et mille servantes, mille chevaux, mille bœufs, mille livres d’or et mille livres d'argent; prenez maintenant ma tête; mon diadème d'or et mon épée vous serviront à prouver (que c'est bien moi que vous avez tué); puis rendez-vous auprès de ce roi ; il vous donnera d’amples récompenses qui seront une fortune transmissible à vos descendants et mon cœur s’en réjouira. » Le brahmane répliqua : « Ce serait par manque de bonté agir contrairement à la sagesse; j'aimerais mieux mourir que d'agir ainsi. » Le roi dit: « Ce vieillard se fiait sur moi pour vivre et je suis cause qu’il est dans la misère ; maintenant je vous ferai don de ma tête sans que vous ayez à commettre un crime pour cela. » Il se leva, se prosterna dans les dix directions de l’espace et, en versant des pleurs, formula ce vœu : « Tous les êtres qui sont en péril, puissé-je leur procurer le calme : tous ceux qui tournent le dos à la vérité pour se diriger vers l'erreur, puissé-je les engager à confier leur vie aux trois Vénérables. Maintenant avec ma tête je vous sauve de la misère tout en faisant en sorte que vous ne commettiez aucun crime. » Tirant donc son épée, il se fit périr afin de tirer de difficulté cet autre homme.

Le brahmane prit la tête, le diadème et l’épée et se rendit auprès de l’autre roi; celui-ci demanda aux anciens ministres : « Le roi bon était de force à tenir tête à mille hommes ; or, voici quelqu'un qui s’est emparé de lui. » Les anciens ministres tombèrent à la renverse pénétrés de douleur; leur chagrin était tel qu'aucun d’eux ne put répondre. Le brahmane lui-même fut alors interrogé et raconta tout ce qui s'était passé ; les gens du peuple par millions bondissaient d’affliction sur la route et se lamentaient dans les rues ; les uns avaient des crachements de sang ; d’autres perdaient le souffle et avaient l’aspect de

Page 1