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cadavres. L'autre roi, ainsi que ses ministres et ses guerriers, tous grands et petits, poussaient des gémissements et des cris; le roi leva les yeux au ciel et dit en soupirant profondément : « J'ai agi contrairement à la raison; j'ai causé la mort d'un homme dont la bonté était comme le ciel. » Il prit le corps et la tête du roi bon et les rejoignit, puis il recouvrit de feuilles d’or toute sa personne et l’assit au haut de la salle; il lui fit jouer pendant trente-deux ans le rôle de Fils du Ciel; ensuite il mit sur le trône royal le fils (du roi bon); tous les rois voisins lui témoignèrent une affection filiale. Quant au roi bon, après avoir terminé sa vie, il était né en haut parmi les devas.
Le Buddha dit aux bhiksus : « Le roi bon, c'était moimême ; le roi voisin, c'était Maudgalyäyana. Tous les ministres de ce royaume, ce sont aujourd'hui les bhiksus. »
Telle est la manière dont la pâramità de charité du Bodhisattva pratique la libéralité.
CETIpSAN ED. p: 901)
Sûtra du roi de Varänasi.
Autrefois le prince héritier, fils du roi du royaume de Po-lo-nai (Varânasi, Bénarès), se nommait Æia-lan ; il . 1 ?
avait un frère cadet. Quand mourut le roi, père de ces
deux frères, ceux-ci se cédèrent l’un à l’autre le royaume , ,
et aucun d’eux ne voulait monter sur le trône. Le frère
aîné emmena sa femme et alla se cacher dans la montagne
pour y étudier la sagesse. Il se fixa au bord d’une rivière.
Or, en ce temps, il y avait un criminel d'un pays étranger
qui avait été condamné légalement à avoir les mains et
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les pieds coupés, le nez et les oreilles tranchés, puis à être abandonné au courant de l’eau dans un bateau pourri; ce criminel appelait le ciel à son aide; le sage l’entendit et, pénétré de tristesse, 1l dit avec affliction : « Qui est cet homme? Ses tourments sont extrêmes. Celui qui a une grande bienfaisance traite les autres comme soi-méme et risque sa propre vie pour tirer hors de danger tous les êtres ; telle est la conduite que tient l’homme supérieur (mahâsattva). » Il se jeta dans la rivière ; dispersant les flots et coupant le courant, il amena le bateau jusqu’au rivage ; il prit ensuite (le criminel) sur son dos et revint dans sa demeure ; il déploya tous ses efforts pour bien nourrir et protéger cet homme dont les blessures guérirent et dont la vie fut sauvée; pendant quatre années consécutives, ses soins empressés ne se relâchèrent pas. Sa femme était une débauchée qui ne reculait devant rien; elle entretint des rapports avec ce criminel, puis, projetant de tuer son mari, elle lui dit ; « Tuez-le et je demeurerai avec vous. » Le criminel répondit : « Cet homme est un sage; comment pourrais-je le tuer? » Comme la femme insistait, le criminel lui dit : « Je n’ai ni mains n' pieds et je ne puis le tuer. » La femme répliqua : « Restez donc ici, j y aviserai moi-même. » Elle prétendit faussement avoir mal à la tête et dit à son mari : « Ce mal est sans doute causé par quelque génie de la montagne; comme je désire m'en délivrer, je vous suivrai demain pour faire des prières à l'effet d'obtenir le bonheur. » Son mari l’approuva complètement. Le lendemain, ils s'en allèrent ensemble et gravirent une haute montagne dont les quatre côtés se dressaient comme des murs à quarante /1 de hauteur; à voir (ces précipices), tout le Jmonde aurait été frappé de crainte. La femme dit : « D’après les règles magiques, il faut que vous vous teniez debout, le visage tourné vers le soleil; moi cependant je ferai le sacrifice. » Le mari se tourna donc vers le soleil;
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sa femme feignit de tourner autour de lui plusieurs fois, puis le poussa et le fit tomber du haut de la montagne. A mi-hauteur se trouvait un arbre dont le feuillage était épais et moelleux; le sage s’accrocha à une de ses branches et put s'arrêter ; il subsista en mangeant des fruits de l'arbre qui étaient doux et bons ; or, à côté de l'arbre il y avait un alligator (1) qui, lui aussi, venait chaque jour manger de ces fruits (2); en apercevant un homme sur l'arbre, il eut peur et n’osa plus venir; après avoir souffert de la
faim pendant cinq jours, il se décida à braver le danger
pour aller prendre des fruits ; comme l’homme et la bête ne se faisaient aucun mal l’un à l’autre, ils se rapprochèrent; le sage bondit alors à cheval sur lalligator qui, effrayé, sauta en bas ; grâce à la protection des devas et des génies, tous deux n’eurent aucun mal. (Le sage) retourna alors dans son ancien royaume et le frère cadet céda aussitôt le trône à son aîné. |
Le frère aîné, par sa grande bienveillance qui traitait les autres comme il se serait traité lui-même, secourut tous les êtres vivants; quand il gouvernait en roi son pays, il répandait ses libéralités dès le lever du soleil; à quarante {1 à la ronde, les hommes avaient à leur disposition des chars, des chevaux, des joyaux de toutes sortes et des aliments; à l’est, à l’ouest, au sud et au nord ses bons soins s’exerçaient de la sorte. La renommée du roi s’étendait partout ; dans les dix régions de l’espace, on louait sa vertu. Son (ancienne) épouse, pensant que son (premier) mari était mort et que personne dans le royaume ne la reconnaîtrait, prit sur son dos son mari amputé et entra dans le pays ; elle exposa qu’elle formait avec lui un ménage régulier, mais que, par suite du trouble et du malheur des temps, le corps (de son mari) avait été mutilé; comptant sur la bienfaisance compatissante du roi, elle venait
(1) « Une tortue », dit l’édition de Corée.
(2) Cf. Culla-paduma-jâtaka (The Jâtaka, vol. IT, trad. Rouse, p. 83).
demander l’aumône. Les gens du pays la louèrent d’avoir agi ainsi et lui donnèrent ce conseil : « Le roi céleste exerce universellement ses soins bienveillants qui s’étendent à tous les êtres vivants; demain il doit sortir par la porte de l'Est pour répandre ses libéralités ; présentezvous alors devant lui; il appréciera votre belle conduite et vous récompensera sans doute amplement. » Le lendemain donc, elle demanda l’aumône au roi; celui-ci garda le silence et la reconnut; puis il raconta toute l’histoire
de sa femme à ses ministres assemblés ; un des ministres
dit : «Il faut la brûler. » Un autre dit : « Il faut la décapiter. » Le ministre suprême de la justice dit : « Il n’y a pas de crime plus grand que celui qui consiste à s'éloigner du bien pour aller vers le mal, car c’est là agir contrairement à la raison. Il faut clouer cet homme pervers et le fixer sur le dos de cette femme séductrice de manière qu’elle le porte toujours sur elle (1). » Les ministres assemblés dirent tous : « Très bien! Traiter (ces gens) de la facon qu'ils ont aimée, c'est ce qui est sage. » Le roi convertit son peuple par les dix actions excellentes (2) et il n'y eut personne qui ne s'en réjouit. Le roi, ses ministres et son peuple, quand leur vie fut finie, naquirent en haut parmi les devas. Quant au criminel et à la femme, après leur mort ils entrèrent dans les enfers.
Le Buddha dit aux bhiksus : « Le roi d’alors, c’est moimême; le criminel, c’est Devadatta ; la femme, c’est la fille de Houai-p'an. »
Telle est la manière dont le Bodhisattva pratique la libéralité.
(1) Dans le Culla-paduma-jâtaka, la femme s'était présentée en apportant l'infirme dans une corbeille placée sur sa tête ; le roi, son premier mari, décida que, comme punition, la corbeille serait fixée à sa tête si solidement qu’elle ne pourrait l'enlever; puis on plaça l’infirme dans la corbeille et on les chassa hors du royaume (The Jâtaka, vol. II, tr. Rouse, p. 85).
(2) CE D 97) nm CE.