ACER UP ER L
bout de quelques jours, la servante accoucha et l'enfant qu’elle mit au monde était un fils. L’épouse dit avec irritation : « Vous êtes une servante à mes ordres; comment vous permettez-vous d’avoir ce fils ? prenez-le et tuez-le. » ;
Se conformant aux ordres de sa maîtresse, elle tua son fils ; puis elle le prit pour l’enterrer et se rendit à l'endroit où se trouvait l’esclave. Quand ils furent en présence l’un de l’autre, elle lui dit : « J’ai mis au monde un fils, mais aujourd’hui il est mort; bien que je n’apporte point d’argent, puis-je obtenir de l’enterrer quoique en vous faisant tort? » L’esclave répliqua : « Mon maître est très strict; s’il venait à apprendre cela, il m’infligerait un châtiment qui ne serait pas léger. Femme, emportez au plus vite (ce cadavre) et cherchez quelque autre lieu, car vous ne sauriez rester ici. » Quoique le roi et sa femme fussent en présence l’un de l’autre, ils ne parlèrent point de leurs souffrances et aucun d'eux n’éprouva de haine.
Un instant après qu’ils eurent échangé ces propos, tout | devint confus comme dans un songe; le roi et sa femme i revinrent spontanément dans leur royaume et dans leur palais ; ils se trouvèrent assis au haut de la salle princi- | pale exactement comme ils l’étaient naguère ; la foule des ministres et des belles femmes du harem était là tout entière comme par le passé; le prince-héritier que la reine avait mis au monde était lui aussi redevenu vivant spontanément. Le roi et la reine se demandaient en euxmêmes comment cela avait pu se produire.
Or, Wen-ichou-che-ti (Mañjucri), assis au haut des airs sur une fleur de lotus faite des sept substances précieuses, rendit visible la forme de sa personne et loua (le roi et la reine) en disant : « C’est fort bien. Voici donc à quel point de perfection a atteint votre libéralité! » Le roi et sa femme sautèrent de joie et s’avancèrent pour adorer Wen-lchou-che-li qui leur expliqua la doctrine des livres
saints ; le sol des trois mille ksetras (1) en fut grandement ébranlé ; les habitants du royaume entier conçurent la pensée de la sagesse sans supérieure, droite et vraie. Le roi et sa femme en ce moment même obtinrent la patience qui arrive à faire que les dharmas ne se produisent pas (anutpâda dharmaksänti (2).)
Le Buddha dit à Ânanda : « Celui qui en ce temps était le roi, c’est moi-même ; sa femme, c’est X’reou-yi (Gop) ; celui qui en ce temps était le prince héritier, c’est aujourd’hui Lo-yun (Rahula). »
Le Buddha dit: « O Ânanda, telle est la façon dont j'ai pratiqué la libéralité dans mes existences antérieures ; pour le bien de tous les hommes, je n'ai pas épargné ma personne et, pendant des kalpas innombrables, je n’en ai éprouvé aucun regret. Ne me glorifiant de rien et n’espérant rien, j'ai produit par moi-même l'intelligence correcte. » j
Telle est la manière dont la pâramitâ de charité du Bodhisattva exerce la libéralité.
(Lrip.. NI, 5, D: 514-0810).
(Ces pages contiennent l’histoire du prince Sudâna; nous avons jugé inutile de les traduire puisque nous donnons plus loin le sûtra entier du prince Sudâna.)
1) = + Æ] +. Cette expression désigne les 3.000 chilioscomes. (2) Sur la valeur de cette expression, voyez Cikshâsamukkaya, éd. Bendall, p. 212, n° 3, et Dharma samgraha, p. 63 (CVIT).