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(Trip, VI, 5, p. 55 r°-55 ve.) Sûtra du roi Sa-ho-lan.
Il y avait autrefois le roi d’un royaume qui se nommait Sa-ho-lan (Sarvadâna), ce qui signifie « Libéralité universelle ». Toutes les fois qu’on lui demandait quelque chose, il ne résistait point au désir qu’on lui exprimait; telle était sa libéralité. La réputation de ce roi s’était répandue dans les huit directions de l’espace et il n’était personne qui n'en fût informé.
Un jour, Wen-fchou-che-li (Mañjuçri) voulut aller le mettre à l'épreuve ; il se transforma en un jeune brahmane qui, venant d'un pays étranger, se rendit à la porte du palais du roi et dit au gardien de la porte : « Je suis venu de loin dans le désir de voir le grand roi. » Le gardien de la porte ayant annoncé cela, le roi, très joyeux, sortit à sa rencontre comme un fils qui aperçoit son père ; il s’avança pour lui rendre hommage, puis l’invita à s'asseoir; il interrogea ce religieux, lui demandant d’où il venait, et s’informant si, en s’exposant à un tel voyage, il avait pu éviter la fatigue. L’ascète lui dit : « Me trouvant dans un pays étranger, j'ai entendu parler des actions méritoires de Votre Majesté; c’est pourquoi je suis venu vous voir; maintenant je désire vous demander de me donner quelque chose. » Le roi répondit : « C’est fort bien. Quel que soit votre désir, n’ayez ni hésitation ni embarras à le formuler, car mon nom est « Libéralité universelle ». Que désirez-vous me demander? » Le brahmane dit : «Je nai besoin de rien d’autre sinon d’avoir votre personne, Ô rol, pour que vous soyez mon esclave, et d’avoir votre
femme, à roi, pour qu’elle soit ma servante. Si vous pouvez m'accorder cela, partez immédiatement avec moi. » Le roi fut extrêmement joyeux et répliqua : « C’est fort bien. Dès maintenant ma personne vous est certainement acquise et je désire qu’elle vous appartiénne, à religieux, pour que j'exécute vos ordres ; quant à ma femme, elle est la fille du roi d’un grand royaume; il faut que j'aille l’interroger. »
Alors donc le roi rentra chez lui pour dire à sa femme : « Maintenant il y a un religieux jeune et beau qui est venu d’un pays lointain et qui demande à avoir ma personne pour que je lui serve d’esclave; en outre, il désire en même temps vous avoir pour que vous soyez sa servante. Que voulez-vous faire ? » La reine lui demanda : « OÔ roi, qu’avez-vous vous-même répondu? » Le roi dit: « J'ai consenti à être son esclave ; mais je n'ai pas encore consenti en ce qui vous concernait. » La reine reprit alors : « En m’abandonnant ainsi, Ô roi, vous vous assureriez seul un avantage et vous ne songeriez pas à mon propre salut. » Aussitôt donc la femme sortit à la suite du roi et dit au religieux : « Je désire pouvoir mettre ma personne à vos ordres, Ô religieux. »
Le brahmane dit alors derechef au roi : « Considérez si votre résolution est bien arrêtée; je veux maintenant partir. » Le roi répondit au religieux: « Depuis ma naissance je pratique la libéralité sans m'en être jamais repenti. Je vous suivrai. » L’ascète reprit : « En me suivant, vous devez tous deux marcher pieds nus; vous ne sauriez mettre des chaussures, car il faut que vous vous conformiez à la règle imposée aux esclaves; nul d’entre eux n'a le droit de protéger (ses pieds). » Le roi et sa femme donnèrent leur consentement en disant qu’ils obéissaient à l’ordre de leur maïître et qu'ils n'oseraient pas contrevenir à ses injonctions. Puis le brahmane, emmenant avec lui son esclave et sa servante, se mit en route
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et partit. Alors Wen-fchou-che-li (Mañjuçri) remplaça miraculeusement le roi et sa femme par des personnages qui dirigèrent les affaires du royaume en sorte que tout se passa comme auparavant. |
La femme du roi était la fille du roi d’un grand royaume; elle était d'une beauté sans égale ; ses mains et ses pieds étaient délicats ; elle était née et avait grandi au fond du palais et n’avait pas l'habitude du froid et des souffrances: en outre elle était enceinte et sa grossesse datait de plusieurs mois; comme elle suivait à pied son maître, son corps entier devint douloureux; la plante de ses pieds se blessa et se déchira et elle ne put plus avancer; l'excès de sa souffrance la fit rester en arrière. Alors le brahmane revint sur ses pas et l’injuria en lui disant : « Vous êtes maintenant une servante et vous devez vous soumettre à la Loi des servantes; il vous faut renoncer à votre élégance d'autrefois. » La femme, se prosternant à deux genoux, répondit : « Je ne me permettrais pas d’agir ainsi; mais, me trouvant un peu épuisée, je me suis arrêtée pour me reposer. » Il lui dit avec rudesse : « Venez promptement et suivez-moi en restant tout près de moi. »
Continuant sa route, le brahmane arriva sur la place du marché d'un royaume et vendit séparément son esclave et sa servante ; 1l les donna à deux maîtres qui demeuraient à plusieurs li de distance l’un de l’autre. Or, le maitre de maison qui avait acheté cet esclave le chargea de garder cette habitation (1) en lui recommandant d’exiger et de percevoir une taxe de tous ceux qui voudraient faire un enterrement et de ne pas les laisser agir à leur guise. En ce même temps, la femme du maître de qui dépendait la
servante était fort jalouse ; du matin au soir elle forçait
celle-ci à travailler sans jamais lui laisser de répit. Au
(1) #f æ . Ce terme est fort vague ; la suite du récit prouve qu'il s'agit d'un domaine qui servait de lieu de sépulture.