‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 6 sur 93 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

en arrière et nous montrent aujourd’hui tels qu'ils furent dans un lointain passé les auditeurs des pieuses fables qu'on redisait pour l'édification des cœurs simples.

La première raison que nous avons de nous intéresser aux contes bouddhiques est donc que, sans ces contes, tout un aspect de la religion nous échapperait. Nous ne comprendrions plus comment le bouddhisme, avec sa doctrine quintessenciée, a pu recruter tant d’adeptes, car nous n’entendrions pas le langage familier qu’il sait tenir quand il veut se rendre accessible aux âmes les plu frustes. Le conte a été le principal instrument de l’évangélisation bouddhique ; la propagation des contes a été ici un effet de la propagande religieuse.

Hiuan-lsang (1) nous dit que, lorsque le roi de Khoten se proposait d'attaquer le roi de Kachemir, un religieux, pour l'en détourner, lui conta les aventures du roi Murdhaja qui se perdit par son insatiable ambition (n° 40). D'autre part, le voyageur chinois Song Yun (2) rapporte qu’il a vu à Fo-cha-fou (Shähbäz garhi) une image représentant la touchante histoire du prince Sudâna (n° 500) qui, par esprit de charité, donna son fils et sa fille à un méchant brahmane ; quand les barbares voient cette scène, ajoute le pèlerin, il n’est aucun d’eux qui ne verse des larmes de compassion. Ces deux témoignages historiques nous prouvent l'influence très réelle qu’exerçaient sur les auditeurs ces récits légendaires.

Dans le second des contes que nous venons de citer, le récit n'intervient, à vrai dire, que comme le commentaire

1) Hiuan-tsang, Vie (trad. Julien), p. 280.

(2) BEFEO, 1903, p. 420.

RC

INTRODUCTION Xi

d’une représentation figurée. Geci nous amène à recon-

naître dans les contes une nouvelle utilité qui est de nous expliquer divers monuments de la sculpture. Si nous ne possédions pas le vaste recueil des Jâtakas pâlis et le Divyâvadâäna sanscrit, nous ne comprendrions point les scènes qui font de La décoration des édifices religieux un nouveau moyen de prédication. Or un jâtaka estun simple conte à la fin duquel on a placé une notice explicative assignant à chacun des héros du petit drame un rôle dans une des existences successives du Bodhisattva. Les jâtakas sont comme une cristallisation du folklore autour d’une personne unique qui est le futur Buddha dans la série de ses transmigrations. C’est ce folklore qui se déroule en images le long de plusieurs édifices et c'est lui aussi que nous retrouvons sous forme écrite dans les contes.

Les beaux travaux de Cunningham, Foucher, Serge d'Oldenbourg, Grünwedel ont amplement démontré lutilité des jâtakas en tant que commentaire explicatif des bas-reliefs. Sous la baguette magique de ces évocateurs, la vie est revenue animer les vieilles pierres de Barhut, de Sânchi et d’Amrâvati, les ruines de Boro Boudour à Java, les terres cuites du Mangalatcheti à Pagan, en Birmanie. Même après eux cependant ilreste encore à glaner, et nous apportons, au moyen de nos contes, quelques identifications nouvelles : dans un médaillon de Barhut (XX VII, 10), on a proposé, hypothétiquement d’ailleurs, de voir le Samdhibheda jâtaka {Jétaka, n° 349); or il est évident que le sculpteur a voulu en réalité représenter l’histoire du bœuf qui, enlisé dans un étang de lotus, se défend contre le loup en le prenant avec un nœud coulant; nous voyons donc figurer le bœuf, à moitié enfoncé dans la vase; devant lui se tient le loup qui veut Le dévorer; mais il est saisi par la corde vengeresse et nous le revoyons donc pendu par la patte; dans notre conte (n° 377), la corde doit s’enrouler autour de son cou.

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