‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 75 sur 93 · LL · texte numérisé non relu

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seul; si je parviens à triompher du démon, je reviendrai vous chercher; si je ne peux pas revenir, vous saurez qu'il m'est arrivé malheur. Que chacun de vous donc rebrousse chemin et n’aille pas plus avant. »

= Alors, se portant tout seul en avant, il marcha pendant plusieurs 1; quand il aperçut le démon qui venait à sa rencontre, il songea avec un cœur calme au Buddha, et sa résolution bien arrêtée n’éprouva aucune crainte. Le démon arriva et lui demanda : « Qui êtes-vous ? » IL répondit : «Je suis le guide qui rend le chemin praticable. » Le démon dit en éclatant de rire : « Mais n’avez-vous donc pas entendu parler de ma renommée, que vous veniez pour rendre le chemin praticable ? » Le sàrthavâha (sa-po) répondit : « Je savais que vous étiez ici et c'est pourquoi je suis venu m'adresser à vous : il faut que je me batte avec vous. Si vous êtes vainqueur, il vous sera loisible de me dévorer ; si c'est moi qui suis vainqueur,

j'aurai ouvert un chemin pour dix mille personnes et s)

] aurai] augmenté les avantages dont jouit le monde. » Le

démon demanda : « Qui de nous portera le premier la

main sur l’autre ? » Le marchand répondit : « C'est moi qui suis venu vous chercher ; c'est donc moi qui dois le premier porter la main sur vous.

Le démon y ayant consenti, il v ARS l’empoigner de la main droite; mais sa main entra dans le ventre du démon, s’y fixa et il ne put l'en sortir ; il le frappa derechef de la main gauche, mais cette main elle aussi entra (dans le corps du démon ;) de la même manière ses deux pieds puis sa tête entrèrent tous dans le démon et il ne put plus remuer ; alors le yaksa lui adressa une demande par cette gâthà :

Vos mains, vos pieds ainsi que votre lêle, — puisque maintenant ils sont lous cinq retenus captifs, — il ne vous reste plus qu'à vous avancer un peu plus pour mourir ; — & quoi bon vous débattre ?

(Le sârthavâha répondit :)

Mes mains, mes pieds, ainsi que ma têle — bien qu'ils sotent lous cinq prisonniers, — je mainliens mon cœur ferme comme du diamant; — jamais vous neréussirez à le détacher.

(Le démon répliqua :)

Je suis un roi parmi les génies, — je suis un démon dont la force est grande pour agir, — à plusieurs reprises déjà j'ai dévoré vos semblables — en nombre si grand qu'on ne peul l'exprimer. — Maintenant votre mort est imminente; — à quoi sert de discourir encore (1) ?

Le marchand répondit par cette gâthà :

Ce corps estimpermanent ; — de bonne heure j'ai désiré m'en débarrasser.— O démon, maintenant vous donnez saltisfaction à mon vœu; — je prends donc mon corps pour vous en gralifier, — grâce à cela j'obliendrai la sagesse parfaile, — el je réalisera la connaissance qui n'a pas de supérieure.

Le démon prononça alors la gàthà suivante pour reconnaitre qu'il se soumettait :

1) Littéralement : « À quoi sert de tenir en<ore des propos flatteurs. » Mais on ne voit pas que l'interlocuteur du yaksa ait cherché à flatter ce dernier.

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