‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 77 sur 93 · BRUT SPORT · texte numérisé non relu

BRUT SPORT

qui se trouva alors délivrée de sa maladie. Tous ceux qui, soit dans le palais, soit hors du palais, souffraient de toutes sortes de maladies, profitèrent de cette eau et obtinrent la guérison. Les sujets du roi de ce royaume qui venaient pour prendre de l’eau étaient innombrables.

Le paon dit au grand roi : « Il serait préférable de lier ma patte à une pièce de bois et de me laisser aller et venir à ma guise sur l’eau du lac; je prononcerai des incantations et cela permettra aux gens du peuple, à quelque distance qu'ils se trouvent, de venir prendre de l’eau autant qu’ils voudront. » Le roi approuva fort cette proposition; on amena donc une pièce de bois qu’on fit entrer dans l’eau du lac; perché à l'extrémité, (le paon) prononça des incantations (sur l’eau); les gens du peuple burent de cette eau; les sourds entendirent, les aveugles virent, Les boiteux et Les bossus se redressèrent tous.

Le paon dit au grand roi : « Tous ceux qui dans votre royaume souffraient de maladies ont été entièrement guéris; les gens du peuple me font des offrandes exactement comme si j'étais un dieu céleste; je n'aurai plus jamais envie de m'en aller; ô grand roi, il vous faut délier ma patte pour que je puisse aller de ci et de là en volant sur l’eau du lac; pour dormir, je me poserai sur cette poutre (de votre toit) afin d'y passer la nuit. » Le roi ordonna alors qu’on le déliât.

Quand il en eut été ainsi pendant plusieurs mois, {le paon), posé sur la poutre du toit, éclata de rire. Le roi lui ayant demandé pourquoi il riait, il répondit: « Je ris des trois sottises qui se sont produites dans le monde : la première est ma propre sottise; la seconde est la sottise du chasseur; la troisième est la sottise du roi. Moi, qui me trouvais accompagné de cinq cents épouses, je les ai abandonnées pour suivre le petit oiseau bleu; mes sentiments de concupiscence ont fait que j'ai été pris par le chasseur; telle a été ma propre sottise. Au chasseur j'ai

offert une montagne d'or, mais il ne l’a pas acceptée en disant que le roi devait lui donner une femme et de l'or; telle a été la sottise du chasseur. Vous, Ô roi, vous aviez pris le roi divin médecin; votre femme, votre héritier présomptif, et tous ceux qui dans votre royaume étaient affligés de maladies ont pu entièrement guérir et sont tous redevenus beaux. Après avoir pris ce divin médecin, ô roi, vous ne l'avez pas tenu captif et au contraire vous

l'avez relâché; telle a été la sottise du roi. » Le paon alors

partit en volant.

Le Buddha dit à Câriputra : « Celui qui était alors le roi des paons, c’est moi-même; celui qui était alors le roi du royaume, c'est vous; celle qui était alors la femme (du roi), c’est la femme de Devadatta; celui qui était alors le chasseur, c'est Devadatta. »

CPripes IX 7, pe 1071)

Autrefois, il y avait le roi d’un royaume qui était allé chasser dans des régions désertes; il eut grand’ faim et grand soif et se trouva épuisé. Il aperçut de loin un arbre dans lequel il y avait un logis fort obscur; il s’y rendit aussitôt; à l’intérieur se trouvait une femme: le roi lui demanda à boire et à manger au cas où elle aurait des aliments tels que des fruits; il obtint d’elle tout ce qu’il désirait.

Le roi demanda à voir cette femme, mais un serviteur lui répondit : « Elle est nue et n’a pas de vêtements. » Le roi alors détacha un de ses vêtements pour le lui donner, mais une flamme subite brüla le vêtement; il en fut ainsi

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par trois fois ; le roi. surpris, demanda à cette femme pourquoi cela se produisait; elle lui répondit : « Dans une vie antérieure, j'étais votre femme, 6 roi; vous donnûâtes à manger à un cramana brahmane et en outre vous voulütes le vêtir ; mais en ce moment je dis qu’il suffisait de lui préparer à manger et qu'il ne fallait pas lui donner de vêtements; voilà pourquoi je subis cette peine. Si vous pensez encore à moi, Ô roi, faites faire des vêtements pour les religieux cramanas qui sont dans votre royaume; s’il en est un qui connaisse les livres sacrés du Buddha et qui prononce une invocation magique en ma faveur, jobtiendrai d’être délivrée de ces tourments. »

Le roi se conforma à ces paroles, et, revenu dans son royaume, il fit faire des vêtements, puis il chercha des religieux çramanas, mais ne parvint pas à en trouver, car, en ce temps, il n’y avait personne dans le royaume qui connût les livres bouddhiques. Le roi se souvint alors que, lorsqu'il avait interrogé un vieux passeur retraité en lui demandant s’il connaissait des cramanas, le passeur lui avait répondu : « Autrefois il y eut un homme qui traversa la rivière, et qui, n’ayant pas d’argent, me donna un traité sur les cinq défenses et me le lut. » Le roi dit alors au vieux passeur : « Vous connaissez les livres saints du Buddha. » Il lui remit donc les vêtements en le chargeant de prononcer une invocation magique pour que la femme nue püt obtenir un bonheur sans limites et être affranchie de ses souffrances. La femme vit alors son corps revêtu de vêtements nouveaux; ainsi sa vie dans la condition de démon prit fin et elle dut aller naître en haut dans le premier ciel.

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Autrefois, sur le bord de la mer, il y avait le roi d’un royaume qui, étant à la chasse, se saisit d'un cramana. Il le retint pour en faire un chanteur; ce cramana pendant la nuit récitait les livres saints et prononçait des paroles hindoues. Le roi dit: « Ce chanteur est fort habile au chant. » Quand il y avait un hôte, aussitôt ce chanteur chantait. Or un marchand étranger qui était un upâsaka arriva dans ce royaume. Le roi l’invita chez lui et produisit le cramana en lui ordonnant de chanter. Quand l’upâsaka entendit qu'il récitait les textes saints profonds, son cœur bondit intérieurement; lorsqu'il quitta le royaume, cet homme vint proposer de racheter le cramana pour dix millions de pièces de monnaie; il alla jusqu’à trente millions et alors le roi le lui donna. |

Le marchand, saluant avec respect (le cramana) lui dit : « Je vous ai racheté pour trente millions de pièces de monnaie; allez où vous voulez. » Le religieux, dans l’instant qu’il faut pour étendre le doigt, s’éleva dans l’espace et lui dit : « C’est vous-même, et non moi, que vous avez racheté. En voici l’explication : autrefois, ce roi était un marchand d'oignons; vous êtes venu vers le roi pour lui acheter des oignons, mais il vous manquait trois pièces de monnaie. Je fus alors votre répondant; or, vous ne rendites point les trois pièces de monnaie. Maintenant ces (trois pièces de monnaie) ont produit des intérêts qui s'élèvent à trente millions. Vous devez rendre les trois pièces de monnaie primitives. » Alors l'intelligence du roi (1) s’ouvrit; il reçut les cinq défenses et devint upâsaka.

(1) Je suis la leçon de l'édition des Ming ; Suivant les autres éditions, il

Le maître dit : « Une dette, qu’elle soit grande ou qu’elle soit petite, ne doit pas être négligée: il ne faut pas non plus en laisser la responsabilité à un autre. »

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Au temps où le Buddha était dans le monde, il y avait un jeune garçon qui demeurait avec son frère aîné et avec la femme de celui-ci ; cet enfant allait chaque jour auprès du Buddha pour recevoir les prescriptions des livres saints; son frère aîné et sa belle-sœur lui en faisaient d'incessants reproches; enfin ils prirent le jeune garcon et le garrottèrent; puis ils le frappèrent à coups de bâton en disant : « Le Buddha et l’assemblée des bhiksus doivent vous secourir. » L'enfant versait des larmes et était saisi de crainte; mais il se confia dans les trois Vénérables

s'agirait ici du marchand qui avait racheté le çramana ; mais on remarquera que, dès le début du conte, ce marchand nous est donné comme un upàseka ; il ne peut donc pas devenir upâsaka à la fin du conte.

(1) Dans le Tsa pi yu king attribué à l’époque des Han postérieurs, on trouve une autre forme de ce conte (Trip., XIX, 7, p. 32 v°) : La femme du frère ainé conseille à celui-ci de faire disparaitre le frère cadet pour n'avoir pas à partager plus tard le patrimoine avec lui. L'’aîné emmène le jeune enfant hors de la ville dans un cimetière éloigné et, ne voulant pas le tuer lui-même, il l’attache à un cyprès dans l'espérance que des bêtes féroces ou des démons le feront périr : « Vous m'avez souvent offensé, lui dit-il ; jé vous laisse passer la nuit ici pour que vous réfléchissiez à vos fautes ; demain je viendrai vous chercher. » Il part; la nuit tombe ; l'enfant implore le ciel ; le Tathâgata, ému de pitié, répand la clarté autour de lui, le délie et l'empêche de souffrir de la faim. L'enfant souhaite de devenir üun jour Buddha pour délivrer tous les êtres comme il vient de l'être lui-même. Le Buddha lui explique la Loi. Le jeune garçon intercède en faveur de son frère ainé qui, malgré ses mauvaises intentions, lui a permis de voir le Buddha et d’être affranchi des souffrances de la naissance et de la mort ; rentré chez lui,il convertit son frère aîné et sa belle-sœur qui deviennent srotäpanna.

et aussitôt il obtint la sagesse de srotâäpanna; il reçut la puissance surnaturelle du Buddha et, avec l'arbre auquel il était attaché, il s’envola dans les airs; il entrait dans les murailles et sortait des murailles: il entrait dans la terre et sortait de la terre, et faisait tout cela sans aucun effort. Ce que voyant, son frère aîné et sa belle-sœur furent saisis de crainte; ils se prosternèrent la tête contre terre et avouèrent leurs fautes. Le jeune garcon expliqua donc à son frère aîné et à sa belle-sœur en quoi consistaient les actions bonnes et les actions mauvaises; tous ensemble allèrent auprès du Buddha pour recevoir les défenses; le Buddha alors leur rendit visible toute la série de leurs existences antérieures; le frère aîné et sa femme se réjouirent; leur cœur s’ouvrit et les souillures qui étaient en eux disparurent; ils obtinrent la sagesse de srotäpanna.

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Autrefois il y avait un arhat qui, en compagnie d’un crâmanera, s’exerçait à la sagesse dans la montagne. Le çcrâmanera se rendait chaque jour chez des gens pieux pour y prendre du riz cuit. Le chemin passait sur la crête d’une digue, et, comme il était escarpé et dangereux, (le crâmanera) tombait constamment par terre en renversant le riz qui se souillait de boue. Le crâmanera prit le riz qui n’était pas sali etle mit dans le bol de son maître; il prit (pour lui) le riz qui était sale, le lava et le mangea. Ce ne fut pas seulement un seul jour qu'il en fut ainsi. Son maitre lui dit: « Pourquoi enlevez-vous par ce lavage toute la saveur du riz ? » Il répondit : « Quand je suis parti pour

mendier, il faisait beau; à mon retour il pleuvait sur la digue, je suis tombé par terre et j'ai renversé le riz. »

Son maitre, gardant le silence, entra en méditation à ce sujet; il vit que c'était un nâga qui taquinait le çrâmanera; il se leva donc et alla sur la digue; tenant en main son bâton, il frappa et évoqua (le nâga); celui-ci vint sous la forme d'un vieillard et se prosterna le visage contre terre. Le cramana lui dit : « Pourquoi taquinez-vous mon crâmanera ? » L'autre dit: «Je ne me permettrais pas de le taquiner, car en réalité j'aime son visage.» Le nâga demanda : « Pourquoi le vois-je chaque jour passer par là ? » Le maître répliqua : « Il va mendier de la nourriture. » Le nâga lui dit : « À partir d'aujourd'hui je vous prie de venir chaque jour manger dans ma maison, et cela jusqu'à la fin de votre vie. » Le cramana accepta cette invitation par son silence. À son retour il dit au crâmanera : « Quand vous irez mendier, restez chez ces gens (c’est-à-dire les gens pieux chez qui vous avez coutume d'aller) pour manger; et ne rapportez pas de nourriture ici. »

Le crämanera alla chaque jour manger chez ces gens; plus tard, il remarqua dans le bol de son maître deux ou trois grains de riz dont le parfum et la beauté n'étaient point ceux du riz de ce monde. Il demanda à son Ao-chang (upädhyäya) : « Vous nourrissez-vous en baut dans les cieux ? » Son maître garda le silence et ne répondit pas. Le çrâmanera se mit alors à surveiller son maitre pour savoir où il prenait sa nourriture ; il entra donc sous son lit en tenant dans ses mains un pied du lit. Le ho-chang (upädhyâya) étant entré en contemplation, lui et son lit s'envolèrent ensemble et arrivèrent dans la salle ornée de sept joyaux où se tenait le nâga. Le nâga ainsi que son épouse et la multitude de ses belles femmes témoignèrent tous leur respect au cramana puis ils témoignèrent leur respect au çrämanera. Le maître alors s’apercut (de la

présence de son disciple), et l’invita à (sortir de dessous le lit); (il lui dit :) « Affermissez votre cœur et ne vous laissez pas émouvoir ; ce sont là des spectacles qui n’ont rien de permanent: pourquoi souilleraient-ils votre pensée? »

Quand il eut fini de manger et qu’il s’apprêta à s’en retourner, il dit (à son disciple): « Quoique ce (nâga) possède un palais, les sept joyaux, une épouse et de belles femmes, il n'est certes qu'un animal. Vous, vous étes un crâmanera, et, quoique vous n'ayez pas encore atteint à la sagesse, vous naîtrez certainement dans le ciel des Trayastrimças; vous lui êtes cent fois supérieur. Ne laissez pas souiller votre pensée par (ce spectacle). »I1 dit encore au crâmanera: « Ce riz qui a une saveur exquise, quand il est entré dans la bouche (du nâga) se transforme en crapauds; (le nâga) a mal au cœur, il vomitet, quand il a rendu (ce qu'il avait mangé), 1l refuse cette nourriture et ne l'absorbe plus. En second lieu, pour ce qui est de ses femmes d’une beauté sans égale, quand il veut se conduire avec elles comme un mari avec sa femme, cela se transforme en un enlacement réciproque de deux serpents. En troisième lieu, ce nâga a sur le dos des écailles placées à rebours ; quand le sable et les pierres s’introduisent entre elles, il éprouve des souffrances qui lui pénètrent le cœur. Puisque le nâga est sujet à ces trois sortes de douleurs, pourquoi l’envieriez-vous ? » Le çrâmanera ne répondit pas ; jour et nuit il pensait à cela et cessa de manger ; il tomba malade et mourut; son âme naquit alors dans la condition de fils du nâga ; terrible et surnaturel, il en arriva à être plus violent encore que son père. Quand sa vie prit fin, il put échapper (à cette condition) et renaître parmi les hommes.

Le maître dit: « Quand un homme n’a pas encore atteint la sagesse, il ne faut pas lui permettre de voir ni la sagesse, ni la vie privée des rois. »

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Autrefois, la femme du roi d’un royaume enfanta une fille ; son père et sa mère la nommèrent Fille-lune ; elle était d’une beauté sans égale ; quand son père lui donnait des vêtements et des joyaux, elle disait : « Naturellement ». Quand elle eut atteint l’âge de seize ans, son père s’irrita et s’écria : « C’est moi qui vous donne ces choses ; comment pouvez-vous dire : Naturellement ? ». Dans la suite, un mendiant, étant venu à passer en demandant l’aumône, le père dit (à sa fille) : « Voici en vérité votre mari. » Fillelune répondit : « Oui, naturellement. » Aussitôt elle s’en alla à sa suite. Le mendiant, saisi de crainte, n'osait pas la prendre ; la fille lui dit: « Vous mendiez votre nourriture etn'êtes jamais rassasié; quand le roi vous donne une épouse, pourquoi la refusez-vous? » Alors ensemble ils sortirent de la ville; ils se cachaient pendant le jour et marchaient pendant la nuit.

Ils arrivèrent dans un grand royaume; le roi venait de mourir sans laisser d’héritier présomptif ; le mari et la femme s’assirent hors de la ville : les passants qui sortaient et entraient leur demandaient : « Quels gens êtesvous? Quel est votre nom de famille et quels sont vos noms personnels ? De quel royaume venez-vous ? » (la femme) répondit : « (Nous sommes venus) naturellement. » Il en fut ainsi pendant plus de dix jours. Alors les principaux ministres chargèrent huit brahmanes d'aller à la porte de la ville observer les uns après les autres Îles passants qui sortatent et qui entraient, pour deviner leur horoscope : il n’y eut que le mari et cette femme dont

l’horoscope fut satisfaisant ; aussitôt les officiers de tout le royaume allèrent ensemble à leur rencontre pour leur offrir la royauté.

Le mari et la femme, étant en possession de la royauté, gouvernèrent le royaume par de bonnes lois ; la population jouit du calme. Les divers rois de moindre importance vinrent leur rendre hommage ; parmi eux se trouvait le père de Fille-lune ; quand ils eurent fini de manger et de boire, Fille-lune retint seulement son père etsa mère. Fille-lune avait fait avec les sept joyaux un mécanisme à poissons ; quand la manivelle était ouverte, si on tirait à soi un poisson, cent vingt poissons apparaissaient ; Si on repoussait un poisson, une porte s’ouvrait. (Fille-lune) descendit (en passant par cette porte), salua son père et lui dit : « Maintenant c’est naturellement que j'ai obtenu cela. » (Son père) lui répondit : « À vous, femme, cela a réussi: mais moi je ne serais point parvenu à un tel résultat. »

Le maître dit : « Fille-lune et le mendiant dans une existence antérieure étaient un mari et sa femme qui travaillaient aux champs ; (le mari) ordonna à sa femme d'aller chercher de la nourriture ; le mari vit de loin sa femme qui rencontra un crâmanera et qui s’arrêtait avec lui sur la berge, au bord de Ia rivière ; (le çrâmanera) demanda à manger à la femme, et celle-ci prit une part de nourriture pour l’offrir au religieux; le religieux s’arrêta pour manger ; le mari, qui les voyait tous deux de loin, se dit! qu'il se passait quelque chose de mal et, prenant en main son bâton, il alla voir; mais le religieux partit en volant. La femme dit (à son mari) : « Votre part est restée; ne vous irritez pas. » Le mari dit : «Ce sont les deux parts que je lui aurais données à manger toutes deux. »

Le maitre dit : « le mari avait eu (d’abord) une mauvaise pensée et c’est pourquoi il tomba dans la condition de fils

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d’une pauvre famille; mais ensuite, quand il eut vu le

religieux, il se réjouit et se repentit de sa faute; c’est pourquoi il reçut en même temps ce bonheur. »

(Trips AIX D 19 v)

Autrefois le Buddha, accompagné de la foule des bhiksus, se promenait lorsqu'il rencontra trois hommes ivres : le premier courut se cacher dans les herbes; le second s’assit correctement, se frappa les joues et dit : « Il n’est pas beau de violer les défenses. » Le troisième se leva en dansant et dit : « Le vin que j'ai bu n'appartient pas au Buddha ; pourquoi donc serais-je effrayé ? » Le Buddha dit à ÂAnanda : « L'homme qui s’est sauvé dans les herbes devra obtenir la délivrance comme arhat à l’époque où Maitreya (Wi-le) sera devenu Buddha ; l’homme qui s’est assis correctement et qui s’est frappé les joues n'obtiendra la délivrance comme arhat que sous le dernier qui viendra des mille Buddhas; quant à l’homme qui s'est levé en dansant, il n’y a pas de terme auquel il pourra être sauvé.

CPP, REX pl 9 ve) Autrefois il y avait un cramana qui, jour et nuit, réci-

tait les livres saints; or un chien, qui était couché sous son lit, concentrait toutes les forces de son esprit à écou-

ter ces livres saints et ne songeait plus à manger; quand ce chien se fut ainsi comporté pendant plusieurs années, il mourut et obtint alors la forme humaine; il naquit donc en qualité de fille dans le royaume de Grâvasti /Chü-wei); quand cette fille fut devenue grande, elle vit un çramana qui quétait; elle alla aussitôt vers lui et prit sa nourriture pour la lui donner; elle se réjouit d’agir ainsi; puis elle se mit à suivre le çramana et alla se faire bhiksuni; à force d'énergie, elle obtint la voie d’arhat.

(Trips XIX 7: pp. 49-20 7)

Autrefois, au temps où le Buddha Wei-wer (Vipacyin) était dans le monde, il y avait un royaume où les membres des familles importantes faisaient tous ensemble au même moment des offrandes au Buddha et à l'assemblée des bhiksus. Or, un membre d’une famille importante était pauvre et n'avait rien à offrir au Buddha; il fit cette déclaration : « Je souhaite que si, parmi les bhiksus, il en est un qui désire avoir des remèdes, moi, un tel, je les leur fournisse tous. » En ce temps, il y avait un bhiksu dont le corps était atteint d’une maladie: ce membre d’une famille importante lui donna un fruit doux pour qu’il le mangeût, et le bhiksu obtint de se trouver à son aise et de guérir.

Plus tard, quand la vie de ce membre d’une famille importante fut terminée, il naquit en haut parmi les devas; plus que tous les autres devas, ilavait les cinq avantages qui sont : 1° avoir un corps exempt de maladies: 2° être beau; 3° avoir une longue vie; 4° posséder des richesses ; 5° être doué de sagesse. Ainsi pendant quatre-vingt-onze

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kalpas, il resta en haut comme deva; puis il descendit pour naître comme membre d’une famille importante et ne tomba pas dans les trois voies mauvaises.

Puis, quand arriva l’époque du Buddha Çâkyamuni, il fut le fils d’un maître de maison, et son nom fut 7o-pao (Bahuratna ?). Il vit le Buddha, en fut joyeux et devint cramana. À force d’énergie, 1l obtint la voie et eut le titre d’arhat.

Ainsi, faire du bien à un seul çramana à la noble conduite, vaut mieux que de répandre des bienfaits sur la population perverse et corrompue de tout un royaume.

(Trip., XIX, 7, p. 20 r°.)

Autrefois, il y avait un mari et sa femme qui tous deux observaient les cinq défenses et servaient les çramanas. Or un bhiksu qui commençait ses études et qui ne connaissait pas les livres saints, vint à leur porte pour mendier. Le mari et sa femme invitèrent le religieux à avancer et à s'asseoir; quand ils lui eurent préparé de la nourriture et qu’il eut mangé, le mari et sa femme se prosternèrent à terre en lui témoignant du respect et lui dirent : « Depuis notre jeunesse nous servons les religieux, mais nous n’avons pu encore entendre les livres saints; nous souhaitons que vous nous délivriez de notre ignorance et de notre incapacité. » Le bhiksu baissa la tête, et, ne sachant que répondre, s’écria : «O souffrance! & souffrance ! » Le mari et sa femme comprirent alors dans leur cœur qu’il disait que, dans le monde, il n'y a en réalité que souffrance et aussitôt ils obtinrent quelques traces de

sagesse; le bhiksu, voyant la joie de ces deux personnes, obtint lui aussi quelques traces de sagesse. Le maître dit : « Dans des naissances antérieures, pendant plusieurs générations successives, ces trois personnes avaient été des frères qui souhaitaient s'initier à la sagesse et qui y travaillaient d’un commun accord; c’est pourquoi ils eurent l'illumination complète. »

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CErIpe EX; TZ pr20 10

Autrefois, le roi d’un royaume, en revenant de la chasse, fit le tour (pradaksina) d’un stüpa qu’il rencontra et rendit hommage aux çramanas. Ses ministres s’en j moquèrent, mais le roi, qui était sage, leur posa cette question : « S'il y a de l’or dans une marmite, peut-on le prendre avec la main dans l’eau bouillante de Ia marmite. » Ils répondirent qu'on ne le pouvait pas. Le roi leur dit : « Pourra-t-on le prendre si on jette de l’eau froide dans (la marmite)? » Les ministres dirent au roi qu'on le pourrait. Le roi reprit : « Dans ma conduite de roi, les actes que je commets en chassant sont comme l’eau bouillante de la marmite; mais quand je brüle des parfums, que j'allume des lampes et que je fais le tour des stüpas, c'est comme si je prenais de l’eau froide pour la jeter dans l’eau bouillante. Ainsi, quand on règne, on commet des

actes bons et des actes mauvais; comment pourrait-on n’en faire que de mauvais sans en accomplir de bons ? »

CET, AIX 7 pr 201.)

Autrefois, 1l y avait un çramana qui se mit en route pour aller dans un royaume étranger; la nuit étant venue, il ne put entrer dans la ville; il s’assit donc au-dehors dans les herbes. Au milieu de la nuit, un démon yaksa survint et le prit en lui disant qu’il voulait le dévorer. Le cramana lui répondit : « Nous serons à une grande distance l’un de l’autre.» « Qu'entendez-vous par être à une grande distance ? » demanda le démon. Le cramana répliqua : « Si vous me mettez à mal, je renaîtrai en haut parmi les devas Trayastrimcças ; quant à vous, vous entrerez dans les enfers. Ne serons-nous pas à une grande distance ? » Le démon alors renonça à son projet, fit ses excuses (au çramana), l’adora et s’en alla.

CPR IR 7 n 20e)

Autrefois, le roi d’un royaume envoya mander un de ses amis; celui-ci dit qu'on l’excusàt auprès du roi, mais qu’il était en train de creuser une fosse dans la terre pour y enfouir des joyaux des sept sortes. À cette nouvelle, le roi fut très surpris etenvoya de nouveau mander son ami; celui-ci fit dire au roi : « Maintenant je suis en train de descendre les joyaux pour les placer dans la fosse.» Alors

le roi envoya encore une fois mander son ami; celui-ci fit dire au roi : « Maintenant je suis en train de jeter de la terre en bas et de l'égaliser; quand j'aurai égalisé la terre, je viendrai. »

(Quand il fut venu), le roi lui demanda : « Quelle est votre folie, quand vous enfouissez des joyaux de toutes sortes, d'en informer les gens? » Son ami lui dit : « Réunir parmi les aliments, tout ce qu'il y a d’agréable et d’excellent pour en nourrir le Buddha et l'assemblée des bhiksus, c’est creuser une fosse dans la terre; verser les soupes et disposer les mets, c’est faire descendre les joyaux dans la fosse; balayer le sol et l’arroser d’eau pour exposer les livres saints, c’est égaliser la terre. Je vous le dis, à roi, de tels joyaux les cinq personnes (1) elles-mêmes ne pourraient y porter aucune atteinte. » Le roit dit: « Fort bien! fort bien ! vous ne m'en avez pas informé promptement, mais moi Je vous en informerai aussitôt ; je vais enfouir beaucoup de joyaux. » Alors le roi ouvrit ses trésors et fit de grandes libéralités pour nourrir le Buddha et l’assemblée des bhiksus; le Buddha prononça en sa faveur un vœu magique de purification et il conçut la pensée de la voie (tittotpäda).

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Autrefois, un maitre de maison invita le Buddha à manger. En ce temps, il y eut un homme qui vendait du lait de vache ; ce gros personnage (mahâjana) le retint et l’empécha de manger; il l'engagea à observer le jeûne

(1) L'eau, le feu, le voleur, le magistrat, la mort. Cf. p. 25.

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et les abstinences, et à écouter les livres saints ; quand cet hôte revint chez lui, sa femme lui dit : « Je vous ai attendu toute la matinée et n'ai point encore mangé. » Elle força alors son mari à manger et à rompre son intention de jeüner. Malgré cela, cet homme naquit sept fois en haut parmi les devas et sept fois dans ce monde. Le maitre dit : « Observer le jeûne pendant un seul jour, c’est s'assurer de la nourriture pendant six cent mille années, c’est en outre acquérir les cinq bonheurs qui sont : 4° avoir peu de maladies; 2° avoir le corps à l'aise; 3° avoir peu de désirs débauchés ; 4° avoir peu besoin de dormir; 5° obtenir de naître en haut parmiles devas et connaître toujours les actes commis dans des vies antérieures.

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