‹ Cinq lettres intimes de Roland de Lassus, commentéesChapitre 1 sur 14 · LA NOTE JUSTE · texte numérisé non relu

LA NOTE JUSTE

Voici Lassus sous un jour nouveau :

comme être humain, s'entend. Homo es !

L'histoire nous l'a transmis planant dans une auréole majestueuse. Mieux encore : ses œuvres, pures créations du génie, reluisent d'un éclat éblouissant que le temps ne saurait ternir.

Cantiques et madrigaux, extases de l'âme et fantaisies de l'esprit, il s'y incarne complètement, en subissant tour à tour l'influence de son éducation religieuse et de sa nature gauloise.

Sa personnalité humaine, prosaïque, réelle, où se dessine-t-elle ?

Point dans les chroniques assurément.

Thèmes laudatifs sur toute la ligne, amplifiés à plaisir par les biographes anciens et modernes.

Dans les pièces officielles peut-être? Requêtes, arrêtés, liquidations, gratifications... fatras d'une insignifiance inimaginable.

Dans les dédicaces ? Formules de politesse, tributs d'hommages... toute la nomenclature thuriféraire y défile. Beaucoup à la surface, peu au fond.

Et que de latin, que d'italien, d'allemand et de français ! Un vrai polyglotte, dirait-on. Ah ! qu'il en faudra rabattre !

Reste la correspondance familière. Ici seulement l'individualité même de l'artiste se révèle, et le scalpel moral peut pénétrer dans le vif de l'être.

Quelques épîtres intimes, et tout est dit. Vraies photographies physiologiques, en somme, et les seuls documents caractéristiques sur lesquels l'historien puisse se baser avec sûreté.

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