ACTE TROISIÈME
MA'BIE, Je haut.
Contre qui?
LE PÈRE JOSEPH
Contre tous ! Contre ces conseillers qui de votre jeunesse Encouragent encor la triste illusion, Contre celui surtout qui prend votre faiblesse, Pour le plus sûr appui de son ambition!
MARIE
Quoi! vous osez?
LE PÈRE JOSEPH
Oui, j'ose dire Que dans un piège on vous attire, Que monsieur de Cinq-Mars, puisqu'il le faut nommer, Sait ce qu^il peut gagner, enfin, à vous aimer?
MARIE
C'est une calomnie infâme !
Ah! devant Dieu, je suis sa femme.
Et l'outrager, c'est m'outrager,
Taisez-vous.
LE PÈRE JOSEPH, lentement, avec une pitié ironique.
Devant Dieu! sa femme!
Oui, je sais quels serments vous venez d'échanger!
Ces serments sont une folie.
Comme le sort que vous rêvez.
Dieu lui-même vous en délie, Ce Dieu qui les a réprouvés !
MARIE
N'espérez pas que rien délie Ces liens cent fois éprouvés,
Et que je descende avilie Au parjure que vous rêvez 1
LE PÈRE JOSEPH
Votre amour résiste à l'épreuve, Je l'admire en le déplorant, Oui, j'ai peine à le voir si grand.
Car... s'il vous fit épouse, il va vous faire veuve.
MARIE
Que dites-vous, grand Dieu!
LE PÈRE JOSEPH, très-durement.
Cinq-Mars, traître à son roi A son bienfaiteur infidèle, A conspiré contre eux. La loi Va punir de mort ce rebelle.
MARIE, terrifiée.
La mort!
LE PÈRE JOSEPH
Le cardinal pourrait lui pardonner.
MARIE
Que faut-il faire, hélas !
LE PÈRE JOSEPH
II faut. . . l'abandonner.
MARIE
Henri! l'abandonner!
LE PÈRE JOSEPH
Si vous voulez qu'il vive, nie faut!.. Écoutez.
Son du cor dans la forêt.
MARIE, accablée, à elle-même.
La mort !