‹ Cinq nôChapitre 8 sur 49 · VIII. — FORME GÉNÉRALE ET STRUCTURE DU NÔ · texte numérisé non relu

VIII. — FORME GÉNÉRALE ET STRUCTURE DU NÔ

Le développement régulier et logique d'une action dramatique proprement dite semble avoir assez peu préoccupé les premiers auteurs de nô. Ce qu'ils voulurent surtout, c'est réunir dans un ensemhle bien ordonné et d'intérêt croissant, différentes formes littéraires, musicales ou chorégraphiques particulièrement en faveur à leur époque. Ils y parvinrent en les groupant autour d'une action, ou simplement, dans les

commencements surtout, d'une situation, d'un fait minime, ou d'un personnage qui leur servît de lien et fût loccasion de leur apparition successive. Il était, évidemment, plusieurs manières d'ordonner cette succession, et il est vraisemblable qu'un certain nombre furent essayées à l'origine, pendant une période de tâtonnements dont il ne nous reste malheureusement rien. De l'ensemble des œuvres que nous possédons se dégage assez nettement un type général pleinement réalisé en beaucoup de pièces, à peine modifié en nombre d'autres, et qui ne s'altère sensiblement que dans des œuvres à tendances plus modernes où se laisse déjà voir la recherche de l'effet scénique. Les particularités de structure qu'offrent quelques pièces sûrement anciennes sont de peu d'importance et n'obscurcissent pas la netteté du type général dont nous parlons, et que nous considérons comme la forme régulière et ancienne du nô. Ancienne, disons-nous, car nous la trouvons dans les premières des pièces que nous connaissons; mais nous ne prétendons pas qu'elle soit absolument primitive, car le nô paraît bien avoir existé depuis un certain temps déjà au moment où celles-ci parurent, et nous savons par le témoignage de Seami que les acteurs s'efforçaient d'adapter leur répertoire au goût du jour, et remaniaient, arrangeaient certaines pièces anciennes dans ce but.

D'après ce type, le nô est une pièce en deux parties, l'une d'exposition, l'autre d'action, ou plutôt de mouvement et d'exhibition scénique : elles sont caractérisées principalement par une modification dans le rôle du sbite qui, simplement acteur dans la première, est surtout danseur dans la seconde. Cette modification, de nature à mettre successivement en relief les divers talents de l'exécutant, est indiquée extérieurement par un

changement de costume du sbite, qui devient plus somptueux en vue de la danse, soit que, pour une raison quelconque, le personnage soit amené à revêtir un vêtement nouveau, soit que, caché sous une forme d'emprunt dans la première partie, il soit censé, dans la seconde, reprendre sa vraie nature et se manifester dans tout son éclat. Ce changement est parfois de peu d'importance et se fait à l'arrière-plan , dans le kô%a, sans interruption de la pièce : d'autres fois, il réclame plus de temps, et un intermède, ai, prend place entre les deux parties. Le nô se divise de plus en scènes caractérisées, non pas tant par l'entrée ou la sortie des personnages, que par les formes littéraires ou musicales qui y sont employées. La succession de ces scènes donnera une idée plus claire de la forme générale du nô.

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