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VII. — COSTUMES ET MASQUES

Les costumes présentent naturellement de grandes différences suivant les rôles ; mais, en général, ceux qui sont revêtus pour la seconde partie des nô et pour la danse sont très riches et d'une ornementation aussi artistique que variée. La forme en est empruntée, avec quelque liberté, aux anciens vêtements de cour. Le sabre y paraît très souvent, la hallebarde beaucoup moins, l'arc et les flèches rarement ; mais, contrairement à ce qu'on pourrait croire, aucune pièce des anciennes armures n'y est employée. Pour le combat, les guerriers rabattent la

partie supérieure du vêtement de façon à dégager les bras des amples manches où ils s'embarrasseraient, et se ceignent la tête d'une étroite bande d'étoffe nouée par derrière et dont les extrémités retombent dans le dos : c'est le hachi-maki. L'armure est ordinairement remplacée par un vêtement de forme spéciale, le bçfpi, et le bacbi-mahi est attaché alors sur la coiffure (nasbiucbi-ebosbi) qui tient lieu du casque.

Le costume féminin n'a pas l'élégance, ni même l'aspect général qu'on serait porté à lui supposer d'après les peintures du temps ; il est même, à vrai dire, plutôt disgracieux. Il consiste essentiellement en une sorte de robe de chambre (bahu), ornée d'ailleurs de fort belles broderies aux couleurs vives, ouverte sur la poitrine et serrée à la taille par une cordelette qui la fait légèrement bouffer dans le dos. L'acteur, toujours masqué, porte une «perruque » (ka^iira ou katsura), dont les cheveux, séparés par une raie médiane, descendenttout autour de la tête à hauteur du cou, encadrant le masque. Un ruban aux dessins multicolores, le katsura-obi, l'enserre à hauteur du front et vient se nouer par derrière, laissant pendre ses deux extrémités jusqu'au milieu du dos. Tel est le costume ordinaire, simple et sans apprêts, pourrait-on dire; suivant les pièces, surtout pour la seconde partie où se trouve la danse, divers autres vêtements de forme moins engoncée, plus élégants, plus riches aussi, sont passés pardessus le premier.

Les masques méritent une mention spéciale. Ils ont reçu le nom général d'omote, ou en sino-japonais tnen, « face ». L'usage en fut vraisemblablement importé de Chine de bonne heure et, sans doute, dès le vie siècle,

avec les premières danses dont l'ensemble, fort accru depuis, forma le gigahu et le bugaku. A en juger par ceux qui sont conservés, notamment dans les musées de Nara et de Kyoto, dans le trésor du temple dTtsukushima et de quelques autres, les premiers masques étaient souvent de caractère forcé, d'exécution violente, et parfois de dimensions excessives. Très vivants pourtant et d'expression puissante, il y éclate une imagination, une fantaisie énormes, une sorte de maîtrise ou de virtuosité dans la déformation de la figure humaine. Les premiers masques furent, dit-on, faits de sciure de bois agglomérée qu'on renforçait d'un tissu, d'une trame, servant d'armature, et qu'on recouvrait d'une couche de laque. Le genre de travail nécessité par cette fabrication lui a valu le nom de « frappe » ; on dit en japonais : « frapper un masque » (men wo ittsu). Ce n'est que plus tard qu'on commença à les sculpter sur bois. L'usage qu'en firent les anciennes danses de dengaku et de sarugaku, puis les nô qui en sortirent, porta cet art à un très haut degré de perfection. Il eut ses maîtres et ses écoles, et il faut lui faire une place importante dans l'histoire de la sculpture à cette époque.

Les masques de nô se différencient des anciens par plusieurs particularités. Tout d'abord, à part les masques représentant quelques génies, les tengu par exemple, ils affectent les dimensions de la figure humaine, et si l'on excepte ces mêmes masques de tengu et ceux de démons, ils ne la déforment pas. La nécessité de laissersortir la voix de l'acteur oblige cependantà faire la bouche toujours assez largement ouverte. La diversité des personnages qu'ils représentent demande autant d'expressions différentes que de masques ; tous doivent interpréter en quelque sorte une sorte de vie humaine,

quelque sentiment de nous connu et éprouvé. Enfin, quoique la scène soit assez rapprochée des spectateurs, elle a néanmoins son optique dont il faut tenir compte. En général, les sculpteurs ont su triompher de ces difficultés, et, vus a la scène, leurs masques sont beaux : il en est d'admirables, surtout parmi ceux de vieillards et de démons, dont les rides ou lestraits contractés offraient une prise plus profonde à leur ciseau. Ceux de jeunes femmes, trop lisses, aux contours trop réguliers, sont de beaucoup les moins intéressants ; ils manquent en général d'expression et quelques-uns même sont franchement insipides. A l'inverse des précédents qui veulent un certain recul pour être bien appréciés, ils gagnent parfois à être vus de près : quelques traits s'y accusent que l'éloignement efface.

L'usage des masques est réservé au shite et à ses tsure ou tomo ; ils n'en portent cependant pas dans toutes les pièces. Le waki et ses tsure n'en usent jamais. Néanmoins, l'exécution correcte des répertoires actuels en réclame un nombre assez considérable : un auteur en énumère soixante-dix, parmi lesquels il en est, à la vérité, d'assez peu différents les uns des autres pour pouvoir se remplacer mutuellement. Ils ont reçu des dénominations particulières dont il serait sans intérêt de donner une liste complète. Souvent, c'est simplement le nom du personnage, Semimaru, Kumasaka, ou de la catégorie de personnages qu'ils représentent, uba, « femme âgée », jûroku, «jeune homme de seize ans», chûjô, «officier de haut grade»; parfois, un simple détail de physionomie, tsuri-manako, « yeux relevés, obliques », mika-^uki, « lune du troisième jour », c'està-dire sourcils effilés et bien arqués, etc. Toutefois, il est certains noms traditionnels dont l'origine est moins

aisée à déterminer et le sens moins clair : ils désignent surtout les masques d'esprits violents et de monstres. Il existe aussi quelques masques plus ou moins grotesques, réservés aux acteurs comiques et servant uniquement dans les cas de tacbi-ai, dont nous avons parlé plus haut, pour les apparitions de génies ou de dieux inférieurs. Nous ne nous occupons pas ici de ceux qui servent dans les comédies ; ils sont d'ailleurs en petit nombre.

Ajoutons enfin qu'on exécute aussi des bakama-nô, « nô en costume de ville » ; ce sont les mêmes pièces, jouées par les mêmes catégories d'acteurs, avec les mêmes accessoires, le même orchestre et le même chœur, mais dans lesquels on ne se sert ni de masques ni des costumes dont nous avons parlé. Les acteurs y portent simplement le costume de cérémonie, \tbahama, sorte de large pantalon, passé par-dessus l'habit ordinaire. Ce genre d'exécution, très apprécié des amateurs, qu'il dispense de frais considérables, n'est pas dédaigné même des professionnels.

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