‹ Cinq traités d'alchimie des plus grands philosophesChapitre 3 sur 44 · NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR ARNAULD- DE VILLENEUVE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR ARNAULD- DE VILLENEUVE

Arnauld de Villeneuve est né vers 1245 France, comme l'attestent Symphorianus Campegius et Joseph de Haitze. Quant au lieu précis de sa naissance il est incertain. Il étudia les langues mortes à Aix, la médecine à Montpellier. Il vint à Paris pour se perfectionner ; la rumeur populaire l'accusant de nécromancie et d’alchimie, il s'enfuit à Montpellier, où il fut bientôt nommé professeur, puis régent. En 1755 montrait encore à Montpellier, .sa maison portant sculptés sur la façade un lion et un serpent se mordant la queue. La soif d'apprendre le fait passer en Espagne, il professe quelque temps l'alchimie à Barcelone (1286) et apprend l'arabe. Il visite ensuite les universités célèbres d’Italie: Bologne, Palerme, Florence. Il revient à Paris,- mais ses propositions hérétiques, ayant excité contre lui les théologiens, il s'enfuit prudemment en Sicile, où Frédéric II le prit sous sa protection. Le pape Clément V atteint de la pierre, manda Arnauld de Villeneuve auprès de lui,, avec promesse de pardon. Arnauld s’embarqua pour la France (les papes siégeaient alorsà Avignon).

se résolvent en Mercure ; donc ce Mercure est la matière première de tous les métaux. J’enseignerai plus loin la manière de faire cette transmutation, détruisant ainsi l’opinion de ceux qui prétendent que la forme des métaux ne peut être changée. Ils auraient raison si l’on ne pouvait réduire les métaux en leur matière première, mais je montrerai que cette réduction en la matière première est facile et que la transmutation est possible et faisable. Car tout ce qui naît, tout ce qui croît, se multiplie selon son espèce, ainsi les arbres, les hommes, les herbes. Une graine peut produire mille autres graines. Donc il est possible de multiplier les choses à l’infini. D’après ce qui précède, celui qui analyse les choses verra que si les Philosophes ont parlé d’une façon obscure, ils ont dit du moins la vérité. Ils ont dit en effet que notre Pierre a une âme, un corps et un esprit, ce qui est vrai. Ils ont comparé son corps imparfait au corps, parce qu’il est sans puissance par lui-même ; ils ont appelé l’Eau un esprit vital, parce qu’elle donne au corps, imparfait en soi et inerte, la vie qu’il n’avait pas auparavant et qu’elle perfectionne sa forme. Ils ont appelé le ferment âme, car ainsi qu’on le verra plus loin, il a aussi donné la vie au corps imparfait, il le perfectionne et le change en sa propre nature.

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Le philosophe dit ; « Change les natures et tu trouveras ce que tu cherches. » Cela est vrai. Car dans notre magistère nous tirons d’abord le subtil de l'épais, l’esprit du corps, et enfin le sec de l’humide, c’est-à-dire la terre de l’Eau, c’est ainsi que nous changeons les natures ; ce qui était en bas nous le mettons en haut, de sorte que l’esprit devient corps, ensuite le corps devient esprit. Les philosophes disent encore que l’on fait notre Pierre d’une seule chose et avec un seul vaisseau ; et ils ont raison. Tout notre magistère est tiré de notre Eau et se fait avec elle. Elle dissout les métaux eux-mêmes, mais ce n’est pas en se changeant en eau de la nuée, comme le croient les ignorants. Elle calcine et réduit en terre. Elle transforme les corps en cendres, elle incinère, blanchit et nettoie, selon ce que dit Morien; « L’Azoth et le feu nettoient le Laiton, c’està-dire le lavent et lui enlèvent complètement sa noirceur. » Le laiton est un corps impur, l’azoth c’est l’argent-vif.

Notre Eau unit des corps différents entre eux, s’ils ont été préparés comme il vient d’être dit; cette union est telle que ni le feu ni aucune autre force ne peut les séparer par la combustion de leur principe igné. Cette transmutation subtilise les corps, mais ce n’est pas là la

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sublimation vulgaire des simples d’esprit, des gens sans expérience, pour lesquels sublimer c'est élever. Ces gens-là prennent des corps calcinés, les mêlent aux esprits sublimables, c’est-à-dire au mercure, à l'arsenic, au soufre etc., et ils subliment le tout à l’aide d’une forte chaleur. ■

Les corps calcinés sont entraînés par les esprits et ils disent qu’il sont sublimés. Mais quelle n’est pas leur déception, quand ils trouvent des corps impurs avec leurs esprits plus impurs qu’auparavant ! Notre subl^ationne consiste pas à élever ; la sublimation des Philosophes est une opération qui fait d’une chose vile et corrompue (par la terre) une autre chose plus pure. De même quand l’on dit communément ; Un tel a été élevé à l’Episcopat... par « élevé » on entend qu’il a été exalté et placé dans une position plus honorable. De même nous disons que les corps ont changé de nature, c’est-à-dire qu’ils ont été exaltés, que leur essence est devenue plus pure ; on voit donc que sublimer est la même chose que purifier ; c’est ce que fait notre Eau.

C’est ainsi que l’on doit entendre notre sublimation philosophique sur laquelle beaucoup se sont trompés.

Or, notre Eau mortifie, illumine, nettoie et vivifie ; elle fait d’abord apparaître les couleurs noires pendant

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la mortification du corps, puis viennent des couleurs nombreuses et variées, et enfin la blancheur. Dans le mélange de l’Eau et du ferment du corps, c’est-à-dire du corps préparé, une infinité de couleurs apparaissent.

C’est ainsi que notre Magistère est tiré d’un, se fait avec un, et il se compose de quatre et trois sont en un.

Apprends encore, Père vénérable, que les philosophes ont multiplié les noms de la Pierre mixte pour la mieux cacTier. Ils ont dit qu’elle est corporelle et spirituelle, et ils n’ont pas menti, les Sages comprendront. Car elle a un esprit et un corps ; le corps est spirituel seulement dans la solution et l’esprit est devenu corporel par son union avec le corps. Les uns l’appellent ferment, les autres Airain.

Morien dit: « La science de notre Magistère est comparable en tout à la procréation de l'Tiomme. Premièrement, le coït. Secondement, la conception. Troisièmement, l’imbibltion. Quatrièmement, la naissance. Cinquièmement, la nutrition ou alimentation. » Je vais t’expliquer ces paroles. Notre sperme qui est le Mercure, s’unit à la terre, c’est-à-dire au corps imparfait, appelé aussi Terre-Mère (la terre étant la mère de tous les éléments). C’est là ce que nous entendons par le coït.

Puis lorsque la terre a retenu en soi un peu de Mercure, on dit qu’il y a conception. Quand nous disons que

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le mâle agit sur la femelle, il faut entendre par là que le Mercure agit sur la terre. C’est pourquoi les Philosophes ont dit que notre magistère est mâle et femelle et qu’il résulte de l’union de ces deux principes.

Après l’adjonction de l’Eau, c’est-à-dire du Mercure, la terre croît et augmente en blanchissant, on dit alors qu’il y a imbibition. Ensuite le ferment se coagule, c’està-dire qu’il se joint au corps imparfait, préparé comme il a été dit, jusqu’à ce que sa couleur et son aspect soient uniformes, c’est la naissance, parce qu’à ce moment apparaît notre Pierre que les Philosophes ont appelée : le Roi, comme il est dit dans la Tourbe « Honorez notre Roi sortant du feu, couronné d’un diadème d’or ; obéissez-lui jusqu’à ce qu’il soit arrivé à l’âge de la perfection, nourrissez-le jusqu’à ce qu’il soit grand. Son père est le Soleil, sa mère est la Lune; la Lune c’est le corps imparfait. Le Soleil c’est le corps parfait. »

Cinquièmement et en dernier lieu vient l'alimentation, plus il est nourri, plus il s’accroît. Or, lise nourrit de son lait, c’est-à-dire du sperme qui l’a engendré au commencement. Il faut donc l’imbiber de Mercure, jusqu’à ce qu’il en ait bu deux parties, ou plus si c’est néces-

saire.

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s’ensuit MAINTENANT LA PRATIQUE.

Passons maintenant à la pratique, comme je l’ai annoncé plus haut. Et d’abord tous les corps doivent être ramenés à la matière première pour rendre la transmutation possible. Je vais ici te démontrer tout ce qui a été dit plus haut. Je te prie donc, ô mon fils, de ne pas dédaigner ma Pratique, parce qu'en elle se cache tout notre Magistère, comme je l’y al vu dans ma foi occulte.

Prends une livre d’Or, réduis-la en limaille très-brillante, mêle-la avec quatre parties de notre Eau purifiée, en la broyant et en l’incorporant avec un peu de sel et de vinaigre, jusqu”à ce que le tout soit amalgamé. L’or ayant donc été bien amalgamé, mets-ledans une grande quantité d’Eau-de-vle, c’est-à-dire de Mercure et mets-le tout dans r Urinai sur notre centre purifié ; fais au-dessous un feu très-lent pendant un jour entier; laisse alors refroidir, et quand ce sera froid, prends l’Eau et tout ce qui est avec, filtre à travers une toile de lin, jusqu’à ce que la partie liquide ait passé à travers le linge. Mets à part ce qui restera sur le linge, recueille-le et l’ayant mis dans une nouvelle quantité d’Eau bénite dans le

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même vase que ci-dessus, chauffe un jour entier, puis filtre comme précédemment. Recommence ainsi jusqu’à ce que tout le corps soit converti en Eau, c’est-à-dire en la matière première qui est notre Eau.

Ceci fait, prends toute cette Eau, mets-la dans un vase de verre et cuis à feu lent jusqu’à ce que tu voies la noirceur apparaître à sa surface ; tu enlèveras les particules noires avec adresse. Continue jusqu’à ce que tout le corps soit changé en une terre pure. Plus tu recommenceras cette opération et mieux céla vaudra. Recuis donc, en enlevant la noirceur, jusqu’à ce que les ténèbres aient disparu, et que l’Eau, c’est-à-dire notre Mercure, apparaisse brillante. C’est alors que tu auras la Terre et l’Eau .

Ensuite prends toute cette terre, c’est-à-dire la noirceur que tu as recueillie ; mets-la dans un vaisseau de verre, verse par-dessus de l’Eau Bénite, en sorte que rien ne dépasse la surface de l’eau, que rien ne surnage ; et chauffe à feu léger pendant dix jours ; puis broyé et remets de nouvelle Eau ; recuis la terre ainsi coagulée et épaissie sans ajouter d’eau. Cuis enfin à feu violent toujours dans le même vase, jusqu’à ce que la terre devienne blanche et brillante.

Ayant donc blanchi et coagulé notre terre, prends

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l’Eau de vie qui a été épaissie à l’aide d’une légère chaleur par la terre coagulée, cuis-la à un feu violent dans une bonne cucurbite munie de son chapiteau, jusqu’à ce que tout ce qu’il y a d’Eau dans le mélange ait passé dans le récipient et que la terre calcinée reste dans la' cucurbite. Prends alors trois parties pour quatre d’un ferment, c’est-à-dire que si tu as pris une livre du corps imparfait ou d’or, tu prendras trois livres de ferment,, c’est-à-dire de Soleil ou de Lune.

Il te faudra d’abord dissoudre ce ferment, le réduire en terre et répéter en un mot les mêmes opérations que pour le corps imparfait. Alors seulement tu les uniras, tu les imbiberas avec l'Eau qui a passé dans le récipient, et tu cuiras pendant trois Jours ou plus. Imbibede nouveau, recuis et recommence- cette opération jusqu’à ce que ces deux corps restent unis, c’est-à-dire ne fassent plus qu’un. Tu pèseras. Leur couleur n’aura pas changé. Alors tu verseras sur eux l’Eau déjà nommée, peu à peu, jusqu’à ce qu’ils n’en absorbent plus. Dans cette union des corps, l’Esprit s’incorpore à eux et comme ils ont été purifiés, il se change en leur propre nature. C’est ainsi que le germe se transforme dans les corps purifiés, ce qui n’aurait pas eu lieu auparavant à cause de leur grossièreté et de leurs impuretés. L’esprit croît en eux, il augmente et se multiplie.

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