‹ Cinq traités d'alchimie des plus grands philosophesChapitre 4 sur 44 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

Maintenant, Père vénérable, je reviendrai sur ce que j’ai dit en l'appliquant aux préparations des Philosophes anciens et à leurs enseignements si obscurs, si incompréhensibles. Cependant pèse les paroles des Philosophes, tu comprendras et tu avoueras qu’ils ont dit la vérité.

La première parole de notre Magistère ou de l’Œuvre est la réduction du Mercure (le corps), c’est-à-dire la réduction du cuivre ou d’un autre métal en Mercure. C'est ce que les Philosophes appellent la solution, qui est le fondement de l’Art, comme le dit Franciscus : « Si vous ne dissolvez les corps, vous travaillez en vain. » C’est de cette solution de laquelle parle Parménide dans la Tourbe des Philosophes. En entendant le mot de solution, les ignorants pensent de suite à l’Eau des nuées. Mais s’ils avaient lu nos livres, s’ils les avaient compris, ils sauraient que notre Eau est permanente, et que séparée de son corps elle devient dès lors immuable. Donc la solution des Philosophes n’est pas l’Eau de la nuée, mais c’est la conversion des corps en Eau de laquelle ils ont d’abord été procréés, c’est-à-dire en

LE CHEMIN-DU CHEMIN

Mercure. De même la glace se change en l’eau qui lui avait d’abord donné na’ssance.

Voici donc que par la grâce de Dieu tu connais le premier élément qui est l’Eau et la réduction de ce même corps en la matière première.

La seconde parole est « Ce qui se fait de la terre ». C'est ce que les Philosophes ont dit. « L’Eau sort de la terre. » Tu auras ainsi le second élément qui est la terre.

La troisième parole des Philosophes est la purification de la Pierre. Morien dit à ce sujet : « Cette Eau se putréfie et se purifie avec la terre, etc. » Le Philosophe dit : <( Unis le sec à l’humide ; cr, le sec c’est la terre, l’humide c’est l'Eau. » Tu auras déjà l’Eau et la terre en elle-même et la terre blanchie avec l’Eau.

La quatrième parole est que l’Eau peut s'évaporer par la sublimation ou l’ascension. Elle redevient aérienne en se séparant de la terre avec laquelle elle était auparavant coagulée et jointe ; et tu auras ainsi la Terre, l’Air et l’Eau. C’est ce que dit le Philosophe dans la Tourbe : K Blanchissez-le et sublimez à un feu vif jusqu’à ce qu’il s’échappe un esprit qui est le Mercure. C’est pour cela qu'on l’appelle oiseau d’Hermès et poulet d’Hermogène. » Vous trouverez au fond une terre calcinée, c’est une force ignée, c'est-à-dire de nature ignée.

CINQ TRAITÉS d’aLCHIMIE

Tu auras donc les quatre éléments, la terre, le feu et cette terre calcinée qui est la poudre dont parle Morien» <( Ne méprise pas la poudre qui est au fond parce qu’elle est dans un lieu bas. C’est la terre du corps, c’est ton sperme et en elle est le couronnement de l’Œuvre.

Ensuite avec la terre susdite mets le ferment, ce ferment que les Philosophes appellent l’âme : et voici pourquoi : de même que le corps de l’homme n’est rien sans son âme, de même la terre morte ou corps immonde n’est rien sans ferment, c’est-à-dire sans son âme.

Car le ferment prépare le corps imparfait, le change en sa propre nature comme il a été dit. Il n’y a pas d’autres ferments que le Soleil et la Lune, ces deux planètes voisines se rapprochant par leurs propriétés naturelles. C’est ce qui fait dire à Morien : « Si tu ne laves pas, si tu ne blanchis pas le corps immonde et que tu ne lui donnes pas d’âme, tu n’auras rien fait pour le Magistère. L’esprit est alors uni à l’âme et au corps, iî se réjouit avec eux et se fixe. L’eau s’altère, et ce qui était épais, devient subtil. »

Voici ce que dit Astanus dans la Tourbe des Philosophes : « L’esprit ne se joint aux corps que lorsque ceuxci ont été parfaitement purifiés de leurs impuretés. Dans cette union apparaissent les plus grands miracles.

LE CHEMIN DU CHEMIN

car toutes les couleurs imaginables se montrent alors et le corps imparfait prend d’après Barsen la couleur du ferment, tandis que le ferment lui-même demeure inaltéré.

O Père plein de piété, que Dieu augmente en toi l’êsprit d’intelligence pour que tu pèses bien ce que je vais -dire : les éléments ne peuvent être engendrés que par .leur propre sperme. Or ce sperme c’est le Mercure. Considère l’homme qui ne peut être engendré qu’à l’aide du sperme, les végétaux qui ne peuvent naître que •d une semence, autant qu’il en faut pour la génération ■et la croissance.

Il en est, qui croyant faire pour le mieux, subliment le Mercure, le fixent, l’unissent à d’autres corps, et cepen- ■dant ils ne trouvent rien. Voici pourquoi : un sperme me peut changer, il reste tel qu’il était ; et il ne produit son effet que lorsqu’il est porté dans la matrice de la femme. C’est pourquoi le Philosophe Mechardus dit ; « Si notre Pierre n’est pas mise dans la matrice de la femelle, afin d’y être nourrie, elle ne s’accroîtra pas.

O mon Père, te voilà donc selon ton désir, en possession de la Pierre des Philosophes.

Gloire à Dieu.

Ici se termine le petit traité d’ArnauId de Villeneuve, donné ' au pape, Benoît XI, en l’an 1303.

RAIMONDI LULLII

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