L ORAGE
des éclipses d’un moment , tant les éclairs étaient longs et tant leur absence était rapide. Les pics allongés et les rochers blanchis se détachaient sur ce fond rouge comme des blocs de marbre sur une coupole d’airain brûlant et simulant au milieu des frimas les prodiges du volcan; les eaux jaillissaient comme des flammes, les neiges s’écoulaient comme une lave éblouissante.
Dans leur amas mouvant se débattait un homme, et ses efforts le faisaient entrer plus avant dans le gouffre tournoyant et liquide ; ses genoux ne se voyaient déjà plus; en vain il tenait embrassé un énorme glaçon pyramidal et transparent, que les éclairs faisaient briller comme un rocher de cristal ; ce glaçon même fondait par sa base et glissait lentement sur la pente du rocher. On’ entendait , sous la nappe de neige , le bruit des quartiers de granit qui se heurtaient, en tombant, à des profondeurs immenses. Cependant on aurait pu le sauver encore; l’espace de quatre pieds à peine le séparait de Laubardemont.
— J’enfonce, s’écria-t-il; tends-moi quelque chose, et tu auras le traité.
— Donne-le-moi , et je te tendrai ce mousquet, dit le juge.
— Le voilà , dit le spadassin , puisque le diable est pour Richelieu; et, lâchant d’une main son glissant appui, il jeta un rouleau de bois dans la cabane. Laubardemont y rentra , se précipitant sur le traité comme un loup sur sa proie. Jacques avait en vain étendu son bras; on le vit glisser lentement avec le bloc énorme et dégelé qui croulait sur lui, et s’enfoncer sans bruit dans les neiges.
— Ah! misérable! tu m’as trompé! cria-t-il; mais
on ne m’a pas pris le traité. . . je te l’ai donné... entends -
tu... mbn père!
Il disparut sous la couche épaisse et blanche de la neige ; on ne vit plus à sa place que cette nappe éblouissante que sillonnait la foudre eu s’y éteignant; on n’entendit plus que les roulements du tonnerre et le sifflement des eaux qui tourbillonnaient contre les rochers * car les hommes groupés autour d’un cadavre et d’un scélérat, dans la cabane à demi-brisée, se taisaient, glacés par l’horreur, et craignaient que Dieu ne vînt a diriger la foudre ‘.