‹ CinqMars, ou Une conjuration sous Louis 13Chapitre 49 sur 55 · DOCUMENTS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

DOCUMENTS HISTORIQUES

Lorsque parut pour la première fois ce livre ', il parut seul, sans notes, comme œuvre tl’art , comme résumé, fl’un siècle. Pour qu’en toute loyauté il fut jugé par le public , l’auteur ne voulut l’entourer en nulle façon de cet éclat apparent des recherches historiques, dont il est trop facile de décorer un livre nouveau. Il voulut , selon la théorie qui sert ici de préface : Sur la vérité dans l'art, ne point montrer le lirai détaillé, mais l’œuvre épique, la composition avec sa tragédie, dont les nœuds enveloppent tous les personnages éminents du temps de Louis XIII. Bientôt cependant l’auteur s’aperçut de la nécessité d’indiquer les sources principales de son travail; et comme il avait toujours voulu remonter aux plus pures, c’est-à-dire aux manuscrits, et, à leur défaut, aux éditions contemporaines, il ajouta les renseignements les plus détaillés à la seconde édition de Cinq- Mars *, pour rectifier des erreurs répandues sur l’authenticité de quelques faits. Depuis lors il revint à la simple et primitive unité de son ouvrage. Mais aujourd hui que l’on a multiplié, au delà de ce qu’il eut pu attendre, cette production, qu’il est loin de croire irréprochable, il veut que les esprits curieux des détails du vrai anecdotique n’aient pas à chercher ailleurs les documents qu’il avait écartés.

(Page lüi. )

Une barbe plate et rousse à l'extrémité...

« Pendant sa jeunesse , dit l’historien du P. Joseph , il avait les cheveux et la barbe d’un roux un peu ardent. 11 s’était aperçu que

1 Nars 1836. —i vol. ln-8°.

2 Juül 1826. — 4 vol. ln-12.

•476 isoTES.

Louis XIII ne pouvait souffrir cette couleur; aussi avait-il pris soiu de la brunir avec des peignes de plomb et d’acier, jusqu’à ce qu’il eût trouvé le secret de la blanchir, que lui donna plus tard un empirique. L’horreur du roi pour cette couleur était telle, qu'un jour, son premier gentilhomme de la chambre (dont le frère avait le plus beau gouvernement du royaume), ayant l’honneur d'accompagner Sa Majesté à Fontainebleau, dans une partie de chasse, il ht tant de pluie qu’elle emporta toute la peinture dont il cachait la rousseur de scs cheveux. Le prince, l'ayant aperçue, en eut peur et lui dit : — bon Dieu, que vois-je! ne paraissez plus devant moi. Le gentilhomme fut obligé de se défaire de sa charge."

(Page 106.)

Son confident

Ce trop célèbre capucin , que l’un de scs historiens appelle l'esprit auxiliaire du cardinal , fut non-seulement son confident , mais celui du roi même. Inflexible , souple et bas, il affermissait les pas du ministre dans les voies du sang, et l'aidait à y faire descendre le faible prince. L’histoire de cet homme est partout; mais voici les détails d’une de scs manœuvres que l'on connaît peu.

Montmorency était pris à Castelnaudary. Louis Mil hésitait à le faire périr. Monsieur, qui l’avait abandonné sur le champ de bataille , demandait sa grâce avec vigœ ur. Le Cardinal voulait sa mort, et ne savait comment obtenir cette précieuse faveur. Bullion était chargé de la négociation, et conseillait Gaston : ce fut à cet homme que Joseph s'adressa d'abord.

11 s’empare de lui avec une adresse de serpent, et, par son organe, fait conseiller à Monsieur de ne pins demander au roi des assurances pour la grâce du jeune duc, mais de s’en remettre à la bonté seule de Louis, dont on blessait le cœur en ayant l’air d’en douter; Monsieur croit voir dans ce discours l'intention de pardonner, insinuée par son frère même, et fait son accommodement pour lui seul, sans rien stipuler pour le jeune duc, et s’en remettant à la clémence du roi. C’est alors qu’en un conseil étroit erftre le roi , le Cardinal et Joseph, celui-ci ose prendre la parole le premier, et concertant la fougue de ses vociférations politiques avec les flegmatiques arguments du Cardinal, arrache de Louis la promesse, trop bien tenue, d'étre inflexible, brularl de Leon , ambassadeur à Ratisbonne avec Joseph , di

NOTES. 377

que le capucin n’avait de chrétien que le nom et ne cherchait qu a tromper tout le monde.

Un ouvrage de 1635 , intitulé : La Vérité défendue, en parle en ces termes :

« Il est le grand inquisiteur d’Élat , interroge les prétendu* criminels, fait mettre les hommes en prison sans informaliou, empêche que leur justification ne soit écoutée, et, par des terreurs paniques , il tire les déclarations qui servent pour couvrir l’injustice du Cardinal. 11 fait indignement servir le ciel 5 la terre, le nom de Dieu au* tromperies , et la religion aux ruses de 1 Etat. »

Du reste, il appartenait à nue très-bonne famille, dont le nom était Du Tremblay.

Je renvoie à la Vie même de cet indigne religieux ceux qui le voudront mieux connaître.

( Page 108. )

Le Cardinal lui dicta ces devoirs de nouvelle nature, etc.

Ces insolents commandements de la religion ministerielle, fondée par Richelieu , sont extraits d’un manuscrit désigné dans 1 histoire du P. Joseph.

Voici comment s’exprime à ce sujet le révérend et naif historien et généalogiste, continuateur de l'abbé Richard :

« Il composa avec le cardinal un livre ayant pour litre : V Unité du ministre, et les qualités qu'il doit avoir. Cet ouvrage n’a jamais vu le jour qu'entre les mains du roi, et c'est ce traité qui détermina Sa Majesté à se reposer entièrement du gouvernement de son royaume sur son én.iuence. J’ai vu ce manuscrit m-folio, qui est tres-bien écrit. On n’aura pas de peine à reconnaître que le P. Joseph en est railleur, par la lecture des principales propositions qui y sont prouvées, premièrement , comme vérités chrétiennes; secondement, comme vérités politiques. On pourrait intituler ce livre : Testament polilicpie du I’. Joseph. Tous les grands hommes du siècle passé en ont laissé. On reconnaîtra aisément le génie du Père dans l’extrait de ce Testament. » ( Hist. du P. Joseph. ) Suivent les articles tels qu'on vient de les lire.

(Page 113.)

Quant au Marillac , etc

Le maréchal de Marillac fut privé de ses juges légitimes, les membres tjii parlement, qui voulurent en vain prendre connaissance de

NOXtS.

l'affaire, et virent Molé, leur procureur-général, iléerété cl interdit; traîne innocent de tribunaux en tribunaux, sans en trouver un assez habile pour lui découvrir un crime ; le maréchal de MariUae tomba enfin sous l'arrêt des commissaires, lu par un garde des sçcaux ecclésiastique (Cbàtcattucuf), auquel il fallut une dispense de Home, sollicitée exprès, pour condamner un homme sans reproche; et le Cardinal se prit à rire des lumières qu'il avait fait descendre forcément sur les juges. Quelle confusion! quel temps! Oq ne saurait trop éclairer les points priucipaux de l’histoire , pour éteindre les puérils regrets du passé dans quelques esprits qui u’exaiuincnt pas.

( Page 159. )

Ce jour-là le Cardinal parut revêtu d’un costume entièrement guerrier....

Ce costume est exactement décrit dans les Mémoires manuscrit5 de Poinlis , tel qu'on le lit ici. ( Bibl . de l'Arsenal. )

(Page 187.)

D'extirper une branche royale de Bourbon....

Le courte de Soissons, assassiué à la bataille de la Mariée, qu’il gagnait sur les troupes du roi, ou plutôt du Cardinal, l’ai sous les yeux les relations contemporaines les pins détaillées de cette affaire ; elles renferment ce qui suit : « Le régiment de Metleruicli et l'infanterie de Lamboy «'étant rompus, il ne resta prés dudit comte que trois à quatre des siens; lequel, dans ce désordre, fut abordé d'uu cavalier seul, que scs gens ne connurent dans cette confusion pour etiuemy, qui iuy donna un coup de pistolet au-dessous de

l'œil, dont il fut tué tout roide Ce grand prince, n’ayant d'autre

desseiq que de servir Sa Majesté et sou Liât, et arrester les violences de celuy qui veut ruiner tout ce qui est au-dessus de lui;. ... d(le Cardipal) vient d’extirper une branche royale de Bourbon, ayant fait choisir ce prince par un de scs gardes , qui s’éloit mis avec ce dcss.eiu exécrable , et par son commandement , parmy les gens d’armes de ce prince, ayant été reconnru tel, après qu’il fut tué sur la place, par ltiquciuoni , çscuyer du mesme prince dé— funct. » ( Mont (j lut , Fubert, etc., etc., Helation île Alontrésor, t. H, p. 520. )

Il existe à la Bibliothèque de Paris uu curieux autographe , qui mouirc quel prix mettait le cardiual à ces sortes d expéditious.

mîtes.

BILf.feT DE H. DES KO Y ERS, ESCRIT A M. LE MARECHAL DB C11AT1LLON APRES LA BATAILLE DE SEDAN.

Le Roy a résolu de donner un gouvernement et une pension pour sa vie durant au gendarme qui a tué le général des ennemis. Monsieur le maréchal renverra à Reims trouver Sa Majesté aussitôt qu’il y sera arrivé. Fait a Péronne, ce 9 juillet Jftil.

Des NoYtRS.

Vol. g. 6. 233. MM.

Examen de la correspondance secrète du cardinal de Richelieu, relative au procès de MM. Cinq - Mais et de Thon.

L’activité infatigable, la pénétration vive, la persévérance ingénieuse du Cardinal dtfcl! ichelieti à la lin de ses jours, quand les maladies, les fatigues, les chagrin.; semblaient devoir amortir ses rares facultés, ne sont pas seulement eu évidence dans la conduite de cette affaire ; il est curieux d’y observer en gémissant les voies souterraines, par lesquelles devait passer, pour arriver à son but, ce puissant mineur, comme disait Sbakspeare : O wortlty pioneer! Toutes les petitesses auxquelles sont forcés de descendre les travailleurs politiques pourraient rendre plus modestes leurs imitateurs, s’ils considéraient que celui-ci, après tons ses efforts, après l’accomplissement entier de ses projets, ne réussit qu'à hâter et assurer la chute de la monarchie unitaire qu’il croyait affermir pour toujours.

Pour montrer ces écrits sous leur vrai jour, il est nécessaire d’en écarter les longues phrases de procès-verbal, dont la sécheresse et la confusion ont dégoûté sans doute tous ceux qui les ont parcourus. Mais il importe d’en extraire les traits singuliers et vifs que l’on démêle dans cette nuit, lorsqu’on y attache des regards attentifs.

Sitôt que M de Cinq-Mars est arrêté et que lé duc d’Orléans s’est excusé par la lettre que j’ai citée dans le cours de ce livre * , la première inquiétude du Cardinal est de savoir si M. de Bouillon est arrêté. Dans le doute,

1 Chapitre XXIV, Intitulé LE Travail.

NOTES

et craignant le retour de Louis XIII à sa première affection pour Ginq-Mars , il s’arrête à Tarascon , et de là veut s’assurer que son crédit est dans toute sa force : comme un athlète qui se prépare à un grand combat, il essaie son bras et pèse sa massue.

Instruction, après Carrent de M. le Grand, à messieurs de Chnvitjny et Des Noyers, estant prbs du Roy , pour sravoir, entre autres choses de Ha Majesté, si Son Eminente agira comme elle a fait ci-devant, ainsi quelle le jugera à propos.

Si monsieur de Bouillon est pris, il est question de faire voir promptement que l'on l'a pris-avec justice; pour ec faire il faut descouvrir les auteurs de Madame qui en ont donné advis, et qu’au cas que ladite dame ne voudroit, on peut trouver quelque invention par laquelle on puisse faire eonnoistre qu’on a cette découverte ; ou le peut faire en resserrant de toutes parts les*prisonniers sans permettre de parler à personne, parce que par ce moyen on pourrait . faire croire aux uns que les aubes ont dit ce que Con sçait : ce qui leur donnera lieu de se confesser, et à tout le moins de le croire.

Faut arrester Cioniac, que l’on dit avoir des papiers secrets. Faut retirer la cassette de cheveux et amourettes , qu’a monsieur de Choisy.

Faut représenter au Boy qu’il est très-important de ne dire pas qu’il ait kruslé tous les papiers, et en effet l'on croit qu'il ne l’a pas fait.

Si monsieur de Bouillon est pris, il faut pourvoir l'Italie d’un elief de grande fidélité, pour plusieurs raisons qui pressent. Il en faut un en Guyenne, et un autre dans le Boussillon, estant douteux si monsieur de Turenne voudroit servir, et si l’on le doit laisser seul; le Boy y pourvoira s'il lui plaist.

On voit quel piège il indique; M. de Cinq-Mars y tomba le premier.

La réponse ne se fait pas attendre : on a arrêté M. de Bouillon ; le l’.oi a consenti à faire tous les mensonges qui lui sont dictés , et , pour preuve de son obéissance , il écrit de sa main la lettre qui suit :

NOTES

lettre du Boy à Son Éminence,

Je ne me trouve jamais que bien de vous voir. Je me porte beaucoup mieux depuis hier; et en suite de la prise de monsieur de Bouillon, qui est un coup de parti, j'espère avec i’ayde de Dieu que tout ifra bien, et qu'il me dounera la parfaite saute; c’est de quov je le prie de tout mon cœur.

Louys.

Avec ce gage on peut agir, et il a fait menacer Monsieur, et ne lui a répondu que vaguement. Gaston se remet à supplier ; le même jour il écrit au Roi, au cardinal Mazarin, à M. Des Noyers, à M. de Chavigny, et une seconde fois au Cardinal. Remarquez que c'était à lui d’abord qu’il avait demandé pardon le i7 juin, avant de supplier le Roi le 25 , suivant en cela la hiérarchie établie par le Cardinal. Il demande grâce à tout le monde et promet une entière confession.

Là-dessus , le Cardinal met le pied sur le frère du Roi, et l’écrase par la lettre froide où il lui conseille de tout confesser. On l’a lue au chapitre : Le Travail.

Reviennent de nouveaux rapports du fidèle agent Chavigny, lequel ne connaît pas d’assez humbles termes pour parler au Cardinal, dont il se dit sans cesse la créature. Chavigny se moque de Monsieur et du cholèra-morbus (déjà connu, comme l’on voit], qui saisit l’agent de ce prince dans la peur d’être arrêté. — 11 fait conseiller à Gaston de se retirer hors de France. On voit que le Roi ne se permet pas de répondre sans que le Cardinal ait corrigé la lettre qu’il doit écrire.

M. de Chavigny à Son Éminence.

Le Roy parla hier à monsieur de la Rivière aussi bien et aussi fortement qu'on le pouvoit désirer. Je luy fi» mettre par cscrit et signer tout ce qu’il luy dit de la part de Monsieur, ainsi que Son Éminence verra par la copie que je luy envoyé : et lorsqu’il fit difficulté d’obéir aux commandements de Sa Majesté, elle luy parla en maistre,

Ai

NOTES

et il eut si grand’peur qu’on l’arrestast, qu’il luy prit presque une défaillance, et en suitte une espèce de choléra- morbus dont i! a esté gitary en lui rasseurant l’esprit. Le Roy fut ravy de ce que Monsei- Ijneur n’eust pas la pensée de voir Monsieur. En parlant à monsieur de la Rivière, jè l’ai fait tomber insensiblement dans le dessein de proposer à Monsieur qu’il confesse ingennëmem tonies les chose! par un esrrit qu’il envoyera au Roy : pour, après avoir vn Sa Majesté, s’en aller pendant un temps hors le royaume, avec ses bonnes grâces et celles île Son Eminente.

Il m’a dit qu’il feroit cette proposition à Monseigneur, et qu’il luy demanderait sa parole pour la sourelé de Monsieur, an cas qu’en confessant toutes choses par escrit, il vinst trouver le Roy, pour s'en aller par après hors de France.

En ce cas Son Eminence aura agréable de faire sçavoir à scs créatures si Venise n’est pas le meilleur lieu où puisse aller Monsieur, et quelle somme elle estime qu'on lui puisse accorder par an.

• J’envoye à Monseigneur la réponse du Roy, qui doit être mise au pied de la déclaration de la Rivière, afin qu'elle soit corrigée comme il lui plaira, cl de la mettre entre ses mains quand il passera.

je seray jusqties à la mort sa très-humble, très obligée et trèsfidelle créature.

Chaviomy.

A Montfrin, le dernier juin 1 64 1 .

Le Cardinal permet à Monsieur de sortir du royaume , et d’aller à Venise , et stipule la pension qu’il aura de façon à le rendre sage.

Mémoire de MM. de Chavigny et Des Noyers.

Je ne fais point de difficulté, si le Roy le trouve bon, de donner parole à monsieur de la Rivière que, Monsieur déclarant au Roy tout ce qu’il sçait par cscrit, sans réserve, venant voir Sa Majesté avant que de sortir du royaume, selon la proposition que nous en a fait ledit sieur de la Rivière, Sa Majesté le laissera aller librement, sans qu’il reçoive mal, s'il sort du consentement du Roy. Venise est uue bonne demeure, et en ce cas il faut que la permission qu'il demandera au Roy de sortir porte : « Pour ne revenir en France que > lorsqu’il plaira au Roy nous le permettre et nous l'ordonner. •

Quant à l’argent , je crois qu’il se doit contenter de ce que le Roy d'Espagne luy devoit donner, sçavoir : dix mille écus par mois. Car

- Bigitiîed by Geegle

NOTES

luy donner plus, c'est luy donner moyeu de mal faire ; et le lloy ne pouvant consentir qu’il tneiue avec luy les mauvais esprits qui l’ont perdu, il n’a pas besoin davantage pour luy et pour les gens de Lieu. Cependant, s'il faut passer jusques à quatre cent mille livres, je ne crois pas qu'il faille s'arrester pour peu de chose. Je suis entièrement à ceux qui m’aiment comme vous.

Le cardinal de Richelieu.

DcTarascon, ce dernier Juin 1642.

Ou monsieur de la Rivière vient avec un simple compliment de parole et une confession de faute déguisée , ou il vient avec charge de descouvrir une partie de ce qui a esté fait:

Si le premier, le Roy doit adjointe,- Joy ( ou le témo/ymr) <r ce qu'il dit, et respondre qu’il pardonne volontiers à Monsieur, et que monsieur de la Rivière luy rapporte ce qu’il a sur la conscience, qu’il u’cu doit pas estre en peine;

Si le second, il doit encore luy tesiuoigncr de croire que tout ce qu’il dit est tout, et respondre : ■ Ce que vous venez de descouvrir » me surprend, et ne me surprend pas.

y II me surprend, parce que je n’eusse pas attendu cc nouveau tes- » moignage de manque d'affection de mon Frcre. Il ne me surprend » pas, parce que monsieur le Grand, estant pris, s’enquiert fort si on » ne l’accuse point d’intelligence avec Monsieur.

» Monsieur de la Rivière, je vous parleray franchement : ceux qui > ont donné ces mauvais conseils à mon Frère ne doivent rien atlcn- » dre de moi que la rigueur de la justice; pour mon Frère, s’il me » descouvre tout cc qu’il a fait sans reserve, il recevra des effets de » mu bonté, comine il en a déjà reccu plusieurs fois par le passé. »

Quelque instance que la Rivière fasse d’avoir promesse d’uu pardon général, sans obligation de descouvrir tout ce qui s’est passé, le Roy demeurera dans sa dernière respouse, luy disant qu’il ne votidroit pas luy-mesmele conseiller de faire plus que Dieu, qui requiert un vray repentir et une ingénue rcconnoissanre pour pardonner ;

Qu’il luy doit suffire qu'il l'asseure que Monsieur recevra des effets de sa bonté, s’il se gouveruc envers Sa Majesté comme il doit, c’est-à-dire, ainsi qu’il est dit cy-dessus.

On voit que les rôles sont écrits mot pour mot, et que le Roi ne doit rien y ajouter ni retrancher. Aussitôt l’agent de Monsieur (La Rivière) accourt, et le Cardinal l'envoie -

NOTES

au Roi d’avance dicter sa réponse. Avec quelle souplesse chaque personnage obéit au directeur de cette sanglante comédie ! v .

Les observateurs politiques ne s’endorment pas : ils excitent Louis XIII par tous les moyens possibles contre le bouc émissaire sur qui tout péché doit retomber. On redouble de rigueurs avec le prisonnier.

Des Noyers écrit , le 30 juin 1642 , au Cardinal :

Le Roy m’a dit qu’il croit que M. le Grand eût e'té capable de se faire huguenot. J’y ay adjousté qu’il se fusl fait Turc pour régner et osier à Sa Majesté ce que Dieu luy a si légitimement donné. Sur qnoy le Roy m’a dit :

— Je le crois.

Sa Majesté m’a dit ce matin que Trcville avoit entretenu M. le Marquis sur l’arrivée de M. le Grand à Montpellier, et qu’en entrant dans la citadelle, il avoit dit :

• Ah ! faut-il mourir à vingt-deux ans ! Faut-il conspirer contre » la patrie d’aussi bonne heure • ! Ce quelle avoit très-bien receu.

M. Des ü o) ers à Son Éminence.

Paris, le t*r juillet

Sa Majesté est échauffée plus que jamais contre M. le Grand, car elle a sccu que, durant sa maladie, ce misérable, que M. le premier présideut nomme fort bien le perfide public, avoit dit du Roy :

— 11 traînera encore !

Rien n’est oublié pour irriler Louis XIII, quoiqu'il nous soit difficile de sentir le sel du bon mot du premier président.

Le même homme (Des Noyers) écrit encore, le 1er juillet 1642, de Pierrelaté :

Sa Majesté continue dans de très-grandes démonstrations d’a-

NOTES. 485

mour pour Monseigneur, et daus une exécration non pareille pour ce malheureux perfide public.

Ainsi le bulletin de- la colère royale est envoyé au Cardinal heure par heure, et l’on a soin que la fièvre ne cesse pas. Les parents des deux jeunes gens veulent supplier , on les arrête. M. de Chavigny écrit le 5 juillet 1642 :

L'abbé d’Effiat et l’abbé de Thou vcnoient trouver le Roy, à ce qu’on nous avoit assuré ; Sa Majesté a trouvé bon qu’on envoyait audevant d’eux pour leur commander de se retirer.

La correspondance est pressante. Le lendemain (4 juillet 1642), le Cardinal écrit de Tarascon :

Les énigmes les plus obscures commencent à s’expliquer : le perfide public confessant, au lieu où il est, qu'il a eu de mauvais desseins contre la personne de M. le Cardinal, mais qu’il n'en a point eu que le Boy n’y ait consenti; le mal est que la liberté qu’il a eue jusques à présent de se promener deux fois le jour fait que ce discours commence d’étre bien espandu en cette province , ce qui peut faire beaucoup de mauvais effets.

Une crainte mortelle agite le Cardinal qu'on ne vienne à savoir que le Roi a été de la conjuration : il rend la prison plus sévère. Il ajoute :

Ccton , lieutenant des gardes écossoises, âgé de soixante-six ans, a laissé promener M. le Grand deux fois le jour. Il n’y a que trois jours qu’il en usoit encore ainsi ; ce qui me feroit croire que les premiers ordres ont été perdus.

M. de Bouillon n’a demandé qu’un médecin et deux valets de chambre; le perfide public a six personnes qui doivent être retranchées. Autrement, il est impossible qu’il ne fasse sçavoir tout ce qu'il voudra; jamais prince n’en eut davantage.

Vous parlerez adroitement de ce que dessus, sans me mettre en jeu aucunement.

486 NOTES

Comme il attend avec impitienco un bon commitsaire, il dit :

J’aUeiul:. M. de Chaxé, que «ow essayerons par M. de Thau. — Faiies-lç hâter par le Rhône, car le temps nous presse, et U est nécessaire que je sois icy pour 1 aider à ses interrogatoires, que je luy douneray toutes digérées.

Comme il faut envenimer la plaie du cœur royal , il n'oubliç pas un trait qui puisse porter :

U est bon que le fide{ marquis <iv Mortewar die an Roy çpmfifte le peifide public disoit que FontraUks avait dit uu bon mot sur ses maladies, sçavoir, est :

— Il nest pas encore assez mal.

Pour montrer comme le per/idc et ses principaux confidents étoient ipal intentionnel vers le Roy.

On voit que nulle légèreté de propos , nulle étourderie du jeune favori n’est omise par le rusé politique. Chavigny répond sur-le-champ et dans les mêmes terme» ;

Le fidèle marquis n’a peu eucore prendre sou jemp* pour dire ce que monsieur le Cardinal a mande : ce sera pour dernaip; nous verrons ce que le Roy en dira.

Puis, le lendemain, le même Chavigny écrit à la hâte -.

Morlcntar a dit tout au long au Roy le mot de M. le Grand. Le Roy n’a pas manqué , aussi-tôt ouy ce discours, de le rapporter à Çhavigny,

(Lui-méme, qui persifle ainsi Louis XIII sur sa docilité !)

Et je crois qu’il en lait de mesme à M. Des Noyers.

Le Roy m’a conmiaudé expressément de le Caire sçavoir à Son Éminence, et luy dire qu’il croyoil M. le Grand assez détestable pour avoir eu une si horrible pensée , el qu’il sc souvient qu’il ayoil à Lyon plus de cinquante gentilshommes qui depeudoiem 4c luy.

On n’a rien oublié pour entretenir Sa Majesté en belle humeur. Le

NOTES

Roy a répété plusieurs fois que M. le Grand cstoit le plus grand menteur du monde. Ainsi on peut espérer que l’amitié est bien usée dans le cœur de Louis XIII.

Le 6 janvier 1642 (que l’on remarque cette rapidité), les deux créatures du Cardinal-Duc, Chavigny et Des Noyers, lui disent le résultat de leurs insinuations :

Nous supplions très-humhlement Monseigneur de se mettre l'esprit en repos, et de croire qu’d ne fut jamais si puissant auprès du Roy qu’il est , que sa présence opérera tout ce qu'elle voudra.

Le même jour le Cardinal-Duc écrit au Roi très-humblement, et sur le ion d’une victime et d'un prêtre candide que le Roi défend.

Son t'uiinence au Roi.

Ayant sçeu, dit-il , la nouvelle dcseouvcrlc qu’il a pieu au Roy faire du piauvair dessein qu’avoil M. le Uraud contre moy, contre utt cardinal, qui depuis viogt-ciuq ans a, par lu permission de Dieu, assez heureusement servi sou uiaistrc; plus la malice de çe malheureux est grande, plus la honte de Sa Majesté paruist. Dnseptiesme juillet t&i1-

Et le 7, il fait venir M. de Thou dans sa chambre, l’envoyant chercher dans la prison de Tarascon. J’ai sous les yeux ce çurieux interrogatoire et le donne tel qu'il a été conservé mot poqr mot : il p'est pas superflu de faire remarquer le ton de politesse exquise des deux personnages, dont aucun n’oublie le raug et le caractère de l’autre , et qui semblent toujours avoir dans la pensée leur vieil adage: Un gentilhomme en vaut un autre.

NOTES

Interrogatoire et réponse de M. de Thou à Monseigneur le Cardinal -

Duc , gui renvoya guérir en la prison du cliasteau de Tarascon.

(Journal de M. le Cardinal de Richelieu, gu il a fait durant le

grand orage de la , cour, en tannée 1 64 a , el tiré des mémoires gu il

a escrit de sa main. M.DC.XLVIll.)

M. i.e Cardinal. Monsieur , je vous prie de m’excuser de vous avoir donné la peine de venir icy.

M. de Thob. Monseigneur, je la reçois avec honneur et faveur.

Après, il luy fit donner une cliaize près de son lit.

M. le Cardinal. Monsieur, je vous prie de me dire l’origine des choses qui se sont passées cy-derant.

M. de Thob. Monseigneur, il n’y a personne qui le puisse mieux sçavoir que Vostre Éminence.

M. le Cakbinal. Je n'ay point d’intelligences en Espagne pour le sçavoir.

M. de Thob. Le Roy en ayant donné l’ordre, Monseigneur, cela n'a peu eslre sans vous l’avoir fait cognoistre.

M. i.e Cardinal. Avez-vous escrit à Rome el en Espagne?

M. de Thob. Ouy, Monseigneur, par le commandement du Roy.

M. le Cardinal. Estes-vous secrétaire d’Etat, pour l'avoir fait?

M. de Thob. Non, Monseigneur; mais le Roy me l'ayant commandé, je n’ay peu faillir de le faire.

M. le Cardinal. Avez-vous quelque pouvoir de cela?

M. de Thob. Ouy, Monseigneur; la parole du Roy et un commandement de le faire par escrit.

M. le Cardinal. Si est-ce que M. de Cinq-Mars n’en a rien dit.

M. de Thob. H a eu tort. Monseigneur, de ne l’avoir dit : car il a rcccu le commandement aussi bien que moi.

M. le Cardinal. Où sont ces commandements?

M . de Thob. Ils sont en bonnes mains , pour les produire quand il eu sera besoin.

Mais c’est là ce qu’il faut éviter. Le Cardinal ne veu* pas savoir que le Roi a donné des ordres contre lui. Il demande à Paris des commissaires , un surtout qu’il désigne, M. de Lamon , pour aider M. de Chazé à de nouveaux interrogatoires dirigés contre ce de Thou si iinpo-

saut , si ferme , si grave , si loyal et si redoutable par sa vertu.

Tandis que ce jeune magistrat parle ainsi, Gaston d'Orléans , Monsieur, le frère du Roi, envoie sa confession et se met à genoux , en ces termes

Gaston, fila de France, frère unique du Boy, estant touché d’un véritable repentir d’avoir encore manqué à la fidélité que je dois an Roy Monseigneur, et désirant me rendre digne de la grâce et du pardon , j’avoue sincèrement toutes les choses dont je suis coupable.

Suivent les accusations contre M. le Grand , sur qui il rejette noblement toute l’affaire.

Puis une seconde confession accompagne la première, touchant l’autre péché :

Monsieur, frère du Roy, à son Eminence.

D’Atgueperce, le 7 juillet 1642.

Gaston, etc. Ne pouvant assez exprimer à mon cousin le Cardinal de Richelieu quelle est mon extrême douleur d’avoir pris des liaisons et correspondances avec ses ennemis .. je proteste devant Dieu, et prie M. le Cardinal de croire que je n’ay pas eu plus grande connoissaucede ce qui peut regarder sa personne, cl que, pour mourir, je n’aurois jamais preste ny l’oreille ny le coeur à la moindre proposition qui eust été contre elle, etc., etc.

La politesse de la frayeur ne peut aller plus loin et plus bas , assurément.

Mais le maître n’est pas content encore de ces mensonges et de ces humiliations.

Il envoie ses ordres sur ce qui doit être dit par Monsieur , s’il veut qu’on lui permette de rester dans le royaume et qu’on lui donne de quoi vivre.

On confrontera Monsieur et M. de Cinq-Mars.

Instructions de Son Éminence.

Quaud on amènera M. le Grand au lieu où sera la personne de Monsieur, Monsieur luy doit dire :

• M. le Grand ,. quoyque noussoyons de différente qualité, nous

490 notes.

nous trouvons en mestne peine, mais il faut que nous ayons recouis à mesnie remède. Je confesse notre faute et supplie le Boy de la pardonner. »

Ou M. le Grand prendra le mestne chemin et demeurera d'accord de ce qu’aura dit Monsieur , ou il voudra faire l’innocent ; en quel cas, Monsieur lui dira :

«Vous m'avez parlé en tel lieu, vous m'avez dit cel<|, vous vinstes à Saint-Germain me trouver en mon csrurie avec Mdt Bouillon (tel et moy, tels et tels) «... Ensuite Monsieur dit a le teste de l'histoire.

Il fera de même lorsqu'on 1 ti amènera M. de ^ouillon.

11 se contentera de la promesse de rester dans le royaume, sans jamais prétendre charge ny emploi.

Je dis ceci, après avoir bieu philosophé sur celte affaire, qui peut çstrc celle de la plus yramh importance qui soit jamais arrivée eu ce royaume de cette nature.

Mais Monsieur (ait beaucoup de difficulté de se laisser confronter aux accusés; il craint de manquer d’assurance devant eux. Le Roi n’ose l’exiger de son frète; il faut trouver un biais ; le chancelier Seguicr le trouve et |’euvoie bien vile :

J'ai proposé au Boy de mander MM. Talou , conseiller d’Estat et advocal-géucral, Le Brel et du Biguou, qui oui tous grande connoissauce des matières criminelles, pour conférer avec moy sur toutes les propositions que je luy ferai.

Leur advis est que l’on peut dispenser Monsieur d'être présenté à la lecture de sa déclaration aux accusés.

Cet advis est appuyé d’exemples et de raisons : quant aux exemples, nous avons la procédure faite de La Mole et Coconas, accusés de lèzc-majeslé. En ce procès les déclarations dit Boy de Navarre et du duc d'A(ençon furent recettes et leucs aux accusés saus confrontation, encore qu’ils l'eussent demandée.

.... Une déposition d’un témoin avec des présomptions infaillibles servent de preuves et de conviction contre un accusé eu crime de lèze-mnjesté : ce qui n'est pas autres crimes.

On voit que le chancelier y met fort bonne volonté. £ilit l’avis donné par Jacques Taluji cj. |lierqame Bignon

NOTES

et Orner Talon, décidant «qu'aucun fils de France n’a esté ouy dans aucun procès, et que leur déclaration sert de preuve sans confrontation. »

Le chancelier reçoit la déclaration de Monsieur eu «compagnie des juges , sieurs de Lauhardemont , Marca , de Paris, Champignv, Miraumesnil, de Chazé et de Sève, dans laquelle le duc d'Orléans avoue : avoir donné deux hlancs signés à Font railles pour traiter avec le roi d'Espagne à l'instigation de M. le Grand ; il le présente comme ayant séduit aussi M. de Bouillon.

Après ces écrits, le Cardinal est armé des toutes pièces, et, sûr du succès , il peut partir. Il se rend à Paris , et, tandis que l’on juge à Lyon Cinq Mars et de Thon qu’il abandonne, il va à Paris remettre la main sur le Roi et faire grâce â Monsieur moyennant sa nullité politique, et à M. de Bouillon en échange de la place de Sedan.

Le rapport du procès est très-curieux à lire et trop volumineux pour être copié ici ; il se trouve à la suite des interrogatoires. Le rapporteur charge ainsi M. de Cinq- Mars après avoir passé légèrement sur Monsieur et le duc de Bouillon :

Quand à M. le Grand , il est chargé non seulement d’estre complice de ccttc conjuration , mais ensuite d'en estre auteur et promoteur.

M. le Grand empoisonne l’esprit de Monsieur par des craintes* imaginaires et supposées par lui. Voilà un crime.

Pour se garantir de ses teri eurs , il le porte à faire un parti daus l’Estat. En voilà deux. t

Il le porte à s'unir à l’Espagne. C’en est un troisième.

11 le porte à ruiner monsieur le Cardinal, et le faire chasser des affaires. C’en est un quatrième.

11 le porte à faire la guerre en France pendant le siège de Perpignan, pour interrompre le cours du bonhenr de cet Estai. C'en est un cinquième.

11 dresse luy-même le ttaiti d’Espagne. C'en est un sixième.

11 produit Fontrailles à Monsieur , pour être envoyé pour le traité , et envoyé à monsieur le comte d’Aubijoux. Ces suites peuvent

■VOTES

eslre estimées un septième crime, ou au moins l'accomplissement de tous les autres.

Tous sont crimes de lézc-majesté, celuy qui touche la personne des ministres des princes estant réputé , par les loix anciennes et constitutions des empereurs, de pareil poids que ceux qui touchent leurs propres personnes.

Un ministre sert bien sou prince et son Estât, on l'ôte à tous les deux, c’est tout de mesme que qui priveroit le premier d'uu bras et le second d'une partie de sa puissance.

Je livre ces arguments aux réflexions des jurisconsultes. Ils penseront peut-être qti il y eût eu quelque réponse à faire si l’on eût regardé comme possible de répondre à ces absurdités d’un pouvoir sans contrôle. Le grand fait du traité d’Espagne suffisait , et je ne transcris ce que le rapporteur ajoute que pour montrer l'acharnement qui lui était prescrit contre l'ennemi , le rival de faveur du premier ministre.

Si M. Cinq-Mars eût été moins ardent , moins hautain et plus habile, il ne devait pas se mettre dans son tort en traitant avec l’étranger. Il pouvait renverser le vieux ministre à moins de frais et sans s’attacher au front l’écrilcau d'allié de l’étranger , toujours détesté des nations monarchiques nu républicaines, celui du connétable de Hourbon et de Coriolan. Mais il avait vingt deux ans et n'avait pas la tête tout entière aux grandes affaires II agissait trop . vite , hâté par la passion, contre un homme d'expérience qui savait attendre avec froideur et mettre sou ennemi dans son tort.

SUR l'interrogatoire secret.

( Extrait (tes registres. )

M. île Cinq-Mars advoua à M. le Chancelier que la plus forte passion qui l’uvoit emporté à ce qu’il avilit fait estoil de mettre hors des atïaires monsieur le Cardinal, routre lequel il avoil une adversion qu’il ne pouvoit vaincre ny modérer.

Il disoit que s x choses lui avoieut donné cette adversion : i. La première, qit’après le siège d’Arras, à la tin duquel il s’eloit

trouvé, monsieur le Cardinal avoit parlé de luy comme d’une personne qui u’avoit pas témoigné beaucoup de coeur.

2. Qu’après l'alliance de M. le marquis de Sourdis et de son frère, le Cardinal avoit dict que M. de Sourdis avoit faict honueur à sa maison.

3. Qu’ayant souhaité d’être faict Duc et Pair, monsieur le Cardinal en avoit détourne le Itoi.

4. Qu'il s’estoit senti obligé de prendre la protection de M. l’ar- #

cbevêque de Bordeaux, lequel il avoit cru qu’on vouloit perdre.

5. Que luy parlant de la princesse Marie, il dit que sa mère vouloit faire le mariage de luy avec elle; Son Éminence dict que -vu mère, madame efliffiat, estoit une folle , et que si la princesse Marie avoit cette pensée , qu’elle estoit plus folle encore. Qu’ayant esté proposée pour femme de Monsieur, il auroit bien de la vanité et de la présomption de la prétendre; que c’estoit chose ridicule.

6. Que le Cardinal avoit trouvé estrange que le Roy l’eust admis au conseil, et l'en avoit faict sortir.

( Page 419. )

Il se faisait tirer, dit un journal manuscrit , etc., etc.

Son bateau prit terre contre la balme de Donneri. En celte ville, où quaulilé de noblesse l’attendoit, entre autres M. le comte de Suze, Monseigneur de Viviers le salua à la sortie de son bateau; mais il fallut attendre de lui parler jusques à ce qu’il fût au logis qu'on lui avoit préparé dans la ville. Quand son bateau abordoit la terre, il y avoit un pont de bois qui du bateau alloit au bord de la rivière; après qu’on avoit vu s'il étoit bien assuré, on sortoit le lit dans lequel ledit seigneur étoit couché, car il étoit malade d'une douleur ou ulcère au bras. Il y avoit six puissants hommes qui portoient le lit avec deux barres ; et les lieus où les hommes nieitoicnt •

les mains étoient rembourrés et garnis de billeteries. Ils portoienl sur leurs épaules et autour du cou certaines tra pointe* garnies en dedans de coton, et la main couverte de buffle; si bien que les sangles ou surfaix qu’ils mettoient au cou étoient comme une étolc qui descendoit jusques aux barres dans lesquelles elles étoient passées.

Ainsi ces hommes portoient le lit et ledit seigneur dans les villes ou aux maisons auxquelles il devoit loger. Mais ce dont tout le monde étoit étonné , c’cst qu’il cntroil dans les maisons par les fenêtres ; car auparavant qu’il arrivât , les maçons qu’il menoit abattaient les croisées des maisons, ou faisoient des ouvertures aux murailles des

NOTES

chambres où il devoit loger, cl en après on faisoit un pont de bois qui venoil de la rué jusqu'aux fenêtres ou ouvertures de son logis : ainsi étant dans son lit portatif, il passoit par les fîtes, et ort'lc pas- Soit SUr le pont jusqnêS dans un autre lit qui liii étoit préparé dans sa chambre, que scs officiers avoient tapissée de damas incarnât et violet, avec des ameublements très-riches. I! logea à Viviers dans la maison de Montarguy , qui est à présent à l’université de notre église. On abattit la croisée de la chambre , qui a sa vne sur la place, et le pont de hois pour y monter venoit depuis la boutique de Noël de Viclh , sous la maison d’Ales, du côté du nord , jusques à l'ouverture des Fenêtres, où le seigneur Cardinal fut porté de la manière expliquée. Sa chambre étoit gardée de tous côtés, tant sou* les voûtes qtt’ès côtés et sur le dessus des logements oit il cotiehnit.

Sa cour ou suite étoit composée de gens d’importance ; la civilité , affabilité et courtoisie étoienl avec eu*. La dévotion y éfôît trèsgrande; rar les SollatS, qui sont ordinairement indévots et impies, firent de grandes dévotions. Le lendemain de son arrivée, qui étoit un dimanche, plusieurs d’iccux se confessèrent et communièrent avec démonstration de grande piété ; ils ne firent aucune insolenre dans In ville, vivant quasi comme des pucellcs. La noblesse aussi fil de grandes dévotions. Quand on étoit sur le llliônc , quoiqu'il y eut quantité de bateliers, tant dans les barques qu'après les chevaux, on n'osoit jamais blasphémer , qu’est quasi utt miracle que de telles gens demeurassent dans une telle rétention ; on ne leur voyoit proférer que les mots qui leur étoienl nécessaires pour la conduite de leurs barques, mais si modestement, que tout le monde en étoit ravi.

Monseigneur le cardinal Bigni logea à l'archidiaconc. On a voit préparé la maison de M. Panisse (tour monseigneur le cardinal Mazarin; mais au partir du bourg Saint-Andéol, il prit la poste pour aller trouver le Roi. Le dimanche a5, ledit seigneur fut reporté dans son bateau avec le même ordre. ( Extrait du joui nal manuscrit de J. de Banne . )

Sur les derniers moments de MM. de Cinq-Mars et de 1 hou, et leurs actes de dévotion.

La bravoure de M. de Cinq-Mars était froide , noble et élégante. Il n’y en a pas de mieux attestée. Si, après tant de détails historiques résumés dans le livre, il en fallait

Page 1