‹ CinqMars, ou Une conjuration sous Louis 13Chapitre 50 sur 55 · MITES · texte numérisé non relu

MITES

de nouvelles preuves , j'ajouterais , pour les confirmer, cette lettre de M. de Ma rca , et des fragments du rapport qui les suit , où l'on pourra remarquer ce passage :

— C’est une merveille incroyable qu’il ne témoigna jamais aucune peur, ni trouble , ni aucune émotion , etc.

Le recueil intitulé : Journal de M. le Cardinal, duc de liichelieu , qu’il a faict durant le grand orage de la court, en l’année 1642, tiré de ses Mémoires qu’il a etcrit de sa main , porte ces paroles à la relation de l'instruction du procès :

Monsieur de Cinq-Mars ne changea jamais de visage, ny de parole ; toujours les mêmes douceurs, modération et asseuranre.

Tallemant des Réaux dit dans ses Mémoires, lome i, page 418, etc., elc. :

« M. le Grand fut ferme, et le combat qu'il souffroit en lui— i même ne parut point au dehors. — Il mourut avec une grandeur » de courage étonnante, et ne s’amusa point à haranguer. Il ne » voulut point de bandeau. Il avoil les yeut ouverts quand on le j frappa , cl tenoil le billot si ferme qu’on eut de la peine à en rci tirer ses bras. Il estoil plein de eceur et mourut en galant homme, s Quoiqu'on citt résolu de ne point lui donner la question , comme » portoit la sentence, on ne laissa pas de la lui présenter; cela le » toucha , mais ne lui Ht rien faire qui le démentit, et il défaisoit » déjà son pourpoint quand on lui lit lever la main seulement pour » dire la vérité. »

— Plusieurs rapports ajoutent que, conduit à la chambre de la toriqre, il s’écria : Où me menez-vous? — Qu’il sent mauvais ici! en portant son mouchoir à son ne/. Ce dédain ine semble un de ces traits de bravoure moqueuse dont notre histoire fourmille.

Il rappelle le mot d'un gentilhomme qui , conduit à l’échafaud de 1793 , dit au charretier du tombereau : Postillon , mène-nous bien , tu auras pour boire. Les Français se vengent de la mort en se moquant d'elle.

NOTES

Frutjment d'une lettre de Monsieur de Marco, conseiller d’ Estât, à Monsieur de Brienne, seeivtaire d' Estât, laquelle fait mention de tout ce qui s'est /tassé à l'instruction du procez de Messieurs de Cinq- Mors et de Tlutu.

Monsieur,

J’«y creu que vous auriez pour agréable d’eslre informe des choses principales qui se sont passées au jugement qui a esté rendu contre Messieurs Le Grand et de Tliou ; c'est pourquoy j’ay pris la liberté de vous en donner counoissance par celle-cy. Monsieur le Chancelier commença par la déposition de Monsieur le duc d’Orléans, laquelle il recettt en forme indiciaire à Ville-Franche en Bcau-Jolois, où estoit lors Monsieur, dont lecture luy fut faite eu présence de sept commissaires qui assistoienl Monsieur le Chancelier. En cette action il déclara que Monsieur Le Grand l'avoit sollicité de faire une liaison avec luy et avec Monsieur de Bouillon, et de traiter avec l’Espagne; cc qu'ils auroient résolu eux trois dans l’hostcl de Venise, au fatixbourg Saint-Germain, environ la feste des Rois dernière.

Fontrailles fut choisi pour aller à Madrid, où il arresta le traité avec le Comte-Duc, par lequel le Roy d’Espagne promettoit de fournir douze mille hommes de pied et cinq mille chevaux de vieilles troupes , quarante mille escus à Monsieur pour faire nouvelles levées , etc., etc. . . ,

La confession du traité, sans l’avoir révélé, jointe aux preuves qui sont au procez, des entremises pour la liaison des complices, et le temps de six semaines oti plus que M. de Thon avoit demeuré près de Monsieur le Grand, logeant dans sa maison près de Perpignan , le conseillant en scs affaires, après avoir eu connoissance que le dit sieur le Grand avoit traité avec l'Espagne, et partant qu’il estoit criminel de leze-majesté ; tout cela joint ensemble porta les juges à le condamner, suivant les lois et l’ordonnance qui sont expressément contre ceux qui ont sçeu une conspiration contre l'Estat cl ne l’ont pas revelée , encore que leur silence ne soit point accompagné de tant d’autres circonstances qu'estoicnl en l’affaire du dit sieur de Thou. Il est mort en vray chrestien, en homme de courajc , cela mérite un grand di-cours particulier. Mousieur le Grand a aussi lesmoigné une fermeté toujours rsgalc, et fort résolu à la mort, arec une froideur admirable, une constance et une dévotion chres-

lienne. Je vous supplie que je quitte ce discours funeste, pour vous usscurer quet je continue dans les respects que je dois, et le ilcsir de paroistre parles effets que je suis,

Monsieur ,

Votre très humide et obéissant servit cur, Marca.

De Lyon, ce te septembre t642.

A la suite de cette lettre de M. de Marca, fut imprimé, en m. dc. lxv, un journal qui , depuis peu , a été attribué légèrement à un greffier de la ville de Lyon. Ce rapport fut très-répandu , et publié , comme on voit, il y a ccnt soixante-douze ans. Une partie des détails a été reproduite , en 1826 , par l’auteur de Cinq-Mars , qui le citait, et ses traits principaux sont épars, et, pour ainsi dire, semés dans le cours de la composition. Cependant quelques-uns de ces traits, qui ne pouvaient y trouver place, furent à dessein laissés de côté , et ont été omis dans les réimpressions qui ont été faites de ce rapport. Il ne sera pas inutile de les reproduire ici. Us complètent la peinture des caractères de ce livre, et montrent que l’auteur a été religieusement fidèle à l'histoire f et n’a pas permis à l’imagination de se jouer hors du cercle tracé par la vérité.

« Nous avons vu le favori du plus grand et du plus jusle des rois , laisser sa tête sur l'échafaud, h l'âge de vingt-deux ans, mais avec une constance qui trouvera à peine sa pareille dans nos histoires. Nous avons vu un conseiller d'Etat mourir comme un saint, après un crime que les hommes ue peuvent pardonner avec justice. — Il n’y a personne au monde qui, sachant leur conspiration contre l'Etal, ne les juge dignes dc mort, et il y aura peu dc gens qui, ayant connaissance de leur condition et de leurs belles qualités naturelles, ne plaignent leur malheur.

» Monsieur de Cinq-Mars arriva à Lyon le quatriesme septembre dc la présente année 1642, sur les deux heures après midy, dans un carrosse traisné par quatre chevaux, dans lequel il y avoit quatre gardes du corps , ayant le mousquet sur le bras , et entouré de

NOTES

gardes à pied au nombre de cent qui esloiem à Monsieur le Cardinal-Duc. Devant marchoient deux cents cavaliers, la plus parc Catalans, el estoienl suivis de trois reuts autres bien montez.

» M. le Grand estoit vestu de drap de Hollande, couleur de musc, tout convert de dentelle d’or, avec un manteau d’csearlale à gros boitions d’argent à queue : lequel estant sur le pont du Bosne, avant que d'entrer dans la ville, demanda à Monsieur de Ccton, lieutenant des gardes escossoises, s'il agréoit qu'on formast le carrosse; ce qui luy fut refusé, el fut conduit par le pont de Saint-Jean ; au Change : el puis par la rue de Flandre jusques au pied du rhasleau de Pierre-Encise , se moustrapt par les rues incessamment par l’une et Pâture portière , saluant tout le monde avec une face riante, sortant à demy-corps du carrosse; et mestne recogneut beaucoup de personnes qu’il salua, les appelant par leurs noms.

» Estant arrivé h Pierre-Encise , il fut assez surpris quand on hty dit qu'il falloit descendre, et monter à cheval par le dehors de lu ville, pour atteindre le chasteau : Voicy donc la dernière que je feray, dit-il, s'estant imaginé qu’on avoit donné ordre de le conduire au bois de Yincennes. 11 avoit sou enl demandé aux gardes si l’on pe luy permettrait pas d'aller à la chasse quand >1 y serait.

» Sa prison estoit gu pied de la grande tour du chasteau, qui n’avoit point d’autre veue que deux petites fenestres qui tomboient dans un petit jardin , au bas desquelles il y avoit corps de gardes , dans la chambre aussi, oit Monsieur de Ceton couchoit avec quatre gardes dans i’arriire-chambre , et à toutes les portes il en estoit de mesme.

» Monteur le cardinal Bichy le fut \isiter lç Içndçmaiu cinqUtesnie, et luy demanda s’il luy agreoit qu’on luy envoyas; quelqu'un avec qui il se pût divertir dans sa prisou. 11 respondit qu’il eu serait très-aise , mais qu’il ne méritoit parque personne prix çeltc peine.

" F.n siiilte de quoy Monsieur le cardinal de Lyon fit appeler le Père Malavalete, jésuite, auquel il donna commission de l’aller voir puisqu’il le désirait; lequel y fut le 6 dès les ciuq heures du matin, oit il demeura jusquesàhuit heures. Il le trouva dans un lit de damas iucarnai, incommodé i ce qui le rendoit fort pasle et debile. Le bon Père sçeut si bien entrer dans son esprit, qu’il |e demanda encore sur le soir, puis cominua à le voir soir et matiu pendant tous les jours de sa prison : lequel rendit ce mple puis oprès à Mes-

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