‹ CinqMars, ou Une conjuration sous Louis 13Chapitre 52 sur 55 · MUES · texte numérisé non relu

MUES

qui l’avoit visilé et console durant sa pris n de Tarascon. 11 fut bien aise de le voir; il se promena avec lui quelque temps dans un entretien spirituel, (le Père étoit venu à l’occasion d'un vœu que M. de Tliou avoit fait à Tarascon peur sa délivrance, qui étoit de fonder une chapelle de trois cents livres de rente annuelle dans l'église des Pères Cordeliers de cette ville de Tarascou ; il donna ordre pour cette fondation , voulant s’acquitter de son voeu, puisque Dieu, disoit-il, le délivrait non-seulement d’une prison de pierre , mais encore de la prison de son corps ; demanda de l’encre et du papier, et écrivit judicieusement celte belle inscription, qu’il voulut être mise en cette chapelle :

Cliristo libcratori, votum in carcere pro libertate . conceptum.

Fran. Augtist. Thuanus e carcere vitæ jam jam liberandus merito solvit.

! xil septemb. M. D. c. XLH confltebor tlbl, Domine, quoniam exaudisti me, et faetus es mlhi In salutem.

Cette inscription fera admirer la présence et la netteté de son esprit, et fera avouer à ceux qui la considéreront que l’appréhension de la mort n’avoit pas eu le pouvoir de lui causer aucun trouble. Il pria M. Thomé de faire compliment de sa part à M. le Cardinal de Lyon, et lui témoigna que s’il eut plu à Dieu de le sortir de ce péril, il avoit desiein de quitter le monde, et de se donner entièrement au service de Dieu-.

Il écrivit deux lettres qui furent portées ouvertes à M. le Chancelier, et puis remises entre les mains de son confesseur pour les faire tenir ; ces lettres étant fermées , il dit : Voilà la dernier r pensée que je veux avoir pour le monde, partons au Paradis. Et dès lors i] reprit sans interruption ses discours spirituels et se confessa une seconde fois. 11 demaudoit parfois si l'heure de partir pour aller au supplice approchoit, quand on les devoit lier, et prioil que l'on l'avertît quand l’exécuteur de la justice serait là , afin de l’embrasser : mais il ne le vit que' sur l'échafaud. «

NOTES

Sar la paraphrase que fit M. de Thou.

Le Père Montbruu , confesseur de M. de Thou , est cité dans ce rapport , et donne ces détails :

M. de Tliou, étant sur l'échafaud à genoux, récita aussi le Psaiim e 1 13, et paraphrasa en français presque tout du long, d’une voix assez haute et d’une action vigoureuse, avec une ferveur indicible, mêlée d’une sainte joie, incroyable à ceux qui ne l'auroient pas vue. Voici la paraphrase qu'il en lit, que je voudrais pouvoir accompagner de l’action avec laquelle ilia disoil ; j’ai tâché de retenir scs propres paroles.

« Credidi, propler quod locutus su ni. Mon Dieu , crcdidi ; je l’ai cru et le crois fermement, que vous êtes mon créateur et mon bon père , que vous avez souffert pour moi*. que vous m'avez racheté au prix de votre sang, vous m’avez ouvert le Paradis. Credidi. Je vous demande, mon Dieu, un grain, un peiit grain de celte foi vive, qui euHaminoit les cœurs des premiers chrétiens : Credidi, propler quod locutus sum. Faites, mou Dieu, que je ne vous parle pas seulement des lèvres, mais que mon cœur s’accorde à toutes mes paroles, et que ma volonté ne démente point ma bouche : Credidi. Je ne vous adore pas, mon Dieu, de la langue : je ne suis point assez éloquent; mais je vous adore d’esprit , oui , d’esprit , mon Dieu , je vous adore en esprit et en vérité ! Ah ! ah ! crcdùli Je me suis lié en vous , mon Dieu, et me suis abandonné à votre miséricorde après tant de grâces que vous in avez faites : propler quod locutus sum; et, dans cette confiance, j’ai parlé, j’ai tout dit, je me suis accusé.

• Eqo aulem liiimilintus nimis. Il est vrai, Seigneur, me voilà extrêmement humilié’, mais non pas encore comme je le mérite. Ego dixi in excessu meo : Omnis homo mendax. Ah ! qu’il n’est que trop vrai que tout ce monde n’est que mensonge, que folie, que vanité! ah ! qu’il est vrai : Omnis liomo mendax ! Quid rctribuam Domino pro omnibus quai rclribuit milti. Il répétoit ceci d’une grande véhémence : Culicem salularis accipium. Mon père, il le faut boire courageusement ce calice de la mort ; oui , je le reçois d’un grand cœur, et je suis prêt à le boire tout entier.

» Et nomen üomim invocabo. Vous m’aiderez, mon père, à implorer l’assistance divine, afin qu’il plaise à Dieu de fortifier ma foiblesse, et me donner du courage autant qu’il en faut pour avaler ce i alicc que le bon Dieu m’a préparé pour mon saint.

NOTES

«Il passa 1rs deux versets qui suivent dans ce Psalme , et s'écria d’une voi* forte et animée : Dirupisli, Domine, vinculn mea! Ah! mon Dieu, que vous avez fait un grand coup! vous avez brisé ces liens qui me tenoient si fort attaché au monde! Il falloit une puissance divine pour m’en dégager. Dirupisli, Domine, vinculn men ! Voici les propres mots qu’il dit ici : « Que ceux qui m'ont amené ici m'ont fait un grand plaisir! que je leur ai d'obligations! Ah! qu’ils m’ont fait un graud bien , puisqu'ils m'ont tiré de ce inonde pour me loger dans le Ciel! »

• Ici son confesseur lui dit qu’il falloit tout oublier, qu'il ne falloit pas avoir de ressentiment contre eux. A cette parole, il se tourna vers le père tout à genoux, comme il éloit, et d'une belle action : « Quoi! mon père, dit-il, des ressentiments? Ah! Dieu lésait, Dieu m’est témoin que je les aime de tout mon cœur, et qu'il n'y a dans mon âmeaucune aversion pour qui que ce soit au monde. Dirupisli, Domine, vincula mea; tibi sacrificabo hostiam taudis. La voici l’hostie. Seigneur (se montrant soi-même), la voi'à cette hostie qui vous doit être maintenant immolée : Tibi sacrificabo hostiam taudis et nomen Domini invocabo. Vota mea Domino reddam (étendant les deux bras et la vue de tous côtés, d'un agréable mouvement, le visage riant et enflammé) in conspectu omnis populi ejus. Oui, Seigneur, je veux vous rendre mes vœux , mon esprit , mon cœur , mon àme , ma vie t’tl conspectu omnis populi ejus , devant tout ce peuple, devant toute cette assemblée ! In atriis dnmus Domini, in medio tui Jérusalem. In atriis domus Domini. Nous y voici à l’entrée de la maison du Seigneur. Oui, c’est d'ici , c'est de Lyon, de Lyon qu'il faut monter làbaut(levant les bras vers le ciel). Lyon, que je t'ai bien plus d'obligation qu’au lieu de ma naissance , qui m’a seulement donné une vie misérable, et tu me donnes aujourd'hui une vie éternelle! in medio tui, Jérusalem. H est vrai que j'ai trop de passion pour cette mort. N'y a-. -il point de mal, mon père? dit-il plus bas, en souriant, se tournant à côté vers le père. J’ai trop d’aise. N’y a-t-il point de vanjtp ? Pour moi , je n’en veux point. »

Détails du supplice de M. de Cinq- Mars.

( Fragment du même rapport. )

C’est upc merveille incroyable qu’il ue témoigna jamais aucune yeur, ni trouble , ni aucune émotinu , ains parut toujours gai , assuré , inébranlable , et témoigna une si grande fermeté d’esprit , que tous ceux qui le virent en sont encore dans l’épmncmcnt,

NOTES

M Je Cinq Mai s, sans avoir les yeux bandés , posa for t proprement son col, dit le narrateur, sur le poteau, tenant le visage droit, tourné vtrs le devant de l’échafaud; et embrassant fortement de sc» deux bras le poteau , il ferma les yeux et la bouche , et attendit le coup que l’exécuteur lui vint donner assex pesamment et lentement, et s'étant mis à sa gauche et tenant son couperet des deux mains. En recevant le coup, il poussa une voix forte , comme : Ah !... qui fut étouffée dans son sang ; il leva les genoux de dessus le lilor , comme pour sc lever, et retomba en la même assiette qu’il étoil. La tête n’étant pas entièrement séparée du corps par ce coup, l'exécuteur passa à sa droite par derrière , et , prenant là tête par les cheveux de la main droite , de la gauche il scia avec son couperet une partie delà trachée artère et la peau dti cou, qui n’étôit pas coupée; après quoi il jeta la tête sur l'échafaud , qui de là bondit à terre , où l'on remarque soigneusement qu’elle fit encore un demi-tour et palpita assez long-temps. Elle avoil le visage tourné vers les religieuses de Saint-Pierre, et le dessus de la tête vers l’échafaud, les yeux ouverts. Son corps demeura droit contre le poteau, qu’il tenoit toujours embrassé, tant que l’exécuteur le tira pour le dépouiller, ce qu’il fit, et puis lé couvrit d’un drap et mit son manteau par-dessus; la tctc ayant été rendue sur l'échafaud, elle fut mise auprès dn corps , sous le même drap .

L’exéculion tle M. de Thou ressemble, comme celle de M. de Cinq Mars, à un assassinat; la voici telle que la donne ce même journal , et plus horriblement minutieux que la lettre de Montrésor.

L’exécuteur vint pour lui bander les yeux avec le mouchoir; mais, comme il le faisoil fort mal , mettant les coins du mourhoir en bas, qui convroirnt sa bouche, il le retroussa et s’accommoda mieux. Il adora le crucifix avant que de mettre la tête sur le poteau. 11 baisa le sang de M. tle Cinq-Mars, qui y étoit resté. Après, il mit son col sur le poteau , qu'un frère jésuite avoit torché de son mouchoir, parce qtéil étoil tout mouillé de sang, et demanda à ce frère s’il étoit bien , qui lui dit qu’il falloit qu’il avançât mieux sa tête sur le devant, ce qu'il fit. En même temps, l’exécuteur, s’apercevant que les cordons de sa chemise n’étoient point déliés et qu’ils lui tenoient le col serré, lui porta la main au col pour les dénouer; ce qu’ayant senti, il demanda : « Qu’y a-t-il ? faut-il encore ôter la chemise ?» et se disposoit déjà à I ôter. On lui dit que non , ou i»

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fallolt seulement dénouer les cordons; ce qu’jyant fait, il tien sa chemise pour découvrir son col el scs épaules , cl ayant mis sa léte sur le poteau , il prononça scs dernières paroles, qui furent : Maria, mater qratiie , mater misericordice... puis: In manus tuas... et lors ses bras commencèrent à trcinblotter en attendant le coup , qui lui fut donné tout en haut du col , trop près de U tête, duquel coup son col n’étant coupé qu’à demi, le corps tomba du côté gauche du poteau, à la renverse, le visage contre le ciel, remuant les jambes el haussant foihlenicnt les mains. Le bourreau le voulut renverser pour achever par où il avoit commencé ; mais, effrayé -des cris que l’on faisoit contre lui, il lui donna trois ou quatre coups sur la gorge, et ainsi lui coupa la tête, qui demeura sur l’échafaud.

L’exécuteur, l’ayant dépouillé, porta son corps, couvert d’un drap, dans lecarrosse qniles avoit amenés; puis il y mit aussi ecluidc M. Cinq-Mars cl leurs têtes, qui avoient encore toutes deux les yeux ouverts, particulièrement celle de M. de Tltou , qui scinbloit être vivante. De là, ils furent portés aux Feuillants, où M. de Cinq- Mars fut enterré devant le maître-autel, sous le balustre de ladite église, par la bonté et autorité de M. duGay, trésorier de France en la généralité de Lyon. M. de Tltou a été embaumé par le soin de madame sa sccur et mis dans un cercueil de plomb, pour être transporté en sa sépulture.

Telle fut la fin de ces deux personnes , qui , certes , dévoient laisser à la postérité une autre mémoire que celle de leur mort. Je laisse à chacun tien faire tel jugement qu’il lui plaira, et me contente de dire que ce nous est une grande leçon de l’inconstance des choses de ce monde et de la fragilité de notre nature.

Les dernières volontés de ces deux nobles jeunes gens nous sont demeurées par les lettres qu'ils écrivirent après la prononciation de leur arrêt. Celle de M. de Cinq-Mars à la maréchale d’Lffiat, sa mère, peut paraître froide à quelques personnes , par la difficulté de se reporter à celle époque , où, dans les plus graves circonstances, on s’attachait à contenir plus qu’à exprimer chaleureusement se3 émotions , et où le grand monde, dans les écrits et les discours, fuyait le pathétique autant que nous le cherchons.

A OTES.

Lettre de M. le Grand à madame sa mère, la marquise d’ Epiât.

Madame ma très-chère el liès-honoréc mère , je vous escris , puisqu'il ne m'est plus permis de vous voir, pour vous conjurer, madame , de me rendre deux marques de voire dernière bonté : l'une , madame , en donnant à mon âme le plus de prières qu'il vous sera possible, ce qui sera pour mon salut; l’autre, soit que vous obteniez du Roy le bien que j'ai employé dans ma charge de gvamlescuyer , et ce que j'en poovois avoir d'autre part auparavant qu’il fût confisque’ , ou soit que celte grâce ne vous soit pas accordée , que vous ayez assez de générosité pour satisfaire à mes créanciers. Tout ce qui dépend de la fortune est si peu de chose, que vous ne devez pas inc refuser cette dernière supplication , que je vous fais pour le repos de mon âme. Croyez-moi, madame, en cela pluslôt que vos scuiIibciUs s’ils répugnent en mon sou1 ait, puisque, ne faisant plus un pas qui ne me conduise à la mort , je suis plus capable que qui que ce soit déjuger de la valeur des choses du moude. Adieu , madame , et me pardonnez si je ne vous ay pas assez respectée au tems que j’ai vcscu , et vous assurez que je meure ,

Ma très-chère et très-honorée mère ,

Votre très-humble et très-obéissant et très-obligé fils et serviteur,

Henri d’Effiat de Cinq-Mars.

Le manuscrit original est à la Bibliothèque royale de Paris (manusc. n° 9527), écrit d'une main ferme et calme.

Sur la dernière lettre de Fia içois- dugustc de Thou.

On a vu que, laissé seul un moment dans sa prison, M. de Thou écrivit une lettre qui fut remise à son confesseur. Foilà , disait-il , la dernière pensée que je veux avoir pour ce monde. On a vu ses efforts pour se détacher de celte dernière pensée , et ce redoublement de prières ferventes, qu’il prononce en se frappant la poitrine. Il prie Dieu d’avoir pitié de lui , il repousse tout le monde ; il s’enveloppe déjà dans son linceul. Cette dernière pensée était la plus cruelle qui puisse faire saigner le cœur

d'un homme ; c’était un regard dernier jeté sur une femme aimée; c’était un adieu à sa maîtresse, la princesse de Guémené. Le ton en est grave , et le respect du rang ne s'y perd pas non plus que celui de sa dignité personnelle et du moment so ennel qui s’approche. J’ai retrouvé dernièrement cette lettre précieuse (Biblioth. roy. de Paris, manusc. il" 93F3, p. 355). La voici.

Cnppiv de la lettre de M. de Thon eseiite à madame la princesse de Guémené après la prononciation de l'arrest.

Madame ,

Je ne vous ay jamais eu de l’obligation en tonte ma vie qu'aujntird'lmy qu'estant prest de la quitter, je la pers avec moins de peyne parce que \ou$ me l'avez rendue assrs malheureuse ; j’espère que celle de l’autre inonde sera bien différente pour niov de cellery, et que fi trouveray des félicités autant pardessus l'imagination rlts boulines qu'elles doivent être dans leur espérance; lamicne, madame, n'est fondée que sur la bonté de Dieu et le mérite de la passion de son Fil/ , seule capable d’effacer mes péchez , dont j’estois redevable à sa justice, et qui sont à un tel exccz qu’il n’y a rien qui les surpasse que celuy de sa miséricorde. Je vous demande pardon de tout mon co ur, madame, de toutes les choses que j’ai laines qui vous ont pu. desplaire , et fais la mesme prière à toutes les personnes nue j'ai haies à vostie occasion , vous protestant, madame, qu'autant que la fidélité que je doibs à mon Dieu me le doit permettre , je meurs tivp asseurément, madame, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.

De Tiiou.

De Lion, ce 12' septembre 164*2.

Quel reproche amer et quel mélancolique retour sur, sa vie 1 Si cette femme était digue de lui, comment reçut-elle une telle lettre sans en mourir ! fut-elle jamais consolée d’avoir mérité un tel adieu !

La vie de madame la princesse de Guémené ne permet guère de penser que ses rigueurs aient causé tant de tristesse et une douleur si profonde, Talleinant des Beaux dit,

NOTES

en plusieurs endroits, que M. de Thou était son amant. On dit , ajoute-t-il (t. i, p. 418), qu'U lui écrivit après avoir été condamné! C'est celte lettre qu’on vient de lire. Elle me semble, écrite par un homme tel que le misanthrope de Molière, avec plus de piété; et toutes les personnes que j’ai haies à rostre occasion ressemble douloureusement à :

C’est que tout l’ualvers est bien reçu de vous.

Mais ne cherchons pas à daviucr des peines que rien ne trahit , si ce ti’esl ce dernier soupir au pied de l'échafaud. Le souvenir de M. de Thou nous doit représenter une autre pensée et conduit à d’autres réflexions. Elles suivront la copie de ce traité avec l’Espagne, qui fait la base du procès criminel.

Articles du traité fait entre le Comte-Duc pour le ray d' Espagne , et monsieur de Fàntrailles pour et au nom de Monsieur , ti Madrid , le 13 mars 1 (i VI , dont Monsieur Jait mention dans sa déclaration du 7 juillet dudit an. An l” tome des Mémoires de b'onlrailles.

T.e sieur de Foutrailles aiant esté envoie par monseigneur le duc d’Orléans vers le roy d’Espagne avec lettres de Son Altesse pour Sa Majesté catholique et monseigneur le comte-duc de San-Lucar, datées de Paris, du 20 janvier, a proposé, en vertu du pouvoir à luy donné, que Son Altesse, désirant le bien général et particulier de la France, de voir la noblesse et le peuple de ce royaume délivrés des oppressions qu’ils souffrent depuis long-tems par une si sanglante guerre, pour faire cesser la cause d’icelle, et pour establir une paix générale et raisonnable entre l’Empereur et les deux couronnes, au bénéfice de la Chresticnté, prendroit volontiers les armes à cette tin, si Sa Majesté catholique y voidoit concourir de son costé avec les moyens possibles pour avancer leurs affaires. Et après avoir déclaré le particulier de sa commission en ce qui est des offres et demandes que font les seigneurs d’Orléans et ceux de son party ,Ja esté accordé et conclu par ledit seigneur Comte-Duc pour Leurs Majesté/, impériale et catholique, et au nom de Son Altesse par ledit sieur de Fontraillrs, les articles suivans.

1. Comme le principal but de ce traité est de faire uue juste paix

NOTES

entre les deux couronnes d'Espagne et de France , pour leurliicn commun et de toute la chrcstienlc, ont déclaré unanimement qu’o ti ne prêtent en cccy aucune chose contre le Itoy très-ehrestien et au préjudice de scs estais, ny contre les droits et authoritez de la Heine très- chrcstieime et régnante; ains au contraire on aura soin de la maintenir eu tout ce qui lui apartient.

а. Sa Majesté catholique donnera i 3,000 hommes de pied et 5ooo chevaux effectifs des vieilles troupes, le tout venant d'Allemagne, ou de l’empire , ou de Sa Majesté catholique. Que si par quelque accident il niauquoil de ce nombre 3000 ou do on hommes, on n’entend point pour cela qu’on uyt manqué à ce qui est accordé , attendu qu'on les fournira le plus tost qu’il sera possible.

3. Il est accordé que , dès le jour que monsieur le duc d’Orléans se trouvera dans la place de seureté où il dit estre en estât de pouvoir lever des troupes , Sa Majesté catholique lny baillera quatre cens mil rscus comptant, payables au contentement de Son Altesse , pour estre emploies en levées et autres frais utiles pour le bien commun.

4. Sa Majesté catholique donnera le train d’artillerie avec les munitions de guerre propres à ce corps d'aruiée, avec les vivres pour toutes les troupes, jusques à ce qu elles soient entrées en France, là où Son Altesse entretiendra les siens, et Sa Majesté catholique les autres, comme il sera spécifié plus bas.

5. Les places qui seront prises en France , soit par l’armée de Sa Majesté catholique , ou celles de Son Altesse, seront mises ès mains de Son Altesse et de ceux de sou party.

б. Il sera donné audit seigneur duc d'Orléans douze mil escus par mois de pension , outre ce que Sa Majesté catholique donne eu Flandres à la duchesse d'Orléans sa femme.

7. Est arresté que celte armée et les troupes d’icelle obéiront absolument audit seigneur duc d’Orléans ; et néanttnoins, attendu que ladite armée est levée des deniers de Sa Majesté catholique, les officiers d'icelle presteront le serment de fidelité à Son Altesse de servir aux fins du présent traité , et arrivant faute de Sou Altesse, s’il y a quelque prince du sang de France dans le traité, il commaudcra eu la manière qu’il avoit esté arresté dans le traité fait avec monseigneur lc comte de Soissous. El en cas que l'archiduc Léopold ou autre personne , fils ou frère ou parent de Sa Majesté catholique, vienne à estre gouverneur pour Sadile Majesté catholique en Flandres, comme il sera là, par mesme moyeu, général de ses armées , et que

NOTES

Sa Majesté catholique a tant de part en ce lieu : est accordé que le seigneur duc d’Orléans et ceux de son party de quelque qualité et condition qu’ils soient, aiant esgard a cet considérations, tiendront bonne correspondance avec ledit seigneur archiduc ou autre que dit est, et luy communiqueront tout ce qui se présentera, en recevant tous ensemble les ordres de l’Empereur, de Sa Majesté catholique , tant pour ce qui concerne la guerre que pour les plaigcs de cette armée, et tous les progrez.

8. Et d'autant que Son Altesse a deux personnes propres à estre mareschaux-de-camp eu celte armée, que ledit sieur île Eonlrailles déclarera après la conclusion du présent traité, Sa Majesté catholique se charge d’obtenir de l'Empereur deux lettres-patentes de marcschaux-de-camp pour eux.

9. Il est accordé que Sa Majesté catholique donnera quatre-vingt mil ducas de pension à départir par mois aux seigneurs susdits.

10. Comme aussi on donnera dans trois mois cent mil livres polir pourvoir et munir la place que Son Altesse a pour sa seureté eu France. Et si celuy qui baille la place n'est satisfait de cela , ou baillera ladite sotpnte contant, et de plus cinq cens quintaux de poutire et vingt-cinq mil livres par mois, pour l'cntrclicn de la garnison.

1 1. 11 est accordé de part et d’autre qu’il ne sc fera point d’accommodement en général ny eu particulier avec la couronne de France, si ce n’est d’un commun consentement, et qu'on rendra toutes les places et pays qu’on aura pris en France, sans sc servir contre cela d’aucuns prétextes , toutes fois et qualités que la France rendra les places qu’elle a gagnées, en quelque pays que ce soit, mesme celles qu’elle a achetées et qui sont occupées par les armées qui ont serinent à la France. Etledit seigneur duc d’Orléans et ceux de son party sc déclarent dès maintenant pour ennemis des Suédois et de tous autres ennemis de Leurs Ma jestez impériale et catholique, et de tous ceux qui leur donnent et donneront faveur, ayde et protection. Et pour les destruire, Son Altesse et ceux de son party donneront toutes les assistances possibles.

11. 11 est convenu que les armées de Flandre, et celle que doit commander Son Altesse, ainsi que dit est, agiront de commune main à ntesme fin, avec bonne correspondance.

On taschera de faire que les troupes soient prestes au plustost , et que ce soit à la fin de may : sur qttoy Sa Majesté catholique fera cscrire au gouverneur de Luxembourg afin qn’il die à celuy qui luy portera un blanc signé de Son Altesse ou de quelqu’un des deux

ISOTF.S.

scigueurs , le temps auquel tout pourra estre en estât. Lequel blanc signé Son Altesse cnvoycra au plustost, alin de gagner temps si les choses sont pressées; ou si elles ue le sont point encore lorsque la personne arrivera, elle s’en retournera à la place de scureté.

t.j. Sa Majesté catholique donnera aux troupes de Son Altesse un mois après qu’elles seront dans le service et ensuite], cent mille livres par mois, pour leur entretien et pour les autres affaires de la guerre. El Son Altesse aura agréable de déclarer après le nombre des hommes qu’il aura dans la place de seureté, et celuy de ses troupes s'il trouve bon; demeurant dés maintenant Sccordé que les loggtnens et les contributions se distribueront également entre les deux armées,

t5. L’argent qui se tirera du royaume de France sera à la disposition de Son Altesse, et sera départy également entre les deux armées, comme il est dit en l’article précédent , et est déclaré qu’on ne pourra imposer aucuns tributs que par l’ordre oe Son Altesse.

16. Au cas que ledit seigneur duc d’Orléans soit obligé de sortir de France et qu’il entre dans la Franche-Comté ou autre part, Sa Majesté catholique, donuera ordre à ce que Son Altesse et les deux autres grands du party soient teceus daus tous sej estais, et pour les faire conduire de là dans la place île scureté.

17. D’autant que ledit seigneur duc. d’Orléans désire un pouvoir de Sa Majesté catholique pour donner la paix ou neutralité aux villes et provinces de France qui la demanderont , il y aura auprès de Son Altesse un ambassadeur de Sa Majesté avec plein pouvoir : Sa Majesté s’accorde à cela.

18. S’il arrive faute, ce que Dieu ue vueille, dudit seigneur duc d’Orléans, Sa Majesté catholique promet de conserveries tnesmes pensions uusdiis seigneurs, et à un seul d’eux si le party subsiste, ou qu’ils demeurent au service de Sa Majesté catholique.

19. Ledit seigneur duc d'Orléans asseure, et eu son nom ledit sieur de Fonti'idlcs, qu'à incline temps que Son Altesse se découvrira , il lui fera livrer une place des meilleures de France pour sa seureté, laquelle sera déclarée à la conclusion du présent traité ; et au cas ju’elle ne soit trouvée suffisante ledit traité demeurera nul, comme

aussi ledit sieur de Fontrailles déclarera lesdits deux seigneurs pour lesquels on demande pensions susdites dont Sa Majesté demeure d’accord.

20. Finalement est accordé que tout le contenu eu ces articles sera approuve et ratifié par Sa Majesté catholique et ledit seigneur duc d Orléans, en la manière ordinaire et accoustuméc en scmblabc

Digifeed by Goegle

NOTES

traitez. Le Comte-Duc le promet ainsf an nom de Sa Majesté , et ledit sieur de Fontrailles au nom de Son Altesse, s'obligeant respectivement à cela, comme de leur chef ils l'approuvent dès il présent , le ratifient et le signent. — AjMadrid , le 1 3 mars t64a. Signé: Dont Gaspar dk Guzman , et, par suposition de nom : Clermont, pour Fontrailles.

Nous Gaston, fils de France, frère unique du Uoy, duc d'Orléans, certifions que le contenu cy-dessus est la vraye copie de l’origiual du traitté que Fontrailles a passé en nostre nom avec inousicur le Comte-Duc de San-Lucar. En tesmoiu de quoy nous avons signe la présenté de nostre main, et icelle lait signer par nostre secrétaire, le 26 aoust t64a , à Villefranche. Signé Gaston , et plus bas Coulas.

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