‹ CinqMars, ou Une conjuration sous Louis 13Chapitre 8 sur 55 · LA UL'E · texte numérisé non relu

LA UL'E

scs pas étaient lents et cadencés, ses deux belles mains étaient réunies , aussi blanches et aussi immobiles que * c«lles des statues- de marbre qui prient éternellement sur les tombeaux.

— Oh! remarquez-vous, ma tante, dit la jeune Martine , sœur Agnès et sœur Claire qui pleurent auprès d’elle ?

— Ma nièce , elles se désolent d’étrc la proie du démon.

— Ou se repentent , dit la même voix d’homme , d’avoir joué le ciel.

Cependant un silence profond s’établit partout , et nul mouvement n’agita le peuple ; il sembla glacé tout à coup par quelque enchantement , lorsqu’à la suite des religieuses parut , au milieu des quatre pénitents qui le tenaient enchaîné, le curé de l’église de Sainte-Croix, revêtu de la robe du pasteur ; la noblesse de son visage était remarquable, et rien n’égalait la douceur de ses traits; sans affecter un calme insultant, il regardait avec bonté et semblait chercher à droite et à gauche s’il ne rencontrerait pas le regard attendri d’un ami ; il le rencontra , il le reconnut, et ce dernier bonheur d’un homme qui voit approcher son heure dernière ne lui fut pas refusé; il entendit même quelques sanglots; il vit des bras s’étendre vers lui , et quelques-uns n’étaient pas sans armes; mais il ne répondit à aucun signe ; il baissa les yeux , ne voulant pas perdre ceux qui l’aimaient , et leur communiquer par un coup d’œil la contagion de l’inflltune. C’était Urbain Grandier.

Tout à coup la procession s’arrêta à un signe du dernier homme qui la suivait et qui semblait commander à tous. Il était grand, sec, pâle, revêtu d’une longue robe noire , la tête couverte d’une calotte de même

couleur; il avait la figure d’un Basile avec le regard de ♦Néron. Il lit signe aux gardes de l’entourer, voyant avec effroi le groupe noir dont nous avons parlé, et que les paysans se serraient de près pour l’écouter ; les chanoines et les capucins se placèrent près de lui , et il prononça d’une voix glapissante ce singulier arrêt s — «Nous, sieur de Laubardemont, maître des requêtes , étant envoyé et subdélégué , revêtu du pouvoir discrétionnaire relativement au procès du magicien Urbain Grandier, pour le juger sur tous les chefs d’accusation, assisté des révérends pères Mignon, chanoine, Barre, curé de Saiut-Jacques de Chinon, du père Lactance et de tous les juges appelés à juger icelui magicien, avons préalablement décrété ce qui suit : Primo, la prétendue assemblée des propriétaires nobles bourgeois de la ville et des terres environnantes est cassée , comme tendant à une sédition populaire ; ses actes seront déclarés nuis , et sa prétendue lettre au roi contre nous, juges, interceptée et brûlée en place publique, comme calomniant les bonnes Ursulines et les révérends pères et juges. Secundo, il sera défendu de dire publiquement ou en particulier que les susdites religieuses ne sont point possédées du malin esprit , et de douter du pouvoir des exorcistes, à peine de vingt mille livres d'amende et punition corporelle.

« Les baillis et échevins s’y conformeront. Ce 18 juin de l’an de grâce 1639. »

A peine eut-il fini cette lecture qu’un bruit discordant de trompettes partit avant la tanière syllabe de ses paroles , et couvrit , quoique imparfaitement , les murmures qui le poursuivaient; il pressa la marche de la procession, qui entra précipitamment dans le grand bâtiment qui tenait à l’église , ancien couvent dont les

LE BON PRETRE

étages étaient tous tombés en ruine , et qui ne formait plus qu’une seule et immense salle propre à l’usage qu’on en voulait faire. Laubardemont ne se crut en sûreté que lorsqu’il y fut entré , et qu’il entendit les lourdes et doubles portes se refermer en criant sur la foule qui hurlait encore.

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