‹ Cinquante années de la vie d'un peuple: ou Les Iles Sandwich transforméesChapitre 18 sur 26 · LE ROI DONNE UNE CHAJITE · texte numérisé non relu

LE ROI DONNE UNE CHAJITE

gré succéder au régime de l'arbitraire, fondé sur sa seule volonté, un régime vraiment parlementaire et constitutionnel î Tameamea I*^^ avait eu la gloire de réunir tout l'archipel sous son sceptre ; Tameamea III eut la gloire plus grande de le doter d'institutions libérales et de prendre au sérieux les droits de la nation. Les chefs secondèrent le roi dans cette noble entreprise , les uns par intérêt , les autres par amour pour une patrie qu'ils voulaient faire participer aux bienfaits de la civilisation.

On se mit immédiatement à l'œuvre, et en 1835 le gouvernement hawaiien écrivit aux Etats-Unis, pour demander qu'on lui envoyât un homme capable d'enseigner l'économie politique. Personne n'ayant répondu à l'appel, on choisit, aux îles Sandwich même, l'homme en qui on avait le plus de confiance ; c'était le missionnaire américain Richards. 11 quitta son église pour se livrer tout entier à ses nouvelles fonctions , sans s'interdire néanmoins de prêcher de temps en temps. M. Richards connaissait parfaitement la langue du pays, les mœurs, le caractère des habitants; il avait, de plus, l'estime des chefs. Ce n'était pas une chose aisée que

de formuler une constitution pour un peuple à peine sorti de la barbarie , tout en tenant compte des intérêts légitimes des résidents étrangers.

M. Richards s'exposait aux mécontentements, aux jalousies, aux rancunes ; toutefois il tint bon et commença par ouvrir un cours d'économie politique, qui fut suivi par le roi, les chefs et les gradués des écoles supérieures. Le résultat de tous ces travaux fut un ensemble de principes politiques et un code de lois. La charte hawaiienne commençait par une déclaration des droits de l'homme :

« Dieu a créé tous les hommes et leur a donné certains droits, qui sont les mêmes pour tous. »

Les lois du pays, disait le préambule, se-"^ ront conformes à l'esprit général de la loi de Dieu. Suivaient les articles fondamentaux, dont nous reproduisons seulement les principaux traits.

Les hommes de toute religion seront protégés et pourront exercer leur culte. Personne ne sera puni pour avoir négligé ses devoirs envers Dieu , à moins qu'il n'ait porté préjudice à son prochain ou troublé la paix publique.

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Tous les citoyens sont égaux devant la loi, qui les protège tous au même titre.

Le royaume est confirme à perpétuité à Tameamea III et à ses héritiers. De concert avec les gouverneurs, il choisira son successeur de son vivant. Mais si personne n'a été élu, la décision restera bmx chefs et à la chambre des représentants. La constitution, révisée quelques années après, donnait la couronne aux descendants directs du roi , sans en exclure les femmes.

Le roi est le souverain du peuple et des gouverneurs, le chef de l'armée; il a des propriétés privées et des attributions judiciaires; il traite avec les puissances étrangères.

Le roi choisit un des principaux de l'archipel pour être le Premier du royaume. C'est la dignité déjà mentionnée, correspondante à celle de régent et de régente. Le Premier était moins qu'un second roi et plus qu'un premier ministre ; il rappelait un peu le grand justicier de l'ancien royaume d'Aragon ; des femmes ont rempli le rôle de Premier.

Le Premier et le roi ne doivent pas agir à l'insu l'un de l'autre.

Les grands chefs et les chefs subalternes

ET UN CODE D£ L0i6. l4S

forment uua sorte de sénat , ou de chambre des pairs ^ qui se réunit au moins une fois par an, et plus souvent s'il le faut ; des femmes ont siégé dans ce sénat.

Toutes les années , le peuple choisit à son gré des représentants chargés d'examiner les lois; aucune loi ne passe sans avoir été approuvée par la majorité d'entre eux.

Le corps représentatif, c'est-à-dire les deux chambres r^éunies, choisit quatre per^ sonnes, qui, avec le roi et le Premier, forment la Cour suprême. C'est un tribunal qui décide sans appel , et applique toutes les peines, y compris celle de mort; on a recours à lui dans le cas où tous les autres tribunaux se sont déclarés incompétents.

En 1864 , le quart environ des représentants était d'origine étrangère; la chambre se composait de vingt-sept membres élus par le peuple et devait se renouveler tous les deux ans, proportionnellement à ia popular* tion. .

Avant que la constitution fût définitivement adoptée, on devait en faire lecture à tous les citoyens, et ceux-ci devaient choisir des députés pour l'adopter, la rejeter, <ou demander qu'elle fût modifiée. Ainsi , Tamea-

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mea-III ne voulait rien imposer à ses sujets, pas même une forme de la liberté, sans avoir reçu leur assentiment.

Nous n'entrerons pas dans des détails sur le code hawaiien, ni sur l'organisation de la justice, des finances, etc.

Disons seulement que la loi favorisait l'instruction et la mettait à la portée de tous. Dès 1846, le gouvernement prit à sa charge toutes les écoles déjà existantes, et paya tous les instituteurs.

Un usage qu'on ne saurait assez louer, et qui mériterait d'être imité dans tous les pays civilisés, fut établi dès que la constitution eut été adoptée. Une fois par mois, la charte du royaume et les principaux articles du Code étaient expliqués aux citoyens par des juges ou d'autres ofl3ciers de TEtat. Ainsi, cette fiction légale que nul citoyen n'ignore la loi, inscrite en tête de notre Gode, devenait une réalité^ et les seuls ignorants étaient ceux qui voulaient bien l'être.

Il n'est pas possible aux îles Sandwich, plus qu^ailleurs, de contenter tout le monde. Aussi la constitution nouveau-née fut-elle l'objet de mainte attaque ; on s'efforça d'en faire ressortir les côtés défectueux , ou

la déclara faible , imparfaite. Et sans doute, elle était imparfaite; quelle œuvre humaine ne l'est pas ? Mais elle avait au moins le grand mérite d'être susceptible de perfectionnement. La charte hawaiienne ne fut pas une de ces choses sacrées auxquelles personne ne touche; elle ne s'immobilisa pas^ mais elle vécut et se modifia suivant les besoins du temps. Chaque nouvelle session législative vit se produire de nouveaux progrès. Les rouages financiers et judiciaires, l'instruction publique allèrent se perfectionnant.

Dès le début, certains étrangers avaient regardé en pitié ces sauvages qui se mêlaient de rédiger un code. Quand le code fut achevé, comme après tout il était assez bon, on prédit que l'application en serait impossible; on prétendit que les petites gens seuls tomberaient sous le coup des lois, mais que les grands sauraient bien s'y soustraire. L'événement donna tort à ces prophètes; dès 1840, un chef de haut rang fut pendu pour avoir tué sa femme; en 1841, le consul anglais fut condamné à une amende pour un scandale public et sévèrement réprimandé par le président du tribunal.

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