RELATIFS AUX TRAVAUX DES MISSIONNAIRES
difier la conduite extérieure et publique des habitants des îles. »
Et n'est-ce pas déjà quelque chose, en dixsept ans, de modifier, dans le sens du bien, la conduite extérieure et publique d'un peuple ? « Mais non, » ajoute-t-il, « à déraciner chez eux le vice... » Cette fois, vous avez raison; on n'était pas parvenu encore à déraciner entièrement le vice ; mais savez-vous pourquoi ? C'est que, à côté des missionnaires et contre eux, travaillaient des gens comme le consul Charlton et ses acolytes, des blancs sans foi ni loi , qui regrettaient le temps où le vice régnait en maître et oti les instincts les plus dégradants trouvaient à se satisfaire sans qu'aucune barrière s'y opposât ; le temps où l'on pouvait exploiter à son gré les pauvres insulaires et obtenir d'eux, pour rien, du bois de sandal, des noix de coco, des porcs et des légumes. Arrivait-il un capitaine de vaisseau, les gens de cette espèce le prévenaient dès son arrivée contre les serviteurs de Dieu. Il se promenait quelques heures dans l'une des îles, voyait peu de chose de ses propres yeux et emportait des impressions faussées par ses entretiens avec des témoins partiaux.
490 IGNORAKCE iiT PREJUGES
Mais il reste un dernier argument, et c'est le plus fort , à opposer aux assertions contenues dans les Races humaines. Le Vaillant • le dernier voyageur cité dans ce volume, vit les îles Sandwich en 1837, c^est-à-dire dix-sept ans après l'arrivée des premiers missionnaires, c'est-à-dire il y a au moins trente-cinq ans! Or, pour émettre une opinion raisonnée sur l'état actuel d'un peuple, il ne faut pas recourir à des témoignages vieux de trentecinq ans, quel que fût d'ailleurs l'état de ce peuple il y a trente-cinq ans. Ces trentecinq ans ont vu naître : en 1839 , l'édit de tolérance pour tous le^ cultes; en 1840, la constitution du royaume, son code, l'orgaaisation excellente de son instruction publique; un degré croissant de moralité et de culture, un développement nouveau du commerce, de l'agriculture et de l'industrie. Sous peine d'être un narrateur incomplet ou un peintre fantaisiste, il n'est donc pas permis de faire abstraction de ces trente-cinq ans.
En tous temps, au reste, l'œuvre des missionnaires fidèles a été dénigrée ; rarement, on a pris la peine de s'informer de leurs travaux et de remonter aux sources des reu-
RELATIFS AUX TIlAVAU.^i DliS MISSIO^'NAI!lÉS. 191
seignements défectueux obtenus sur leur compte. Parfois, une voix isolée s'est élevée pour leur rendre justice; mais trop souvent l'opinion publique a été égarée et l'est encore sur ce point. Heureux si, dans une humble mesure, nous parvenions à faire à cet égard la lumière dans quelques esprits I
Pour vous, messagers de l'Evangile aux îles Hawaii, comme ailleurs, vous avez longtemps et vaillamment supporté le fardeau et la chaleur du jour. Vous avez dépensé au service de ces infortunés sauvages, que vous croyiez doués, eux aussi, d'une âme immortelle, les plus belles années de votre vie.
Vous avez entouré de vos ardentes sollicitudes le berceau d'une jeune Eglise. Vous atez persévéré au sein de difBcultés de tout genre; comme saint Paul , vous avez poursuivi votre tâche dans les veilles , dans la fatigue, dans les larmes, en danger de la part des sauvages, en danger delà part de ceux qui auraient dû être pour vous des frères. Vous avez porté sans murmure, et vous portez encore et vous porterez toujours sur la terre l'opprobre de Christ. Dans les contrées païennes et parmi les nations qui sont censées connaître le christianisme, puissiez-vous trouver des imi-
l92 tONORANCË ET PRÉJUGES
tateurs 1 Que votre exemple soit fécond, que votre mémoire soit bénie^ notre vénération vous est acquise pour toujours ; réjouissezvous, car votre récompense sera grande dans les cieux I
Le 17 juillet 1872 , on lisait dans le journal le Dix- Neuvième Siècle Tavis suivant :
a M. Geoffroy-Saint-Hilaire vient de recevoir le présent promis par le roi des îles Sandwich. Ce sont deux nègres , deux esclaves , Fiorrc et Folo , qu'il emploiera au Jardin d'acclimation en guise de cornacs. Les deux indigènes ne paraissent pas regretter leur patrie ; une seule chose les désespère : c'est qu'il faille mettre des somliers. »
M. C. de Varigny , que nous avons cité plus haut , et qui n'aime pas à voir tourner en ridicule une population aimée et connue de lui , un souverain qu'il estime et dont il s'honore d'avoir été le ministre et l'ami, répondit aussitôt. Il n'eut pas de peine à prouver que l'article inséré dans le Dix-Neuvième Siècle contenait à peu près autant d'inexactitudes que de mots. En effet , aux îles Sandwich on ne voit pas de nègres , il n'y a point d'esclaves , et tout le monde porte des souliers. Le roi actuel , homme intelligent , a visité l'Europe et la France ; sous son gouvernement^ la police est bien faite et chaque nationalité voit respecter ses droits. La dette publique n'atteint pas un million de francs j le taux légal de l'ar-