CHAPITRE V
L'opposition se manifeste. Conduite indigne de certains étrangers. Mission catholique aux îles Hawaii.
Dès le début, il y avait eu des mouvements très-remarquables dans les âmes; à certaines époques , des milliers de personnes confessaient leurs péchés et demandaient le baptême. Mais il y eut aussi des temps d'arrêt; tout semblait rétrograder, l'apostasie éclaircissait les rangs de l'Eglise; l'idolâtrie levait de nouveau la tête. Lors d'une révolte qui prit des proportions considérables , tous les désordres qui peuvent naître de la guerre civile dans une population à peine sortie du paganisme reparurent sans aucune retenue.
Le culte fut interrompu, les écoles se fermèrent. Ces entraves apportées à leurs travaux ne furent pas les seules afflictions des missionnaires. Ils eurent à endurer beaucoup de
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privations ; plusieurs d'entre eux tombèrent malades; parmi leurs femmes, il y en eut qui ne purent résister à toutes leurs fatigues et qui furent enlevées à leurs familles au sein de leur pieuse activité/
Toutefois, les principales difficultés vinrent non des maladies ni des indigènes, mais de malheureux étrangers, rebuts de toute nation, qui, depuis la découverte des îles, vivaient là comme des brutes, et qui avaient emprunté aux sauvages leurs vices, sans perdre aucun de ceux qu'ils avaient apportés de leur pays. Ils étaient irrités de ce que dès lois protégeaient les mœurs , de ce que les sauvages apprenaient la valeur réelle des choses. Naguère ils échangeaient facilement les produits de leur sol contre quelques grains de verroterie ou un peu de poudre. Aujourd'hui que les natifs connaissaient la valeur de l'argent, il n'était plus si commode de les tromper. On ne pouvait plus construire, sur leur ignorance, des fortunes faciles, si elles n'étaient honorables. On ne pouvait plus aussi aisément promener une honteuse ivresse dans les rues de leurs villes ou de leurs villages, ni se livrer à d'autres excès ; et tout cela , on le devait aux missionnaires-
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C'étaient des gens ambitieux que ces prédicateurs, des hommes obstinés, qui aspiraient à s'emparer du pouvoir; une telle oppression était intolérable I Voilà ce que disaient des marins éhontés, des colons qui prétendaient au titre d'hommes civilisés. Ils allaient, eux dont la bassesse ne saurait se dépeindre, eux qui avaient essayé de pervertir les chefs, jusqu'à accuser les missionnaires de corrompre le peuple 1 Sans doute les gouverneurs convertis avaient acquis sur le bien et le mal des notions entièrement différentes de celles qu'ils possédaient autrefois; sans doute leur nouvelle morale était le fruit de la prédication de l'Evangile.
Les missionnaires, disait-on, attentaient à la liberté des indigènes, en les forçant à accepter des doctrines dont ceux-ci n'avaient que faire. Au fond , on savait très-bien que les prédicateurs chrétiens n'imposaient nullement leurs croyances, mais les proposaient à la libre acceptation de la conscience de leurs auditeurs. Certes, si la propagande faite par la persuasion et l'exemple est un attentat à la liberté d'autrui, les missionnaires étaient coupables de ce genre d'attentat , comme lo sont tous les apôtres d'une idée quand ils
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cherchent à la répandre. Oui, ils attentaient à la liberté des païens comme on attenterait à celle d'un homme qui se noie en se jetant à la nage après lui ; comme on attenterait à la liberté d'un malheureux prêt à s'ôter la vie en l'arrêtant au bord de l'abîme où il se précipite, en détournant le coup dont il va se frapper. L'inimitié que souleva aux îles Sandwich la prédication de l'Evangile est ancienne comme le monde; c'est l'éternelle inimitié du mal contre le bien ; elle s'est manifestée en tous temps et en tous lieux ; toujours et partout les efforts de l'un ont été en proportion des efforts de l'autre.
Depuis la découverte des îles, un abominable trafic avait cours. Sans entrer dans des détails, il suffira de dire que l'arrivée des bâtiments étrangers donnait lieu régulièrement aux mêmes scandales.
Vers la fin de 1828, on promulgua une loi que le bon sens de la plupart des résidents étrangers approuva, mais que des misérables considérèrent comme une atteinte portée à leurs droits naturels. Deux capitaines baleiniers, Tun Anglais et l'autre Américain, se prononcèrent violemment contre la loi nouvelle; on prétendit qu'elle émanait des
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missionnaires et quMl fallait les obliger à en obtenir le rappel. En réalité, la loi incriminée avait été donnée par les chefs , sans la participation de leurs pasteurs ; mais ceux-ci, comme toutes les personnes honorables , l'avaient hautement approuvée. De grossiers matelots allèrent briser les fenêtres d'un lieu de culte; on menaça les serviteurs de Dieu dans leurs biens et dans leurs personnes; on voulut s'emparer de leurs familles. On en vint aux mains; il y eut des blessures, et M. Bingham n'échappa à un coup de couteau que grâce au dévouement des natifs. Dans une autre île, les matelots déclarèrent qu'ils voulaient tuer M. Richards; il était sorti; on se mit alors en devoir de démolir sa maison.
Les indigènes voulurent chasser cet équipage transformé en horde de brigands; la haine de ces forcenés se tourna contre eux ; leurs propriétés furent ravagées et les blancs donnèrent le spectacle des plus honteuses orgies. Le gouverneur provisoire du district, qui était une femme, ordonna à toutes les femmes de se retirer dans les montagnes.
Quelques chefs, qui avaient cédé à la pression des Européens, furent sévèrement réprimandés par le régent,