pour les États-Unis
Ce qui donne, pour la période décennale comprise entre chaque recensement, un ensemble de 100.000 départs pour les États-Unis, soit un million en un siècle. Et ce chiffre annuel de 10.000 doit être certainement considéré comme un minimum, puisqu’il s’agit d’une année de prospérité, et que, dans les époques de crise, le
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nombre des émigrants atteint 40.000, 50.000 et même davantage, dans le cours d’une année.
On voit par là quelles sources de vitalité, quels trésors d’énergie le Canada a laissé perdre pour son développement, en ne retenant pas par tous les moyens possibles, ou en ne cherchant pas à diriger sur d’autres régions, sur l’ouest notamment, ceux de ses enfants qui se trouvaient trop nombreux et trop à l’étroit sur l’héritage paternel ou qui, pour des motifs différents, désiraient aller chercher fortune en d’autres lieux.
Sous le rapport de la langue et de la race, on laisse échapper une magnifique occasion d’augmenter le nombre, la richesse et l’influence des Canadiens-Français, et, sous le rapport de l’intérêt général du pays, il y a également perte sérieuse de ressources et de revenus, ainsi qu’un retard sensible dans le peuplement des provinces de l’ouest ; car l’immigration, qui est amenée à grands frais du dehors et qui fond à la première difficulté, ne peut arriver, en raison de son caractère hétérogène, à compenser la perte causée par l’émigration.
Ees sommes considérables dépensées pour amener d’Europe des colons de toutes les langues, de toutes les races, de toutes les religions, auraient été autrement productives si elles avaient été employées à rapatrier des États-
ch. vi. — l’émigration aux états-unis 141
Unis ceux qui étaient disposés à rentrer dans le giron de la mère-patrie. Les efforts faits en ce sens par des missionnaires-colonisateurs, mais sur une trop petite échelle et avec des moyens insuffisants, ont cependant donné des résultats ; ils laissent entrevoir ce qu’on aurait pu obtenir avec des ressources plus appropriées au but à atteindre.
Ce qui résulte de la situation actuelle, ce qui apparaît clairement aux esprits qui ne sont point prévenus, c’est que le Canada ne retrouvera jamais les quelques centaines de mille de ses enfants, qui, faute de trouver sur le sol natal l!emploi judicieux de leur activité, ont quitté sans retour le pays des ancêtres pour aller se fixer et se fondre à l’étranger.