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leurs associations, leur organisation religieuse et scolaire. Ces foyers intellectuels et moraux sont entretenus et alimentés par la venue chaque année, de contingents nouveaux, qui renforcent ceux qui sont établis ou remplacent ceux qui ont réintégré le pays de leurs aïeux.
Une intensité réelle de vie canadienne subsiste donc chez ces Néo-Américains, qui ont gardé, profondément gravé dans leur cœur, le souvenir de la patrie d’origine. Mais la génération suivante, née aux États-Unis, que devient elle ?
Elle a été élevée au foyer de la famille, dans le culte du pays canadien. Mais au dehors, dans la vie de chaque jour, la situation change. Ua fréquentation, à l’école, des jeunes Américains, le contact permanent avec les employeurs, les commerçants, les fonctionnaires, tous ne parlant que l’anglais, ont amené un profond relâchement dans l’emploi de la langue maternelle. Cette génération là ne sera pas portée à retourner au Canada et restera attachée au pays où elle a été élevée et dont elle aura adopté peu à peu les us et coutumes, les traditions, la langue et parfois même la religion. Les nouveaux foyers qu’elle créera seront presque toujours américains et le souvenir du Canada s’estompera peu à peu dans la brume des temps.
Quant à la génération qui viendra après celle-
CANADA
là, elle ne fera qu’accentuer son américanisation. Elle oubliera généralement son origine et, par crainte d’avoir à en rougir, cherchera à la faire disparaître en donnant une tournure anglaise à son nom. C’est ainsi que M. Blanc deviendra M. White ; M. Brun, M. Brown, M. Uejeune, M. Young, etc.. Cela ne se voit déjà que trop souvent.
Il y aura sans doute des exceptions, des individus, des familles, des milieux qui résisteront à l’absorption yankee, mais on peut dire, sans crainte de se tromper beaucoup, que tous ces nouveaux citoyens américains seront définitivement perdus pour le Canada après la deuxième génération. Et la perte sera lourde pour le Dominion, car on évalue à plus d’un million le nombre des Canadiens-Français établis à demeure sur le territoire des États-Unis.
On a cherché à se rendre un compte exact du déchet que cause chaque année au Canada, et particulièrement à la province de Québec, les départs nombreux de ses enfants, tout en tenant compte des rapatriements qui, eux, sont sensiblement moins nombreux. Ea facilité des rapports entre les États-Unis et le Canada, pays qui n’ont point de limites naturelles, mais une frontière tracée en ligne droite, la difficulté du contrôle et aussi l’insuffisance des déclarations
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des émigrants, n’ont pas permis, dans bien des cas, d’obtenir les précisions nécessaires.
Parmi les enquêtes qui ont été effectuées pour se rendre compte du mouvement migrateur des Canadiens, il en est une, faite par un agent du département de l’intérieur à Québec, qui peut servir de base d’appréciation. Elle se rapporte à l’année 1909, qui fut particulièrement prospère pour le Canada.
L’enquête, faite sous forme de questionnaire, dans les 695 paroisses de la province de Québec, a fourni 603 réponses donnant des chiffres précis. Il en résulte que, cette année-là, le nombre total des départs provenant des paroisses de la province s’est élevé à 19.000, se subdivisant ainsi :