Cinquante ans dans l'église romaine
J ai eu le privilège et le grand plaisir, deux fois dans ma vie, de renmtrer le „ Père “ Chiniquy. - Pour le dire tout de suite, ce nom de Père « u lui est resté, comme il est arrivé au „ Père Hyacinthe “, même après sa pture avec 1 Eglise romaine, est le titre que les catholiques du Canada donnent leurs pretres, mêmes séculiers, contrairement au précepte du Christ- Ne ms faites pas appeler: père “ (Matth. XXIII, 9). - Notre première rencontre t, en 1880, au Concile presbytérien universel de Philadelphie, où j’avais eu le ;s grand honneur de porter une délégation, au titre laïque, de l’Eglise réforee de France, que représentait, comme pasteur, le regretté Ad. Monod, de ircassonne. Le P. Chiniquy avait été, lui, député par les Eglises presbytériennes langue française de l’Illinois, et je me rappelle encore l’accent de l’aimable citation qu’il m’adressa „ d’aller le voër à Sainte-Anne “, sur le terrain de son mstère évangélique. Quoique il comptât déjà plus de 70 hivers, son aspect iiquait à peine la vieillesse. Sa taille, plutôt petite, était bien prise et droite ; démarche était ferme et rapide; son œil, vif, révélait la flamme intérieure; toute sa personne se dégageait un air de résolution, d’intrépidité et d’éner- ). Je le revis, près de vingt ans après, en mai 1897, à Paris. Il avait alors ans. Il venait de parcourir l’Angleterre et l’Ecosse, où il avait confondu bliquement un prêtre, du nom de Bègue, qui l’avait mis au défi de montrer e le Bréviaire romain qualifie Marie comme „ la seule espérance des pé- 3urs “ (1). En passant par les Pays-Bas, il avait donné plusieurs conférences as les immenses et belles églises de La Haye, Harlem, Amsterdam, Utrecht, yde, etc. Il avait accepté, avec son entrain infatigable, d’aller donner une 1 eille série de conférences en Allemagne. Il ne put donc demeurer que huit ;rs à Paris, où cependant la présence de son gendre et de sa fille, M. et Mme L. Morin, semblait devoir le retenir. En ces quelques jours, il trouva cepenît le moyen, entre ses epanchements de famille et ses visites aux monunts de Paris et au château de Versailles, de porter la parole d’exhortation mgélique dans deux ou trois salles Mac- Ail et de donner, dans une séance la Société Coligny (Société protestante de colonisation), une causerie d’une ire qui fut des plus captivantes. C’était un patriarche que j’avais cette
(*) «O beata Maria, accipe quod offerimus, redona quod rogamus, quia tu es sola 3 peccatorum ». Brev. rom. 9 sept.
fols, devant mes yeux, très vénérable avec son collier de barbe blanche, dans ses yeux, qui gardaient encore quelque chose de leur flamme de jeunesi ayant cette sérénité qui indiquait la paix de lame, la confiance filiale en 1
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mour et la bonté du Père céleste. Le souvenir de ses longs travaux, ue s
luttes, des persécutions qu’il avait endurées, mettait comme une auréole auto de son mâle visage et comme une gloire autour de toute la personne Qc vétéran des combats de Jésus-Christ.
Ce m’est donc une joie pieuse d’écrire aujourd’hui une préface cette édition française du livre : „ Cinquante ans dans l’Église de Rome Le Canadien français, l’ancien prêtre qui a écrit ce livre, dont lecteur aura bientôt fait de sentir l’intérêt dramatique, en a écrit un aut que nous souhaitons de voir un jour publier aussi de ce côté de l’Atlantiqu Quarante ans dans l’Église de Christ, Il a donc vécu 90 ans, gran mortalis aevi spatium. Et cette longue vie, l’une des plus pleines, des pl actives, des plus mouvementées et menacées qui puissent se raconter, a é partagée en deux phases qui furent aussi antagonistes l’une à l’autre, au poi de vue ecclésiastique, que le furent les deux parties de la vie de Saul de Tari le Pharisien, et de saint Paul, l’apôtre chrétien.
Ce qui fait l’unité pourtant de cette vie, c’est que, dans ses de phases, Charles Chiniquy a pu dire, comme l’apôtre à qui je viens de le co parer: „ Le Dieu à qui j’appartiens et que je sers..." (Actes, XXVII, 2 11 ne l’a pas servi de la même façon, ni selon les mêmes vues, dans ces de moitiés de son existence; mais, également droit d’intention, également sinct selon ses lumières, c’est le même Dieu, le Dieu et Père de N. S. Jésus-Chri qu’il pensait et désirait glorifier, lorsque jeune enfant, il lisait à haute vc dans la Bible de Sacy, qui lui venait de son père et où sa mère lui avait f épeler ses premières lettres, les beaux récits de l’Ancien et du Nouveau Tes ment; ou quand, sous la lévite ou le surplis du prêtre catholique, il prêchait salut par les œuvres, tout en mettant, dans l’application, au-dessus des vair pratiques d’une dévotion niaise et matérialisée, les œuvres de lutte contre vice dégradant entre tous de l’intempérance ; ou enfin quand, de la chaire pasteur presbytérien ou de la tribune d’un camp meeting, il proclamait le sa gratuit par la foi, principe de vie, et dénonçait la vanité des superstitions l’impiété de la mariolâtrie et du papisme.
Ce qui met aussi un trait d’union harmonique entre les deux parts sa vie, ce fut son zèle pour le rachat des corps et des âmes d’une des pi formes de leur servitude : l’ivrognerie, l’alcoolisme. Quand il se fut rendu comp à la suite d’études spéciales, des ravages, des maux et des crimes que ce v déchaîne sur l’humanité, il s’attaqua corps à corps au monstre et devint, milieu de son peuple, l’apôtre inlassable, l’ardent champion de la tempérai) Tel il avait été, quand dans sa paroisse de Beauport, il réussissait à faire t mer sept tavernes et à les remplacer par sept écoles, tel il resta, jusqu’à la
> sa longue vie, prolongée sans doute par la vertu même de sa sobriété. Il t le précurseur du grand mouvement anti-alcoolique qui se généralise de )tre temps dans tous les pays, et il a eu la gloire de faire reculer, sur plus un point, ce démon de l’Alcool qui, plus que le Moloch ou le Minotaure anfait chaque jour tant de milliers de victimes.
Il n’était guère possible qu’une âme, trempée comme celle-là, subît éternelment la compression et la déformation du système romain et ne fût pas conduite ir Dieu à la réformation qui remet l’âme sincère, naturaliter ebristiana, à portée ;s eaux vives et des larges horizons de l’Evangile. La crise se produisit, pour P. Chiniquy, à la moitié de sa vie consciente, à ce sommet de la cinquante où l’homme atteint la pleine et virile maturité de sa volonté, avec la eine responsabilité de ses décisions. Ce furent les Jésuites qui, par répulsion, iterminèrent cette crise salutaire. Déjà suspecté par eux de tendances v hétiques et adjuré par son évêque de signer une formule de soumission à la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine “, le P. Chiniquy, (alors à la te d’une vaste congrégation dont il avait dirigé l’émigration vers l’Illinois), ait consenti à déclarer sa soumission à l’autorité de cette Eglise, „ confoi • ément à la parole et aux commandements de Dieu, comme ils se trouvent ;primés dans l’Evangile du Christ “. Les Jésuites décidèrent l’évêque à lui mander d’effacer ces mots suspects „ d’Evangile ^ et de „ Parole de Dieu ce moment, le prêtre catholique, comme si des écailles fussent tombées de s yeux, vit nettement l’opposition, l’antinomie, entre l’Eglise romaine et la irole du Christ. Contraint de choisir, il jugea, comme autrefois saint Pierre, l’il valait mieux „ obéir à Dieu qu’aux hommes Et la séparation fut faite, le entraîna, du jour au lendemain, celle d’une congrégation de 2000 âmes qui, ivant leur pasteur, s’affranchirent du papisme pour prendre le joug aimable et fardean léger de Jésus-Christ.
Ainsi, du jour où il fut, pour son compte, „ réformé “, le P. Chiniquy vint „ réformateur Ce que furent Luther pour les Allemands, Zwingli pour s Suisses, Knox pour les Ecossais, Calvin pour les Français, il le fut, lui, dans seconde moitié du XIXm' Siècle, pour les Canadiens français. Ou, si l’on ouve ces comparaisons trop accablantes, on peut du moins, sans trop de disoportion, le rapprocher des précurseurs, les Pierre Valdo, les Wicleff, les Jean iss, les Farel, etc. Dans cette „ œuvre des prêtres “ qui donne, aujourd’hui, nt de promesses et qui semble l’un des plus sûrs présages de la grande Rérmation attendue du XXmo Siècle, il fut aussi l’un des précurseurs, des initiateurs.
Par dessus tout, il fut un apôtre. Car es serait une grande erreur de étendre borner cette charge et ce nom au siècle dit apostolique et à la pernne des Douze ou de saint Paul ou de Barnabas. Avec ou sans le nom, la arge n’a pas cessé d’exister dans la vraie Eglise de Christ; et l’Esprit du igneur, qui fixe les ministères en décernant les charismes, n’a jamais cessé susciter celui-là. Nous avons vu Chiniquy, quand il était encore prisonnier i romanisme, se faire déjà l’apôtre de deux grandes causes ; la tempérance
et la colonisation. Par la suite, il fut encore cela ; mais, en outre, et au p. mier rang, il exerça l’apostolat de la Réforme et de l’évangélisation. C'est, qi était né apôtre. Il pouvait dire, comme saint Paul, qu’il avait été „ choisi c le sein de sa mère “, qu’il était „ apôtre par appel “ ou par vocation diret d’En-Haut. De l’apôtre il avait, en effet, tous les traits : le tempérament»’ foi, le désintéressement, le courage, l’esprit polémique et irénique à la fois, feu sacré, le zèle infatigable et infatigué. De l’apôtre il connut aussi les t: verses, les luttes, les opprobres, les vexations, les blessures.
Ses compatriotes catholiques, ces Canadiens français pour qui il aura comme Paul le disait des Israélites, accepté d’être anathème, tentèrent pl d’une fois de le mettre à mort. On incendia ses presses, on jeta des pieri sur les cortèges de ses auditeurs. Maintes fois il entendit sur son passage 1 cris forcenés d’une populace fanatisée : „ A mort 1 apostat 1 Tuez-le !
A sa mort seulement se manifesta un retour de justice de ses co patriotes et comme un vif regret, chez plusieurs, d’avoir méconnu leur ai leur apôtre, l’homme de Dieu qui leur avait été envoyé. Quatre mille personn des catholiques pour la plupart, défilèrent pendant trois jours, les larmes a yeux, devant sa dépouille mortelle, dans sa maison de Montréal, et conte plèrent cette face paisible, endormie dans la sérénité de la mort. Ses funérail furent suivies par plus de 10,000 personnes, tant catholiques que protestani de toute nationalité. C’était l’apothéose après les gémonies. Par la mort, était entré, comme tous les témoins fidèles du Christ, non seulement dans paix, mais dans la gloire.
Cette gloire sera durable, comme la cause sacrée dont elle a reçu rayonnement. Elle durera sur la terre autant ou plus que le peuple canadi lui-même. Elle se développera avec les destinées de ce peuple en voie de crc sance, ou mieux avec les destinées de cet Evangile dont la loi est de s’étenc et de gagner de proche en proche jusqu’à ce qu’il ait été prêché à toute crr ture sous le ciel et que, par sa vertu, se soit établi sur la terre le royaume c cieux, la cité de justice, d'amour et de liberté.
EUG. RÉVEILLAUD.
Table des Matières.
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La Bible et le prêtre de Rome. 1
Le moine et le célibat. 7
La confession des enfants. 16
Le berger flagellé par ses brebis 31
La mort subite de mon père. Le prêtre, le purgatoire
et la vache de la pauvre veuve. 47
L’orgie au presbytère. 58
Préparation à la première communion. Mariolâtrie. 69
Etudes au Collège. 74
L’éducation morale et religieuse du Collège. 87
L’éducation d’un enfant protestant dans le collège ou
le couvent de Rome. 101
La théologie de l’Eglise de Rome. 112
Les théologiens catholiques romains enseignent 1©
mensonge et le parjure. 114
Les catholiques romains ont le droit et le devoir, si le pape
le commande, de faire mourir tous les hérétiques. 119 Le célibat. 124
Immoralité de la théologie de Rome, la mère des impu-
dicités et des abominations de la terre. 138
Quelques-uns des sujets sur lesquels le confesseur doit
interroger ses pénitentes. 151
Le sacerdoce de Rome, ou l’idolâtrie ancienne et moderne. 156 Quelques conséquences remarquables du dogme de la
transsubstantiation. 170
Mon vicariat à St-Charles, Rivière Boyer. 183
Louis-Joseph Papineau et les patriotes de 1837. 203
Le grand dîner des curés; la sœur de M. Perras. 214
M. l’abbé Bédard, curé de Charlebourg. 231
Le choléra-morbus de 1834; admirable courage et dévouement des prêtres romains.
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Mon vicariat à St-Roch de Québec ; l’hôpital de marine ; la première fois que je porte le dieu galette dans la poche de mon gilet. 255
La simonie; commerce étrange et sacrilège du sang de Jésus-Christ; Société des Trois Messes et Société d’une Messe. 261
Le commerce des Messes. 273
Leçons de tempérance et d’anatomie; conséquences fatales de l’intempérance. 282
Conversion de protestants à l’Eglise catholique. 299
Activité dans la prison et ce qui s’en suivit. 308
Maladies et guérisons; les miracles de l’Eglise de Rome. 316 Ma nomination comme curé de Beauport. 339
Etablissement de la Société de Tempérance à Beauport. 348 Extension de l’œuvre; fin de l’opposition du clergé. 356
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