XVII. Mon vicariat à St-Charles, Rivière Boyer
Le 24 septembre 1833, M. l’abbé Cazeault, secrétaire du diocèse de Montréal, me remettait la lettre officielle qui me nommait vicaire de M. l'abbé Perras, archi-prêtre, curé de St-Charles, Rivière Boyer.
Rien ne pouvait m'être plus agréable que cette nouvelle ; aussi me mis-je bientôt en route pour aller occuper ie poste que mes supérieurs venaient de m'assigner,
— dE —
La belle paroisse de St-Charles est située à environ vingt milles au sud-ouest de Québe: ; elle est traversée, dans toute sa longueur du nord au sud, par une jolie rivière, sur les bords de laquelle sont bâties les maisons des fermiers. Ces maisons étaient presque toutes blanchies à la chaux, et elles avaient un air de propreté et d'aisance qui faisait plaisir à voir. La hache, qui a partout si stupidement détruit les belles forêts du Canada, n'y avait pas encore accompli son œuvre de vandalisme; et les magniliques bocages d'érables que l'on voyait sur presque toutes les terres, témoignaient de l'intelligence et du bon goût des cultivateurs. Rien de plus gracieux que le coup d'œil que m'offrit cette paroisse lorsque j'y arrivai pour la première fois.
J'avais souver: cotendu dire que M. Perras était l'un des prêtre: !«+ plus savants et les plus vénérables du Canada. J'::54 même appris que plusieurs gouverneurs de (j'ibec lui avaient confié l'éducation française de leurs enfants. Il était absent lorsque j'arrivai à son presbytère ; mais sa sœur m'attendait, et me reçut avec la plus grande politesse, C'était une demoiselle d'environ cinquante-cinq ans; mais le poids de ses nombreuses années n'avait presque rien ôté aux charmes de sa jeunesse. Après les premiers compliments de réception, elle me montra ma chambre d'étude, qui conduisait à ma chambre à coucher, Elles étaient, l’une et l’autre, embaumées du parfum de deux magnifiques bouquets de fleurs, sur l’un desquels se trouvait écrit: Bienvenue à l'ange que le Seigneur nous envoie comme son messager.
Tout ce qui pouvait m'être agréable et utile avait été réuni dans ces deux chambres. Après en avoir admiré la propreté et le confort, je tombai à genoux pour remercier le bon Dieu. et la sainte Vierge de
m'avoir plus tard Perras, vin et Île circonsta connu m passé av pouvait :
plaisir q Cette | dix minu pour le s'empara olus frap descendit mière foi M. Per Sa taille !
jamais ro dignité qu de ses be avoir det tien, Sa on aurait gent, pou Lorsqu' de bonté ment saisi el, en mê que, sans jetai à ger veut que :
vous qui Carrière d
pour que.
se à en-
elle est au sud, elle sont s étaient avaient t plaisir nent dés encore magnipresque :e et du rracieux lorsque
as était iérables rs gouucation lorsque tendait, C'était mais le ue rien ‘emiers cham- Jucher, Jarfum ir l’un ge que ssager.
> avait \ avoir renoux
rge de
m'avoir donné une pareille demeure. Dix minutes
plus tard je retournai au salon, où je trouvai Mile Perras, qui m'y attendait pour m'offrir le verre de vin et le pain de savoie d'usage alors en pareilles circonstances. Ce fut là que j'appris qu'elle avait connu ma mère avant son mariage, et qu elle avait passé avec elle plusieurs jours agréables. Elle ne pouvait assurément pas me causer de plus grand plaisir qu'en me parlant de ma mère.
Cette bonne demoiselle ne m'avait pas entretenu dix minutes, que M. le curé rentrait, Je me levai pour le saluer. Impossible de dire l'émotion qui sempara alors de moi. Les Israélites ne furent pas nlus frappés de respect à la vue de Moïse lorsqu'il descendit du Sinaï que je ne le fus moi-même la pre mière fois que je vis cet homme vénérable.
M. Perras pouvait alors avoir soixante-cinq ans, Sa taille tenait du géant; et jamais général d'armée, jamais roi peut-être, ne porta sa tête avec plus de dignité que ce prêtre. Mais la douceur remarquable de ses beaux yeux bleus tempérait ce qu’il pouvait y avoir de trop imposant dans la noblesse de son maintien. Sa chevelure blonde commençait à blanchir : on aurait dit qu’elle était tressée de fils d’or et d’argent, pour embellir et couronner sa vénérable tête.
Lorsqu'il me tendit la main, avec une expression de bonté impossible à décrire, je me sentis tellement saisi par le respect que j'éprouvais pour lui, el, en même temps, par la solennité de ma position, que, Sans aucune préméditation de ma part, je me jetai à genoux et lui dis: «M. Perras, le bon Dieu veut que vous soyez mon père et mon guide : c’est vous qui allez diriger mes premiers pas dans la carrière du sacerdoce; veuillez me bénir et prier pour que je sois un bon prêtre, comme vous. »