‹ Cinquante ans dans l'Eglise romaine [microforme]Chapitre 31 sur 52 · TA · texte numérisé non relu

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poussèrent un éclat de rire tel que je n’en ai jamais entendu depuis. Tous les convives, égayés par le champagne, frappaient le plancher de leurs pieds, battaient des mains et criaient, avec des rires indescriptibles: « Le bon-dieu fondu! Le bon-dieu fondu ! »

Oui, le dieu de Rome, perdu dans la boue d’un fossé par un de ses prêtres ivres, était bien réellement fondu, Et ce triste accident était proclamé avec de violents éclats de rire par d’autres prêtres, autour d’une table couverte de bouteilles de vin, qu’ils venaient de vider!

Le 4% mars 1839 fut un jour de profonde humiliation dans ma vie de prêtre de Rome. La veille, un pauvre Irlandais était descendu des montagnes qui s'élèvent entre le lac de Beauport et la rivière Montmorency, pour me chercher: une lrlandaise, qui se mourait, désirait se confesser et recevoir les derniers sacrements de l’Église avant de quitter cette triste terre.

Il était deux heures de l'après-midi lorsqu'il arriva, En moins de dix minutes j'étais allé chercher le bondieu à l’église, et je l'avais renfermé dans une petite boîte appelée « porte-dieu ». Me revêtant ensuite de mes habits de voyage, je me jetai dans l’humble carriole du pauvre émigré de l'Irlande, et nous nous mimes en route. Le chemin à travers ces montagnes, allant presque toujours en montant, était rempli de cahots qui nous forçaient à n'aller qu'au pas. Il était déjà sept heures du soir, et nous avions encore plus de trois milles à franchir pour nous rendre chez la malade : le cheval ne pouvait plus avancer. D’ailleur, les ténèbres étaient alfreuses, au milieu des sapins noirs qui dérobaient les rayons de la lumière, même en plein jour d'été. Il n’était donc pas prudent de

“enfoncer plus avant dans cette sombre forêt, où

plusieurs chemins, tracés dans toutes les directions Je par les coupeurs de bois, pouvaient facilement nous k égarer. Je me décidai done à passer la nuit dans je lu un chantier d’Irlandais, que nous recannûmes à la soupe pâle lumière d’une lampe dont quelques faibles de be rayons nous arrivaient à travers les fentes de la porte. {

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Je Je fus reçu avec les marques de respect que l’Ir- excel landais sait mieux qu'aucun peuple au monde donner le ter

à ses prêtres. La maison, ou plutôt le chantier, de sur n vingt pieds de long sur seize de large, était construit fond de morceaux de bois rond, dans les interstices des-

quels la terre glaise, mêlée à des branches et à du nu. foin, prenait la place du mortier pour empêcher le nr vent et le froid de pénétrer à l’intérieur. cn

Six gros enfants, pleins de santé et de force, à prend moitié vêtus, se pressaient autour de leurs bons pa- Mai rents, comme des preuves vivantes que cette humble que ; demeure était bénie de Dieu, et qu’elle avait aussi ati ses jours de bonheur et de joie. lé

Outre ces huit créatures humaines, le toit hospi- J'ordo talier de ce chantier abritait encore une superbe la mai vache, que j’aperçus avec son veau nouvellement né, quelqt ainsi que deux beaux porcs. Ces quatre derniers avouer habitants n'étaient séparés de la famille que par une qu'aux petite clôture de branches d'environ deux pieds de moi, p hauteur. sères,

— Que votre Révérence ait la bonté d’excuser notre cinq n pauvreté, me dit, avec une exquise politesse, la mai- frappa tresse du logis; mais soyez bien certain que nous à tendre nous sentons fiers et heureux d’avoir l’honneur de Jap: vous loger, cette nuit, dans notre pauvre demeure, blants, Ma seule peine est de n'avoir que des pommes de : de con terre, du beurre et du lait à vous donner pour fi =,

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Je remerciai cette brave femme de sa bonté à mon égard, et je ne lui causai pas peu de plaisir lorsque je lui dis que chez moi, comme ailleurs, le meilleur

souper que je pusse faire était composé de patates, de beurre et de lait.

Je mangeai avec appétit, et je trouvai le repas excellent. Nous fimes la prière en famille, et lorsque le temps de dormir fut arrivé, je me jetai tout habillé sur mon lit, où je dormis jusqu’au matin d’un proiond sommeil.

Avant la pointe du jour, j'étais déjà prêt à partir pour visiter la malade; et aussitôt que les premiers rayons de lumière nous permirent de distinguer les Chemins, nous nous mimes en route, sans vouloir prendre le temps de déjeüner.

Mais je n'avais pas encore fait un quart de mille que, portant la main à la poche de mon gilet, je sentis tout mon corps se couvrir d’une sueur froide. Je m'aperçus que j'avais perdu mon porte-dieu ! Jordonnai donc à mon conducteur de retourner à la maison au plus vite, lui disant que j'avais perdu quelque chose de précieux, sans pourtant vouloir lui avouer ce que c'était; car je lui avais caché, ainsi qu'aux gens du chantier, que j'avais le bon-dieu sur moi, pour ne pas les troubler et augmenter les misères, déjà si grandes, de ce voyage. En moins de cinq minutes nous étions de retour à la porte, où je frappai doucement, et que j'ouvris, sans même attendre qu’on me le permit.

J'aperçus l'Irlandais et sa femme päles et tremblants, ils ressemblaient à deux criminels qu’on vient de condamner an dernier supplice !

— N’auriez-vous pas trouvé une petite boite d'ar.

— Ah! oui, mon Dieu! dit-elle, j’en ai trouvé une; mais j'aimerais bien mieux être morte mille fois que l'avoir trouvée! La voici.

— Comment se fait-il, que vous ayez tant de chagrin d’avoir trouvé une chose que j'ai tant de bonheur de revoir ?

— Ah! mon Père! me répondit-elle, vous ne vous ‘doutez pas de l’affreux malheur qui vient de m'arriver !

— Quel malheur si grand peut donc vous être arrivé? lui répondis-;je.

— Ouvrez la boîte, et vous comprendrez la cause de mon trouble, me répondit la pauvre femme, d’une voix étouffée par les sanglots.

J'ouvris donc le porte-dieu; mais l’hostie n'y était plus!

Je regardai la femme en face, et je lui dis: Qu’est-ce que cela signifie ?

— Cela signifie que je suis la plus malheureuse des femmes ! Il n’y avait pas cinq minutes que vous étiez parti, lorsque j'ai trouvé cette petite boîte d’argent dans votre lit. J'ai bien supposé qu’elle était tombée de vos poches; je l'ai montrée aux enfants, puis à mon mari, en le priant de l'ouvrir; mais il ne l’a pas voulu. Je l'ai tournée alors dans tous les sens, pour découvrir s’il était possible ce qu’elle pouvait contenir; jusqu’à ce qu'’enfin, tentée par le démon, je me suis déterminée à voir de mes yeux ce qu elle renfermait. Je me suis retirée dans ce petit coin de notre pauvre cabane, où notre lampe a coutume de rester vosée sur cette planchette, et je l'ai ouverte... Mais, grand Dieu! cominent vous dire le reste?

En prononçani ces paroles, la pauvre femme tomba par terre, se débattant et se roulant dans d’horribles convulsions. Ses enfants se mirent à pousser des cris

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‘léchirants. Les plus jeunes se jetaient sur leur pauvre mère, en criant: «Chère maman! pour l'amour de Dieu! ne nous laisse Pas, ne va pas mourir. Ah! qu’allons-nous devenir? »

Le spectacle que j'avais sous mes yeux me brisait le cœur: il me fallut faire mille efforts pour ne pas mêler mes larmes et mes sanglots à ceux des pauvres petits enfants.

Faisant cependant un effort sur moi-même le mari à part, pendant que la ‘:mme, étendue sur le plancher, sans connaissance et Sens mouvement, me “onnait l'espoir que cette terrible crise allait bientôt finir, et je lui demandai l'explication de tout cela.

Il ne put d’abord me répondre: ce ne fut, ainsi dire, qu'après des efforts Surhumains pour conenir sa douleur, qu'il me dit: Regardez ce vase ‘l’ignominie, dont les enfants se sont servis cette nuit, Eh bien ! lorsque ma pauvre femme a ouvert la petite boîte d'argent, près de la lampe, elle n’avait pas observé que ce vase immonde était là, à ses pieds, car la lampe ne donnait pas assez de clarté pour le voir,

Or, en ouvrant la boite, ce qu’eile contenait est tombé, et s'est tout de suite enfoncé dans ces ordures. Nous sommes restés pétrifiés d'horreur! Nous

nous regardions sans dire mot. lorsque tout à coup vous êles entré...!

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pour

Je me sentis saisi d'une si profonde horreur à ce récit, que je restai aussi moi-même comme pétrifié, et incapable de prononcer une seule parole! Mon ‘lise infaillible m'’assurait divinité de mon Sauveur, ces immondices.…!

Que faire? Ma première pensée fut de plonger ma main dans ces ordures. pour en retirer môn S

DQ IC: OI Oauveur

et mon Dieu. Mais ma foi

que le corps, l’âme, la étaient là ensevelis dans

ne fut pas assez forte

pour me déterminer à faire cet acte qui me semblait pourtant héroïque : mon courage défaillit devant la honte et l'horreur de ce qu’il m'aurait fallu toucher Pour arracher mon Sauveur d'alors à cet affreux tombeau |

Après un temps considérable d’'hésitation et de silence, j'ordonnai de creuser une fosse de trois pieds de profondeur, d'y déposer le vase de nuit, avec tout son contenu, et de le-recouvrir sans Jamais rien dire à personne,

J'ai dû apprendre, dans le plus saint des livres de Rome, le Missel romain, page 58, les lois suivantes :

« Si, après la communion, le prêtre vomit, et que Uhostie soit encore intacte, au milieu de la matière qu'il a vomie, il devra s’efforcer d’avaler de nouveau ce qu'il vient de vomir. Mais s’il sent trop de ré- Pagnance à l’avaler de nouveau, qu’il en sépare le œrps de Jésus-Christ, le mette dans un lieu à part, jusqu'à ce que les espèces consacrées soient complètement pourries, et qu'il jette alors le tout dans l'endroit réservé à ces choses. »

En acceptant le dogme de la transsubstantiation, j'étais obligé de croire, avec tous les catholiquesromains, que notre Seigneur Jésus-Christ avait pris son propre corps dans ses mains, l'avait porté à sa bouche et l'avait mangé! c’est-à-dire, qu'il s'était mangé lui-même, non pas spirituellement, en figure, mais réellement, en substance. Oui, j'étais obligé de croire que notre Seigneur s’est mangé, non seulement les mains et les pieds, mais la tête, les entrailles, jes poumons, le cerveau! qu’il avait bu son sang jusqu'à la dernière goutte! qu’ensuite il avait, de ses propres mains, porté son corps à la bouche de ses apôtres, pour ie leur faire manger aussi, non pas d’une ma-

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nière spirituelle et symbolique, mais matérielle et réelle. Et ses apôtres avaient dû, de la sorte, manger véritablement la tête et la cervelle, les entrailles et les pieds de Jésus-Christ! ils avaient bu le sang qui coulait dans ses veines!

Lorsque, le flambeau de l'Evangile à la main, l’on étudie les abominations de l'Eglise de Rome, on se sent épouvanté, et l'on comprend que Dieu nous fait assister à l’accomplissement de Ja plus terrible des prophéties !

Oui! quand on voit le pape de Rome se prosterner avec ses prêtres et ses peuples devant un dieu qu'ils ont fait de leurs propres mains, pour l’adorer, tout en avouant que ce Dieu peut être mangé par les rats, qu'il peut se fondre dans la boue d’un fossé, où un de ses prêtres ivres l’a laissé tomber; qu'il peut même être plongé, en corps et en âme, dans un vase de nuit rempli d'immondices ; qu'il peut être vomi et mangé de nouveau par ses prêtres : quand on voit toutes ces hontes, il semble qu'on entende comme la foudre qui gronde contre Rome et qui dit: « Parce qu'ils n’ont pas voulu recevoir la vérité pour être sauvés, je vais leur envoyer de puissantes illusions, afin qu'ils croient au mensonge. » (2 Thes. IT. 11).

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