‹ Cinquante ans dans l'Eglise romaine [microforme]Chapitre 36 sur 52 · À. BÉDARD · texte numérisé non relu

À. BÉDARD

Je fus extrêmement troublé par cette lettre. J'étais si Jeune et je me sentais si dépourvu des qualités

requises pour occuper la haute position à laquelle je me voyais si soudainement élevé! Je savais, d’ailleurs, que c'était contre l'usage du diocèse de mettre un prêtre si jeune et sans expérience à la tête d’une paroisse aussi importante. Je crus donc que mes amis et mes supérieurs s'étaient étrangement exagéré mes faibles capacités.

Dans ma réponse à M. Bédard, je m'opposai fortement à ce choix; mais je reçus bientôt une lettre de l’évêque m'ordonnant de me rendre à Charlebourg pour y desservir cette paroisse en l’absence du

curé.

Je considérai cette élévation soudaine et si peu méritée comme une épreuve dangereuse à mon jeune ministère. J’acceptai la tâche en tremblant, mais avec le désir de faire, avec l’aide de Dieu. mon devoir aussi bien que possible.

Je ne cacherai point, cependant, que je me sentis presque défaillir lorsque je mis, pour la première fois, les pieds dans cette paroisse. Je vis son étendue el son importance, et il me sembla plus évident que jamais que M. Bédard et mes supérieurs s'étaient étrangement trompés en mettant sur mes jeunes et faibles épaules un aussi lourd fardeau. Car je n'étais alors âgé que de vingt-quatre ans, et il y avait à peine neuf mois que j’exerçais mon ministère.

Charlebourg est une des paroisses les plus anciennes et les plus importantes du Canada. Sa position au pied des Laurentides est particulièrement belle, et elle permet, en un coup d'œil, d’embrasser toute la ville de Quéhec et son port majestueux, où plus de neuf cents vaisseaux se préparaient alors à recevoir leurs riches cargaisons de bois.

A gauche, des maisons blanches rangées sans nombre jusqu'à la chute de Montmorency; à nos

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pieds, le majestueux Saint-Laurent, brisant ses flots rapides et profonds sur la belle île d'Orléans; plus loin, les villages de St-Roch, Lorette, Ste-Joy, avec leurs hauts clochers recouverts en fer-blanc, et sur lesquels le soleil vient refléter ses rayons argentés ; enfin, la citadelle de Québec, avec ses longues rangées de murs noirs et tortueux, ses canons luisants et ses fières tours, semblables à autant de sentinelles placées à l'horizon : tout cela présente un tel spectacle de grandeur, qu'aucune plume ne saurait le décrire.

M. Bédard était un des rares prêtres de l’Église de Rome chez qui j'aie trouvé une foi honnête et sincère, D'un caractère irréprochable, il croyait avec une foi d'enfant toutes les absurdités que l'Église romaine enseigne, et sa vie était d'accord avec sa foi.

Quoique dans le presbytère de Charlebourg on ne fût pas soumis à un règlement aussi sévère que dans celui de St-Charles, il y avait cependant dans la première de ces paroisses plus de sérieux et plus de vie dans l’accomplissement des devoirs du prêtre. Les études théologiques, philosophiques et historiques occupaient moins de place dans la paroisse de M. Bédard; mais le travail réel et pratique y était plus considérable, La vieille aristocratie française dominait davantage à Saint-Charles; tandis qu’à Charlebourg on trouvait plus du caractère religieux du bon habitant canadien.

Bien que M. Bédard et M. Perras fussent tous deux considérés comme des hommes d’une foi également sincère, leur piété était d’un caractère bien différent. Tout était calme et sérénité dans la religion de M. Perras; tandis que la dévotion de M. Bédard avait quelque chose de l’impétuosité de l’éciair ou du bruit de la foudre. Les conversations religieuses

el privées du curé de St-Charles étaient admirables ; mais il lui était impossible de parler en chaire pendant dix minutes avec suite et bon sens. Il ne prêcha qu'une seule fois durant tout le temps que je fus son vicaire; et il n’était pas encore à la moitié de son sérmon, que tous ses auditeurs dormaient déjà profondément. Mais qui pouvait entendre les sermons de M. Bédard sans en avoir le cœur touché et l'âme remplie d’épouvante? Je n'ai jamais rien entendu d'aussi émouvant que les paroles de ce prêtre sur le Jugement de Dieu et les châtiments de l'enfer!

M. Perras ne jeünait qu'aux jours ordonnés par l'Église; M. Bédard s'était condamné lui-même à jeüner deux fois par semaine. Le premier ne prenait jamais plus d’un verre de rhum chaque jour, ni autre tiqueur alcoolique; il ne prenait jamais plus de deux verres de vin à diner, Le second ne manquait jamais de prendre trois ou quatre verres de rhum par jour, et autant de vin à chaque repas.

M. Perras dormait toute la nuit comme un enfant dans son berceau; M. Bédard, durant tout le temps que j'ai demeuré avec lui, se levait chaque nuit pour se fouetter, de la manière la plus cruelle, avec des mèches de cuir armées de balles de plomb. Pendant qu'il s’administrait ainsi cette sévère punition, il répétait en latin le Psaume L, Miserere mei, Deus. secondum magnam misericordiam tuam, O Dieu, ayez pitié de moi, suivant l'étendue de votre miséricorde.

Probablement sans s’en apercevoir, il priait si haut que j’entendais tous les mots qu'il prononçait; et il se frappait avec tant de force, qu’il m'aurait été facile de compter tous les coups qu’il se donnait,

Un jour, je lui fis respectueusement quelques observations, lui disant qu’un tel traitement pourrait ruiner sa santé et briser sa constitution.

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— Mon cher petit frère, me dit-il, notre santé et notre constitution ne sont pas ruinées par nos pénitences, mais bien plutôt par nos péchés. Personne dans cette paroisse ne se porte mieux que moi, quoique depuis bien des années je m'inflige ces châtiments salutaires et trop souvent mérités. Malgré ma vieillesse, j'ai dans mon cœur dépravé un ennemi implacable, que je ne puis réduire sans châlier mon corps. Si je ne fais moi-même pénitence pour mes péchés sans nombre, qui le fera à ma place? Si je ne paie ma dette à la justice de Dieu, qui la paiera pour moi?

— Mais notre Seigneur-Christ, lui répondis-je, da-t-il pas payé notre dette sur le Calvaire? Ne nous a-t-il pas tous sauvés par sa mort sur la croix? Pourquoi donc paierions-nous, vous et moi, une dette qui a déjà été si parfaitement payée par notre Dauveur?

— Ah! mon jeune ami, me répondit M. Bédard avec empressement, la doctrine que vous exprimez à est protestante, et a été condamnée par le saint Roncile de Trente. Le Christ a payé notre dette, c'est frais mais non pas d’une manière si absolue qu'il ne nous reste plus rien à payer. N'avez-vous jamais fait attention à ce que dit saint Paul, dans son Épitre aux Colossiens : « J'accomplis en ma chair le resto des afflictions du Christ, pour son corps, qui est l'Église !» Quoique Jésus-Christ eût pu payer nos dettes, sil l’eût voulu, d’une manière entière et complète, il est évident qu’il ne l’a pas fait. Il a laissé quelque chose que Pau!, vous et moi, et chacun de ses disciples doit payer en son propre corps, pour son Église. Quand nous avons payé en notre corps ce reste des afflictions du Christ», alors le surplus de nos mérites va au trésor de l'Église.

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Par exemple, lorsqu'un saint a accompli dans sa chair ce qui restait des afflictions de Christ, en tra. vaillant à sa sanctification parfaite, s'il a mérité plus qu'il ne demande, le surplus de ses mérites, ne lui

étant pas nécessaire, va tomber dans le grand et M. B commun trésor de l'Église : tout cela constitue un À de cos: fonds d’une valeur infinie, d'où les papes et les évé. parlait 6 ques tirent les indulgences, qu'ils répandent sur le iussi él monde comme une rosée du ciel. Par la grâce de Fil n'avai Dieu, les pénitences que je m'impose et les peines M de Dieu que j'endure par mes flagellations, purifiant mon âme Re pain souillée et m’élevant au-dessus de ce monde impur, CORRE me rapprochent de plus en plus de mon Dieu. Je ne M rassasié. suis pas encore saint, par malheur; mais par la mi-Ï Je lui séricorde de Dieu et par mes pénitences, unies aux ce que n souffrances du Christ, j'arrive à l’heureux moment E la vie de où toutes mes dettes seront payées, tous més péchés K siques ; effacés ; alors, si je continue à faire pénitence et à E doctrine acquérir de nouveaux mérites, ce surplus de mérites deuxiëm ira grossir l'inépuisable trésor des indulgences, où Æ Voici ce l'Église puise pour enrichir la multitude des pau- « C’est vres âmes qui ne font pas assez pour payer par Eje Ja foi elles-mêmes la dette de leurs péchés, et parvenir Lun don à cette hauteur de sainteté qui mérite une cou fin que ronne au ciel. Par conséquent, plus nous faisons ouvrage, pénitence et plus nous infligeons de tortures œuvres, : à notre corps par nos jeûnes et nos flagellations, Mine plus nous nous sentons heureux, par l'assurance de ds aus nous élever ainsi de plus en plus au-dessus de ce eco monde de péché, et de nous rapprocher, chaque jour Æ,

Fe : ‘acheter davantage, de cet état de sainteté dont parlait le Sau- déchian veur lorsqu'il disait : « Soyez saints, comme je suis Nés moi-même saint ». Nous ressentons une joie inexpri- Fe du mable à la pensée que, par ces châtiments volon- is us

taires nous obtenons des mérites sans nombre, qui

non seulement nous enrichissent nous-mêmes, mais encore notre sainte Église, en remplissant ses trésors

pour le bien et le salut des âmes que Jésus-Christ a rachetées sur le Calvaire.

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M. Bédard, en essayant ainsi de nourrir mon âme de cosses, bonnes seulement pour les pourceaux, parlait avec beaucoup de feu et de sincérité : il était iussi éloigné que moi-même de la maison du Père; il n'avait pas encore goûté au pain donné aux enfants de Dieu; il ignorait même quelle est la douceur de ce pain céleste; il devait donc accepter ces cosses

comme sa seule nourriture, sans en être toutefois rassasié.

Je lui répondis : — Ce que vous me dites là est ce que nous trouvons dans nos livres ascétiques, dans la vie de tous nos saints et dans nos traités théologiques; mais il m'est impossible de retrouver cette doctrine dans ce que j'ai lu, ce matin, au chapitre deuxième de l’Épitre aux Éphésiens, v. 8, 9 et 40. Voici ce passage :

< C'est par la grâce que vous êtes sauvés en vertu

de la foi; et cela ne vient pas de vous, puisque c’est

jun don de Dieu. Cela ne vient point de vos œuvres,

afin que nul ne s’en glorifie. Car nous sommes son

ouvrage, étant créés en Jésus-Christ dans les bonnes œuvres, afin que nous y marchions ».

Mon cher et vénéré M. Bédard, permettez-moi de vous demander comment il se fait que votre salut soit seulement l'effet de la grâce, s’il vous faut ‘acheter chaque jour en fouettant votre corps et en déchirant votre chair d’une manière aussi cruelle? N'est-ce pas une grâce bien étrange, une faveur bien singulière que celle qui vous porte ainsi, toutes ies nuits, à ensanglanter votre corps?

— Mon cher pelit frère, me répondit M. Bédard, auand M. Perras fit, en la présence de l'évêque, l'éloge si bien mérité de votre habileté et de votre piété, il ne cacha pas que vous aviez une tendance fatale à trop interpréter les Écritures suivant votre propre jugement, dans un sens plutôt protestant que catholique. Je suis peiné de voir que le curé de St. Charles ne disait que trop la vérité. Mais il a ajouté que, quoique votre trop grande lecture de la Bible ail jeté quelques nuages sur votre esprit, cependant vous avez toujours, en discutant avec lui, fini pa vous soumetlre à l'interprétation de notre sainte Eglise,

Cela ne m'a pas empêché de désirer que vous me remplaciez en mon absence, et j'espère que je ne le regretlerai jamais; car nous sommes bien assurés que notre cher jeune Chiniquy ne deviendra jamais un apostat!

Ces paroles furent prononcées avec beaucoup de solennité, et une telle expression de bonté, qu’elles me percèrent le cœur comme une épée à deux tranchants,

Je me sentis accablé d’une honte, d’une confusion inexprimables; je me mordis les lèvres, et je lui dis :

— d'ai promis de ne jamais interpréter les Écritures autrement que d’après le consentement unanime des saints pères, et, avec l’aide de Dieu, je tiendrai ma promesse, Je regrette infiniment d'avoir différé d'opinion avec vous un seul moment Vous êtes mon supérieur par l’âge, la science et 1 piété. Ayez donc la bonté de me pardonner cet égarement passager, et priez que je sois comme vous, jusqu’à la fin, un brave et fidèle soldat de notre

sainte Eglise.

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servie, Et, à mon grand soulagement, cette conversation pénible fut abandonnée

Il n'y avait pas encore dix minutes que nous étions à table, lorsqu'un pauvre frappa à la porte, demandant à manger pour l'amour de Dieu et de la sainte Vierge, M. Bédard se leva, et, s'adressant au mendiant, il lui dit :

— Entrez, mon ami; veuillez vous asseoir entre moi et notre cher petit Père Chiniquy. Notre Sauveur était l'ami des pauvres, le père de la veuve et de l’orphelin; et nous, ses prêtres, nous devons marcher sur ses traces. Faites comme si vous étiez chez vous. Quoique je sois le curé de Charlebourg, vous êtes mon frère, et il pourrait bien se faire qu’au ciel vous fussiez assis sur un trône plus beau que le mien, si : aimez le Sauveur Jésus- Christ et sa sainte Mère plus que je ne fais moimême.

Après ces paroles, les meilleurs mets furent présentés au pauvre étranger, qui, après quelque hésitation, finit cependant par leur faire honneur. Inutile de dire, après un pareil -fait, que M. Bédard était charitable pour les Pauvres et les traitait comme ses meilleurs amis. Je ne dois pas oublier de dire que le curé de St-Charles, M. Perras, était lui aussi trés charitable envers les pauvres. Bien que sa charité ne fût pas aussi démonstrative que celle de M. Bédard, je n’ai cependant jamais vu entrer un seul pauvre au presbytère de St-Charles sans qu'il dût en sortir le cœur rempli de reconnaissance et de joie.

M. Bédard était aussi régulier que M. Perras à se tonfesser une fois, deux fois, et même trois fois par

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semaine; et, plutôt que de manquer à l’accomplisse. ment de cet acte humiliant, ils venaient souvent, tous les deux, en l'absence de leur confesseur ordinaire, se jeter humblement à mes pieds pour faire l'aveu de leurs fautes, bien que cela me répugnit excessivement à cause de ma jeunesse.

Ces deux hommes remarquables professaient Ja même opinion sur l’immoralité et l'irréligion de la plus grande partie des prêtres. Ils m'ont souvent raconté, dans leurs conversations privées, des faits qui ne seraient pas crus si je les publiais. Ils m'ont plus d’une fois répété que la confession auriculaire est la source journalière d’une corruption inexprimable entre le confesseur et ses pénitentes.

Mais, comme moi, ils n'avaient ni l’un ni l'autre assez de lumière pour en conclure que la confession auriculaire est d'institution diabolique. .

Ils croyaient au contraire, tous deux, comme je le croyais moi-même, que cette pratique était nécessaire et divine, et n’était l’occasion de la perte de tant de prêtres qu’à cause de leur manque de foi, de piété, et surtout de leur négligence à prier la sainte Vierge. Ils ne parlaient jamais sur cette question par esprit de critique à l'égard de nos frères faibles dans la prêtrise : leur seule intention était de me prémunir contre les dangers aussi grands pour moi que pour les autres. Ils terminaient, en général, ces confidences par des exhortations à prier de plus en plus la Mère de Dieu, à veiller sur moi-même et à ne jamais rester seul avec mes pénitentes; ils me conseillaient surtout de traiter mon corps comme mon plus dangereux ennemi, et de l'assujettir à la loi en le crucifiant nuit et jour.

M. Bédard avait accompagné durant plusieurs années les évêques de Québec dans leurs visites

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épiscopales, et il avait vu de ses yeux les plaies hideuses qui, alors comme aujourd’hui, dévoraient les entrailles de l'Église de Rome. Il me parlait rarement de ces choses sans verser sur les prêtres tombés des larmes de compassion. Ces récits me remplissaient de tristesse et de honte; et la crainte de tomber moi-même dans cet insondable abime d’iniquités me pénétrait d’épouvante et d'horreur. Un jour, je. lui racontai ce que M. Perras m'avait dit de la désolation de l’évêque Plessis lorsqu'il lui révéla que dans tout son immense diocèse trois prêtres seulement croyaient en Dieu! Je lui demandai sil n’y avait rien d’exagéré dans ce rapyort. Il me répondit avec un profond soupir :

— Cher jeune ami, l'ange ue put trouver dix justes dans Sodome; je doute qu’il en trouvât davantage parmi les prêtres! Plus vous vieillirez, plus vous comprendrez cette vérité. Ah! « que ceux qui croient se tenir debout prennent garde qu’ils ne tombent! »

Après ces dernières paroles, il me quitta pour aller se jeter aux pieds de son dieu galette.

Les révélations qui me furent faites par ces deux dignes prêtres n’ébranlèrent nullement ma foi en mon Église. Au contraire, cette Église devint de plus en plus chère à mon cœur; car, de même qu’une mère grandit dans le dévouement et l'affection de son fils, à mesure que ses malheurs et ses souffrances deviennent plus amères, ainsi il me semblait que mon devoir, après ce qui venait de m’être révélé, était de travailler avec plus d’ardeur que jamais à témoigner mon dévouement, mon respect et mon amour à ma mère sainte et chérie, l'Église romaine, hors de laquelle, comme je le croyais alors, il n’y avait point de salut

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Ces révélations désolantes devinrent ainsi pour

moi, par une faveur providentielle, comrne un phare bâti sur les rochers les plus dangereux .de l'océan, pour tenir le pilote éloigné du péril.

Bien que ces deux prêtres professassent un respect et un amour des plus profonds ponr les saintes Écritures, ils ne consacraient cependant que très peu de temps à leur étude et à leur méditation. Ils me firent plus d’une fois des reproches de ce que je donnais à la lecture de la Bible une trop grande partie de mon temps. Ils m'avertirent, tous deux, à plusieurs reprises, de me tenir en garde contre l'habitude que j'avais de contredire les doctrines et les pratiques de nos théologiens.

Il ne leur était pas plus permis qu’à aucun autre prêtre d'ouvrir les saintes Écritures pour y trouver ce que Dieu nous demande. Les traditions de leur Église étaient leur unique source de science et de lumière. J'ai été bien souvent désolé par la facilité avec laquelle ils couvraient des nuages obscurs de leur tradition les textes les plus clairs dont je me servais pour défendre ma position, dans nos contestations journalières.

Ils parvinrent malheureusement avec trop de succès à me persuader que l'Église a réellement le droit d'exiger des prêtres le serment de n’interpréter les Ecritures que suivant le consentement unanime des saints pères. Mais lorsque je leur montrais que les pères n'étaient unanimes sur rien, et différaient au contraire sur presque tous les sujets qu’ils ont traités, que, de l’aveu de nos propres historiens ecclésiastiques, ils avaient des vues bien différentes les uns des autres sur des sujets très importants, ils m'imposaient toujours silence par ce texte : « Que celui qui n'écoute pas l'Église soit considéré comme un paien et un publicain ».

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Ils me faisaient alors, sur les dangers de l'orgueil et d'une trop grande confiance en soi-même, de longs sermons qui m’humiliaient, sans pourtant me convaincre.

M. Bédard me présenta, en plusieurs occasions, ses vues sur la soumission qu’un inférieur doit à son supérieur, et je vis qu’il avait sur ce sujet les mêmes idées que M. Perras et tous les théologiens.

Ils m’enseignaient tous deux que l’inférieur doit à son supérieur une obéissance aveugle, et que tant qu'il se tient dans les limites de cette obéissance, il n'est pas responsable de ses actes.

Ils avaient un grand amour pour Jésus - Christ; mai: brist qu’ils aimaient et adoraient était celui doi: {© vrai Seigneur Jésus-Christ a dit : « Lorsqu'ils vous diront : le Christ est ici, il est là, ne les croyez point. »

Leur christ était tantôt ici et tantôt là; car si ce n’était pas chaque jour, c'était au moins plusieurs fois par semaine qu'ils le tiraient du tabernacle, et le portaient aux malades et aux mourants, sous le nom de saint-viatique.

Ce christ qu’ils adoraient se trouvait ainsi tantôt dans les lieux retirés, tantôt dans les poches du gilet ou du pantalon du prêtre; tantôt sur sa poitrine, enfermé dans une petite boîte en argent, ensuite en Cariole, à travers les grands chemins; enfin, dans la maison du malade, où, déposé sur sa langue, il était finalement mangé et englouti dans son estomac.

Notre adorable Sauveur, parlant de ce faux christ, qui était aussi le mien alors, disait : « Ne le croyez point et n’y allez point. »

Ces deux prêtres, honnêtes et sincères, mettaient une confiance presque sans bornes dans les reliques et les scapulaires. Je leur ai entendu dire du haut

de la chaire qu'aucun accident mortel ne pouvait atteindre celui qui porte un scapulaire, Mais leur riste fin n'a pas justifié leur assertion, car ils sont morts tous deux de la manière Ja plus tragique : M. Bédard mourut subitement, le 49 mai 1837, pendant un grand diner qu'il donnait à ses amis; et M. Perras devint lunatique en 1845 et mourut dans un accès de folie, le 23 juillet 1847.

XXI. Le choléra-morbus de 1834; admirable courage et dévouement des prêtres romains.

Trois semaines s'étaient à peine écoulées depuis mon arrivée à Charlebourg, que ce cri : « Le choléramorbus est à Québec! » retentit et porta la terreur d'un bout à l’autre du Canada. Les villes de Québec et de Montréal, ainsi qu'un grand nombre de villages avaient été attaquées et décimées en 1832, par ce terrible fléau. Des milliers de malheureux, dans tous les rangs de la société, étaient devenus ses victimes. Des familles entières étaient souvent descendues, en quelques jours, dans le tombeau; et les plus habiles médecins de l’Europe et de l'Amérique s'étaient trouvés impuissants à en arrêter les ravages.

Mais l’année 1833 s'était écoulée sans qu'on eût à peine entendu parler d’une seule mort causée par cette épidémie. On espérait donc que la justice de Dieu était satisfaite et qu'on ne serait plus frappé par cet épouvantable fléau.

Charlebourg pourrait être considéré comme un des faubourgs de Québec. Ses habitants sont constamment sur les marchés de cette ville, pour y vendre leurs denrées et y acheter toutes les choses nécessaires à la vie. Il était donc cerlain que nous allions

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être parmi les premiers que visiterait cette horrible maladie.

Non, jamais je n’oublierai l'heure fatale qui s’écoula après que la nouvelle que le choléra était à Québec eut frappé mon oreille. J'aperçus, en un moment, l'insondable abime que le fléau allait creuser sous mes pieds.

Nous n'avions pas de médecin alors à Charlebourg, et il était bien évident que les docteurs de la ville auraient trop à faire auprès de leurs propres malades pour venir à notre secours. Je vis qu’il me faudrait prendre soin des corps aussi bien que des âmes de mes paroissiens, pendant les longs jours et les effroyables nuits que cette épidémie ravagerait le pays.

Les horribles souffrances des malades; les cris déchirants des veuves et des orphelins; la terreur et la désolation des individus et des familles; les pauvres et les malades qui allaient rester sans secours pendant les lugubres jours où tous les bras seraient paralysés, tous les travaux, toutes les industries arrêtées; mais, par dessus tout, la multitude de personnes, de tout âge et de tout sexe, qui, frappées par la terreur de la mort, allaient me c'ouer jour et nuit au confessionnal, pour me faire entendre leurs confessions générales et me demander le pardon de leurs péchés : tout cela passa devant les yeux de mon âme comme autant de spectres hideux et menaçants.

: Mon cœur battait avec violence et mon âme était sous l'empire d'émotions telles qu'aucune parole humaine ne saurait exprimer.

Je me jetai à genoux, et, autant avec mes larmes qu'avec mes lèvres, je conjurai Dieu d'avoir pitié de mon peuple. Je m'offris en victime, et le priai de m'ôter la vie et d’épargner mes frères. Puis, levant

mes mains suppliantes vers une statue de la sainte Vierge, que je croyais alors être réellement la mère de Dieu, je la conjurai d'avoir pilié de moi et de mes frères, en apaisant la colère de son fils.

J'étais encore à genoux, lorsque plusieurs coups frappés à ma porte me dirent que quelqu'un me demandait. C'était une jeune femme, baignée de larmes et pâle comme la mort, qui me dit, d’une voix à moitié étouffée par les sanglots: — Mon pauvre père vient d'arriver de Québec avec une atlaque de choléra... il se meurt... Pour l'amour de Dieu! venez vite le confesser et lui donner les derniers sacrements!

La parole la plus éloquente ne pourra jamais dépeindre la moitié des horreurs qui frappent la vue lorsque, pour la première fois, on entre dans la maison d’un cholérique se débattant sur son lit de mort!

Les autres maladies semblent n'attaquer qu’une partie du corps de leur victime. Mais, semblable à un tigre furieux, qui déchire avec ses dents et ses griffes impitoyables la proie qu'il a saisie, la broyant à la fois de la tête aux pieds, le choléra-morbus attaque en même temps tous les membr: du corps: tandis que l'estomac et les intestins sont torturés, les jambes, les bras, les mains, les pieds, tous les muscles sont en proie aux plus effroyables douleurs !

Je n'avais jamais rien vu de si effrayant que les yeux de ce malheureux que je venais préparer à la mort. Tous ses membres étaient déjà froids comme la glace! D'une voix faible et mourante, il me demanda de le confesser; et je fis sortir tout le monde, afin que personne ne püt entendre le récit de ses misères. Mais à peine avait-il prononcé cinq paroles, qu'il interrompit sa confession en criant : Mon Dieu!

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quelle horrible crampe à ma jambe! Pour l'amour de Dieu! voulez-vous me frotter un peu?

Je me mis à l'instant à faire ce qu'il me demandait. I] n’y avait pas encore une minute que j'étais à l'œuvre, qu’il cria de nouveau : Mon Dieu! mon Dieu! quelle horrible crampe aux deux bras! puis à l’épaule!.. puis aux pieds! Frottez, frottez plus fort!

J'employai tont ce que j'avais de forces pour le frictionner et diminuer ses tortures, jusqu’à ce qu’enlin je me sentis couvert de sueur, ce qui m’affaiblit si rapidement, que je craignis de perdre connaissance. J'appelai à mon secours deux hommes vigoureux, qui m'aidèrent à le frictionner et à diminuer, autant qu'il était possible, ses terribles souffrances. Mais la mort s’approchait, je lui administrai donc le sacrement d'extrême-onction, sans pouvoir lui faire finir sa confession.

Après l’adininistration de ce sacrement, je ne quittai pas tout de suite la maison du mourant, comme font d'ordinaire les prêtres. C'était la première fois que je me trouvais face à face avec ce géant qui avait déjà porté la désolation et la mort à travers tant de pays sur les quatre continents.

J'en avais tant entendu parler! Je savais que jusque-là rien n'avait pu arrêter sa marche. Il s'était joué des cordons sanitaires que les plus puissantes nations avaient mis devant ses pas; il avait défié l’art et la science des plus savants médecins du monde entier; d’un seul pas il avait franchi l’espace qui sépare Moscou de Paris, et d’un seu} bond ii avait traversé les vastes mers que la mañ. -e Dieu a placées entre l'Europe et l'Amérique

Ce roi des épouvantes et des terreurs, ce messager de la mort, après avoir entassé par millions dans

leurs sépulcres, les riches et les Pauvres, les vieillards et les jeunes gens, qu'il avait rencontrés dans sa marche triomphale à travers la terre, était là, devant moi! Son bras inexorable avait déjà saisi sa première victime au milieu de mon peuple. Mais, quelque faible et impuissant que je me trouvasse en face de ce monarque de la mort, je voulais cependant le connaître.

J'éprouvai comme un secret plaisir, un saint orgueil à ne pas le craindre, à le braver même et à lui dire: «Je n’ai pas peur de toi! Tu viens, sans pitié, attaquer mon peuple; mais, avec l’aide de Dieu, je te combattrai tant qu'il me restera un souf- Île de vie! Fort de la puissance de Celui qui expira pour moi sur le Calvaire, et qui m'a dit que rien n'est plus beau que de mourir pour ses frères, je te rencontrerai et je lutterai contre toi partout: où je saurai que tu veux m’enlever une de ces brebis qui me sont plus chères que la vie! »

Je me décidai donc à voir jusqu’au bout cet épouvantable drame, cette lutte sans merci entre le messager des justices du ciel et sa faible victime.

Cet homme était naturellement fort et courageux. L'agonie fut longue et terrible, comme je n’en avais jamais vu. Mais, enfin, après des heures d’indicibles souffrances, il se fit un moment de calme. Il était mort!

Cependant les voisins et les amis, oubliant le danger qu’il y avait à visiter une pareille maison, étaient accourus de tous côtés Pour voir le moribond. A peine eut-il expiré, que je tombai à genoux avec ces gens, ei nous priâmes pour le repos de son âme. Je leur adressai ensuite une courte exhortation pour les engager à quitter leurs péchés, à se réconcilier avec Dieu et à se tenir prêts à partir à l'appel du Maitre.

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Je quittai alors cette maison avec un sentiment de tristesse et de désolation inexprimable.

De retour au presbytère, je me jetai à genoux pour prier, et je soulageai mon âme trop pleine de lauleur, par des torrents de larnes, qui me firent la bien; après quoi, je pris un bain et je me lavai out le corps avec un peu de vinaigre et de l’eau camvhrée, comme préservatif.

Le reste de ce jour, que je n'oublierai Jamais, fut passé à entendre les confessions d’une multitude de personnes que la peur de la mort avait amenées au confessionnal. Ces confessions ne furent interrompucs qu'à dix heures du soir, par la sépulture du mort. Une grande foule l’accompagna jusqu’à sa derniére demeure. La nuit était calme. La faible brise qui nous venait du fleuve rendait l'air délicieux à respirer. Jamais la lune et les étoiles ne m’avaient paru si belles. Et rien n'interrompait le silence de la nuit que les soupirs et les sanglots de ja famille et les amis du défunt.

I me sembla que jamais occasion plus favorable ne pouvait se présenter pour laisser tomber dans les imes quelques bonnes pensées. Je fis donc quelques

[réflexions sur ces paroles de notre Sauveur : « SOYEz

loujours prêts, car vous ne savez pas l'heure où le Fils de l'homme viendra vous chercher ». Mais le spectacle de cette tombe qui renfermait les restes inanimés d’un homme qui la veille, plein de santé et Jde vie, causait tranquillement avec son heureuse lamille, parlait bien plus éloquemment que mes dise tours pour montrer à chacun la nécessité de se tenir toujours prêt. L'impression de ce discours sur les cœurs fut bien profonde!

Oh! comme elles étaient terribles et sublimes,

Sauveur qui, comme une rosée du ciel, tombaient dans nos âmes, pendant que nous étions autour de ce tombeau, au milieu de cette nuit, qui ne s’effacera

jamais de ma mémoire!

L'histoire de cette journée est celle des quarante jours qui suivirent, Pas un seul de ces jours ne s'écoula sans que je fusse appelé auprès de plusieurs personnes attaquées par le choléra. Plus de cent individus furent atteints par ce mal affreux, et près de quarante en moururent!

Jamais je ne pourrai assez remercier Dieu d’avoir été si bon et si miséricordieux pour moi, pendant ces terribles jours d’épreuve et de labeur, que je n'éprouvai pas la moindre indisposition !

Ce n’était pas simplement comme prêtre que je devais visiter les pestiférés. J'avais dû, malgré moi, me faire médecin. Voyant l'impossibilité d'obtenir les secours des docteurs de Québec, qui refusaient de laisser là leurs riches malades de la ville pour venir perdre leur temps et leur argent auprès des pauvres habitants de la Campagne, il m'avait semblé que c'était pour moi un devoir de conscience de m’employer, autant que possible, à soulager les souffrances et à diminuer les dangers de mort parmi mes gens. J'avais donc lu les meilleurs auteurs sur ce sujet ; j'avais consulté les meilleurs médecins de Québec, qui étaient presque tous mes amis personnels, et, sous leur direction, je m'étais monté une petite pharmacie, qui n’aurait Pas fait honte à un vieux docteur.

Comme je donnais mes soins et mes remèdes gratis, je ne fus pas longtemps à gagner la confiance des malades, au point que ces braves gens me mirent bientôt au-dessus des médecins les plus renommés du Canada.

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Le docteur Painchaud me dit, un jour, qu'il ne comprenait pas comment, avec des mains aussi meurtries et saignantes et tous les jours mises en contact avec la chair putride des malades, j'avais pu échapper à la contagion,

Je n’aurais jamais consenti à parler de ce que la divine Providence voulut que je fisse pendant cette elfroyable épidémie de 1834, qui couvrit une grande partie du Canada de deuil, de désolation et de larmes, si j'eusse été seul à faire ces choses et à braver ces dangers. Mais je suis fier et heureux de pouvoir dire que tous les prêtres du Canada dont les paroisses furent décimées par ce terrible fléau, montrèrent le même zèle, le même sang-froid et le même courage. Je pourrais en nommer des centaines qui pendant plusieurs mois eurent, jour et nuit, à combattre ce formidable ennemi face à face, et qui se comportèrent, au milieu du danger, avec un courage admirable. Un bon nombre même moururent en héros, les armes à la main, sur le champ de bataille.

J'aime à rendre justice aux prêtres du Canada. Je les ai vus à l’œuvre pendant les deux années de 1832 et 183%, et je me fais un bonheur de leur rendre le témoignage que, dans ces deux mémorables époques, ils se sont montrés dignes de l'admiration des hommes et des anges. Je n’en ai pas connu un seul qui ait donné la moindre marque de frayeur à l'approche du danger. Ils étaient toujours prêts à voler au secours des malades. pendant les nuits les plus sombres et les plus orageuses, comme pendant les jours les plus beaux.

Mais devons-nous conclure avec les prêtres de PMome, que ce dévouement et ce courage en présence du danger sont la preuve que leur Église est celle de Jésus-Christ, et que la religion qu'ils pré chent est celle de l'Évangile?

Non! assurément non!

De ce que le célèbre millionnaire Étienne Gérard se consacra lui-même au service des pestiférés et qu'il voulut les servir de ses propres mains, lors de l'horrible peste qui ravagea Philadelphie en 1793, devons-nous conclure que sa religion était la divine. la véritable religion que le Fils de Dieu a apportée à la terre? Non, puisque tout le monde sait qu'Étienne Gérard était déiste et qu'il ne croyait pas en Jésus- Christ,

Devons-nons aussi conclure que ce régiment turc qui s’est fait hacher et presque anéantir pour obéir à son général, qui lui commandait d'attaquer à la brionnette une batterie russe dont les canons vomissaient une grêle de boulets et de balles, n’a montré un si héroïque courage et un si sublime mépris de la mort, que parce qu'il suivait les inspirations de la seule vraie et sainte religion que Dieu a donnée au monde par son Fils Jésus? Non! assurément!

Ces Turcs étaient réellement braves, admirables, sublimes en face de la mort; mais voilà tout : ils ne sont pas plus chrétiens pour cela.

À la bataille d’Austerlitz, un moment critique arriva pour l’armée française. Napoléon prend un régiment de vieux guerriers et leur dit: « Soldats! combattez à la tête de ce pont. Tenez bon jusqu’à la dernière extrémité. Vous y Serez tous tués; mais vous sauverez l’armée et nous gagnerons la victoire ».

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tent comme des lions jusqu'à ce qu'ils soient presque tous tués, Et dans les siècles les plus reculés, la France comptera Austerlitz: comme une de ses plus slorieuses victoires, Qui osera dire que ces soldats étaient tous de bons chrétiens parce qu'ils montrérent un si héroïque courage?

Eh bien! les prêtres de Rome n'ont pas plus de raison de nous dire que ler: *vouement en face du danger est un argument en faveur de la divinité de leur Eglise. Les soldats fra; Çu:s élaicat bien disciplinés; ils aimaient la gloire de le: drapsau plus que leur vie ; ils ne connaissaient qu'u 2 religion : c'était d’obéir à leur empereur,

Les prêtres du pape sont aussi des soldats bien disciplinés. Ils sont nourris de l’idée que tout, même vie, doit être sacrifié pour le soutien et l'honneur le l'Église. Sauf quelques rares exceptions, les prêtres le Rome ne connaissent qu'une religion : c'est lobéissance au pape. Aussi voyez oomme ils jouent leur vie, bravent la mort et deviennent de vrais néros, sous le regard et à Ja parole de leur maitre,

Qui n’a pas lu l’histoire du navire de guerre français Le Tonnant au combat naval d’Aboukir? Lorsque ses mâts furent coupés, et que, criblé par les boulets rouges des navires anglais, il ne lui restait plus aucun moyen de défense et qu'arriva l’ordre de l'amiral Nelson : « Rendez-vous! » que répondirent les soldats et les marins français : « Nous mourrons, mais nous ne nous rendrons pas! » Et ils disparurent bientôt sous les eaux avec leur navire, en criant : (Vive la France! »

Encore une fois, est-ce que tous ces guerriers étaient de bons chrétiens parce qu'ils préféraient périr plutôt que de livrer à l'ennemi leur fier drapeau? Non! Mais ils savaient que les regards de leur

chère et belle patrie, les regards du monde entier étaient sur eux dans cette heure solennelle. Leur vie, placée dans la balance de l'honneur et de ln gloire de leur drapeau, ne leur parut plus rien, A la pensée de tomber entre les mains et aux pieds de leurs ennemis, la mort leur sembla une victoire.

Il en est de même du prêtre de Rome. Les yeux de son peuple, les regards de ses supérieurs, de son Église entière, sont sur lui. Il sait que s’il fuit le danger, s’il abandonne son poste et tourne lâchement le dos à l’ennemi pour échapper à la mort, il perd sa position, son honneur pour toujours! Il se dégrade à jamais! Il préfère donc tout risquer et tout perdre sur la terre, plutôt que de se faire un avenir de honte et d’opprobre. Et sans qu'il s’en doute, ce sentiment fait de lui un héros.

En outre, ce n’est pas seulement dans l'Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ qu’on lit ces sublimes paroles : « Mon commandement est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés moi-même. Personne n'a un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». (Jean, XV.) Le Dieu tout-puissant a, de sa propre main, écrit ces paroles dans le cœur de tous les enfants d'Adam: il les a gravées dans le cœur de l'humanité tout entière.

Ces paroles sont écrites dans le cœur des Turcs de Constantinople, comme elles le sont dans le cœur des prêtres le Rome. Elles sont gravées dans le cœur des habitants des régions glacées du Groën-

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de Paris. C’est pourquoi, au milieu du naufrage de presque toutes les autres vertus, qui sont comme les piliers des différents peuples de la terre, cette étincelle de lumière, de chaleur et de vie que Dieu älluma lui-même daus l’homme, lorsqu'il le créa à

lu monde entier solennelle. Leur nneur et de la rut plus rien. A et aux pieds de une victoire.

Rome. Les yeux périeurs, de son que s’il fuit le ourne lâchement la mort, il perd ours! Il se dérisquer et tout faire un avenir 1 s'en doute, ce

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son image et à sa ressemblance. se retrouve partout plus ou moins vive, même au milieu des nations les plus dépravées et les plus idolâtres de la terre,

De là vient que chez les peuples les plus pervers et les plus dégradés aux pieds des idoles de leurs lux dieux, on rencontre souvent des actes du plus sublime dévouement.

Aussitôt que cette étincelle de vie s'éteint chez un peuple, au moment où cette loi s’oublie entièrement, le glas de sa mort sonne, il s’affaisse sur lui-même et tombe ; il périt et disparait pour toujours

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