SUR LE
DÉGALOGUE
PRONE PRÉLIMINAIRE Le Décalogue en général.
Ego sum Dominus Deus tuus, gui eduxi le de terra i^gi/pti, de dorno servitiitis.
Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai tirés du pays d'Egypte^ de la maison de servitude (Exod. c. 20. v. 2).
Decalogum legum omnium summam et
epitomen, S. Augustinus litteris commen-
davit... Itaque pastores oportet inejuscon-
templatione die noctuque versari, non ut
vitam suam modo ad hanc normam compo*
nant, sed etiam ut populum sibi creditum
in lege Domini erudiant.
Catech. Rom.
Vers l'an deux mille cinq cent treize de la création du monde, huit cent cinquante six ans après le déluge, quatre cent trente ans après la vocation d'Abraham, le quarante huitième jour de leur sortie delà terre d'Egypte, les Israélites étant campés au pied du Sinaï, Dieu s'adressa à Moïse, son serviteur et leur chef, et lui dit : Commandez à ce peuple qu'il se purifie et vive en continence aujourd'hui, demain, et le troisième jour le Seigneur descendra ave 3 magnificence sur la montagne... Et Moïse ayant fait selon qu'il lui avait été ordonné, le troisième jour, au matin, le peuple étant assemblé, on entendit des tonnerres, on vit briller des éclairs, des trompettes sonnaient avec grand bruit, toute la montagne était
en feu, et du milieu de ce feu il sortit une voix éclatante, disant :
Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai tirés du pays d'Egypte, de la maison de servitude.
Vous n'aurez point d'autre Dieu que moi. Vous ne vous ferez point d'image taillée, ni aucune figure de tout ce qui est en haut dans le ciel, ni de tout ce qui est en bas, sur la terre,- ni de ce quî est encore plus bas, dans les eaux, pour les adorer et les servir: car je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu fort et jaloux.
Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur votre Dieu : car le Seigneur ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris en vain le nom du Seigneur son Dieu.
Souvenez- vous de sanctifier le jour du Sabbat. Vous travaillerez les six autres jours, et vous y ferez tous vos ouvrages ; mais le septième jour est le repos du Seigneur votre Dieu : vous ne ferez en ce jour aucun ouvrage, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni vos bêtes de service, ni l'étranger qui est chez vous. Car le Seigneur a fait en six jours le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu'ils renferment, et le septième il s*est reposé, et ce septième jour il l'a béni et sanctifié.
Honorez votre père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera.
Vous ne tuerez point.
Vous ne commettrez point d'adultère.
Vous ne déroberez point.
Vous ne porterez point de faux témoignage contre votre prochain.
Vous ne convoiterez point la femme de votre prochain.
Vous ne convoiterez point, non plus, ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à lui (1).
Et le Livre sacré ajoute: Telles furent les paroles que le Seigneur prononça de sa grande voix, du milieu du feu, devant tout le peuple assemblé ; et il les écrivit sur deux tables de pierre, qu'il remit aux mains de Moïse son serviteur (2) .
Mais ce n'est pas assez de savoir les dix Commandements quant
(1) Exon. c. 20. — Deut. c. 5.
<2) Ibid. V.-22.
HTi texte qui les exprime. Trois questions se présentent ici, intéressantes et instructives.
Les dix Commandements sont-ils si distincts, que ce nombre de dicc soit le nombre exact ?
Les dix Commandements sont-ils disposés par ordre, c'est-àdire pl'aciés chacun au rang qui lui convient?
Les dix Commandements, bien distincts, s'ils le sont, disposés par ordre, s'ils le sont, ont-ils force obligatoire ?
Première question : Les dix Commandements sont-ils si distincts, que ce nombre de dix soit le nombre exact?
Assurément. Les Écritures sont formelles à cet égard : Decem verba qiiœ scripsit Deus in diiabiis tahulis lapideis (1) : Ces dix paroles sont celles que le Seigneur écrivit lui-même sur deux tables de pierre. Toute la Tradition, judaïque et chrétienne, fait écho à ce verset du Deutéronome ; et quelque divergence qui se soit produite, même entre bons auteurs, sous le rapport de la délimitation respective de ces dix paroles, l'accord, pour le fond, n'en a point été troublé (2). De même donc qu'il y a sept sacrements, ni plus ni moins; douze articles dans le Symbole des Apôtres, ni plus ni moins : semblablement il y a, ni plus ni moins, dix Commandements de Dieu, lesquels sont, comme les appelle saint Augustin, l'épitomé, le sommaire de toute la loi divine : Legum omnium summa et epitome; nimirtcm caetera omnia quœ prœcepit Deus ex mis decem prœceptis quœ duahtis tahulis conscripta sicnt^ pendere intelliguntitr (3) ; et non moins que de toute la loi divine, de toute la loi humaine. Toute loi humaine qui n'est pas selon la la loi des deux Tables, n'est pas une loi, au sens vrai du mot. Le Décalogue n'étant, ainsi que nous aurons aie dire en son lieu, rien autre chose que la loi naturelle écrite ; et la loi naturelle, à son tour, rien de plus, mais aussi rien de moins que la loi éternelle, imprimée au cœur des créatures raisonnables (4) : toute loi humaine qui n'est pas l'application, ou proche ou lointaine, de quel-
<1) Deut. c. 4, V. 13.
(2) s. Thom. 1. 2. q. 400, art. 4 — et Goschler. t. 6, p. 100.
(3) Quaest. 140 in Exod.
(4) Quod pertinel ad legem naturalem, nihil aliud est quam impressio divini luminis in BObis, unde patet quod lex naturalis nihil aliud est quam participatio legis aeternae in ralionabili nattilPa. S. Thom. 1. 2. q. 91, art. 2.
qu'un des dix Commandements, va contre la loi naturelle, et, par la violation de la loi naturelle, contre la loi éternelle elle-même. O vous qui êtes investis du pouvoir redoutable de légiférer, Hois et Parlements, que n'avez-vous toujours présentes ces vérités pr(îmières, pour ne faire que de bonnes lois, des lois qui tirent toufê leur force, moins des formes légales dont vous les entourez,- que de leur conformité à la loi de Dieu ?
Seconde question : Les dix Commandements sont-ils disposés par ordre, c'est-à-dire placés chacun au rang qui lui convient, eu égard à son objet ?
Sans aucun doute, non plus. Les trois premiers forment un groupe à part. C'est justice: ils ont Dieu pour objet, Dieu principe et fin de toutes choses. Aussi furent-ils les seuls à être gravés sur l'une des deux Tables de pierre. Ce n'est pas tout encore. Autant ils sont distincts des sept autres, autant ils sont distincts entre eux. Le premier ne peut être que le premier. Le second ne peut être que le second. Le troisième ne peut être que le troisième. Laissons le Docteur angélique, saint Thomas, nous le démontrer magistralement. Étant donnée une assemblée d'hommes, et ici c'est la plus grande possible, toute l'humanité, le premier devoir de ses membres est de se soumettre à celui qui en est le chef suprême, unique, et de n'avoir aucune communication avec les ennemis de ce chef ; et voilà le premier Commandement : Vous n'aurez point d'autre Dieu que 7noi. Dieu reconnu chef suprême de la communauté, à l'exclusion de tout autie, en lui doit le respect; ce respect dû au souverain, veut d'abord que rien ne soit dit qui l'offense ; et voilà le second Commandement : Vous ne prendrez point en vain le nom de votre Seigneur D/ei(^;puis ensuite, que tout soit fait pour le servir, et surtout, s'il s'est réservé un jour de service, qu'on le lui garde: et voilà le troisième Commandement : -Soî^renez-vous de sanctifier le jour du Seigjieur. Les sept préceptes suivants, écrits sur la seconde Table et formant le deuxième groupe, ne sont pas moins bien disposés que les précédents. C'est vers le prochain qu'ils tendent. Or, le bon ordre veut que le premier de ce deuxième grouj^e se rapporte à qui nous est plus prochain que tous les autres prochains, à nos pères, à nos mères, eux aussi, après Dieu, et sur son institution, créateurs d'hommes. Aussi étaitce une tradition chez les Juifs, au rapport de l'un d'eux, Phi-
Ion (1), que le quatrième Commandement :ifo;iore^ votrepèré el votre mère, avait été écrit, partie sur la première Table, partie sur la seconde, tant la fonction dont les parents sont investis, de transmettre la vie, les rapproche de Dieu. Et toute la démonstration n'est pas faite. Les six derniers Commandements, qui visent, non plus les personnes, mais les biens des personnes, s'échelonnent, à leur tour, selon les dommages, ou plus grands, ou moindres, à rencontre desquels ils sont portés. Plus damnificatrice l'action que la parole ; plus damnificatrice la parole que le désir. Et vous avez ainsi l'arrangement gradué des six derniers Commandements : Vous ne tuerez point. — Vous ne commettrez point d'adultère. — Vous ne déroberez point. — Vous ne porterez %.oinl d3 faux témoignage. — Vous ne convoiterez point ni la femme, ni la maison de votre prochain. Si tous les péchés que ces Commandements défendent sont graves, qui ne voit pourtant qu'ils le sont à des degrés divers ? plus dommageable l'homicide que l'adultère, l'adultère que le vol, le vol que le faux témoignage, le faux témoignage que la concupiscence ou désir mauvais (2). Que votre œuvre de législateur est belle, ô mon Dieu ! Et combien vraie cette parole de l'Apôtre : qu'en tout ce que vous faites il règne un ordre excellent : Quœ autem sunt, a Deo ordinata sunt (3) !
Troisième question : Mais ces dix Commandements, bien distincts, disposés par ordre, comme il convenait qu'ils le fussent, sont-ils obligatoires ?
Ils l'étaient déjà sous la loi de nature. On appelle de ce nom les deux mille cinq cents ans et plus qui courent d'Adam à Moïse. Non, si loin que l'on remonte dans les anciens âges ; en quelque temps qu'ils aient vécu, ou quel qu'ait été leur degré de culture, il ne fut jamais permis aux hommes de servir un autre dieu que le vrai Dieu, de se parjurer, de blasphémer, de déshonorer les auteurs de leurs jours, d'enlever au prochain ou sa vie, ou sa femme, ou son bien, ou son honneur. Qu'on ne s'y trompe point : Ce qui a fait la criminalité de l'idolâtrie, du parjure, du blasphème, du mépris des parents, de l'homicide, de l'adultère, du vol, du
(1) Voir Mgr Besson, Le Décalogve,t. 1, p. 396.
(2) S. TiiOM. 1. 2. q. 100, art. 6.
(3) Rom. c. 13. v. i.
6 LE DEGALOGUE
faux témoignage, des mauvaises convoitises, ce n'a pas été une loi écrite, le fût-elle sur la pierre et par Dieu lui-même, mais bien la loi éternelle, et celle qui en est la participation dans les créatures raisonnables, la loi naturelle, cette loi que nous portons en nous, qui ne nous est point postérieure, mais innée, c'est lemot de saint Ambroise, non inscrihitur, sed mnascitur, et au moyen de laquelle tout homme venant en ce monde, alors même qu'il y aurait absence totale de lois positives, serait encore suffisamment pourvu, pour distinguer le bien du mal, le juste del'injuste, la vertu du vice. Là où la loi fait défaut, c'est l'hommelui-même qui est à lui-même sa loi : ipsi sibi sunt lex (1).
Ils le furent sous la loi écrite. On appelle de ce nom tout le temps qui va de Moïse à Jésus Christ. C'est l'évidence même. Cette loi naturelle, datant du commencement, mais déformée par le fait de l'homme, Dieu ne l'aurait-il renouvelée, gravée deson doigt (2) sur la pierre, et promulguée avec tant de solennité, que pour que, déjà obligatoire comme loi naturelle, elle restât facultative, et lettre morte, en tant que loi éciite ? Non, certes • Dieu ne l'entend pas ainsi. Qu'on relise le préambule de la loi, et la loi elle-même ; le préambule : c'est de sa souveraineté, et des droits qu'elle lui confère, que Dieu s'autorise : Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai tirés de servitude; la loi: jamais parole ne fut plus impérative : Yous n'aurez point d'autre Dieu que moi. Yous ne vous parjurerez point. Yous garderez le jour que je me suis réservé. Yous honorerez vos pères et vos mères. Yous ne tuerez point. Yous ne serez point adultères . Yous ne déroberez point. Yous ne porterez point de faux témoignage. Yous ne convoiterez rien de ce qui est à autrui. Ni Moïse, non plus, ne l'entend ainsi. Le chapitre sixième du Deutéronome en fait foi : Ces Commandements que le Seigneur vous a remis entre les mains, gravés sur la pierre, vous les porterez gravés dans vos cœurs : eruntque verba hœc in corde tuo (3). Entendez la suite : Et vous en instruirez vos enfants, et vous les méditerez vousmêmes, chez vous, en voyage, la nuit, dans vos intervalles de sommeil, le matin, en vous réveillant, et vous vous les attacheil) Rom. c. 2, v. 14.
(2) ExOD. c. 31, V. 18.
(3) Deux. c. 6, v. 6.
rez à la main, au front entre les yeux, et vous les écrirez sur le seuil de vos maisons, sur les linteaux de vos portes (1). Quel langage ! Peut-on douter un instant du caractère obligatoire d'une loi que le législateur avait comme identifiée à la vie du peuple pour qui elle était faite ?
Ils le sont encore sous la loi de grâce. C'est la loi évangéliquo, la loi de Jésus Christ. Or, sous le régime de cette douce loi, pour quelle raison se pourrait-il dire que les dix Commandements n'obligent plus ? Serait-ce que Jésus Christ aurait dérogé à la lo de Moïse, quant au Décalogue proprement dit ? Si quelque fauxi interprète des Écritures ose le prétendre, répondez-lui, vous crie le Catéchisme romain, que cela n'est pas vrai (2j : et en preuve, Jésus Christ lui-même, Jésus Christ interrogé un jour par quelqu'un sur ce qu'il faut faire pour être sauvé, et répondant : Si vous voulez être sauvé, gardez les Commandements : Si vis in viiam ingredi, serva tnandata (3) ; encore en preuve, saint Paul, élevé à l'école de Jésus Christ, et bien placé pour n'ignorer pas la pensée du Maître, saint Paul donc, écrivant aux fidèles de Gorinthe : Soyez circoncis ouincirconcis, il importe peu; ce qui importe, c'est de garder les Commandements : Ci) cumci^io nihil est, et prœputium nihil est, sed observatio mandatoruni Dei (4). Seraitce que, sous la loi nouvelle, loi d^ liberté, la foi suffit toute seule, &t que si on croit encore plus fortement qu'on ne pèche grièvevement, il n'en faut pas davantage? (5)0 morale immorale ! ô système impie, digne de tous lesanathémes, aussi contraire aux Écritures qu'à la raison : aux Écritures, qui à chaque page recommandent les œuvres; à la raison, qui voit du premier coup tous les crimes, toutes les abominations débordant à la fois, s'il était donné à une pareille doctrine de prévaloir, même un seul jour ! Serait-ce donc que les Commandements, possibles, rigoureusementparlant, pour la généralité, sont impossibles cependant, en telle rencontre^ en telle circonstance, pour telle classe d'lK»mmes ? Des novateurs
(1) Deut. V. 7 et seqq.
(2) Catéch. Rom. Hanc igitur divinara lucem, etc , tout le paragropbe.
(3) Matth.c. 19,v. 17.
(4)1 Cor. c. 7, v. 19.
(5) C'est la propre parole de Luther : Pecca fortiter, et crede fortius.
rusés, et par cela môme plus dangereux., ont osé' le prétendre (1). Est-il rien de plus contraire à la vérité, quand Jésus Christ nous assure que son joug est doux et son fardeau léger: Jugum nicuni suave est, et omis -meum levé (2) ; quand nous sommes, non plus sous la loi de crainte, mais sous la loi de grâce : Lex per Moysen data est, gratia et verilas per Jesum Christum fada est (3) ; quand il est si facile d'aimer, et qu'en fin de compte la loi se résout toute dans l'amour, Plenitudo legis est dïlectio (4;; quand c'est la belle doctrine de saint Augustin, et que l'Église l'a faite sienne : que Dieu ne nous commande' jamais rien d'impossible; que ce que nous croyons tel, en nous le commandant Dieu nous avertit de faire ce que nous pouvons, de demander ce que nous ne pouvons pas, et que cela môme que nous ne pouvons pas, il nous aide pour que nous le puissions : Deus impossihilia non jubet, sed jubendo, nionet et facerequodpossis.etpetere quodnonpossis,et adjuvat ut possis (5) ? Serait-ce enfin, cette fois c'est l'argument des sensuels, que Dieu, si libéral envers l'jmcien peuple, et, en retour de sa fidélité à le servir, s'engageant à lui donner toutes les prospérités désirables, la rosée du ciel, la graisse de la terre, il ne nous promet maintenant rien do pareil ? Mais quoi ! II nous promet beaucoup plus, et beaucoup mieux: les biens éternels; et avec les biens éternels, par surcroît, le plus souvent, les biens temporels eux-mêmes (6). Ce qui fait dire à saint Augustin: que moins nombreux qu'autrefois par le retranchement des lois rituelles et civiles, qui en étaient la partie changeante, essentiellement temporaire ; rendus plus faciles par une plus grande abondancede grâces, fruit de la venue de Jésus Christ, les dix Commandements de Dieu, sous la loi nouvelle, ont ce troisième avantage, d'être
(1) Prima propositio Jansenlana sic se habet : « Aliqaa Dei praecepta hominibus justie, volentibus et conanlibus secundum praesentes quashabent vires, sunt impossibilia,dee8l quoque illis gratia qua possibilia fiant ».
(2) Matth. c. 11, V. 35.
(3) JOANN. c. 1, V. 17,
(4) Rom. c. 13, v. 10.
(5) Conc. Trid. sess. 6. cap. 11. — C'est donc une extrême folie de dire que les commandements nous sont impossibles, puisque nous avons si près de nous xm si grand secours ; aussi tous ceux qui l'ont assuré ont senti justement le coup de foudre ; et tent que l'Église sera l'Église, une telle proposition sera condamnée par un anathème irrévocable. Bossuet. Sermon sur les vaines excuses des pécheurs.
(6) Matth. c. 6, v. 33.
bien autrement rémunérés que dans l'ancienne alliance : Mandata facta sunt pauçiora, faciliora, felieiora.
Que voire loi est sainte, ô mon Dieu ! mais aussi, combien obligatoire ! d'autant plus obligatoire qu'elle est plus sainte ! C'est pourquoi, ne voulant pas nous borner à un aperçu général, à une considération sommaire, nous l'étudierons, partie par partie, au cours de ces instructions, nous la scruterons (1), nous la méditer rons (2), non, certes, pour un vain luxe de science, mais, comme votre grand serviteur David, en vue d'y conformer nos pensées et nos actes : Cogitavi vias meas, et converti pedQS meos in testimonia tua (3). Plaise à votre grâce, ô mon Dieu, qu'elle soit pour nous ce qu'elle fut pour le saint Roi : un flambeau à nos pieds, et un rayon de miel sicr nos lèvres {A) !..,
(1) PSAL.118,V. 3'i
(2) Ibid. V. 47.
(3) Ibid. V. 59.
(4) Ibid. V. 103 «t 105.
PREMIER COMMANDEMENT
PREMIER PRONE le Culte de suprême adoration.
Non habebis deos aliénas coram me.
Vous n'aurez point d'autres dieux que moi.
In verbis us quae proposita sunt, duplex contineri praecepUini ostendet pavochus, quorum alterum juCendi, alterum prohibendi vim habet. Nam quoddicitur; Non habebis deos aliènes coram me, eam habet sententiam conjunctam ; Me verum Deum coles, alienis diis cultum
non adhibebis.
Catech. Rom.
Dans la précédente Instruction, instruction préliminaire, nou» avons donné le texte intégral des Commandements de Dieu. Gea Commandements sont au nombre de dix, ni plus ni moins, par.faitement distincts, disposés par ordre, c'est-à-dire placés chacun, au rang qui lui convient, et ayant force obligatoire. Aujourd'hui nous abordons le premier et le plus important de tous : Non habebis deos aliénas coram me : Vous n'aurez point d'autres dieux que moi. Encore que ce Commandement procède par exclusion, et soit négatif dans la forme, quant au fond pourtant il est afiirmatif ; il ordonne de rendre au seul vrai Dieu le culte d'adoration qui lui est dû. Telle est bien la doctrine du Cathéchisme romain : Les paroles qui servent à exprimer le premier Commandement renferment deux préceptes: l'un afiirmatif ou positif, l'au^
Ire négatif. Car en disant: Vous 7i aurez point d'autres dieux que moi, Dieu ordonne tout à la fois de l'adorer, lui, comme vrai Dieu, et de ne rendre aucun culte aux dieux étrangers... Nous ne traiterons dans cette Instruction que de la partie affirmative du précepte. Dieu nous aide de sa grâce. . .
Que l'homme rende à Dieu un culte de suprême adoration, c'està-dire un culte de l'ordre le plus relerv^é, et tellement éminent qu'il ne puisse être surpassé, ni même égalé par aucun autre : c'est la loi.
C'est la loi écrite : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et TOUS ne servirez que lui seul (1)... Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de tout votre cœur, de tout votre esprit, de toute votre âme, •de toutes vos forces (2)... Je suis le Seigneur votre Dieu, votre libérateur de la maison de servitude ; vous n'aurez point d'autre Dieu devant ma face, vous ne vous ferez point d'idole, ni d'image taillée, ni aucune figure, pour les adorer et les servir (3).. . Quoi de plus ? Si jamais loi fut nettement édictée, avec un double caractère impératif et prohibitif, c'est bien celle dont nous venons de -donner le texte.
C'est la loi naturelle : Dieu étant ce qu'il est, et nous ce que nous sommes, la nature des choses demande que nous reconnaissions tout à la fois son absolue souveraineté et notre entière dépendance. Dieu ne peut pas plus se dépouiller de sa qualité de maître, que nous ne pouvons, nous, nous dépouiller de notre qualité de sujets. C'est pourquoi nous devons servir Dieu avec distinction ; c'est-à-dire lui rendre un culte spécial, séparé de tout autre^ •supérieur à tout autre, n'ayant rien de commun avec aucun autre : parce que, comme l'explique saint Augustin, dans son beau commentaire du soixante cinquième psaume > Dieu est le créateur, et nous la créature ; Dieu est la lumière, et nous les ténèbres ; parce qu'enfin Dieu est tout^ sans nous, et que nous, nous ne sommes rien, sans lui : Hœc est distinctio : ut te intelligas cr-^aturàm, illum Creator em, te tenebras. illum illuminatorem^ te sine illo nihil esse, illum autem sine le perfectum esse (/i),
(i) Matth. c. 4, V. 10.
(2) Marc. c. 12, v. 30.
(3) ExoD. c. 20, V. 4, .5«
(4) Enarr. in psal. 65.