‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 53 sur 223 · XIV. — (jEUVRES DÉFENDUES, LE DIMANCHE · texte numérisé non relu

XIV. — (jEUVRES DÉFENDUES, LE DIMANCHE

sur le sabbat, qui, du moins quant au mode de l'observer, ne relève que du droit positif. Et, par conséquent, les dimanches et jours de fête, chaque fois que le besoin l'exige, rien n'est plus permis que d'assister les malades, de préparer les remèdes, de travailler, sinon pour les pauvres en général, du moins dans un cas pressé pour tel pauvre en particulier, puisqu'il le pourrait lui-même. Disons tout dans un mot : Aucune œuvre corporelle, du moment qu'elle est ordonnée au salut corporel d'autrui, ne va contre la loi du dimanche : Opits corporale quod ordindturad salulem corporalem alterius, non est contra observantiam sabbat 1(1).

Quatrième et dernière raison excusante, reconnue légitime par l'Église : la nécessité. Rien de plus juste : après les utilités de la vie, les nécessités. L'Église admet toutes celles qui sont justifiées; elle fait fléchir son précepte devant chacune d'elles. — Vous êtes pauvre, chargé de famille peut-être ; le maigre gain des six jouis ouvrables ne vous suffit pas : travaillez, le dimanche, discrètement, l'Église vous le permet. — Vous êtes serviteur ou servante, votre maître non moins inhumain qu'irréligieux, exige au delà de ses droits, puisqu'il entreprend sur ceux de Dieu, et sur les vôtres : cherchez quelque Philémon chrétien, c'est-à-dire un maître charitable et doux, tel qu'il y en avait au temps de saint Paul, et qu'il y en a encore aujourd'hui, grâce à Dieu ; mais jusque là, travaillez, l'Église vous le permet. — Et combien d'autres cas de ce genre ! En bonne mère, autant qu'en sage législateur, l'Église les a tous prévus, tous classés, tous numérotés, si je puis dire : C'est une récolte qui va périr, si on ne la ramasse au plus vite ; c'est un vêtement de deuil, ou une parure de noces, qui ne peut attendre ; c'est un haut fourneau qui doit garder son feu allumé jusqu'à confection entière du produit ; c'est un mur qui menace, un pont qui s'effondre, un incendie qui éclate, une digue qui se rompt sous une poussée d'eau... Pour toutes ces éventualités, et l'on pourrait y ajouter, très différentes d'aspect, mais identiques quant au fond, la solution est la même : la nécessité fait loi ; toute œuvre servile de sa nature, mais faite en vue d'éviter un grave dommage, même de l'ordre temporel, surtout s'il est immi-

(1) s. Thom. 2. 2, q. cxxii, art. 4.

nent, ne viole point le sabbat: Opus corporale qiiod ordinatur ad ùnminens damnumrei exterioris vitandiim, non violât sabhatum (1).

Mais reprenons la suite :

Nous dirons en troisième lieu, qu'indépendamment des œuvres quasi-serviles, des œuvres purement serviles, il en est d'autres plus que serviles, qui, défendues en tout temps, le sont davantage encore, les jours de dimanche et de fête, parce que, comme le dit excellemment le Catéchisme Romain, non seulement elles détournent notre esprit des choses saintes, mais encore nous font perdre totalement l'amour de Dieu (2). Vous avez deviné ma pensée ; c'est du péché qu'il s'agit, du péché qui fait de ceux qui le commettent autant d'esclaves, qui facit peccatiun, servus est peccati (3), du péché qui est visiblement la plus servile des œuvres, non pas précisément que cette œuvre soit plus violatrice du précepte, en tant que précepte, qu'aucune autre, mais pour cette raison : que portant préjudice plus que quoi que ce soit à l'honneur dû à Dieu, elle va plus directement que quoi que ce soit contre la fin du précepte, qui est d'honorer Dieu (4). C'est dans ce sens que saint Augustin dit que : Mieux vaudrait pour un homme faire travail utile, dans son champ, le dimanche, que de se rendre à telle ou telle réunion, ou impie ou tumultueuse, dans la première pour blasphémer, dans la seconde pour se battre ; que mieux vaudrait pour une femme, ou pour une fille filer la quenouille, toute la journée, que d'aller prendre part à des danses lascives (5)... Et quand fut-il plus nécessaire de faire revivre cet enseignement ? Qu'est devenu parmi nous le dimanche si respecté de nos pères ? Fut-il jamais plus universellement profané que de nos jours, je ne dis pas seulement par des travaux que rien ne justifie, mais par toutes sortes d'excès moins justifiables encore? Sans que nous remontions jusqu'à saint Augustin, déjà de son temps Bossuet disait:

(1) s. Thom. 2. 2. q. cxxii, art. 4.

(2) Quœ magis peccata a fidelibus vitanda sunt, quae non solum animum a divinarum rerum studio avocant, sed nos a Dei amore sejungunt.

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