‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 52 sur 223 · XIV. — ŒUVRES DÉFENDUES, LE DIMANCHE 14t · texte numérisé non relu

XIV. — ŒUVRES DÉFENDUES, LE DIMANCHE 14t

accommodant de l'Église se montre dans toute son étendue, qu'il est permis de préparer les aliments, même en quantité plus que suffisante, même pour un repas de luxe, d'entretenir la propreté du corps, et de la maison, de soigner le bétail, de faire pacager les troupeaux, de veiller aux récoltes déjà engrangées, pour en assurer la conservation. Que les vendeurs vendent, si d'ailleurs leurs magasins ne sont que discrètement ouverts ; que les acheteurs achètent, si les choses qu'ils se procurent sont nécessaires à la vie, ou d'une utilité non contestable ; que les bouchers tuent leursanimaux, s'ils n'ont pu le faire la veille que trop difficilement ; que les forgerons ferrent les chevaux qui doivent voyager, et réparent les charrues, s'il les faut pour le lendemain ; que les barbiers rasent, que les boulangers cuisent, que les pâtissiers et traiteurs se prêtent aux exigences de leurs clients ; que les employés des voies ferrées fassent leur service de transport des voyageurs, et des marchandises elles-mêmes : en vertu de la coutume, dès là qu'elle est reconnue pour vraie, si, d'autre prfrt, c^ qui est strictement de précepte est observé, dans la mesure du possible, toutes ces catégories de personnes ne pèchent pas.

Seconde raison excusante, reconnue légitime par l'Église : la piété. Si vous avez la très louable habitude délire l'Évangile, vous y avez remarqué Jésus Christ disant aux pharisiens, dans une circonstance où ces rigides observateurs du sabbat s'étaient scandalisés, quoiqu'il n'y eût pas matière à scandale : N'avezvous pas lu dans la loi, qu'aux jours du sabbat les prêtres violent le sabbat, et pourtant ne pèchent pas : Non legistis in lege, quia sahbalis sacerclotes in templo sabbatinn violant, et sine cri^nine su7it (1). Qu'est-ce à dire : ils violent le sabbat et ne pèchent pas? Cela signifie : qu'encore qu'ils immolassent des victimes, le iour du sabbat, qu'ils fissent les mélanges d'huile et de farine prescrits par la loi, qu'ils fabriquassent les pains sacrés, comme il était ordonné au Livre du Lévitique, toutes choses, à les considérer en soi, serviles : pourtant ils ne péchaient pas, sine crimine siint, parce que ces immolations, ces mélanges et fabrications, serapportant directement et prochainement au culte de Dieu, ce but tout seul suffisait à les justifie:. Vous avez compris. Or, il

(1) MATTtf. C. XII, Y. 5

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en est de même, et à plus forte raison, sous la loi de grâce. Tout -ce qui, le dimanche et les jours de fête, a pour objet direct et prochain le service de Dieu, ne tombe point sous le coup de la prohibition. Permis de nettoyer l'église et de la décorer ; permis de toucher de l'orgue, voix du dedans, et de sonner les cloches, voix du dehors ; permis de joncher le sol de fleurs ou de feuillages, de tendre les maisons de ])eaux draps blancs ou de riches tapisseries, de construire ces gracieux reposoirs, sortes de haltes saintes pour les jours où le Dieu de l'Eucharistie, Jésus sacramenté ii), fran- <îhissant le seuil du Temple, s'en va visiter chez eux ses fidèles croyants.

Troisième raison excusante, reconnue légitime par l'Église : la charité. Celles que nous venons de mentionner, c'est-à-dire ni la coutume dûment établie, nila piété envers Dieu, ne seront seules à bénéficier de l'esprit largement interprétatif de l'Église. Tout -à l'heure nous lisions dans l'Évangile. Continuons d'y lire: Un jour de sabbat, Notre Seigneur enseignait dans la Synagogue ; or, il y avait là une femme malade depuis dix-huit ans . elle était toute courbée et ne pouvait regarder en haut. Jésus la voyant, et l'appelant : Femme, lui dit-il, vous êtes délivrée de votre infirmité ; et lui ayant imposé les mains, elle se tint toute droite. Mais voyez la suite : Le chef de la Synagogue indigné, ou feignant de l'être, de ce que Jésus l'avait guérie le jour du sabbat, dit au peuple : Il y a six jours destinés au travail ; venez en ces jours-là vous faire guérir, et non pas le jour du sabbat... Hypocrites, reprit le Seigneur, y a-t-il quelqu'un de vous qui ne délie son bœuf ou son âne le jour du sabbat, et ne le tire de l'étable pour le mener boire ? Et cette fille d'Abraham, une femme de votre race, une compatriote que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, vous trouvez mauvais que je l'ai délivrée en brisant ses chaînes... Et tous ses contradicteurs restèrent confus ; et tout le peuple était dans le ravissement de ce qu'il faisait, et disait si bien : Et oin7iis popiilus gaudebat in universis qiiœ gloriose fiebant àb eo (2). Ce peuple avait raison ; il donnait dans la circonstance une rare preuve de bon sens. La charité envers le prochain dans un cas pressant, commandée par la loi naturelle, l'emporte

(1) Termes usités en Espagne pour désigner J. G. présent dans le Saint Sacrement.

(2) Luc. c. xiii.

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