XVII. — OEUVRES CONSEILLÉES, LE DIMANCUE
^'enfants, chanter à leur manière, dans un unisson puissant ou à plusieurs parties, en masse, les louanges de Dieu I
Pendant que Luther, s'inspirant des antiques coutumes de l'Église, propageait partout le chant populaire, la mode se mettait de plus en plus, dans les pays catholiques, au nouvel art polyphonique, avec lequel il n'y avait plus de place pourléchant des fidèles; si bien que là où a fleuri cette musique savante, incompatible avec la prière, le peuple réduit au silence a fini peu à peu par quitter l'église, laissant les musiciens exécuter tout seuls leurs concerts. Et aujourd'hui, l'office public, l'office liturgique, dans lequel les fidèles, unis au clergé, avaient leur rôle, leur part, est communément abandonné, à commencer par cette Italie, trop fière de son Palestrina et trop oublieuse de saint Grégoire le Grand.
Des efforts sont faits cependant, cà et là, pour revenir à l'an-cienne coutume. Il y a un heureux mouvement de restauration liturgique auquel le clergé commence à se mêler. C'est du clergé, en effet, que doit venir la réforme; c'est par son exemple et par son zèle que la pratique du chant refleurira dans noséghses.
Une Revue du chant grégorien vient de se fonder à Grenoble. Nous sommes heureux de la signaler. Elle paraît sous l'œil des RR. PP. Bénédictins de Solesmes, et avec le concours de collaborateurs compétents. Le clergé ne peut manquer de s'y intéresser. Le chant liturgique a besoin d'être réappris dans ses règles traditionnelles, pour être d'abord compris et goûté, puis enseigné avec autorité. Quel élément certain de rénovation du culte, quel puissant moyen d'attrait pour le peuple il y a là ! L'abus de la musique a contribué à faire le vide dans nos églises. Le chant est un élément de vie pour le culte. Dans les campagnes, à la ville même, on ramènera peu à peu les populations dans le saint Lieu en faisant participer les fidèles au chant. Il y faudra une préparation spéciale, un enseignement préalable, des essais réitérés et peut-être longs, en un mot, des moyens appropriés au but. Mais, pourquoi ne ferions-nous pas, catholiques, ce que font les protestants ; ce qui se faisait autrefois dans toute la chrétienté, avant l'introduction de la musique, ce qui se faisait naguère encore en France, dans tant de villages et même dans plusieurs villes? Pourquoi, avec le chant grégorien, heureusement re-
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trouvé et rendu à sa beauté primitive, ne ferions-nous pas cette propagande qui a tant servi à Luther ?
Pourquoi n'userions-nous pas de nos écoles et de nos presbytères pour réapprendre le chant aux enfants, et par eux aux familles ? Pourquoi, en rendant à nos offices publics leur vie, leur 23rincipal intérêt, par cette participation de tous aux saintes fonctions et à la prière liturgique, n'essaierions-nous pas de ramener la foule dans ces églises qui avaient été faites pour elles et pour sa grande voix ? Pourquoi ne chei'cherions-nous pas à résoudre un peu par ce côté pratique la question sociale contemporaine ? L'expérience a réussi dans plus d'une paroisse où elle a été tentée. C'est un encouragement à la faire ailleurs.
Arthur Loth.
TROISIÈME COMMANDEMENT
SEPTIÈME PRONE Le dimanche et l'état présent des esprits.
Mémento ut dierfi sabhati sanctifices.
Souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat.
Itaque diem sabbati tum plene et per-
fecte celebramus, cum pietalis et religionis
officia Deo praestamus.
atech. Rom.
Dire ce que fut le septième jour sous la loi de nature et sous la loi écrite ; ce qu'est le dimanche sous la loi de grâce, les œuvres qui sont défendues en ce jour, celles qui sont permises, celles qui sont prescrites, celles qui sont particulièrement recommandées, celles qui sont simplement conseillée;? : autrefois cela eut suffi. Mais aujourd'hui que la question du dimanche est devenue une question sociale, qu'on en traite non seulement dans les églises, mais partout : c'est le devoir du pasteur, il nous le semble du moins, de tenir les fidèles au courant de ce qui se dit, s'écrit et se fait en cette matière. Je vais l'entreprendre, et après une marche assez longue, nous arriverons, je l'espère, à cette conclusion pratique du Catéchisme Romain : que c'est alors que nous célébrons le jOLir du Sabbat d'une manière pleine et parfaite, quand nous nous acquittons fidèlement de tous Ifts devoirs de la piété envers le Seigneur. Dieu nous aide de sa grâce...
Que de nos jours, bien que très troublés sous le rapport reli-
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gieux, ilse soit produit en faveur du dimanche, en tant du moinsqu'il est jour de repos, un mouvement considérable, disons mieux, un mouvement général d'opinion : pour s'en convaincre, il ne faut qu'ouvrir les yeux, et prêter l'oreille.
Si vous ouvrez les yeux, vous voyez une foule d'œuvres, nées de ce mouvement, ou tendant à l'accélérer : Conférences dominicales... Ligue populaire pour le repos dominical... Association des propriétaires chrétiens . . Union des syndicats du commerce et de l'industrie... Œuvre du dimanche catholique... Congrès régionaux et Congrès internationaux. . . Comités diocésains et Gomités paroissiaux... Livres de propagande, Revues mensuelles ou hebdomadaires. .. Qu'ajouterai-je encore ? Il n'est pas jusqu'aux grandes Assemblées délibérantes de la plupart des États catholiques, ou même simplement chrétiens, du monde entier, où le repos d'un jour sur sept n'ait été vingt fois déjà l'objet des plus sérieuses discussions.
Si vous prêtez l'oreille, vous entendez sur cette matière les paroles tout à la fois les plus autorisées et les plus convaincues : paroles d'Industriels et d'Usiniers, paroles de Congressistes el de Conférenciers, paroles d'hommes d'État. Un de ces derniers, et non des moindres, s'exprime ainsi : « L'expérience et la réflexion m'ont convaincu que toute personne travaillant des mains ou de la tête, a besoin du repos qu'une observation générale du dimanche peut seule garantir. Les philanthropes et les chrétiens peuvent envisager la question à des points de vue différents. Mais, soit que nous considérions l'hofnme, ou comme un animal, ou comme un être immortel, nous devons nous unir afin de lui assurer le repos que le corps et l'esprit réclament également, pour qu'ils soient placés et maintenus dans les meilleurs conditions posiiibles. Ceux qui ne voient pas le commandement divin dans la Bible, ne pourront manquer de le trouver écrit dans l'homme même » (1). Un autre, encore plus en vue, écrit ces lignes : « Pour moi, il est inccntestable que l'observation du repos du dimanche a des racines profondes aussi bien dans les convictions que dans les habitudes de l'immense majorité de mes compatriotes. S'il apparaît à beaucoup d'entr'eux comme une nécessité de la vie spiri-
(1) Harrisson, ancien président des Etats-Unia.
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tuelle et chrétienne, d'autres, en non moins grand nombre, le défendent avec nne égale énergie comme une nécessité sociale. La classe ouvrière en est extrêmement jalouse, et s'oppose, non seulement à son abolition avouée, mais à tout ce qui pourrait contribuer indirectement à ce résultat. Personnellement, je me suis toujours elTorcé, autant que les circonstances me l'ont permis, d'user pour mon compte de ce privilège. Et maintenant, parvenu près du tei'me d'une carrière publique laborieuse de près de cinquante-sept années, j'attribue, en très grande partie, à cette cause la prolongation de 'ma vie, et la conservation des facultés dont je jouis encore. En ce qui concerne les masses, la question est Men plus importante; c'est la question populaire par excellence »... (1). Ces citations, quoique longues, n'ont pu vaus déplaire, je l'espère du moins, tant elles se lient étroitement au sujet que je me suis imposé de traiter. Mais continuons.
Que ce mouvement d'opinion en faveur du dimanche, en tant que jour de repos, soit aussi légitime qu'il est général, et réponde à de réels besoins: indépendamment des témoignages que vous venez d'entendre, et qui suf tiraient presque pour le prouver, il en est d'autres encore, provenant, eux aussi, ou d'une longue expérience des choses, ou de réflexions approfondies. Voyons un peu.
La loi du Dimanche a été envisagée au point de vue de l'hygiène, c'est-d-dire de l'être physique humain ; et l'on a dit sous ce rapport que : « Le repos du septième jour est absolument nécessaire.' à l'homme, quelles que soient ses occupations, sous peine des plus graves périls pour sa santé, et même pour sa vie... On a ajouté : Faites travailler un cheval tous les jours de la semaine autant que le permettent ses forces, ou accordez-lui un jour de repos sur sept, dans ce dernier cas, vous verrez bientôt, par la vigueur plus grande avec laquelle il accomplira son travail pendant les six autres jours, que le repos du septième lui est indispensable. A la vérité, l'homme étant doué d'une nature supérieure, il oppose à l'excès de la fatigue l'énergie de son âme, et le dommage que produit une surexcitation continue sur son système animal ne se manifeste pas aussi vite que chez la brute ; mais il
(1) Gr.ADSTONE, président du Cabinet anglais.
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succombe enfin d'une manière plus soudaine ; il diminue la longueur de sa vie, et prive sa vieillesse de cette vigueur qu'il devait conserver avec le plus grand soin. D'où il faut conclure que l'observation du dimanche doit être rangée non seulement parmi les devoirs religieux, mais encore parmi les devoirs naturels euxmêmes » (1).
La loi du dimanche a été envisagée au point de vue de l'être spirituel de l'homme, c'est-à-dire de la dignité de son âme et de ses légitimes aspirations ; et l'on a dit que le repos du septième jour ne lui est pas moins nécessaire sous ce deuxième rapport que sous le premier. Qui ne le voit clairement ? Au travailleur des champs, de l'atelier surtout, courbé toute une semaine sur un labeur ingrat, souvent, monotone, mécanique même, ennobli, je veux bien le reconnaître, par le devoir, mais qui laisse sommeiller les facultés de son intelligence et les élans de son cœur, est-ce trop d'un jour où il lui soit loisible de relever la tête '^ Ne faut-il pas que, saris être obligé de les disputer violemment aux impérieuses nécessités de la vie matérielle, il ait la libre disposition de quelques-unes de ces heures pendant lesquelles son jâme puisse se nourrir de l'aliment qui lui est propre ? « C'est pourquoi, disait, il n'y aque peu de temps, un illustre publiciste, préparez l'opinion, recueillez des adhésions, et montrez bien surtout que ce qui rend le travail écrasant, c'est la continuité de l'effort. Par exemple, .pour ne parler que de l'industrie textile : faire trois pas, tendre ■un fil, revenir en arrière, recommencer, ce n'est rien pendant une heure, c'est fatigant à la douzième heure : ce n'est rien le lundi soir, mais le vendredi, mais le samedi, mais pendant une existence entière ! . . . Quand Touvrier trouvera-t-il le temps de s instruire, de penser, d'être homme ? Oui, il faut un repos dans la semaine, 11 faut que l'ouvi'ier ait le temps de sentir son cœur battre. Mais si vous pensez à l'ouvrier de fabrique, n'oubliez pas non plus l'employé de magasin, le commis de bureau,dontle corps et Vâme sont meurtris par unlabeur incessant ))(2).
La loi du dimanche a été envisagée au point devue de la famille; et là encore, là surtout, on a reconnu que le repos du septième
(1) Le Docteur anglais Farr, dans un rapport présenté au Parlement.
(2) Le sénateur Juw:s Simon. Univers, 11 mars 1891.