‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 65 sur 223 · XVIII. — LE DIMANCHE ET l'ÉTAT PRÉSENT DES ESPRITS · texte numérisé non relu

XVIII. — LE DIMANCHE ET l'ÉTAT PRÉSENT DES ESPRITS

jour est absolument nécessaire. Entendez nos Conférenciers et Orateurs des Parlements, lis n'ont jamais été plus éloquents que sur ce sujet : « Sans le repos dominical, dit l'iin deux, pas de vie de famille ; transformés en machines, ravalés au rang d'instruments de travail, le père, la mère, l'enfant vivent séparés, isolés, absorbés parleur ouvrage quotidien, sans jamais s'asseoir ensemble au même foyer, sans trouver dans leurs tristes existences les heures de liberté nécessaires pour se communiquer leurs pensées, leurs joies et leurs peines » (1). Un autre s'exprime ainsi: «Le dimanche est la fête de la famille; c'est le jour où les affections se retrouvent, les âmes se confondent, les cœurs se rapprochent, le faisceau du foyer se reconstitue; c'est le jour où l'aïeul, le père, la mère, l'enfant, éti-angers l'un à l'autre le reste du temps, se groupent sous le regard de Dieu, dans la communion des mêmes devoirs, des mêmes sentiments, et des mêmes espérances » (2). Un troisième : c'est celui qui, à notre époque, s'est fait, plus qu'aucun autre peut-être, le défenseur, l'avocat, l'apôtre des humbles, des petits, des travailleurs. Avec quels chaleureux accents il s'écrie : « Quand donc réunirez-vous les membres épars de ce corps ?. . . La désorganisation delà famille est la plaie la plus douloureuse de notre état social présent, et le mal le plus profond dont soulïre la classe ouvrière. Eh bien, la première condition pour que la vie de famille puisse renaître, c'est qu'il y ait un jour où tous ceux qui la composent se trouvent réunis autour du foyer, où les mères emb-rassent leurs enfants, et ne soient point obligées d'abandonner les plus jeunes à des mains mercenaires ))(3).

Enfin, la loi du dimanche a été envisagée au point de vue de la production, du commerce, de l'industrie, et, par suite, du bien-être tant des particuliers que de la société en général ; et on a dit que sous ce rapport non moins que sous les précédents, le repos du septième jour s'impose presque rigoureusement. Le travail du dimanche n'enrichit pas... Il y a dans ce dicton populaire plus de sagesse qu'on ne le croit d'ordinaire. Lorsque la quantité des produits fabriqués augmente, leur valeur vénale diminue, c'est une conséquence forcée ; une production excessive amène fatale-

(1) Le conférencier Lavollée.

(2) Le sénateur Chesnelong.

^3) Le comte Albi.rt de Mun, à la Chambre des députes.

ment un ahaissement du taux, des salaires et, finalement, il se trouve que l'ouvrier a usé en pure perte ses forces, son temps, sa vie. Au bout de l'année, il n'a pas gagné davantage que s'il n'avait travaillé que six jours par semaine, et donné le septième au repos sacré du dimanche. Si le travail du dimanche n'enrichit pas celui qui le fait, il n'enrichit guère non plus celui ou ceux pour qui il est fait (1). C'est une vérité aujourd'hui admise que l'ouvrier qui travaille, comme l'on dit vulgairement, fêtes et dimanches, sans s'arrêter jamais, fait moins, et surtout moins bien, que celui qui ne travaille que six jours, et se repose le septième, parce que le premier épuise ses forces, et que le second les renouvelle. « L'homme, l'homme, s'écriait naguère un grand orateur, fier à juste titre de la prospérité toujours croissante de sa nation, l'homme, l'homme, tel est le vrai créateur de la richesse. Voilà pourquoi nous ne sommes pas appauvris, mais au contraire enrichis par le repos du septième jour. Ce jour n'est pas perdu. Pendant que la manufacture s'arrête^ que la charrue dort sur le sillon, que la fumée cesse de s'échapper de la cheminée de la fabrique, la nation ne s'enrichit pas moins que pendant les jours laborieux de la semaine. L'homme, la machine des machines, se répare et se remonte, si bien qu'il retourne à son travail du lendemain, avec une intelligence plus lucide, plus de courage à l'ouvrage et une vigueur rajeunie (2) ».

N'insistons pas davantage; de plus longs raisonnements seraient superflus. La proposition que j'ai avancée, me réservant de la démontrer, est démontrée maintenant: Autant le mouvement d'opinion en faveur du dimanche, en tant que jour de repos, est général, autant il est légitime, et répond à de réels besoins.

Mais le sujet n'est pas épuisé pour cela. Là où s'arrêtent le

(1) L'ouvrier moins las, qui a pu dormir davantage, travaillera mieux : si c'est vcn tisseur, il rattachera plus solidement et plus promptement le fil cassé, soit de la chaîne, soit de la trame. S'il fait le meuble, il aura plus d'adresse et de vigueur. Au congrès des architectes français, M. de Pénauron a établi que la suspension, le dimanche, du travail, est avantageuse aux intérêts matériels et moraux des propriétaires, des entrepreneurs, des ouvriers et des architectes. « Les travaux opérés le dimanche, a-t-il dit, sont mal confectionnés par des hommes chargés du poids des six jours précédents. Tout le monde y perd. » (Extraits de l'Univers.)

(2) L'Anglais Lord Macaulay, à la Chambre des Communes. On sait en effet qu'en . Angleterre le travail dans les usines métallurgiques arrête le samedi à midi, et qu'il ne reprend que le lundi soir. Les réparations se font le lundi matin.

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