LES OBLATS EN CANADA
Monsieur le Rédacteur du Monde.
Monsieur,
Permettriez-vous à un ancien citoyen du faubourg Québec, de venir esquisser à grands traits l’histoire des cinquante ans de zèle et de sacrifices que nous nous proposons de célébrer le 7, le 8 et le 9 décembre prochain ?
J’ai eu la bonne fortune de pouvoir suivre de près les œuvres immenses des RR. PP. Oblats de Marie immaculée en Canada et je ne doute point que vos lecteurs en liront avec intérêt l analyse rapide que je vous envoie.
Ce fut tout un événement dans le pays que l’arrivée des quatre premiers Oblats à Montréal! ïls Ltaient les premiers religieux que l’on voyait depuis la conquête, et puis, ils venaient de France sous le patronage d’un prélat que l'Eglise de Montréal avait dé appris à estimer, à aimer ! Aussi, Mgr Bourget, qui les avait tout d’abord installés à St-Hilaire et à Longueuil, songea-t-il bientôt à leur ouvrir, dans sa ville épiscopale, un champ plus vaste et plus adapté au but avoué de leur Institut.
Le faubourg de Québec n’était pas alors ce que nous sommes tous fiers de le voir aujourd’hui. C'était le refuge préféré des pauvres de Montréal et des campagnes envi-
Lé
ronnantes et, comme toujours en pareil cas, c'était aussi le rendez-vous de toutes les misères morales qui ont la pauvreté pour cause. En les appelant à ce poste de dévouement, Mgr Bourget savait que le cœur des missionnaires saurait s'élever à la hauteur de leur tâche et s’ouvrir, par un zèle aussi discret que constant et actif, le chemin des âmes qui leur étaient confites. Son espérance fut plus que réalisée, et, avant de mourir, le saint évêque put voir plusieurs églises s'élever autour de Saint-Pierre, des paroisses florissantes se former et, ce qui est mieux encore, ce quartier de sa ville épiscopale devenir l’un des po remarquables par la piété et la moralité de ses abitants.
Tout en faisant cette œuvre, les Oblats étaient loin d'oublier celle plus importante encore des missions. Appelés partout, ils allaient de village en village, de ville en ville, semaient partout la vérité évangélique et entraînaient nos populations entières par leur parole ardente et vive ; quelle église n’a pas entendu la voix de ces apôtres ? Dans quelle paroisse leur zèle n’a-t-il pas produit des fruits abondants . vertus chrétiennes? Combien d’âmes sont au ciel qui leur sont redevables du salut !
Mais le zèle est un feu qui ne s'arrête que faute d’aliment. L’aliment ne manquait pas alors en Canada. Il y avait, sur les confins de la forêt, une partie du vaste diocèse de Montréal, toute une région aussi déshéritée des secours religieux que dépourvue des biens de la terre: Bytown en était le centre. Les Oblats y coururent. Depuis l’Orignal jusqu’à Mattawan, le long k A la Grande Rivière et le long de la Gatineau, depuis Ottawa jusqu’à l'embouchure de la rivière Désert, ils bâtirent des chapelles de mission, donnèrent aux rares catholiques les soins qu'ils attendaient et préparèrent l'avènement d’un état de choses plus satisfaisant.
Quand le moment fut venu. l’un d’eux devint le premier évêque d'Ottawa, les autres poussèrent plus loin leur œuvre d’abnégation et laissèrent au clergé séculier les paroisses qu’ils avaient établies.
Les Oblats peuvent aujourd’hui, des postes qu'ils occupen sur les deux rives de l’Ottawa, contempler avec un
égitime orgueil les deux diocèses qui leur doivent en partie l’existence.
Ce fut en poussant leur reconnaissance vers l'Ottawa, que la petite armée de missionnaires rencontra deux classes d'hommes pour lesquelles ils eurent et ont encore à se dévouer : les hommes de chantiers et les sauvages. On les vit dès lors s’enfoncer dans la forêt et courir le long
des rivières à la recherche des brebis égarées. Albany et Moose Factory sont écrits en lettres d’or sur leur bannière immaculée et rappellent, avec des victoires, de riches sacrifices d'hommes -: d'argent.
11 m’eût été agréable de suivre nos valeureux missicnnaires sur cet immense champ de bataille et de les montrer aux prises avec toutes sortes d’obstacles et de souffrances. Mais pendant qu’une aile de l’armée s’en allait ainsi à la conquête d’Âmes abandonnées, une autre plantait sa tente sous les murs de Québec et bientôt envahissait l’un de ses faubourgs. C’était le plus délaissé et le plus pauvre, qu'en ont-ils fait ? l’un des meilleurs.
Il y a quelques années, nous lisions que, de janvier en janvier, non moins de cent-dix mille personnes avaient fait la sainte Communion dans l’église de St-Sauveur. De Québec aussi comme d'Ottawa, l’armée déborda plus loin; il y avait des sauvages, ils allèrent plus loin et pénétrèrent le long du golfe jusqu'aux terres de chasse des Micmacs, des Montagnais et de Naskapits.
Ma correspondance s’allonge, et cependant je n’ai rien dit encore de ce qui a fait l’œuvre principale des Oblats en Canada et de ce qui restera en histoire leur gloire exclusive, les missions de l’Extrême Nord. Combien de fois nous avons vu, les larmes aux yeux, de ces caravanes d’apôtres, arriver d'Europe, compléter leurs cadres au Canada et partir gaiement pour ce qui forme aujourd’hui les immenses diocèses de St-Boniface, St-Albert, Prince- Albert, du Mackenzie et de New-Westminster. Allez d’un bout à l’autre du Nord-Ouest, sous la tente du Cri ou du Montagnais, sous la hutte de glace de l’Esquimaux, au milieu de la prairie, dans les mines de la Colombie Brinique, sur les pics des montagnes Rocheuses, partout vous rencontrez l’Oblat.
I y a un an, pour la première fois, la province ecclésiastique de St-Boniface tenait un concile sous la présidence de son vénérable archevêque: tous les évêques étaient Oblats et grand nombre des prêtres présents étaient fiers d’être de la même famille. Mais là, comme à Ottawa, aussitôt que la civilisation arrive, ils laïssent la place au clergé séculier et s’en vont plus loin, défricher une terre plus aride et plus abandonnée.
Montréal peut donc avec raison s’enorgueillir d’avoir été choïisi comme le centre d’où ont rayonné tous ces dévouements sur notre cher pays. Je serais injuste si je ne mentionnais aussi que c’est de Montréal que partirent les premiers Oblats qui petie les Etats-Unis. Aujourd’hui, leur nombre a tellement augmenté et leurs
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